‹ Les Malouins à terre-neuveChapitre 6 sur 22 · J. LOTH · texte numérisé non relu

J. LOTH

d’après le Livre de Llandaf.

Llandaf, aujourd'hui bourgade sans importance, située sur le Taf non loin de la mer (Zlandaf signifie monastère sur le Taf) a joué, à l’époque de l'indépendance galloise, un rôle des plus importants au point de vue religieux.

Le titre d'évèque de Llandaf porté par un anglican au milieu de populations appartenant en grande partie aux sectes protestantes dissidentes, n’est plus qu'une vaine distinction qui ne rappellerait en rien le rôle joué par les anciens dignitaires gallois, si de belles rentes n'y étaient restées attachées. L'évèché de Llandaf, centre religieux du pays de Giwent (Monmouthshire), puis du royaume de Morganwg (Glamorgan) sans parler de quelques autres petites principautés, parait avoir été fondé par Dubricius (mort en 612 d’après les Annales Caimbriæ), mais semble avoir dù son éclat et son importance surtout à saint Teliau, successeur de Dubricius (vieux gallois Dibric, gall. mod. Dyfrig). H n’est pas douteux que Llandaf n'ait eu des archives assez anciennes. Les documents gallois trouvés en marge du livre de saint Chad, aujourd'hui la propriété de Lichfield, mais qui avait appartenu à Llandaf, sont en effet du IX° siècle. Cependant le recueil connu sous le nom de Zäber Laudavensis ou Livre de Llandaf est une compilaüon du milieu du XIT° siècle, faite spécialement en vue de prouver les droits de Llandaf contre saint David sur les districts

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entre les rivières Neath et Towy, ainsi que sur une part de 3recknock contre Hereford sur le district d’Archenfield. Plusieurs de ces documents ont été inventés ou falsifiés. D’autres paraissent sincères. Les délimitations de territoires en langue galloise paraissent antérieures au XIT° siècle.

Il est assez difficile de dire quel a été l’auteur de la compilation. M. G. Evans dans l'édition diplomatique qu'il vient d'en donner veut que ce soit Gaufrei de Monmouth. Le contraire est certain pour des raisons de divers ordres que j'expose dans la Revue cellique. Le seul argument qu'apporte M. Evans, c’est que dans la rubrique à la copie de la vie de saint Teliau du Zivre de Llandaf (manuscrit Vesp., AÀ., 14), le nom de l’auteur est Gal/frid, frère de l’évèque Urban de Llandaf : /ncipit vita S. Teliavi episcopit «a magistro Galfrido fratre Urbani Landavensis ecclesiæ episcopi dictala. On ne connait qu'un frère à Urban, du nom d'Esni, et il serait assez singulier, suivant M. Evans, qu'il y ait eu en même temps à Llandaf deux Galfrid de cette importance. Pourquoi non? D'ailleurs dans le passage cité par M. Evans lui-même, je lis au-dessus de Galfridus une correction qui me parait décisive : 4. Stephano. Le compilateur serait un Etienne, frère d'Urban. Une première édition de ce précieux recueil a été donnée en 1840 par M. Rees. Elle a été l’objet de Justes critiques. M. Rees n’a pas toujours su lire son original, et pour original, il n’a pas pris le manuscrit du XIT° siècle dont il connaissait l'existence, mais des transcriptions bien postérieures. M. (Gwenogfryn Evans en a donné, avec sa compétence ordinaire, une édition diplomatique !, fondé sur le manuscrit du XIT° siècle ou manuscrit de Gwrysaney.

’armi les documents de Lib. Land.. la vie de saint Teliau offre pour nous un intérêt particulier. Nous ne possédons, en

1. The text of the book of Llan Dü&v reproduced from the Grysanty manuscript, by J. Gwenogvryn Evans, with the cooperation of John Rhys, professor of celtic in the university of Oxford. Oxford, 1893 (Collection des O!d- Welsh Texts), La traduction et l'explication du gallois des notes du Livre de saint Chad sont dues à M. Rhys.

effet, aucune vie armoricaine de ce saint qui a été tout aussi honoré en Bretagne qu'en Galles. Il a donné son nom à plusieurs paroisses : Zan-Deleau, paroisse de l’ancien évèché de Cornouailles, aujourd’hui commune du Finistère, située entre Carhaix et Chäteauneuf-du-Faou; Saint-Thélo, paroisse de Saint-Brieuc, à quatre lieues de Quintin; et enfin Pledeliac, non loin de Saint-Brieuc. Pledeliac appartient à une zone qui a été bretonnante au IX-X° siècles. On prononce dans le pays Pledelia; les noms en -ac- d’origine gallo-romaine se prononçant -a, on a écrit Pledeliac, comme on a écrit Saint-Suliac, tandis qu'il eût fallu écrire Ple-Deliaw, Saint-Suliarw. Le témoignage des chartes est d’ailleurs décisif : charte de 1219, 1234, Pludeliau; 1234, Pludeliau; 1248, 1298, Pludelia: 1286, Pledelia (Geslin de Bourgogne et Anat. de Barthélémy, Anciens évêéchès de Bretagne, HI, pp. 52, 57, 81, 109, 142, 143, 175, 198). É

La source unique des vies manuscrites ou imprimées parail être le Zib. Land. Les vies de Dubricius, Teliau, Clitauc du manuscrit Cotton, manuscrit Vesp., À., 1%, du British Museum, ne sont que des transcriptions plus ou moins correctes de notre original.

