‹ Les mammifères de la province de QuébecChapitre 77 sur 97 · Sous-FAMiLLE MEPHITIN · texte numérisé non relu

Sous-FAMiLLE MEPHITIN

Molaire de la mâchoire supérieure quadrangulaire, large, très forte ; ongles non rétractiles ; ceux des doigts antérieurs aptes à creuser la terre; démarche plantigrade; habitudes terrestres.

(i) Canadian i\at. and Geol. Vol. i, pp. 230-231.

Sous l'empire de la crainte ou de la colère ces animaux répandent, au moyen de glandes spéciales très développées, une odeur fétide qui les distingue suffisamment de ceux des autres genres de la famille et même de tous les quadrupèdes. Leurs mouvements sont lents.

Genre MEPHITIS,, Cuvier.

Formule dentaire. — /. ^^ c. lll^^ pm. 5^; m. ^— ^

Taille mo3'enne ; museau allongé et comme tronqué verticalement au bout ; queue longue et touffue, relevée en panache ; ongles des pieds de devant longs, peu recourbés ; oreilles courtes et rondes ; pieds courts.

Mephitis mephitica, (Shaw).

La Mouffette commune.

Pelage noir, ordinairement long, surtout à la queue ; une étroite bande blanche sur le front et une large tache de même couleur sur la nuque, qui se prolonge en deux bandes sur les côtés du dos jusque près de la queue ; cette dernière est noire, avec du blanc au bout, presque tous les poils de la queue sont blancs à la base. Longueur, 14K ; queue, 8j^

Cette espèce commune habite Test de l'Amérique du Nord, depuis la baie d'Hudson jusqu'au Texas.

La Moufette est un joli petit animal timide et peu farouche, aux mouvements lents, et que l'on prendrait à première vue pour un petit chien ; mais elle possède un moyen de défense que n'oublient pas ceux qui en sont les victimes. C'est ce qui la fait détester et fuir par tous ceux qui la connaissent.

Sous rinfluence de contractions musculaires, les glandes anales projettent au dehors, à une distance de dix à quatorze pieds, un liquide jaunâtre qui répand une odeur si fétide que nul animal ne peut en supporter les émanations sans en être pour ainsi dire suffoqué ; voilà pourquoi elle est connue sous la dénomination bien méritée de Bête puante.

Fig. 26. — L,a Moufette commune.

Lorsque la ^Moufette aperçoit son ennemi, au lieu de fuir, comme le feraient les animaux faibles, elle s'arrête, présente son train de derrière, relève sa queue touffue, laissant apercevoir l'orifice de deux

glandes anales, puis lorsqu'elle juge son agresseur suffisamment proche, elle lance sur lui son liquide fétide en deux jets, qui s'étendent à mesure qu'ils s'éloignent.

La ^loufette est connue depuis longtemps, et Sagard qui, le premier, en fait mention, la désigne sous le nom de Enjaii du diable.

Comme la plupart des mammifères, la Moufette est nocturne ; mais on la rencontre souvent aussi le jour.

Elle se nourrit de petits mammifères, de grenouilles, d'oiseaux, etc., et lorsqueile se trouvera à proximité des fermes, elle égorgera des poules, volera des œufs, boira du lait et cela sans trop se soustraire à l'œil du fermier, qui la tuera invariablement ; aussi est-elle souvent victime de la trop grande confiance que lui inspire son unique moyen de défense, qui ne réussit pas toujours à éloigner ses ennemis, car les loups et certains chiens la tuent en dépit de sa mauvaise odeur ; il en est de même du grand duc, qui en fait quelquefois sa proie.

Audubon nous dit « qu'il n'y a aucun quadrupède sur le continent de l'Amérique du Nord dont la présence soit plus généralement détestée que celle de la Moufette ; de là nous pouvons conclure que, quoique nous ayions à craindre des animaux qui sont gros et forts, cependant ceux qui sont faibles et insignifiants en apparence, peuvent avoir le pouvoir de nous importuner au delà même de ce que

nous pouvons supporter.

