CHAPITRE XIV
La Scoliose.
Sommaire : La scoliose est la déviation latérale de la colonne vertébrale qui se produit sous l’inlluetice de la pesée de la tête et des épaules, de la surcharge, des attitudes vicieuses, etc., chez des enfants dont le système osseux est plus mou, les ligaments plus relâchés, les muscles plus faibles que normalement.
La cause première de la scoliose est donc un trouble de la nutrition générale lié souvent à un mauvais fonctionnement 'du tube digestif, comparable à celui qu’on qu’on observe chez les petits rachitiques ; lié aussi à la perturbation profonde que subit l’organisme , surtout chez les jeunes fdles, à l’âge de la puberté.
Ce trouble de nutrition frappe surtout le rachis, parce que c’est là que se produit, à cette époque de l'adolescence, la plus grande poussée de développement et là que s’exercent les pressions et la surcharge dont nous avons parlé.
Chez le petit rachitique, c’est au niveau des membres inférieurs que se produit la déviation pour des raisons analogues.
Ce trouble de nutrition frappe les os du rachis, il frappe aussi les autres tissus, muscles, ligaments, etc.
Il y a donc deux choses dans la scoliose : un trouble de nutrition générale qui nécessite un traitement général
LA SCOLIOSE
qui n’est pas sans analogie avec celui du rachitisme : séjour au bord de la mer, régime alimentaire spécial, antisepsie du tube digestif. Et un traitement local qui sera : le repos dans la position couchée qui suffit, dans les cas tout au début, à arrêter et à corriger même la la déviation.
Si l’enfant veut marcher, il faut qu’il marche peu et encore avec la contention d’un appareil inamovible appliqué dans l’hypercorrection du rachis, ou d’un corset amovible en celluloïde, construit d’après un moulage du rachis en hvpercorrection. Dans ce deuxième cas, on fera des massages pour améliorer la nutrition de tous les tissus du dos.
Il faut proscrire les séances de suspension et de gymnastique que presque tous les médecins recommandent ; ce sont là des pratiques consacrées par la routine, qui plaisent aux parents, mais qui sont mauvaises. Elles ont ici la valeur qu’ elles auraient dans le traitement des déviations rachitiques des membres inférieurs chez les petits enfants. C’est dire que ces pratiques aggravent la scoliose.
Au contraire, le repos l’améliore.
Si la scoliose est plus accentuée, le repos est encore plus indiqué avec en plus un appareil inamovible appliqué sur une colonne vertébrale mise préalablement en hypercorrection. Ce corset est analogue au n° 2 du mal de Pott.
Pressions latérales faites dans la demi-suspension.
Plus le scoliotique gardera le repos et mieux cela vaudra.
On remplace les appareils tous les trois mois en faisant chaque fois de nouvelles pressions.
La durée du traitement dépend de la nutrition générale de l’enfant et des modifications locales du rachis. Ce n’est que lorsque la nutrition n’est plus défectueuse et que la correction désirée est obtenue que le traitement actif doit cesser.
A partir de ce moment, l’enfant portera un corset amovible en celluloïde et sera massé.
Encore ici les séances de suspension et de gymnastique sont au moins inutiles de l’aveu môme des chirurgiens qui les recommandent, ordinairement — et même nuisibles.
LA SCOLIOSE
Pour les vieilles scolioses, les bossés latérales, l’on ne peut plus ambitionner un résultat bien brillant. Ici les parents s’estiment heureux, après avoir vu échouer les uns après les autres tous les traitements de gymnasques savantes et compliquées (chaque médecin a son système) — de trouver entin un traitement qui arrête cette progression de la scoliose que rien n’a pu enrayer jusqu’alors.
Ce traitement, qui arrête l’effondremeut latéral du rachis et corrige partiellement la déviation, c’est le repos complet pendant environ une année, — c’est la mise dans un appareil plâtré analogue à celui du mal de Pott. Cet appareil est appliqué sur une colonne vertébrale aussi modifiée que possible par les pressions latérales de deux ou trois aides, pressions faites dans la suspension du sujet.
Le résultat partiel ainsi obtenu est fixé par le grand appareil embrassant la base du crâne. L’enfant garde ensuite le repos dans le decubitus horizontal.
