‹ Les malheurs de SophieChapitre 25 sur 30 · L'ANE · texte numérisé non relu

L'ANE

Sophie avait été très sage depuis quinze jours ; elle n'avait pas fait une seule grosse faute; Paul disait qu'elle ne s'était pas mise en colère depuis longtemps ; la bonne disait qu'elle était devenue obéissante. La maman trouvait qu'elle n'était plus ni gourmande, ni menteuse, ni paresseuse, elle voulait récompenser Sophie, mais elle ne savait pas ce qui pourrait lui faire plaisir.

Un jour qu'elle travaillait, sa fenêtre ouverte, pendant que Sophie et Paul jouaient devant la maison, elle entendit une conversation qui lui apprit ce que désirait Sophie.

PAUL, s' essuyant le visage,

Uue j'ai chaud, que j'ai chaud! je suis en nage.

SOPHIE, S essuyant de même.

Et moi donc! Et pourtant nous n'avons pas fait beaucoup d'ouvrage.

PAUL

C'est (jue nos brouettes sont si petites!

Si nous prenions les grosses brouettes du potager, nous irions plus vite.

PAUL

Nous n'aurions pas la force de les traîner : j'ai voulu un jour en mener une; j'ai eu de la peine à l'enlever, et, quand j'ai voulu avancer, le poids de la brouette m'a entraîné, et j'ai versé toute la terre <{ui était dedans.

SOPHIE

Mais notre jardin ne sera jamais fini ; avant de le bêcher et de le planter, nous devons j traîner plus de cent brouettes de bonne terre, Et il y a si loin pour l'aller chercher (

PAUL

Que veux-tu? Ce sera long, mais nous finirons par le faire.

SOPHIE

Ah! si nous avions un âne, comme Camille et Madeleine de Fleurville, et une petite charrette! c'est alors que nous ferions de l'ouvrage en peu de temps !

PAUL

C'est vrai! Mais nous n'en avons pas. 11 faudra bien que nous fassions l'ouvrage de l'âne.

SOPHIE

Écoute, Paul, j'ai une idée,

PAUL, 7nant, Oh! SI tu as une idée, nous sommes sûrs de faire quelque sottise, car tes idées ne sont pas fa= meuses, en général.

SOPHIE, avec impatience.

Mais écoute donc, avant de te moquer. Mon idée est excellente. Combien ma tante te donne-t-elle d'argent par semaine?

PAUL

Un franc ; mais c'est pour donner aux pauvres, aussi bien que pour m' amuser.

SOPHIE

Bon! moi, j'ai aussi un franc; ce qui fait deux bancs pai' semaine. Au lieu de dépense!' notre argent, gardons-le jusqu'à ce que nous puissions acheter un âne et une charrette.

PAUL

Ton idée serait bonne si, au Heu de deux francs, nous en avions vingt : mais avec deux francs nous ne pourrions plus rien donner aux pauvres, ce qui serait mal, et puis il nous faudrait attendre deux ans avant d'avoir de quoi acheter un âne et une voiture.

SOPHIE

Deux francs par semaine, combien cela fait-il par mois?

PAUI,.

.le ne sais pas m juste, mais je sais que c'est

Df. SÉGcr.. — Les Jlalheurs de Sophie. 13

SOPHIE, réfléchissant.

Eh bien! voilà une autre idée. Si nous demandions à maman et à ma tante de nous donner tout de suite l'argent de nos étrennes?

Elles ne voudront pas.

SOPHIE

Demandons-le toujours.

PAUL

Demande si tu veux; moi j'aime mieux attendre ce que te dij'a ma tante; je ne demanderai que si elle dit oui.

Sophie courut chez sa maman, qui fit semblant de n'avoir rien entendu.

« Maman, dit-elle, voulez-vous me donner d'avance mes étrennes?

MADAME DE RÉ AN

Tes étrennes? je ne peux pas te les acheter ici; c'est à notre retour à Paris que je les aurai.

