Genre SCIUROPTERUS, F. Cuvier
Le principal caractère de ce genre consiste dans une extension considérable de la peau des flancs, qui enveloppe les membres de chaque côté, de manière à former une sorte de parachute qui sert à soutenir ces animaux lorsqu'ils sautent d'un arbre à un autre; la prémolaire supérieure d'en avant n'est point caduque; la queue est touffue et aplatie.
Sciuropterus sabrinus, (Shaw).
I/e Polatouche du Canada.
Pelage fourni et très doux au toucher, d'un brun jaunâtre ou brun canelle lustré en dessus ; dessous du corps blanc lavé de jaune crème vers les côtés. Longueur, 7 ; queue,
Le Polatouche, plus communément connu sous le nom à.'' Ecureuil volant^ est commun dans nos
forêts. C'est un animal essentiellement nocturne, qui dort tout le jour, pour ne s'éveiller qu'au crépus-
Fig. 13,— Groupe de Polatouches.
cule et prendre ses ébats sur les arbres ou rechercher sa nourriture. Il vit eu société dans un arbre
creux ou dans des nids abandonnés par les pics, et qu'il tapisse d'herbes et de feuilles sèches. Il est essentiellement arboricole et ne descend à terre que très rarement, car il marche difficilement sur le sol ; mais sur les arbres il ne manque pas d'agilité ; il se montre actif et gai. Un exercice qui lui est familier est de grimper au sommet d'un arbre et de s'élancer dans l'espace, les pattes et la queue étendues, pour aller tomber sur une des branches inférieures d'un arbre voisin ; c'est aussi un des moyens de salut qu'il met en pratique pour échapper à un ennemi qui le poursuit.
Audubon, qui a été témoin de l'un de ces exercices que tout le monde n'a pas l'avantage de voir, nous le raconte ainsi, en parlant de l'espèce commune qui habite les Etats-Unis :
« C'était au commencement de l'automne, la température était chaude et calme comme à cette saison de l'année. Une demi-heure avant le coucher du soleil, la nature silencieuse semblait se reposer ; les oiseaux s'étaient retirés dans la forêt ; l'engoulevent avait déjà commencé son vol nocturne ; çà et là la chauve-souris rouge prenait ses ébats dans l'air, et cependant aucun Ecureuil n'avait encore fait son apparition. Tout à coup on en voit un qui sort de son trou et grimpe jusqu'à la cime de l'arbre, un autre le suit bientôt, puis des douzaines surgirent et commencèrent leur vol gracieux des branches supérieures de l'arbre aux branches inférieures ; de temps à autre, on en voyait un qui s'élançait des
plus hautes branches d'un grand chêne, ses membranes déployées et la queue tendue, glissant en diagonale dans l'air jusqu'à ce qu'il eut atteint la base d'un arbre voisin à cinquante verges de distance, et au moment où on s'attend à le voir toucher terre, soudainement il remonte et va se poser sur le tronc de l'arbre, pour grimper à son sommet et se précipiter de nouveau des plus hautes branches dans les inférieures de l'arbre qu'il venait de quitter. Des multitudes de ces petites créatures prenaient part à cet exercice, il n'y en avait pas moins de deux cents ; un grand nombre quittaient les arbres en même temps, s'entre-croisaient, glissant comme des esprits dans l'air, semblaient n'avoir d'autre objet en vue que de s'abandonnera cette joyeuse inclination.» (i)
Lorsque ces animaux sont dans leurs nids, il suffit de frapper sur le tronc de l'arbre pour les faire tous sortir ; quelques-uns montent à la cime, se tapissent sur une branche et attendent là que le danger soit passé ; d'autres sautent sur un arbre voisin.
L'Ecureuil volant dort enroulé sur lui même, le nez entre les pattes de derrière et la queue ramenée sur ces dernières.
Sa nourriture consiste en fruits analogues à ceux des espèces précédentes. Il fait aussi à l'automne une provision de ces mêmes fruits qu'il entasse dans les compartiments de son nid qu'il ne quitte pas de l'hiver.
(i) Audubon, Quadrupeds of N, A., Vol, 1er., p. 218,
— Si —
La femelle met bas de quatre ou cinq petits, auxquels elle est fort attachée et qu'elle protège autant qu'elle en est capable. On rapporte qu'une femelle ayant ses petits dans un arbre que le feu menaçait de détruire, les transporta un à un au péril de sa vie dans un lieu plus sûr. Audubon mentionne un fait qui montre également combien l'amour maternel peut l'emporter sur la douleur physique. On avait capturé un jour une mère avec ses petits que l'on avait mis en cage : « Pendant une nuit un ou plusieurs rats étaient parvenus à atteindre les petits, et avaient pu ronger leur chair à travers les barreaux de la cage, laissant la peau et la tête presque intacts ; la mère elle-même avait eu les os des cuisses broyés et la chair mangée jusqu'à l'os ; de bonne heure le lendemain, nous fûmes témoin d'un fait vraiment touchant : la mère qui faisait pitié à voir ainsi mutilée, oubliant ses souffrances, essayait encore de nourrir ses petits qui n'étaient plus que des cadavres à demi rongés. » (i)
Privé de sa liberté, l'Ecureuil volant se montre doux et il s'apprivoise aisément, mais il dort tout le jour enroulé sur lui-même, de sorte que ce n'est pas un animal bien intéressant à garder en captivité.
(i) Audubon. Qiiadrupeds of N. A., Vol. 3, p. 204,