Tous les trois mois environ, on renouvelle ces pressions correctrices très bénignes et l’application de l’appareil qui doit en fixer le résultat.
C’est le seul moyen que je connaisse d’arrêter les progrès de ces vieilles et si rebelles scolioses et d’en atténuer partiellement la saillie.
Ce traitement devra être continué deux ans et plus, si le sujet veut arriver à un résultat durable.
Traitement de la cyphose (dos rond).
La scoliose de l’adolescence est une maladie fréquente, sérieuse et rebelle;
Il faut la soigner dès son apparition . Négligée elle peut faire des progrès rapides et engendrer des désordres irréparables, à savoir : une véritable bosse aussi disgracieuse que celle du mal de Pott et plus réfractaire à nos moyens d’action, un raccourcissement de la taille, et des complications
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viscérales ou des déformations du bassin particulièrement redoutables chez les jeunes filles.
La maladie est mal connue dans sa nature intime et ses origines.
Il me paraît évident, pour mon compte, qu’il s’agit là. d’un trouble de nutrition générale lié à l’anémie, à la chlorose, aux troubles digestifs qui marquent le passage difficile de l’enfance à la puberté ; perturbation qui est beaucoup plus fréquente et plus profonde chez les jeunes filles que chez les jeunes gens pour des raisons que l’on devine.
Ce trouble de nutrition peut frapper tous les organes et tous les tissus sans en atteindre aucun d’une manière spéciale.
Généralement il affecte davantage la colonne vertébrale parce que celle-ci subit à ce moment une poussée de croissance particulièrement active et qu’elle complète à cette époque son développement.
Ce trouble de nutrition se traduit par une moindre consistance de la substance ossseuse des vertèbres, ce qui les rend malléables et sujettes à se déformer sous l’action des multiples influences d’ordre statique et dynamique qui pèsent sur elles.
Il y a là un trouble de nutrition du système osseux comparable à celui du genu valgum de l’adolescence, à celui qui amène la torsion des tibias chez le petit enfant sous l’influence de la
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posée du corps, cette torsion ne se produisant pas s’il reste au repos.
Et cegenu valgum de l’adolescent est le traitd’union qui relie la scoliose essentielle des jeunes filles à la scoliose des tout petits enfants, celle-ci de nature rachitique.
Lors donc qu’on nous parle comme cause productrice de la scoliose, de la mauvaise attitude des jeunes filles, du myopisme, des contractures cervicales, de la surcharge invoquéepar les Allemands, de l’inégalité des membres inférieurs, il faut nous entendre. Ces influences s’exercent réellement, mais sur une colonne vertébrale qui est malléable et qui est impressionnable si je puis ainsi dire.
Est-ce que ces mêmes influences ne s’exerçaient pas avant l’adolescence ? Pourquoi donc n’est-ce qu’à cette époque qu’elles ont un effet fâcheux ?
La scoliose trahit donc un trouble de nutrition générale qui se manifeste principalement et parfois exclusivement sur le tissu osseux de la colonne vertébrale. Et cette notion sur la nature intime de la scoliose nous dirigera dans le choix d’un traitement.
Lorsqu’on nous demande s’il faut s’occuper des os ou des muscles, ou des ligaments dans la thérapeutique de cette maladie nous disons : Tous les tissus souffrent comme lorsqu’il s’agit d'une déviation des tibias chez les tout petits enfants rachitiques
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Nous devons nous occuper de modifier la nutrition générale comme dans ce dernier cas.
En modifiant la nutrition générale de l’organisme nous arriverons à supprimer cette malléabilité des os et à améliorer l’état des muscles et des tissus mous. Et d’autre part nous nous occuperons de faire cesser toutes les influences fâcheuses, d’ordre statique et dynamique, s'exerçant sur les os pour les déformer davantage. En même temps tous nos efforts doivent tendre à corriger dans la mesure du possible, la déviation déjà produite.
La thérapeutique de la scoliose comprendra donc un traitement général et un traitement local.
Lorsqu’il s’agit de traiter une déviation des jambes il n’y a pas l’ombre d’hésitation sur la conduite à tenir.
1° Comme traitement général, l’air marin et un régime alimentaire approprié (1).