SOPHIE

Oh! maman, je voudrais que vous me donniez l'argent de mes étrennes; j'en ai besoin. —

MADAME DE RÉ AN

Comment peux-tu avoir besoin de tant d'argent? si c'est pour les pauvres, dis-le-moi, je donnerai ce qui est nécessaire : tu sais que je ne te refuse jamais pour les pauvres.

SOPHIE, embarrassée.

Maman, ce uVsf pas pour Io« pauvrps; ceêl..., e est pour acheter un âne.

Pour quoi faire, un âne?

SOPHIE

Oh! maman, nous en avons tant besoin, Paul et moi! Voyez comme j'ai chaud; Paul a encore plus chaud que moi. C'est parce que nous avons brouetté de la terre pour notre jardin.

MADAME DE RÉAN, viant.

Et tu crois qu'un âne brouettera à votre place?

SOPHIE

Mais non, maman! je sais bien qu'un âne ne peut pas brouetter; c'est que je ne vous ai pas dit qu'avec l'âne il nous faudrait une charrette, nous y attellerons notre âne et nous mènerons beaucoup de terre sans nous fatiguer.

31 AD AME DE RÉAN

J'avoue que ton idée est bonne.

SOPHIE, battant des mains.

Ah! je savais bien qu'elle était bonne.... Paul, Paul ! ajouta-t-elle, appelant à la fenêtre.

MADAME DE RÉAN

Attends avant de te réjouir. Ton idée est bonne, mais je ne veux pas te donner l'argent de tes étrennes.

SOPHIE, consternée.

Mais alors. . . comment ferons-nous?. . .

MADAME DE RÉAN

Vous resterez bien tranquilles et tu continueras d être bien sage pour mériter l'âne et la petite voiture, que je vais te faire acheter le plus tôt possible.

SOPHIE, sautant de joie et embrassant sa maman.

Quel bonheur! quel bonheur! Merci, ma chère maman. Paul, Paul! nous avons un âne, nous avons une voiture.... Viens donc, vite!

PAUL, accourant.

Oij ^onc, où donc? Oii sont-ils?

SOPHIE

Maman nous les donne; elle va les faire acheter.

MADAME DE RÉ AN

Oui, je vous les donne à tous deux : à toi, Paul, pour te récompenser de ta bonté, de ton obéissance, de ta sagesse; à toi, Sophie» pour t'encourager à imiter ton cousin et à te montrer toujours douce, obéissante et travailleuse, comme tu Tes depuis quinze jours. Venez avec moi chercher Lambert ; nous lui expliquerons notre affaire et il nous achètera votre âne et votre voiture. »

Les enfants ne se le firent pas dire deux fois, ils coururent en avant; ils trouvèrent Lambert dans la cour, où il mesurait de Favoine qu'il venait d'acheter. Les enfants se mirent à lui expliquer avec tant d^animation ce qu'ils voulaient, ils parlaient ensemble et si vite, que Lambert n'y comprit rien. M regardait avec étonnement les enfants et Mme de Réan, qui prit enfin la parole, et qui expliqua la chose à Lambert.

SOPHIE

Allez tout de suite, Lambert, je vous ea prie; il nous faut notre âne tout de suite, ^vant de dtner.

LAMBERT, rinnl.

Un âne ne se trouve pas comme une baguette, mademoiselle. Il faut que je sache s'il y en a à vendre, que je coure dans tous les environs, pour vous en avoir un bien doux, qui ne rue pas, qui ne morde pas, qui ne soit point entête, qui ne soit ni trop jeune ni trop vieux.

SOPHIE

Dieu, que de choses pour un âneî Prenez le premier que vous trouverez, Lambert; ce sera plus tôt fait.

LAMBERT

Non, mademoiselle, je ne prendrai pas le premier venu : je vous exposerais à vous faire mordre ou à recevoir un coup de pied.

