Genre TJRSTJS, Linné
Corps gros, lourd, trapu, à pelage toujours unicolore ;. plante des pieds nue ; tête grosse, cou court.
Ursus americanus, Pallas.
I/'Ours noir d'Amérique.
Pelage d'un noir uniforme ou noir brunâtre. Longueur, 4 à 6 pieds.
L'Ours noir est commun dans l'Amérique du Nord, partout où on ne l'a pas encore complètement détruit ; il habite essentiellement les forêts, oii il trouve une nourriture suffisante dans les fruits et
Fig. 23 L'Ours noir d'Amérique.
baies de toutes sortes qui croissent dans les bois, tels que bluets, framboises, bourdaine, etc. ; mais lorsque ces productions végétales lui deviennent insuffisantes, il n'hésite pas à sortir de sa retraite pour faire, à l'automne, de fréquentes excursions dans les champs de grain qu'il abîme, moins par la quantité qu'il consomme, que par celle qu'il écrase, soit
en marchant, soit en s'asseyant ponr manger, car dans ce dernier cas, il s'appuie sur son train de derrière et avec ses bras il embrasse une certaine quantité de plantes qu'il réunit pour en manger tranquillement les épis. S'il ne peut se procurer ces aliments, il tourne son affection du côté des moutons et des jeunes veaux qui paissent dans les champs. On a souvent constaté qu'après s'être introduit la nuit dans des bergeries mal protégées, il en enlevait des moutons qu'il dépeçait ensuite dans son repaire ; aussi cause-t-il souvent des dommages considérables aux cultivateurs qui le chassent à outrance pour s'en débarrasser. On dit qu'à la Baied'Hudson, lorsque les baies ou autres fruits ne sont pas encore mûrs, il se nourrit d'insectes aquatiques et autres petits invertébrés qui flottent à la surface de l'eau. Il les capture en nageant la gueule ouverte, et quand celle-ci en est remplie il les avale.
Si maladroit et lourd que paraisse l'Ours, il n'en est pas moins un animal vif, agile et vigilant ; il grimpe sur les arbres avec une grande facilité et il court si vite que l'homme ne peut l'atteindre. Il est fort et courageux ; il peut supporter de longues fatigues et de dures privations pour échapper aux poursuites des chasseurs et cela sans beaucoup en souffrir.
D'ordinaire l'Ours n'attaque point Thomme ; il fuit même devant lui. Toutefois, s'il est blessé ou traqué de près, ou bien encore si c'est une mère avec ses petits, sa rencontre peut être dangereuse, car
dans ces circonstances il devient très agressif et se défend avec une adresse et un courage étonnants.
L'Ours combat dans une position verticale, assis sur son train de derrière, cherchant à étreindre son ennemi entre ses bras, afin de le déchirer avec ses dents et ses griffes redoutables.
Dans les pays froids, l'Ours est sujet au sommeil hibernal ; c'est ordinairement à la tombée des premières neiges qu'il se retire dans son trou pour ne s'éveiller et en sortir qu'au printemps, aussi gras, dit-on, que lorsqu'il y est entré. Ce trou est ordinairement situé dans un arbre creux ou sous un gros arbre renversé, ou encore dans une crevasse de rocher.
Les bûcherons qui travaillent dans les endroits fréquentés par les Ours, découvrent assez souvent leur gîte d'hiver, grâce à la glace qui s'accumule autour d'une petite ouverture produite par la chaleur qui se dégage de l'animal et qui sert à sa respiration.
Richardson dit que la femelle met bas de un à cinq petits, et Audubon prétend qu'elle n'en fait que deux.
On chasse l'Ours de différentes manières, soit en allant le guetter dans les endroits où il doit passer, soit en le poursuivant avec des chiens qui le forcent à grimper sur un arbre oii le chasseur le tue au fusil. Malheur au chien qui s'approche de trop près de la griffe de l'animal, car il est bientôt mis hors de combat. On le chasse encore avec un fusil
tendu qu'il fait partir lui-même en tirant sur un appât fixé par une corde à la détente du fusil. Un autre moyen de le capturer consiste à tendre une forte trappe qui Técrase lorsqu'il s'empare d'un appât qui y est placé. Pour cela on coupe deux gros morceaux de bois de longueur raisonnable, on en couche un sur le sol et on fixe l'autre au-dessus, dans la même direction, à une hauteur suffisante pour que l'animal puisse passer dessous, puis on charge fortement cette pièce de bois qui doit être disposée de telle sorte que l'Ours, en saisissant l'appât, fait basculer la poutre qui, en tombant avec sa charge, écrase l'animal. Il arrive assez souvent que l'Ours vit encore lorsqu'on le trouve ainsi captif ; il est alors prudent de se tenir à distance de ses griffes comme de ses dents, car il ne ménage aucunement ses caresses dans cette circonstance, et plus d'un chasseur a été victime de son imprudence.
Audubon nous raconte ainsi les péripéties d'une chasse à l'Ours qu'il fit dans les Etats-Unis du Sud : (, On convînt d'un plan d'attaque : les barrières à l'entrée ordinaire du champ devaient être abaissées sans bruit ; et de là, hommes et chiens, après s'être partagés, s'avanceraient pour cerner les ours ; enfin, au son de nos cornes, on chargerait de tous côtés vers le centre du champ, en criant et faisant le plus de tapage possible ; ce qui ne pouvait manquer d'effrayer tellement les animaux qu'ils s'empresseraient de chercher un refuge sur les arbres morts dont le champ était en partie couvert.