2° Comme traitement local, le repos.
Si le repos ne suffit pas, on applique de petits appareils qui exercent (en même temps que le malade est au repos) une pression en sens inverse de la déviation.
Lorsqu’il s’agit d’une scoliose rachitique, nous faisons de même :
Traitement général identique et traitement local
(1) Voir chapitre XIII, Rachitisme.
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qui consiste dans le repos de la colonne vertébrale et dans la mise de celle-ci dans un appareil plâtré avec pression sur la bosse scoliotique, ce qui est d’autant plus utile que la colonne vertébrale est composée de chaînons mobiles les uns sur les autres.
Le traitement de la scoliose des adolescents devra être de même, en bonne logique, un traitement double: traitement général agissant sur la nutrition générale de l’organisme; air marin, régime spécial, antiseptiques intestinaux; et traitement local dont le premier article sera le repos et le deuxième la mise dans un appareil exerçant une pression en sens inverse de la déviation. — Cette pression étant nécessaire tout au moins pour les cas un peu accentués.
Que fait-on généralement ?
On permet la marche.
On permet les exercices de gymnastique ; non seulement on les permet, mais on les recommande; on oblige ces malheureux enfants scoliotiques à faire des séances de une ou plusieurs heures dans des gymnases spéciaux, des exercices à la barre, au trapèze, que sais-je?.... Quelle aberration !....
C’est comme si l’on obligeait un rachitique avec déviation des jambes à faire des marches forcées.
Ces petits rachitiques guérissent merveilleusement à Berck par le repos ; eh bien , à nos scoliotiques aussi nous recommandons le repos ; je n’ose
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pas dire le repos absolu, parce que ce traitement qui doit durer longtemps paraîtrait trop sévère pour une déviation qui se voit à peine, et pourtant en théorie, il vaudrait beaucoup mieux que ce repos fût absolu.
Dites vous bien que plus le repos que vous imposerez à votre enfant scoliotique se rapprochera du repos absolu, plus vous assurerez la guérison.
A mes scoliotiques, je recommande un repos de trois ou quatre heures par jour ; et les mères ont constaté bien vite que depuis ce moment l’état de leurs enfants s’améliore tandis qu’il s’aggravait avec la gymnastique que d’autres médecins leur imposaient précédemment.
Que fait le repos ? Non seulement il arrête, mais il corrige même les déviations de la colonne vertébrale, comme il corrige les déviations des jambes chez les enfants rachitiques.
A ce, repos on peut, pour modifier la nutrition locale des tissus malades, ajouter les massages des muscles du dos surtout des muscles de la convexité. Ét ce traitement suffit pour les formes initiales, si l’enfant consent à garder un repos presque absolu. Mais s’il demande l’autorisation de marcher, il faut le soutenir avec un appareil. On lui applique un corset inamovible : il empêche les massages, mais par contre il maintient sans discontinuité la correction et même l’hypercorrection de la déviation dorsale puisqu’on l’a appliqué dans
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cette attitude, et l’on a ainsi beaucoup plus de profit à demander un corset inamovible qu’un corset amovible en celluloïde, par exemple.
On fait l’appareil comme un corset de mal de Pott, les pieds posant à terre, le talon seul soulevé légèrement. Cela suffit à la première période de la scoliose et au début de la deuxième.
Avant que l’appareil ne soit solide on a infléchi, repoussé la colonne vertébrale vers le côté concave (le gauche généralement) en exerçant une pression assez vigoureuse sur la convexité ; cette pression se fait à travers l’appareil, ce qui n’empêche pas celui-ci d’être parfaitement toléré.
On ne fait pas le très grand appareil (voir le chapitre XI du Mal de Pott), mais le modèle n° 2 avec le col officier, ou même le petit corset.
Si l’on voulait soumettre l’enfant à un traitement sévère et très efficace on lui recommanderait ces deux choses : le repos et un grand appareil plâtré n°l; à défaut de celui-ci, bien qu’elle soit beaucoup moins efficace, nous accepterons l’emploi de la gouttière plâtrée. Cette gouttière est facile à fabriquer , il suffit de découper l’appareil plâtré que nous venons de décrire , en deux valves, la valve postérieure formera une gouttière très utile. La gouttière de Bonnet, mal construite, ne peut avoir ici aucune utilité. A défaut de gouttière plâtrée, on laisserait simplement le malade couché à plat sur une planche horizontale.