SOPHIE

Bah! bah! Paul saura bien le fendre sage.

PAUL

Mais pas du tout; je ne veux pas mener un àne qui mord et qui rue.

MADAME DE RÊAÎH.

Laissez faire Lambert, mes enfants; vous verrez que votre commission sera très bien faite. Il s'y connaît et il ne ménage pas sa peine.

PAUL

Et la voiture^ ma tante? Comment pourra-t-on en avoir une assez petite pour y atteler l'âne?

LAMBERT

Ne vous tourmentez pas, monsieur Paul : en attendant que le charron en fasse une, je vous prê-

tepai ma grande voiture à chiens ; vous la garderez tant que cela vous fera plaisir.

PAUL

Oh! merci, Lambert; ce sera charmant.

SOPHIE

Partez, Lambert, partez vite.

MADAME DE RÉAN

Donne-lui le temps de serrer son avoine; s'il la laissait au milieu de la cour, les poulets et les oiseaux la mangeraient.

Lambert rangea ses sacs d'avoine au fond de la grange et, voyant l'impatience des enfants, partit pour trouver un âne dans les environs.

Sophie et Paul croyaient qu'i! allait revenir très promptement, ramenant un âne; ils restèrent devant la maison à l'attendre. De temps en temps ils allaient voir dans la cour si Lambert revenait; au bout d'une heure ils commencèrent à trouver que c'était fort ennuyeux d'attendre et de ne pas jouer. PAUL, bâillant.

Dis donc, Sophie, si mous allions nous amuser <lans notre jardin?

SOPHIE, bâillant.

Est-ce que nous ne nous amusons pas ici? PAUL, bâillant.

II me semble que non. Pour moi, je sais que je u ' m'amuse pas du tout.

SOPHIE

î'.l si Lambert arrive avec l'âne, nous ne le verrons pas.

LES MALHEURS DE SOPHIE 19h

PAUL

Je commence à croire qu'il ne reviendra pas si tôt.

SOPHIE

Moi, je crois, au contraire, qu'il va arriver.

PAUL

Attendons, je veux bien,... mais (il bâille)... c'est biQn ennuyeux.

SOPHIE

Va-t'en, si tu t'ennuies; je ne te demande pas de rester, je resterai bien toute seule.

PAUL, après avoir hésité.

Eh bien! je m'en vais, tiens; c'est trop bête de perdre sa journée à attendre. Et à quoi bon? Si Lambert ramène un âne, nous le saurons tout de suite ; tu penses bien qu'on viendra nous le dire dans notre jardin. Et s'il n'en ramène pas, à quoi sert de nous ennuyer pour rien?

SOPHIE

Allez, monsieur, allez, je ne vous en empêche pas.

Ah bah! tu boudes sans savoir pourquoi. Au revoir, à diner, mademoiselle grognon.

SOPHIE

Au revoir, monsieur malappris, maussade, désagréable, impertinent.

PAUL fait un signe moqueur.

Au revoir, douce, patiente, aimable Sophie!

Sophie courut à Paul pour lui donner une tape ; mais Paul, prévoyant ce qui allait arriver, était

déjà parti à toutes jambes. Se retournant pour voi; si Sophie le poursuivait, il la vit courant après lui avec un bâton qu'elle avait ramassé. Paul courut plus fort et se cacha dans le bois. Sophie, ne le voyant plus, retourna devant la maison.

« Quel bonheur, pensa-t-elle, que Paul se soit sauvé, et que je n'aie pas pu l'attraper! je lui aurais donné un coup de bâton qui lui aurait fait mal; maman Taurait su, et n'aurait plus voulu me donner mon âne ni ma voiture. Quand Paubreviendra, je l'embrasserai.... U est très bon,... mais il est tout de même bien taquin. »

Sophie continua à attendre Lambert jusqu'à ce que la cloche eût sonné le dîner.

