LVI
En revenant des Charmettes, j'allai me promener sûr la route du Piémont, dans l'espoir d'y rencontrer la voiture de ^Gustave. En effet, je ne fus pas longtemps sans voir arriver au galop l'ami Germain. 11 m'apprit que monsieur voyageait avec l'aide de camp Bessières, que tous deux seraient dans une demi-heure à Ghambéri, et que monsieur lui avait bien recommandé de les faire descendre dans une autre auberge que celle où je devais lui avoir retenu un logement. Je compris, à cette recommandation, que mon maître voulait laisser ignorer à son camarade que madame de Verseuil fût à Ghambéri et j'allai l'attendre avec Germain à l'hôtel de Genève. A peine y fut-il descendu, que prétextant la nécessité d'aller rendre visite à d'anciens amis de sa mère, Gustave prit congé de son compagnon de voyage, en lui promettant de se trouver à l'heure convenue pour se remettre en route.
Je le conduisis alors chez madame de Verseuil. Pendant le court chemin que nous fimes, il me remercia de mes soins pour sa chère Athénaïs ; mais, tout en me parlant du bonheur de la revoir, tout en me questionnant sur elle, je lui trouvai un air soucieux que j'attribuai à l'ennui qu'il éprouvait chaque fois qu'il était contraint de mentir, et de donner à ses actions toutes les allures de l'intrigue. Je n'avais que le meilleur compte à lui rendre de la conduite de madame de Verseuil, depuis qu'il l'avait remise à mes soins ; mais je ne
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sais quoi m'empêchait de toi partes dé la passion qu'elle avait pour lui : je n'en connaissais pas assez bien Ja valeur; et mon aileooe * te sujet était prévue fine médisance. Cependant je vantai son courage k supporter sa nouvelle situation; ses projets de retraite, sou gtt&t pour la lecture et les arts; enfin, j'en dis tout ce qui pouvait lé flatter; excepté :
« Elle ne vil que pour vous * ; et, pour un amant, cet éloge de moins déftuif rèfifet de toits le» autres. f
Gustave était impatiemment attendu; car, après la scène qui s'était passée à Vérone, cette entrevue devait décider du sort de madame de Verseuilj fois doute elle en obtint le succès que son cœur espérait, car je la vis bientôt après les yeux brillant de joie. Mon maître aussi me parut plus content;- il est vrai qu'il me partait du plaisir d'embrasser bientôt sa mère, et me prescrivait use foule de démarches pour lui faire pressentir notre prochain retour, et la préparer à cette heureuse surprise. Je fus dépêché en avant, avec Tordre de descendre chez M. de Léouville ; car nous pensions que si madame de Révanfte me voyait arriver ainsi seul, elle ne manquerait pas de croire sou fil» mort, ou, tout au moins, dangereusement blessé. Mes instructions portaient encore la location d'un appartement agréable, et situé le plàs près possible delà maison de madame deRév&nne. Jfe devais le louer au nom de mtdame de Mézières ( c'était celui 4ue portait madame de Verseuil avant sou mariage ), et je devais surtout garder le plus profond silence sur les inofâfe qui amenaient cette jeune dame à Paris.
Pendant que mou maître me traçait totft de plâti, je hasardai quelques réflexions sur la difficulté de conserver longtemps le secret de s» liaison avec madame de Verseuil*.
— 11 est pourtant fort essentiel, médit Gustave, d'en sauver les apparences, jusqu'au moment où il nous sera permis de la sanctifier; car le général pourrait s'en faite un titre pour nous intenter un procès scandaleux.
— Pensea-voua qu'il redemande sa femme, après ce* qui s'eBt passé?
— Non ; mais il se plairait & la dêebOno&f , et je ne pourrais prendra sa défense qtfe* Iffcêmprémeffenf.
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— Il ast vrai, répondis-je en «ecouaot la .tête. L'affaire est .délicate; et peut-être, feriez-vopg bien de consulter à ce sujet quelque ami dont l'expérience vous servirait de guide : IL de îépnville, par exemple, *
rr- Mon, }q lecpanais : son amitié pottr ma famille lui ferait craindre pour moi les suites d'une union formée sous de tels auspices. Il cherchait. £ jtfe;n détowner, sans penser que l'honneur m'en fait un devoir; et nous «ariens à ce eujet des discussions aussi désagréables qu'inutiles. Hm parti est pris. Je prévois tentes les résistances qu'il faudra braver peur Je maintenir; jmaw jepe saurais être heureux qu'en sacrifiant tgut à la fçjnige qui a topt sacrifié pour moi, Chaun entend $on bonheur p ça guise ; et je sens que j'endurerais fort impatiemment les discours qig tendraient à me prouver que j'ai tort d'agir selon mon cœur.
Je pris ma part de eette déclaration, et ne répliquai rien ; wais, comme eette guoière d'imposer silence est celle qu'on emploie d'ordinaire pour s'épargner d'entendre les raisonnements qu'on se fait à soi-même, j'en conclusqueœon maître ne sç dissimulait aucun djes ineonyéuie&to attachés à sa résolution, et jetfe plaignis sipcèrement de ne plus voir, daae son amoureuse folie, que PaccompUssemeoi d'un de voir .