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Ce traitement ne manquera pas de soulever les récriminations et l’opposition des mères et vous entendrez leurs exclamations : Mais ma fille n’a presque rien ! c’est une déviation (fui ne se voit pas quand elle est habillée. Jamais je ne consentirai à la laisser traiter par le repos absolu, à la promener dans une voiturette comme si elle avait de la carie des os ! !.. ..
Il sera difficile de discuter; les parents n’accepteront jamais à cette période du début de la scoliose le traitement idéal que nous venons d’indiquer. Ils aimeront mieux s’en retourner au médecin qui leur aura dit : Mais il faut à votre fille la liberté, l’exercice, la gymnastique, elle se développera ainsi vigoureusement!... La mère est ravie de ce traitement qui va aider au développement magnifique de son enfant. On le lui a promis.
Mais, hélas! ce qui se développera surtout c’est, la déviation !...
Si l’on ne veut accepter ni le repos, ni la marche avec l’appareil plâtré que nous avons décrit, il faudra recourir à un moyen terme qui permettra de sauvegarder les apparences sans compromettre sérieusement le traitement de l’enfant.
On suivra pour cela non la lettre mais l’esprit du traitement que nous indiquons.
Pour le traitement général c’est facile; air marin, régime alimentaire très surveillé, un peu analogue à celui des enfants rachitiques, antisepsie du tube digestif.
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Comme traitement local : Pendant la nuit, qui sera aussi longue que possible, l’enfant sera couché à plat sur un lit très dur, avec une planche sous le matelas, et sans appui pour la tête.
Pendant la journée, on lui ménagera un repos de plusieurs heures dans la position couchée, soit sur un tapis posé sur le plancher, soit sur le sable de la plage, ou encore sur une chaise longue spéciale.
L’enfant pourra marcher, mais elle évitera les courses, les jeux violents et même les longues marches. S’il y a une course tant soit peu longue à faire, elle se fera en voiture.
Aux heures de travail, l’enfant aura, si cela se peut, une chaise à haut dossier mobile soutenant bien le dos, dossier qu’on peut incliner en avant à volonté, grâce à une charnière et à des vis. — Elle aura aussi un pupitre vertical, à 20 ou 25 cent, de la chaise, sur lequel on s’habituera à lire et même à écrire.
Cependant, même avec ce traitement, il faut que la scoliotique porte un petit corset, un corset plâtré, autant que possible, et, si la famille y répugne, un corset amovible en celluloïdejait sur un bon moulage en plâtre et pouvant exercer ainsi une certaine pression sur le côté le plus saillant. Ce dernier corset permet de faire des massages. Ces massages seront faits par un médecin masseur ou une personne de la famille éduquée par le méde-
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cin. J’ai dit que ces massages avaient pour résultat d’améliorer la nutrition de tous les organes de la colonne vertébrale, ils sont avantageux à ce titre, mais ils ne sauraient dispenser d’un corset les enfants qui marchent.
Surtout pas de suspensions à cette période de la scoliose, pas de gymnastique... tout au plus quelques mouvements très mesurés d’expansion de la cage thoracique.
Voilà le traitement de la scoliose à la première période.
Deuxième période. — - La colonne vertébrale est déjà courbée en S, l’épaule est plus haute, la hanche droite plus saillante ; lorsque la malade s’incline en avant, la déviation ne disparaît pas comme à la période précédente.
Nous instituerons le même traitement général que pour la scoliose à la première période.
Ici le traitement idéal dont nous avons parlé plus haut : le repos dans un appareil plâtré, serait encore bien plus indiqué.
Si ce traitement n’est pas accepté, si le malade veut absolument aller et venir, il lui faut un corset (col officier) qui sera construit dans la demisuspension ; on y ajoutera des pressions latérales énergiques faites à travers l’appareil avant la dessication de celui-ci. Il vaut mieux ne demander qu’une partie de la correction à la simple extension. Si la correction se fait en majeure » partie
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par des pressions latérales, elle est plus facile à conserver pour 1 enfant le jour où il sortira de l’appareil.
