‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 76 sur 97 · I. SoUS-FAMILLE LUTRIN.-E · texte numérisé non relu

I. SoUS-FAMILLE LUTRIN.-E

Formule dentaire. — /. 5^ c. ^-^ pm. ^-^ m. ^-^

Corps gros, allongé, cylindrique ; pieds courts, forts ; doigts palmés, adaptés pour la vie aquatique ; queue longue, conique et déprimée ; tête petite ; museau obtus ; oreilles petites.

Genre LUTRA, Linné.

Mêmes caractères que ceux de la sous-famille.

— i84 — Lutra canadensis, (Schreber).

La lyoutre du Canada.

Pelage d'un brun noirâtre lustré, moins foncé aux parties inférieures, particulièrement sous la gorge et le dessous du cou ; le fond du poil est d'un blanc jaunâtre. Tête arrondie ; j-eux petits. Longueur, 30 ; queue. 15.

La Loutre habite l'est de l'Amérique du Nord. On la rencontre sur les bords de presque tous nos lacs et rivières, près desquels elle établit sa demeure dans un terrier qu'elle creuse à cet effet. Comme ses congénères d'Amérique et de l'ancien continent, elle est essentiellement organisée pour la vie aquatique, et elle nage et plonge avec la plus grande facilité, pouvant même demeurer sous l'eau un temps assez long. Sa nourriture consiste surtout en poissons qu'elle saisit fort adroitement ; elle mange aussi des grenouilles, des crustacés, des petits mammifères, etc.

Lorsqu'elle a capturé un poisson, elle l'emporte sur la rive ou dans son trou, pour le manger ; Sur terre sa démarche est loin d'être embarrassée, mais c'est surtout dans l'eau qu'elle montre le plus d'élégance dans ses mouvements. Elle peut nager, dit-on, un quart de mille avant de venir respirer à la surface.

En hiver, la Loutre parcourt souvent de grandes distances a&n de trouver, dans les chutes ou dans les rapides, quelque place d'eau libre. Dans ses pérégrinations, si elle est rencontrée par des chasseurs qui la poursuivent, elle se sauve en s'élançant sur

la neige, glissant ainsi sur le ventre l'espace de plusieurs verges et exécutant ces mouvements avec tant de rapidité que son agresseur peut à peine la suivre. Il arrive même souvent qu'il ne peut s'en emparer.

Un fait singulier à noter dans les habitudes des Loutres ce sont ces glissades qu'elles entreprennent sur les pentes inclinées des rivières et des lacs, ou bien en hiver sur la glace et la neige, et cela dans le seul but apparent de s'amuser. Même là où la pente est rapide, et qu'elles ont beaucoup de peine à parvenir jusqu'au sommet, cette difficulté ne les empêche pas de se livrer à cet exercice favori. Audubon, entie plusieurs auteurs qui relatent ce fait, nous dit qu'un jour, alors qu'il se reposait sur le bord d'un ruisseau qui se décharge dans l'Ohio, près d'Henderson, il vit deux Loutres qui, ne le remarquant pas, firent l'ascension de la. rive et commencèrent à s'amuser en glissant sur cette surface vaseuse n coulante comme du savon, '> et cela avec la rapidité d'une flèche ; elles firent ainsi vingt-deux glissades avant qu'il ne îes déran-^ geât.

Lorsque la Loutre est prise jeune, elle s'apprivoise aisément et finit par suivre son maître comme un chien ; elle est intelligente, enjouée et se montre docile.

M. A. Dickson, qui a gardé une Loutre en captivité et en a étudié les mœurs, nous donne les renseignements suivants : « La Loutre vit principale-

ment de poisson, mais elle mange également toute espèce de chair ; il est surprenant de voir la quantité de chair qu'elle mange dans l'espace de vingtquatre heures ; nuit et jour elle marche, soit pour chercher sa nourriture, soit pour s'amuser. Ses habitudes diffèrent beaucoup de celles du castor, car ce dernier a une habitation locale, tandis que la Loutre voyage sans cesse d'un étang ou d'un lac à un autre, quoique toutefois elle visite régulièrement ses endroits favoris, où elle a ce que l'on appelle ses glissoires, qui sont situées sur le bord d'une rivière ou d'un lac, où elle roule ou glisse le ventre contre terre ; c'est aussi sur la rive, près de ces lieux, qu'elle fait son terrier. J'ai vu une Loutre,ce qui peut paraître singulier,mettre bas dans un tronc d'arbre mort, à environ un mille de l'eau.....

« On capture ordinairement la Loutre au moyen d'un piège placé, soit dans l'eau, soit sur terre, à l'entrée de son trou ou aux alentours de sa glissoire ; il doit être recouvert de feuilles. Lorsqu'elle est prise au piège par une patte de devant, elle ne la coupe pas pour recouvrer sa liberté, comme le font le castor et le rat musqué.