J'allais retrpuver $, Paris mes camarades, ma gentille Louise, et je fis prompten^ent lg route, paalgré les paysans qui m'arrêtaient à chaque village pour me demander des nouvelles de l'armée, filles étaient alors si belles à raconter, ftue le pepple ne m lisait pas de les entendre ; mais je me contentais de dire à chaque relai : Mantoue est prise; Bonaparte esj; vainqueur; ïïtiùb e# jl mw, vive 1* JtépuMique! $t je repartais au galop,
j'élis à moit# mort fa feJigç/e m arriyant riiez M. de Léonyille. Il m reçut cqpyne £e wr^w $um bewie nouvelle, me fit donner à déjeuner, et un bon lit pour me renoser pendant qu'^ji ir?it voir mfyterçe 4e Rév^nuÊ. Giaq heures après, on eut ta?*! de 1$ pe^ne à ja ? (5ypjB$r flwr me dire de aae rea- 4re sur-fe-çh^mp cfegz elle, je Jp trouvai sous le péristyle du graii4 escalier, glle £t#i$ mme afc-fjgfast de. mai jusque-là
jm? w § uvfif^pA^ timm miasmto teww de aomp*-
ser mon visage, si je venais la tromper sur l'état de son fils; car tous les amours sont soupçonneux, et l'amour maternel ne laisse guère plus de repos que l'autre : mais j'avais l'air si franchement heureux en annonçant à madame de Révanne l'arrivée de mon maître, que toutes ses craintes se dissipèrent.
— Il sera ici demain matin, dites-vous?
— Oui, madame.
— Eh bien, mon cher Victor, vous commanderez mes chevaux pour dix heures. J'irai à sa rencontre.
— Û fait bien froid, madame, répondis-je avec embarras; et, d'ailleurs, je ne sais pas positivement la route qu'il a prise en sortant de Lyon* S'il arrivait par Melun, tandis que madame ira l'attendre sur le chemin de Fontainebleau?
— Non. S'il revient avec Bessières, et qu'ils soient tous deux chargés de dépêches, ils prendront le chemin le plus court, et je suis sûre de les rencontrer.
— Ah! mon Dieu! pensai-je, elle va peut-être le voir ramenant madame de Verseuil. Gustave 'sera désespéré de cette rencontre; il m'accusera de ne ravoir point empêchée, d'avoir mal gardé son secret. Et, pendant que ces idées me passaient par la tête, madame de Révanne, qui remarquait mon trouble, me dit avec inquiétude :
— Toutes les raisons que vous me donnez là pour ne point aller au-devant de mon fils sont trop mauvaises pour n'en pas cacher une meilleure. On craint que je ne sois frappée en le voyant... il est blessé!...
— Il est en parfaite santé, je vous le jure, madame, répondis-je, einpre8sé de dissiper l'effroi qui s'emparait d'elle. Je voulais simplement prévenir les désirs de mon maître, en évitant à madame une course très-fatigante par le temps qu'il fait.
— Je vous crois, Victor, reprit madame de Révanne d'un ton plus calme. Je ne douterai jamais de la parole d'un homme qui a tenu si fidèlement sa promesse avec moi; car je sais tous vos soins pour mon fils, et votre dévouement vous répond de notre reconnaissance. Les bons serviteurs font partie
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des familles, et nous nous arrangerons pour que vous n'ayez jamais le désir de quitter la nôtre.
— Jamais! madame... repris-je d'une voix étouffée; jamais!... *
Et je me retirai pour cacher l'émotion qui m'oppressait; car l'avenir le plus brillant ne m'aurait pas flatté si sensiblement que l'assurance de consacrer ma vie à cette excellente mère.
Louise m'attendait ; je courus l'embrasser. Elle me parut embellie, et je fus frappé de sa tournure distinguée et de je ne sais quel changement dans ses manières qui lui donnait plutôt l'air d'une demoiselle de compagnie que d'une soubrette; je lui en fis compliment : elle me dit :
— Vous me trouvez mieux, n'est-ce pas? Cela est tout simple ; pendant votre absence, madame m'a fait apprendre l'orthographe, la broderie, le dessin, et comme je m'appliquais beaucoup à tout cela dans l'idée que vous en seriez content, elle m'a dit que si je continuais à bien travailler, elle me chargerait de la première éducation d'un petit enfant auquel elle s'intéresse; que je relèverais sous ses yeux, dans un joli appartement qu'elle fait arranger tout près du sien ; que j'aurais les gages d'une gouvernante, et que je deviendrais alors un assez bon parti pour...
Ici Louise baissa les yeux, et je la serrai contre mon cœur...
— Oui, lui dis-je, seconde les vues de cette bonne maltresse, rends-toi digne de ses bienfaits, et tu seras après elle ce que j'aimerai le plus au monde. Mais quel est cet enfant que l'on doit te confier?
— Quoi! Victor ne le devine pas?
— Ma foi, non.
— Tant pis, car je ne saurais le dire.
— Quel âge a-t-il?
— Déjà plus d'un an.
— Ah! j'y suis, m'écriai-je. Il doit être charmant?
— Beau comme un ange.
— Gomment se porte sa mère?
~ Assez; mal ; elle a passé tant de nuits à veiller sou mari