‹ Les malheurs de SophieChapitre 24 sur 30 · LA DAME · texte numérisé non relu

LA DAME

Et pourtant la boîte est vide, chère madame; il est certain que quelqu'un l'a vidée. »

Le cœur de Sophie battait avec violence pen-

dant cette conversation ; elle se tenait cachée derrière tout le monde, rouge comme un radis et tremblant de tous ses membres.

Mme de Réan, la cherchant des yeux et ne la voyant pas, appela : « Sophie, Sophie, où es-tu? »

Comme Sophie ne répondait pas, les dames derrière lesquelles elle était cachée, et qui la savaient là, s'écartèrent, et Sophie parut dans un tel état de rougeur et de trouble, que chacun devina sans peine que le voleur était elle-même.

(c Approchez, Sophie », dit Mme de Réan.

Sophie s'avança d'un pas lent; ses jambes tremblaient sous elle.

MADAME DE RÉAN

Où avez-vcus mis les choses qui étaient dans ma boîte?

SOPHIE, tremblante.

Je n'ai rien pris, maman, je n'ai rien caché.

MADAME DE RÉAN

11 est inutile de mentir, mademoiselle ; rapportez tout à la minute, si vous ne voulez être punie comme vous le méritez.

SOPHIE, pleurant.

Mais, maman, je vous assure que je n'ai rien pris.

MADAME DE RÉAN

Suivez-moi, mademoiselle.

Et, comme Sophie restait sans bouger, Mme de Réan lui prit la main et l'entraîna malgré sa résistance dans le salon à joujoux. Elle se mit à cher-

cher dans les tiroirs de la petite commode, dans l'armoire de la poupée; ne trouvant rien, elle commençait à craindre d'avoir été injuste envers So= phie, lorsqu'elle se dirigea vers la petite table.

Sophie trembla plus fort lorsque sa maman, o vrant le tiroir, aperçut tous les objets de sa bu à ouvrage, que Sophie avait cachés là.

Sans rien dire, elle prit Sophie et la fouet comme elle ne l'avait jamais fouettée. Sophie ci

beau crier, demander grâce, elle reçut le fouet do la bonne manière, et il faut avouer qu'elle le méritait.

Mme de Réan vida le tiroir et emporta tout ce qu'elle y avait trouvé, pour le remettre dans sa boite, laissant Sophie pleurer seule dans le petit salon.

Elle était si honteuse qu'elle n'osait plus rentrer pour diner; et elle fit bien, car Mme de Réan lui envoya sa bonne pour l'emmener dana sa chambre, où elle devait dîner et passer la soirée. Sophie pleura beaucoup et longtemps; là bonne, malgré ses gâteries habituelles, était indignée et l'appelait voleuse.

« Il faudra que je ferme tout à clef, disait-elle, de peur que vous ne me voliez. Si quelque chose se perd dans la maison, on saura bien trouver le voleur et on ira tout droit fouiller dans vos tiroirs. »

Le lendemain, Mme de Réan fit appeler Sophie.

« Écoutez, mademoiselle, lui dit-elle, ce que m'écrivait votre papa en m'envoyant la boîte à ouvrage.

H Ma chère amie, je viens d'acheter une chai'- (c mante boîte à ouvrage que je vous envoie. Elle « est pour Sophie, mais ne le lui dites pas et ne (c la lui donnez pas encore. Que ce soit la récom- « pense de huit jours de sagesse. Faites-lui voir « la boîte, mais ne lui dites pas que je l'ai achetée « pour elle. Je ne veux pas qu'elle soit sage par

(( intérêt, pour gagner un beau présent; je veux « qu'elle le soit par un vrai désir d'être bonne. ...»

(c Vous voyez, continua Mme de Réan, qu'en me volant, vous vous êtes volée vous-même. Après ce que vous avez fait, vous auriez beau être sage pendant des mois, vous n'aurez jamais cette boîte. J'espère que la leçon vous profitera et que vous ne recommencerez pas une actk)n si mauvaise et si honteuse. »

Sophie pleura encore, supplia sa maman de lui pardonner, La maman finit par y consentir, mais elle ne voulut jamais lui donner la boîte; plus tard elle la donna à la petite Elisabeth Chêneau, qui travaillait à merveille et qui était d'une sagesse admirable ,

Quand le bon, l'honnête petit Paul apprit ce qu'avait fait Sophie, il en fut si indigné qu'il fut huit jours sans vouloir aller chez elle. Mais, quand il sut combien elle était affligée et repentante, et combien elle était honteuse d'être appelée voleuse, son bon cœur souffrit pour elle ; il alla la voir ; au lieu de la gronder, il la consola et lui dit :

<c Sais-tu, ma pauvre Sophie, le moyen de faire oublier ton vol? C'est d'être si honnête, qu'on ne puisse pas même te soupçonner à l'avenir. »

Sophie lui promit d'être très honnête, et elle tint parole.

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