K Dans ses courses vagabondes, elle tombe souvent sous les coups du chasseur lorsqu'il la rencontre dans le bois, surtout s'il est accompagné d'un bon chien.

« Lorsque la Loutre est poursuivie et qu'elle échappe à son agresseur en se précipitant dans un étang ou dans un lac, presque toujours elle en sortira

immédiatement sur la rive opposée pour se rendre à ■quelqu'autre lac, et si le chien a l'habitude de la chasser, il la suivra en contournant le lac jusqu'à ce qu'il retrouve sa piste. Il est à ma connaissance qu'une Loutre traversa cinq petits lacs et qu'elle se réfugia dans un arbre creux où elle fut tuée. Il faut un bon chien pour terrasser une Loutre, car elle a des dents plus aiguës qu'aucun autre quadrupède du Canada, et aussi parce qu'elle possède une peau épaisse et lâche qui la protège.

(! Lorsque la Loutre est prise jeune, elle aime à jouer et montre beaucoup d'attachement. J'en avais une aussi domestiquée qu'un chien ; elle me suivait partout autour de la ferme et dans le village, mais elle préférait parcourir le bord d'une rivière. Lorsque je faisais une excursion en canot, elle saisissait parfois un poisson. Le nombre de grenouilles qu'elle tuait était étonnant ; cependant je ne lui en ai jamais vu manger ; mais elle semblait prendre plaisir à les capturer, pour les laisser de côté dès qu'elle en apercevait une autre. Dans une de ces excursions, elle parut tout à coup inquiète et elle faisait beaucoup de bruit ; je me retournai pour voir ce qu'il y avait et je m'aperçus qu'elle était en présence d'une grosse tortue qui se trouvait dans les joncs sur la rive ; elle sembla contente lorsque j'allai vers elle, car elle ne pouvait rien faire de cet animal. Elle se régala de sa chair lorsqu'elle fut coupée par morceaux. Je ne crois pas qu'une loutre puisse tuer une grosse tortue.

« Lorsque je prenais ma ligne pour aller pêcher^ elle paraissait tout à fait joyeuse ; je n'ai jamais vu un chien aimer plus un fusil qu'elle n'aimait à voir une perche de ligne. Elle allait peut-être une douzaine de fois par jour pêcher pour son propre compte, étant toujours accompagnée d'un jeune chien de berger, qui se tenait sur le haut d'un radeau, suivant tous les mouvements de son amie au milieu de la gente poissonneuse.

Avant que la Loutre eût songé à se faire un trou pour s'y réfugier, elle et le chien couchaient ensemble enlacés.

« Je coupais fréquemment un poisson par morceaux que je jetais dans la rivière, du pont où je me trouvais ; aussitôt la Loutre s'élançait en ligne droite dans l'eau, mais avant qu'elle y fut arrivée, un grand nombre de petits poissons se disputaient ces morceaux ; Nekeek — c'était son nom — mettait bientôt fin à ces disputes en saisissant le premier des poissons qui se présentait. Si ces derniers se sauvaient, elle s'emparait toujours des morceaux du poisson jetés à l'eau, et, pour les manger, elle nageait vers la rive, tantôt sur le dos, tantôt sur ses pattes. Lorsqu'elle mangeait, elle se tenait la tête élevée et elle fermait les yeux ; c'est ce qui explique le succès que j'obtenais quand je tuais au fusil des Loutres au moment où elles prenaient leur nourriture.

« Quand celle que je gardais avait fini de pêcher, on était sûr qu'elle viendrait se rouler sur les tapis

— iço

-si elle pouvait pénétrer dans la maison, et quand •elle ne le pouvait pas, elle venait se frôler le long des jambes de quelques amis ou sur n'importe quel chien de la maison s'il dormait . . .

(( Elle se creusa un trou dans le jardin et se confectionna un logis confortable sous le perron de la porte de derrière, où elle passa ensuite ses nuits sur un lit de paille qu'elle y avait transporté.

a Comme tout être animé, Nekeek eut une fin et, à l'instar de plusieurs d'entre eux, elle périt dans l'élément qui faisait ses plus grandes délices. Elle avait, dans un moulin, des amis qui souvent lui donnaient une anguille pour son déjeuner, puis elle passait là une partie de la journée ; lorsqu'un jour elle se trouva engagée dans une des roues du moulin où elle se noya . . . Après cet accident, le petit chien passa bien des heures sur le radeau, cherchant des yeux s'il verrait dans l'eau son amie disparue. » (i)

La Loutre met bas, vers le milieu d'avril, de deux petits qu'elle dépose dans son terrier, sur un lit d'herbes et de feuilles.

La Loutre est très recherchée pour sa fourrure, et chaque année on en tue un nombre considérable.

Page 1