Outre le corset, sur les indications données par M. Kirmisson, certains chirurgiens ne manquent jamais de donner une chaussure surélevée à ces scoliotiques, et je veux m’expliquer sur ce point.
Quoi qu’on en ait dit, ce raccourcissement de Tune des deux jambes n’existe presque jamais primitivement à un degré suffisant pour modifier l’attitude de la colonne vertébrale. Les différences de quelques millimètres des deux jambes sont fréquentes, mais elles sont négligeables.
Lorsque le raccourcissement de l’une des deux jambes existe primitivement à un degré marqué, nous ne sommes plus en présence de la scoliose « essentielle » des adolescents.
Lorsque, au contraire, ce raccourcissement est secondaire à l’affection vertébrale, il est certain que du côté où le bassin s’incline, la jambe sera plus longue, comme à la première période de la coxalgie, l'inclinaison du bassin et l’allongement de la jambe correspondante sont liés l’un ù l’autre. Lorsqu’il s’agit de la coxalgie, il est naturel de corriger cette saillie de la hanche et cette inclinaison du bassin en agissant sur la jambe qui est, l’organe malade. Dans la scoliose, au contraire, le raccourcissement de la jambe est amené par la déviation du bas du tronc. Ce raccourcissement
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est l’effet et non la cause. La jambe qui est indemne de toute maladie n’est pas en réalité devenue beaucoup plus courte du jour au lendemain.
Si on met une semelle de 1 ou 2 centim., cette apparence de raccourcissement sera supprimée, c’est évident, mais pour très peu de temps. Car la scoliose n'aura pas été modifiée de ce fait, elle augmentera, et on sera obligé de mettre bientôt une chaussure de 3 ou 4 cent, et ainsi de suite, ce qui ne peut guère aller sans un trouble de la marche assez disgracieux. En bonne logique, il faudra condamner le malade pour l’avenir à cette chaussure, qui sera toujours à garder, toujours à modifier. On n’aura pas guéri le scoliotique, on aura tout au plus substitué une difformité à une autre ou plutôt ajouté une difformité à une autre.
A part les cas infiniment rares ou il existe un raccourcissement primitif de l’une des deux jambes, et alors il ne s’agit pas de scoliose essentielle, il faut rationnellement porter son attention et son effort sur la colonne vertébrale et non sur la jambe, si l’on veut guérir la scoliose; et, par contre, lorsqu’il existe une déviation vertébrale après la coxalgie, l’on n’agira pas évidemment sur les vertèbres, mais sur la jambe pour faire cesser la déviation du dos.
J’ai dit que si le scoliotique veut absolument marcher, il lui faut un corset.
Non pas un corset comme celui que fabriquent
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les orthopédistes et qui est absolument illusoire, plus qu’inutile, s’arrêtant h la ligne axillaire avec un point d’appui bien peu sérieux en bas sur les hanches, et en haut, pas d’autre point d’appui que les moignons des épaules qui fuient sous la poussée des béquillons et se dérobent; s’ils donnaient un appui de quelque valeur cette pression deviendrait intolérable bien vite, et encore, ce point d’appui fût-il sérieux, le corset laisserait en dehors de son action près de la moitié du rachis.
Ces corsets ne valent donc rien ou à peu près rien, et ils sont parfois nuisibles.
Quant aux manoeuvres de gymnastique, à la suspension seule, nous avons déjà dit ce que nous en pensons. Les manoeuvres d’assouplissement sont bonnes si elles ne sont qu’un stade de préparation à la contention du rachis dans un appareil plâtré.
Le traitement de beaucoup le meilleur, c'est le repos : l’appareil plâtré dans la position couchée.
Mais lorsque la famille n’accepte pas un traitement aussi sévère, voici ce que nous ferons :
Nous mettrons l’enfant dans la demi-suspension ; après une ou deux minutes d’attente, la déviation se corrige presque entièrement par cette simple demi-suspension. La suspension entière corrigerait peut-être mieux, mais distendrait trop le rachis, et après l’ablation de l’appareil, cette correction ne se maintiendrait pas. Il vaut mieux ne
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faire qu’une petite traction et compléter la correction par des pressions latérales.