(( Dans l'espèce humaine nous constatons quelquefois qu'une faculté spéciale a reçu un développement .extraordinaire, résultat d'une étude constante d'un sujet spécial, tandis que, d'un autre côté, l'intelligence de l'individu peut être bien ordinaire. La même remarque s'applique également à n'importe quel organe du corps qui, par un emploi constant, (tels que les organes du toucher chez les aveugles) se perfectionne jusqu'à remplacer ceux qui font défaut. Mais chez les animaux inférieurs, ce développement dans un organe particulier résulte de sa conformation spéciale ou de l'instinct ; ainsi la force du rhinocéros repose dans sa corne nasale ; celle du sanglier, dans ses énormes défenses ; la sécurité du kangaroo dépend de ses membres postérieurs qui, non seulement lui permettent de faire des sauts prodigieux, mais encore de donner de forts soufflets ; le bœuf attaque ses ennemis avec ses cornes ; le venin mortel du serpent à sonnettes est communiqué au moyen de ses crochets, et l'abeille avec son aiguillon peut tuer quelques-uns de ses ennemis.

<- D'un autre côté pour attaquer ou se défendre, ces animaux sont comparativement faibles.

« Quoique armée de griffes et de dents assez fortes et assez aiguës pour capturer sa proie, la Moufette ne court pas vite et, d'apparence timide, elle serait incapable d'échapper à ses ennemis, si elle ne possédait pas un moyen de défense qui fait fuir les animaux même les plus féroces, leur fait frotter le nez contre la terre et se rouler ou culbuter sur le

sol, comme s'ils étaient en convulsions. Assez souvent même, le plus brave de notre fière espèce est forcé par ce petit animal à changer d'idée, à se boucher le nez, et à courir comme si un lion était sur ses talons.

t Parmi les premiers spécimens d'histoire naturelle que nous avons essayé de nous procurer, ce fut la Moufette et, cette fois-là, c'est par le sens de l'odorat que fut gravé dans notre esprit le sage conseil qui dit de regarder devant soi avant de marcher.

« Un soir, au temps où nous étions écolier, le soleil venait de se coucher. Comme nous revenions tran quillement de chez un voisin, nous vîmes devant nous, dans le sentier, un beau petit animal, gentil comme un petit chat, marchant doucement ; il s'arrêta comme s'il eût voulu nous attendre, levant en l'air sa queue touffue, se détourna et nous regarda comme de vieilles connaissances. Nous nous arrêtâmes et le regardâmes fixement. Qu'est-ce que c'est ? ce n'est pas un jeune chien ni un chat, il est plus gentil que cela ; il semble désireux de nous tenir compagnie et, semblable à un caniche favori, il paraît très heureux lorsque nous avançons vers lui. Quel beau petit animal à emporter dans nos bras à la maison î il semble trop gentil pour mordre, prenons-le. Nous courons vers lui, il ne fait aucun pas pour fuir, il nous attend et il lève sa queue comme pour nous inviter à la prendre ; nous la saisissons à l'instant, l'empoignant avec l'énergie d'un

avare qui s'empare d'une cassette de diamants, et . . . Pouah ! nous sommes suffoqués, les yeux, le neZ) la figure sont soudainement arrosés avec le fluide le plus horrible et le plus fétide.

Imaginez vous-même, lecteur, notre surprise, notre dégoût et cette odeur qui nous rendait malade ; nous laissâmes là le petit animal et prîmes notre course, trop entêté pour crier, mais trop alarmé et déconfit dans le moment pour songer à nous rendre compte de ce qui était la cause de notre infortune, effectivement désabusé, quant au caractère de douceur et de gaieté apparentes de cette petite bête, (i) »

La INIoufette fait quelquefois son nid dans un arbre cre^x, dans des crevasses de rochers ; mais le plus souvent elle creuse, près de la surface du sol, un terrier de six à huit pieds de longueur qui se termine par un agrandissement capable de contenir plusieurs individus.

Les Moufettes, à l'instar des animaux hibernants, s'engourdisent en hiver, mais ce n'est que tard à l'automne qu'elles s'enferment dans leurs gîtes. Elles se réunissent en famille pour cette fin, et l'on en a rencontré jusqu'à quinze qui avaient passé l'hiver dans un seul terrier Dans le sud, où l'hiver est peu rigoureux, elles ne s'endorment point à cette saison de l'année.

Lorsque la Moufette est prise jeune, elle s'apprivoise facilement ; elle est joyeuse, manifeste beau-

Ci) Audubon, Quadriipeds of N. A. Vol. i. p. 321.

coup d'attachement pour son maître et le suit comme un petit chien.

Elle met bas en mai, de huit à dix petits.

On utilise sa fourrure sous le nom de Marte

d'' Alaska.

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