Elle rentra fâchée d'avoir attendu si longtemps pour rien. Paul, qu'elle retrouva dans sa chambre ^ la regarda d'un air un peu moqueur.

« T'es-tu bien amusée? lui dit-il .

sopmE.

Non; je me suis horriblement ennuyée, et tu avais bien raison de vouloir t'en aller. Ce Lambert ne revient pas ; c'est ennuyeux !

Je te l'avais bien dit.

SOPHIE

Eh oui, tu me l'avais bien dit, je le sais bien. Mais c'est tout de même fort ennuyeux. y>

On frappe à la porte. La bonne crie : « Entrez ». La porte s'ouvre, Lambert paraît. Sophie et Paul poussent un cri de joie.

« Et Tâne, et Tàne? demandent-ils.

LAMBERT

Il n'y a pas d'âne à vendre dans le pays, mademoiselle; j'ai toujours marché depuis que je vous ai quittés ; je suis entré partout où je pensais trouver un âne. Je n'ai rien trouvé.

SOPHIE, pleurant.

Quel malheur, mon Dieu, quel malheur! Comment faire à présent?

LAMBERT

Mais il ne faut pas vous désoler, mademoiselle; nous en aurons un, bien sûr; seulement il faut attendre.

PAUL

Attendre combien de temps?

LAMBERT

Peut-être une semaine, peut-être une quinzaine, cela dépend. Demain j*irai au marché, à la ville; peut-être trouverons-nous un bourri.

PAUL

Un bourri! qu'est-ce que c'est que ça, un bourri?

LAMBERT

Tiens, vous qui êtes si savant, vous ne savez pas cela? Un bourri, c'est un âne.

SOPHIE

C'est drôle, un bourri ! je ne savais pas cela, moi non plus.

LAMBERT

kh\ voilà, mademoiselle! on devient »avant à

mesure qu'on grandit. Je vais trouver votre maman pour lui dire que demain, de grand matin, faut que j'aille au marché pour le bourri. Au revoir, monsieur et mademoiselle. »

Et Lambert sortit, laissant les enfants contrariés de ne pas avoir leur âne.

« Nous l'attendrons peut-être longtemps! » dirent-ils en soupirant.

La matinée du lendemain se passa à attendre Tàne. Mme de Réan avait beau leur dire que c'est presque toujours comme cela, qu'il est impossible d'avoir tout ce qu'on désire et à la minute qu'on le désire, qu'il faut s'habituer à attendre et même quelquefois à ne jamais avoir ce dont on a bien envie; les enfants répondaient : « C'est vrai », mais ils n'en soupiraient pas moins, ils regardaient avec la même impatience si Lambert revenait avec un âne. Enfin, Paul, qui était à la fenêtre, crut entendre au loin un hi han ! hi han ! qui ne pouvait venir que d'un âne.

« Sophie, Sophie, s'écria-t-il, écoute. Entendstu un âne qui brait? C'est peut-être Lambert.

MADAME DE RÉAN

Peut-être est-ce un âne du pays, ou un âne qui passe sur la route.

SOPHIE

Oh! maman, permettez-moi d'aller voir si c'est Lambert avec le bourri.

MADAME DE RÉAN

Le bourri? qu'est-ce que c'est que cette manière

de parler? ïl n'y a que les gens de la campagne qui appellent un âne un bourri.

PAUL

Ma tante, c'est Lambert qui nous a dit qu'un âne s'appelait un bourri : il a même été étonné que nous ne le sachions pas,

MADAME DE RÉ AN

Lambert parle comme les gens de la campagne, mais, vous qui vivez au milieu de gens plus instruits, vous devez parler mieux.

