‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 74 sur 97 · Genre THALARCTOS, Gray · texte numérisé non relu

Genre THALARCTOS, Gray

Corps allongé, surtout en avant ; haut sur jambes ; pieds robustes ; plante des pieds garnie de longs poils ; tête un peu plus petite que chez le genre précédent.

Thalarctos maritimus, (Phipps.)

L'Ours polaire.

Pelage blanc, parfois teinté de jaunâtre. L,ongueur, 8 à 9 pieds; pesanteur, environ looo Ibs.

L'Ours polaire ou Ours blanc, habite les régions glacées du cercle arctique et, si loin que l'homme ait pu pénétrer dans le nord, il a toujours rencontré ce singulier animal, qui semble se plaire au milieu des neiges et des glaces éternelles et que les froids les plus intenses et les tempêtes les plus violentes n'importunent nullement.

L'Ours blanc est commun dans ces contrées désertes et, sur notre continent, il se montre au sud jusqu'aux environs de la Baie d'Hudson et celle de Baffin, où il est encore assez commun. Il arrive quelquefois qu'il se laisse entraîner par les glaces

(i) Audubon. Trad. de Bazin. Scènes de la nature. Vol. I, pp. 374-377, (-0

vers le sud jusqu'au milieu de l'océan, où il trouve la mort.

On l'a rencontré quelquefois sur la côte nord du Labrador, vers le détroit de Belle-Ile, et même plus haut. Cependant ce n'est que par accident qu'il quitte sa solitude pour descendre vers le sud.

Fig. 24.— Ours polaires.

Il se nourrit particulièrement de phoques qu'il surprend ou poursuit sur les glaces, favorisé autant par sa couleur blanche que par la facilité avec laquelle il peut marcher sur cette surface glissante ; à l'occasion il se contente de ronger les carcasses de baleines, de phoques ou de poissons, que les vagues rejettent sur la plage ; en un mot, il mange de tout

ce qu'il peut rencontrer dans ces régions désertes.

L'Ours blanc marche avec autant de rapidité sur la glace que sur la terre ; il nage et plonge avec une grande aisance. En été, il chasse les phoques et les poissons qu'il poursuit sous Peau et qu'il réussit souvent à capturer.

En hiver, si l'Ours aperçoit des phoques se reposant sur les glaces, aux alentours d'un trou d'eau libre, d'oii ils sont sortis — et prêts à s'y précipiter au premier danger — il nage sous la glace dans cette direction, puis tout-à-coup il émerge du trou, au grand effroi de ces pauvres animaux qui voient s'évanouir leur unique chance de salut, se trouvant ainsi à la merci de l'un de leurs plus terribles ennemis, qui en fait alors un massacre.

Les sens de l'odorat et de la vue sont très développés chez l'Ours polaire ; il perçoit les objets de très loin, comme il flaire également les cadavres à des distances incroyables. Il est bien rare que l'Ours blanc se montre agressif pour l'homme si ce dernier ne le provoque. « Il faut, dit Brehm, que sa faim soit bien vive pour qu'il attaque l'homme sans y avoir été provoqué ; d'ordinaire il s'enfuit à son approche. Mais si on le pousse au combat, il fait front et se retourne contre son ennemi. C'est l'adversaire le plus terrible que l'homme puisse rencontrer dans ce pays. Celui qui l'a défié ne peut se sauver qu'en le tuant. Une balle qui ne l'atteint pas au cœur ou à la tête ne fait qu'augmenter sa rage et grandir ainsi le danofer. Il saisit une lance entre

ses dents, la brise ou l'arrache des mains de son assaillant. On raconte bien des malheurs qu'il a causés, et plus d'un baleinier a payé de sa vie la témérité qui l'a poussé à combattre l'ours blanc. » (i) La femelle met bas de un à trois petits ; elle a pour eux la plus grande sollicitude, les soigne et les défend au péril même de sa vie. Les auteurs nous ont laissé le récit de plusieurs exemples touchants de cet amour maternel dont les femelles font preuve pour leur progéniture. Je n'en citerai qu'un qui a été rapporté par l'équipage du navire La Carcasse : « Pendant que le bâtiment était emprisonné dans les glaces, on signala du haut des hunes trois ours blancs qui s'acheminaient vers le bâtiment, attirés par l'odeur de la viande de morse que les matelots faisaient cuire sur la glace. C'était une ourse conduisant deux oursons déjà presque aussi forts que leur mère. Ils se précipitèrent sur le foyer, saisirent un grand morceau de viande que le feu n'avait pas encore consumée, et le dévorèrent. L'équipage leur lança d'autres morceaux, la mère les ramassa et fit la distribution, donnant à ses petits la plus grosse part. Au moment oii elle prenait le dernier morceau, les matelots firent feu sur les deux oursons qui restèrent sur la place ; ils tirèrent aussi sur la mère, qui fut atteinte mais non abattue. Son désespoir eût ému les cœurs les moins accessibles à la compassion ; sans faire attention aux blessures dont elle était couverte, au sang qu'elle répandait, elle

(i) Brelini. Les 3fainmi/ùres. Vol. i. p. 693.

ne s'occupait que des deux oursons, les appelait par des cris lamentables, plaçait devant eux la part de nourriture qu'elle s'était réservée et la leur dépeçait ; comme ils restaient immobiles, ses gémissements devinrent encore plus touchants ; elle essaya de relever les pauvres créatures, et reconnaissant l'impuissance de ses efforts, elle s'éloigna de quelques pas, renouvela ses appels, revint auprès des deux morts, lécha leurs blessures et ne les quitta que lorsqu'elle fut bien convaincue qu'ils avaient perdu la vie. Alors, elle tourna lentement la tête vers le navire, avec des rugissements de colère et de désespoir qui semblaient accuser les meurtriers. Les matelots lui répondirent par une nouvelle décharge ; elle tomba à côté de ses petits et mourut en léchant leurs blessures. » (i)

La chasse à l'Ours blanc se fait au fusil, et est très dangereuse. Une fois blessé, il marche droit sur son assaillant, et si ce dernier ne peut lui envoyer une seconde balle au cœur, il est perdu, car doué d'une force extraordinaire cet animal triomphe toujours de son ennemi.

Capturé jeune, l'Ours polaire s'apprivoise assez facilement, mais en vieillissant il devient méchant. Il souffre beaucoup de la chaleur. Son attitude haletante et le balancement continuel de sa tête, lui donnent une singulière apparence.

(i) Brehm. Les Mammifères, Vol. i., p. 69=

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