La correction n’est pas entière, en effet, après cette demi-suspension ; une épaule (la droite généralement) reste encore un peu plus haute ; la voussure des côtes du même côté n’a pas complètement disparu, la hanche fait une certaine saillie.
On construit l’appareil sans se préoccuper de ce qui reste de la déviation. — Puis dès que le plâtre est appliqué, mais avant qu’il ne soit solide, le chirurgien et ses aides corrigent les déviations persistantes en appliquant les mains ici et là ; une main tire sur le bras droit pour abaisser le moignon de l’épaule; le chirurgien presse sur la saillie des côtes pour l’enfoncer et la repousser du côté gauche, il fait la contre-pression en appliquant l’autre main sur la partie antérieure et inférieure du côté opposé (le gauche) du thorax; un aide rentre la hanche saillante.
Cet appareil, c’est un corset à col officier qui est dissimulé par les vêtements; par son bord supérieur mousse, il prend un point d’appui sur la base du crâne, l’autre point d’appui est pris sur le bassin, mais au-dessous de la ligne bi-iliaque. Ces appareils peuvent agir sur les trois éléments de la déviation. Us sont bien tolérés et très utiles. On les renouvelle tous les trois ou quatre mois en moyenne pendant deux ou trois ans. Après quoi un corset plus petit encelluloïde est suffisant. On
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arrive encore ici à de très bons résultats par cette méthode.
3e 'période. — Nous sommes en présence d’une grosse scoliose à bosse latérale, tantôt globuleuse, tantôt allongée en forme de côtes de melon.
Que ferons-nous ici? Tout le monde dit : c’est incurable.
C’est incurable si l’on ambitionne une guérison complète; mais ces grosses scolioses peuvent cependant être améliorées.
11 est certain que nos moyens d’action sont ici limités, mais l’on peut arriver avec un effort persévérant, à modifier d’une manière appréciable ces grandes déviations.
Ici, c’est bien de l’avis de tout le monde que nous repousserons les exercices de gymnastique impuissants et plutôt fâcheux.
L’ambition et le désir des parents, en présence de ces déviations pour lesquelles on a fait tous les traitements d’une manière bien inutile, sans qu’on ait même réussi à en arrêter le progrès, leur désir est de trouver enfin un traitement qui empêche le mal d’augmenter.
Le repos dans un appareil plâtré, voilà le moyen.
L’appareil est construit dans la demi-suspension avec pressions latérales faites avant la consolidation du plâtre.
11 est peut-être plus sage de ne pas chercher une trop grandecorrection d’emblée ; ainsi, l’on ne
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fait qu’un traitement d’une bénignité absolue et, en limitant ses ambitions, dans ces cas si avancés, on arrive encore à un résultat réel et constant.
Je m’explique :
Même ici, on pourrait arriver à effacer la déviation en très grande partie, en mettant le malade sous le chloroforme et en exerçant une forte pression sur les saillies de la colonne vertébrale et des côtes, l’on pourrait réussir à appliquer un appareil plâtré dans la presque rectitude du tronc. Mais si nous avons affaire à des scolioses vieilles de 6, 8, 10 ans, voici ce qui arrive :
L’appareil maintient les organes et les tissus dans un état de tension telles qu’il n’est pas toléré par le malade ; on est obligé de couper l’appareil au menton et de l’ouvrir souvent sur sa partie médiane antérieure. Dès que ces modifications y sont apportées, le tronc n’est plus suffisamment maintenu, il peut reprendre au moins en grande partie sa mauvaise attitude, et voila que ce bénéfice et cette correction qu'on s’était donné tant de mal à obtenir, l’on est obligé de les laisser se perdre, au moins partiellement.
Il vaut mieux proportionner son effort et sa traction à la tolérance du malade.
En ne corrigeant que partiellement la déviation par étapes successives, on est sûr que la distension des tissus n’est pas telle que le malade ne puisse la supporter dans les premiers jours, et s’y accou-
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fumer petit à petit, de manière à ne plus être gêné bientôt ni par cette tension ni par l’appareil plâtré qui la maintient.
C’est dans ce sens que nous avons modifié notre manière de faire ancienne (1).