SOPHIE

Oh ! maman, j'entends encore le hi han ! de l'âne ; pouvons-nous aller voir?

x\llez, allez, mes enfants; mais n'allez que jusqu'à la grand'route : ne passez pas la barrière. »

Sophie et Paul partirent comme des flèches. Ils coururent au travers de l'herbe et du bois, pour être plus tôt arrivés. Mme de Réan leur criait : « N'allez pas dans l'herbe, elle est trop haute ; ne traversez pas le bois, il y a des épines ». Ils n'entendaient pas et couraient, bondissaient comme des chevreuils. Ils furent bientôt arrivés à la barrière, et la première chose qu'ils aperçurent sur la grand'route, ce fut Lambert, menant par un licou un âne superbe, mais pas trop grand cependant.

« Un âne, un âne! merci Lambert, merci ! Quel bonheur! s'écrièrent-ils ensemble.

— Comme il est joli ! dit Paul.

— Comme il a Tair bon! dit Sophie. Allons vite le dire à maman.

LAMBERT

Tenez, monsieur Paul, montez dessus ; mademoiselle Sophie va monter derrière vous; je le tiendrai par son licou.

SOPHIE

V Mais si nous tombons.

LAMBERT

Ah ! il n'y a pas de danger, je vais marcher près de vous. D'ailleurs, on me Ta vendu pour un bourri parfait et très doux. »

Lambert aida Paul et Sophie à monter sur l'àne ; il marcha près d'eux. Ils arrivèrent ainsi jusque sous les fenêtres de Mme de Réan, qui, les voyani, venir, sortit pour mieux voir Tàne.

On le mena à l'écurie ; Sophie et Paul lui donnè= rent de l'avoine; Lambert lui fit une bonne litière avec de la paille. Les enfants voulaient rester là à le regarder manger; mais l'heure du dîner approchait, il fallait se laver les mains, se peigner, et Tâne fut laisse en compagnie des chevaux jusqu*au lendemain.

Le lendemain et les jours suivants, l'âne fut attelé à la petite charrette à chiens, en attendant que le charron fit une jolie voiture pour promener les enfants et une petite charrette pour charrier de la terre, des pots de fleurs, du sable, tout ce qu'ils voulaient mettre dans leur jardin. Paul avait appris à atteler et dételer l'àne, à le brosser, le peigner,

lui faire sa litière, lui donner à manger, à boire. Sophie Taidait et s'en tirait presque aussi bien c[ue lui.

Mme de Réan leur avait acheté un bât et une jolie selle pour les faire monter à âne. Dans les premiers temps, la bonne les suivait; mais, quand on vit l'âne doux comme un agneau, Mme de Réan leur permit d'aller seuls, pourvu qu'ils ne sortissent pas du parc.

Un jour, Sophie était montée sur Tàne : Paul le faisait avancer en lui donnant force coups de baguette. Sophie lui dit :

« Ne le bats pas, tu lui fais mal.

PAUL

Mais, quand je ne le tape pas, il n'avance pas; d'ailleurs ma baguette est si minée qu'elle ne peut pas lui faire grand mal.

J'ai une idée ! Si, au lieu de le taper, je le piquais avec un éperon?

PAUL

Voilà une drôle d'idée. D'abord tu n'as pas d'éperon; ensuite la peau de l'âne est si dure qu'il ne sentirait pas l'éperon.

SOPHIE

C'est égal ; essayons toujours ; tant mieux si l'éperon ne lui fait pas de mal.

PAUL

Mais, je a*ai pas d'éperon à te donner.

âOPBiE

Rou$ ea ferons un a^eo une grosse épii^i^ô qu«

nous piquerons dans mon soulier; la tête sera en dedans du soulier, et la pointe sera en dehors.

PAUL

Tiens, mais c'est très bien imaginé! As-tu une épingle?

SOPHIE

Non, mais nous pouvons retourner à la maison; je demanderai des épingles à la cuisine : il j en a toujours de très grosses. »

Paul monta en croupe sur l'âne, et ils ai-rivèrent au galop devant la cuisine. Le cuisinier lear donna deux épingles, croyant que Sophie en avait besoin pour cacher un trou à sa robe. Sophie ne voulut pas arranger son éperon devant la maison, car elle sentait bien qu'elle faisait une sottise, et elle avait peur que sa maman ne la grondât.