« Notre plan réussit ; les cornes sonnèrent, nos chevaux partirent au galop, les hommes se mirent à crier, les chiens à aboyer et à hurler. Les nègres à eux seuls faisaient assez de vacarme pour épouvanter une légion d'ours. Aussi ceux qui étaient dans le champ commencèrent-ils à détaler ; et quand nous nous rencontrâmes au milieu, nous les entendîmes qui grimpaient en tumulte vers la cime des arbres. On fit immédiatement allumer de grands feux par les nègres ; la pluie avait cessé, le ciel s'était éclairci, et l'éclat de ces flammes pétillantes nous fut d'un grand secours. Les ours avaient été pris d'une telle panique, que nous pûmes en apercevoir quelques-uns qui s'étaient blottis entre les plus grosses branches et le tronc. On en abattit deux sur le coup : c'était des oursons de petite taille ; et comme ils étaient déjà plus d'à demimorts, on les abandonna aux chiens, qui les eurent promptement dépêchés.
« Nous ne cherchions qu'à nous amuser le plus possible. Ayant remarqué l'un des ours qu'à l'apparence nous jugeâmes être la mère, nous ordonnâmes aux nègres de couper par le pied l'arbre sur lequel elle était perchée. Il avait été préalablement convenu que les chiens auraient à s'escrimer avec elle, et que nous, nous les appuyerions et viendrions à leur aide, en blessant l'animal à l'une des jambes de derrière pour l'empêcher de s'échapper. Et déjà retentissait dans les bois le bruit de la hache répété par les échos d'alentour ; mais l'arbre était
gros, d'un bois très dur, et l'opération menaçait d'être longue et fatigante. A la fin pourtant, on le vit qui tremblait à chaque coup ; il ne tenait plus que par quelques pouces de bois ; et bientôt, avec un effroyable craquement, il tomba sur la terre avec une telle violence, que sans doute commère l'ourse dût en ressentir un choc aussi terrible que le serait pour nous la secousse de notre globe produite par la collision subite d'une comète.
(( Les chiens s'élancèrent à la charge, harassant à l'envi la pauvre bête ; et nous, étant remontés à cheval, nous la tenions enfermée de tous côtés. Comme sa vie dépendait de son courage et de sa vigueur, elle déploya l'un et l'autre avec toute l'énergie du désespoir ; tantôt, saisissant l'un des chiens, qu'elle étranglait à la première étreinte ; tantôt, d'un coup bien appliqué d'une de ses pattes de devant, vous en envoyant un autre brailler au loin d'une façon si piteuse, qu'on pouvait dès lors le regarder comme hors de combat. L'un des assaillants, plus rude que les autres, avait sauté au nez de l'ourse et y restait bravement pendu ; tandis qu'une douzaine de ses camarades faisaient rage à son derrière. L'animal, rendu furieux, roulait autour de lui des regards altérés de vengeance ; et nous, de peur d'accident, nous songions à en finir lorsque, tout à coup et avant que nous pussions tirer, d'un seul bond il se débarrasse de tous les chiens et charge contre l'un des nègres qui était monté sur un cheval pie. L'ourse saisit le cheval avec ses dents et ses griffes, et se
colle contre son poitrail ; le cheval, épouvanté, se met â renifler bruyamment et s'abat. Le nègre, jeune homme d'une force athlétique et excellent cavalier, avait gardé la selle qui ne consistait pourtant qu'en une simple peau de mouton, mais heureusement bien sanglée, et il priait son maître de ne pas faire feu. Nonobstant tout son sang-froid et son courage, nous frémissions pour lui, et notre anxiété redoubla quand nous vîmes homme et cheval rouler ensemble sur la poussière. Mais ce ne fut que l'affaire d'un instant ; Scipion s'y était pris en maître avec son redoutable adversaire ; d'un seul coup de sa hache, bien assené, il lui avait fendu le crâne ! Un sourd et profond grognement annonça la mort de l'ourse ; et déjà le vaillant nègre était sur ses pieds, triomphant et sain et sauf.
« L'aurore commençait à poindre ; nous continuâmes nos recherches. Les deux ours qui restaient furent bientôt découverts ; ils étaient juchés sur un arbre, à environ cent pas de l'endroit où le dernier venait de succomber. Quand nous les eûmes cernés, nous reconnûmes sans peine qu'ils n'étaient pas d'humeur à descendre. En conséquence, on résolut de les enfumer. Un tas de broussailles et de grosses branches fat apporté au pied de l'arbre qui, sec comme il Tétait, ne tarda pas à présenter l'apparence d'une colonne de feu. Les ours grimpèrent à l'extrémité des branches. Quand ils furent tout à fait au bout, on les vit un moment hésiter et chanceler ; puis les branches craquant et enfin ayant
éclaté, ils dégringolèrent, en entraînant avec eux une niasse de menu bois. Ce n'étaient non plus que des oursons ; les chiens les eurent promptement mis à mort. )> (i)
Lorsque l'Ours est pris jeune, il s'apprivoise assez facilement et on parvient même à lui faire exécuter certains exercices.