Nous ne faisons plus, comme autrefois, de vigoureuses tractions du rachis h l’aide de la machine construite à cet usage par Mathieu, sur nos indications ; nous mettons simplement le malade dans la suspension, et nous exerçons comme il a été dit des pressions latérales sur les saillies du rachis, du thorax et du bassin.
C’est avec un grand appareil de mal de Pott dont l’extrémité supérieure emboîte le crâne, que nous maintenons cette correction.
Avec cet appareil, le malade conservera le repos absolu ; il ne sera autorisé à marcher que lorsque son état général souffrira du repos complet. Mais on devine que dans la station debout la pression qui s’exerce sur la base du crâne et sur le menton puisse déformer celui-ci momentanément. Ce n’est donc que lorsque la santé générale l’exigera d’une manière impérieuse que le malade marchera.
Tous les trois mois l’appareil est renouvelé, mais on conserve le grand corset pendant une année.
(1) Voir notre mémoire sur la correction opératoire des scolioses graves (Masson, 1897).
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Pendant l’année suivante, on applique un appareil à col officier que l’on peut conserver une deuxième, une troisième année, si l’on ambitionne un bénéfice plus grand. Après quoi l’on applique un petit corset à « épaulières. »
J’ai eu des sujets à scoliose grave qui ont été très améliorés par ce traitement, mais leur gibbosité était tellement horrible avant l’intervention qu’ils ne peuvent encore et, malgré tout, produire une impression de guérison parfaite. Ce n’est que par la comparaison des photographies du dos de ces grands scoliotiques avant et après le traitement, qu’on a réellement le droit de se déclarer satisfait.
Ce traitememt ne guérit certes pas ces scolioses trop anciennes, mais il arrête la déviation et l’atténue assez notablement dans la proportion de plus d’un tiers dans la grande majorité des cas.
C’est assez modeste, dira-t-on, mais lorsqu'on songe à ce que donnent les autres moyens thérapeutiques, l’on peut être content.
Les autres moyens en effet, c’est la gymnastique, les petits corsets d’orthopédiste, les manœuvres d’assouplissement quotidiennes faites sur des tables spéciales ; chaque auteur ayant bien entendu la sienne, qu’il déclare la seule bonne, estimée d’autant meilleure par le gros public qu’elle est plus compliquée et plus incompréhensible. Or je tiens de la bouche même de deux des plus grands
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orthopédistes de l’Allemagne que jamais ils n’ont obtenu un semblant de résultat par ces fameux appareils de « détorsion », moyens, qu’ils continuent pourtant à employer, parce qu’il/atf£ bien avoir l'air de faire quelque chose.
Je conviens, par contre, que le traitement que je préconise est plus laborieux et plus difficile.
C’est encore ici qu’il faut être cuirassé pour ne pas se laisser aller au découragement.
Si l’on n’écoutait que son bien-être, l’on se refuserait toujours à s’occuper de ces vieilles scolioses qui, quoiqu’il advienne, ne donneront jamais un résultat glorieux, ni même équivalent à la peine qu’on s’est donnée pour l’obtenir, et on leur opposerait un non possumus commode pour nous, mais désespérant pour le malade.
Quant à moi, en pareil cas comme dans beaucoup d’autres, j’expose la situation aux parents du maladeet à celui-ci — leur disant bien, qu’on n’obtient, après un traitement qui sera long, qu’un résultat très relatif et modeste.
Je les engage à bien réfléchir pendant 4 à 6 semaines, à voir d’autres malades qui se sont déjà soumis à ce traitement, et leur laisse après cette période de réflexion et d’examen le soin de se décider pour ou contre ce traitement . Si après ces longues réflexions, les parents et les malades qui sont généralement des sujets d’un certain âge ayant droit de vote, si, dis-je, les parents et le
il*
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malade le demandent, je consens à entreprendre ce traitement si laborieux pour le chirurgien, le seul à ma connaissance qui puisse donner un résultat.
Cyphose.
Je ne fais que mentionner la cyphose ou dos rond qui se traite de même par le repos et des corsets inamovibles d’abord, puis amovibles (en celluloïde).
Même traitement général que pour la scoliose : air marin, régime alimentaire très surveillé, antisepsie de l’estomac et de l’intestin.