Le texte que je donne sera donc celui du Lib. Land.; je reproduis en note les variantes du manuscrit Cotton, Vesp., A., 14, données en appendice (p. 360) par M. Evans, lorsqu'elles me paraissent avoir quelque signification.

La vie du saint, si on en dégage les traits principaux de la phraséologie de l’hagiographe, est des plus faciles à résumer. Teliaw où pour employer l'orthographe et la prononciation galloise, Teilo, naît dans le sud du pays de Galles, de parents nobles. [l'est instruit par l'archevêque Dubric. Il se lie avec David, le futur évêque de Mynyw (Saint David’s). Les deux saints, sur un ordre de Dieu, partent pour Jérusalem, de concert avec Patern. Is arrivent heureusement à la cité sainte au milieu d’un grand concours de peuple. Trois sièges sont là dans

l'église; deux de métal précieux et ornés, le troisième de cèdre sans décorations. Teïlo choisit le siège de cèdre. Tous les trois sont élevés à la dignité épiscopale : Teilo remplace saint Pierre. Chacun d'eux reçoit un don précieux : Patern, un bâton et une chape de chanteur, hommage rendu à ses talents de musicien; David, un autel magnifique : nul ne célébrait avec autant d'agrément ; Teilo, une cloche miraculeuse : elle sonnait toute seule jusqu'à ce que les péchés des hommes qui voulurent porter sur elle dés mains souillées la rendirent muette : cette cloche éclatante élait le symbole de la prédication retentissante de Teilo. Revenu dans sa patrie avec ses compagnons, Teilo devient évêque de Llandav et du district voisin sur lequel avait régné Dubric. La peste jaune désolant le pays, Teilo le quitte, sur un ordre de Dieu, avec des évêques suffragants et un grand nombre de fidèles, passe quelque temps auprès de Gérent, roi de la Cornouaille anglaise, puis va chercher un refuge en Armorique auprès de Samson, archevéque de Dol, son compatriote, comme lui disciple de Dubric. Il reconnait cette hospitalité par divers services. Il fait jaillir une fontaine du nom de Cai, fontaine miraculeuse ; les marins du pays la vident, pour obtenir un bon vent. C'est lui avec Samson qui planta les arbres fruitiers de Dol sur une étendue de trois milles, et ces vergers portent encore leurs noms. La peste jaune ayant disparu, Teilo se prépare au retour. Au moment du départ, le roi d’Armorique zudic, se présente à lui avec son armée, en lui demandant de le délivrer d’une énorme vipère qui a déjà détruit le tiers du pays. Teilo en étant venu à bout sans peine, Budic et son peuple obtinrent de lui qu'il vint à Dol, décidés à l'en faire évêque. Comme ils lui offraient le meilleur de leurs chevaux, un cheval envoyé par Dieu apparut. C'est sur ce cheval que Teilo fit son entrée dans la ville sainte. Il l’offrit à Budic, et devant tout le peuple, pria Dieu de faire des cavaliers armoricains les premiers du monde; prière qui fut exaucée, car, au dire de l’hagiographe, de son temps les Armoricains étaient sept fois plus forts à cheval

- qu'à pied. On trouve chez Gaufrei de Monmouth un écho de cette légende. Lorsque Aurelius fait appel aux Bretons insulaires et continentaux contre les Saxons, il convoque trois mille cavaliers armoricains. Les Saxons allaient l'emporter dans la bataille qui suivit, sans l'intervention de la cavalerie armoricaine !. Cette légende a un fonds de vérité : c’est à cheval que les Bretons armoricains ont livré les grands combats pour l'indépendance et qu'ils ont notamment remporté la décisive victoire de Ballon sur Charles le Chauve.

Après un court séjour auprès du roi de la Cornouaille insulaire, Teilo regagne sa ville épiscopale, et reprend sa suprématie sur tous les évêques de la Bretagne du sud. Il consacre Ismael, évèque de Mynyw, à la place de saint David, décédé.

La nuit de sa mort, le clergé de ses trois principales églises se disputa son corps. Ils décidèrent de s’en remettre au jugement de Dieu et passèrent la nuit en prières. Le lendemain matin, au lieu d’un corps, ils en apercurent trois exactement semblables. Ainsi furent satisfaites les trois églises : Pennalun, aujourd’hui Penaly, près Tenby en Pembrokeshire, Llanderlo farwr en Carmarthenshire, et Zlandaf.

Une triade galloise mentionne le miracle : « Dieu fit trois corps pour Teiliaw : l’un est à Llandav en Morganwg, le second à Llandeïlovawr; le troisième à Pen Alun en Dyvet, comme le dit l’histoire ?. » C'est le sujet d'une ode à Teilo par Jeuan Liwyd ab Gwilym, poète du XV* siècle (Zo/o manuscripls, p. 296).

(A suivre).

1. Postremo prævaluissent Saxones, nisi equestris turma Armoricanorum

Britonum supervenisset (G. ist. reg. Brit., VIII, 15; cf. ibid., 14). 2. J. Loth, Mabinogion, II, p. 259.

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