« Il vaut mieux, dit-elle, arranger cela dans le bois; nous nous assoirons sur l'herbe, et l'âne mangera pendant que nous travaillerons; nous aurons l'air de voyageurs qui se reposent. »

Arrivés dans le bois, Sophie et Paul descendirent; l'âne, content d'être Hbre, se mit à manger l'herbe du bord des chemins. Sophie et Paul s'assirent par terre et commencèrent leur ouvrage. La première épingle perça bien le soulier, mais elle plia tellement qu'elle ne put pas servir. Ils en avaient heureusement une autre, qui enti^ facilement dans le soulier déjà percé; Sophie le mit, rattacha, Paul rattrapa l'âne, aida Sophie à monter dessus, et la voilà qui donne des coups de

talon et pique l'âne avec l'épingle. L'âne part au trot. Sophie, enchantée, pique encore et encore; ['âne se met à galoper, et si vite que Sophie a peur ; elle se cramponne à la bride. Dans sa frayeur elle serre son talon contre l'âne; plus elle appuie, plus elle pique; il se met à ruer, à sauter, et il lance Sophie à dix pas de lui. Sophie reste sur le sable, étourdie par la chute. Paul, qui était demeuré en arrière, accourt, effrayé; il aide Sophie à se relever; elle avait les mains et le nez écorchés. « Que va dire maman? dit-elle à Paul. Que lui dirons-nous quand elle nous demandera comment j'ai pu tomber?

PAUL

Nous lui dirons la vérité.

SOPHIE

Oh! Paul! pas tout, pas tout; ne parle pas de l'épingle.

Mais que veux-tu que je dise?

SOPHIE

Dis que l'âne a rué et que je suis tombée.

PAUL

Mais l'âne est si doux, il n'aurait jamais rué sans ta maudite épingle.

SOPHIE

Si tu parles de l'épingle, maman nous grondera : elle nous Aipra Tâno.

PAur..

Moi, je crois qu'il vaut mieux toujours dire la

vérité ; toutes les fois que tu as voulu cacher quelque chose à ma tante, elle Ta su tout de même, et tu as été punie plus fort que tu ne Fauraîs été si tu avais dit la vérité.

SOPHIE

Mais pourquoi veux-tu que je parle de Tépingk? .}e ne suis pas obligée de mentir pour cela. Jp dirais la vérité» que Fane a rué et que je sius tombée.

PAUL

Fais comme tu voudras, mais je crois que tu as tort.

SOPHIE

Mais toi, Paul, ne dis rien ; ne va pas parler de r épingle.

Sois tranquille; tu sais que je n'aime pas à te faire gronder. »

Paul et Sophie cherchèrent l'âne, qui devait être près de là; ils ne le trouvèrent pas. « Il sera sans doute retourné à la maison », dit Paul.

Sophie et Paul reprirent comme làne le chemin de la maison ; ils étaient dans un petit bois qui se trouvait tout près du château lorsqu'ils entendirent appeler et qu'ils virent accourir leurs mamans

« Qu' est-il arrivé, mes enfants? êtes-vous blessés? Nous avons vu revenir votre âne au galop avec la sangle cassée ; il avait l'air effrayé j effaré; ott a eu de la peine à 1<^ rattraper. N^^us avions peur (ju'il ne ^ou§ tût arrivé un accident.

f >/ï'i;([v'pf! vhvmii\ii^\\

Da SsQUBi ~ Los MalbBum di Sophiii

SOPHIE

Non, maman, rien du tout; seulement je suis tombée.

MADAME DE RÉAN

Tombée? Comment? Pour queHe raison!

SOPHIE

J'étais sur l'âne et je ne sais pourquoi il s'est mis à sauter et à ruer; je suis tombée sur le sable et je me suis un peu écorché le nez et les mains : mais ce n'est rien.

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