‹ Les mammifères de la province de Québec [microforme]Chapitre 50 sur 84 · Genre ALCES, Gray · texte numérisé non relu

Genre ALCES, Gray

Animaux de grande taille, hauts sur jambes ; corps lourd; tête longue ; museau cartilagineux, renflé et velu, à l'exception d’un petit espace nu au bout ; yeux comparativement petits, fossettes lacrymales petites ; oreilles longues et larges ; bois chez les mâles seulement, très large, en forme de palettes et à nombreuses dentelures ; queue Courte.

(:) Canadian Nat, and Geol. Vol. 1, p. 85.

Alces americanus, JARDINE.

L'Elan d'Amérique.

Pelage d'un gris noirâtre mélangé de jaunâtre : cette dernière teinte domine en dessous et vers le museau. La crinière est de longueur moyenne,

C'est le plus grand et le plus robuste des animaux de nos forêts. I] atteint parfois une hauteur de huit pieds et son bois, qui prend des dimensions énormes, pèse jusqu'à soixante livres, et la distance entre l'extrémité de ses cornes peut aller jusqu'à soixante. quatorze pouces.

L'Elan ou Orignal, comme on le nomme ordinairement, habite la partie nord de l'Amérique septentrionale, A l'exemple des autres animaux de uos forêts, il diminue peu à peu ; toutefois on le retrouve encore plus où moins commun dans certaines régions boisées du nord des Etats-Unis comme dans celles de la Puissance.

L'Orignal est loin d’avoir l'élégance de formes et la légèreté du chevreuil et du caribou. Sa haute stature, son corps gros, sa tête allongée qu’il porte Presque toujours basse, son museau épais, ses grandes oreil” : son poil long et grossier, tout contribue à lui donner un air de stupidité et de gaucherie,

M. J.E. Powell, qui a étudié en détail les mœvs de l’Elan, nous en a laissé l’intéressante descrinti : suivante :

« Lorsque la neige est entièrement dispart - de ja

surface de la terre, ce qui'a lieu, dans les retraites favorites dans Elans, vers le milieu de mai, ils

ces endroits, diverses plantes aquatiques qu’ils mangent. Néanmoins leur nourriture favorite consiste Surtout dans les nénuphars et les joncs de diverses espèces ; À cette saison, ils les broutent aussitôt qu’ils apparaissent et ils les rongent jusqu'à la racine, se tenant la tête sous l'eau durant l’espace d'une minute ou quatre-vingt secondes ; ils vont même dans l’eau À une telle profondeur que, lorsqu’ils plongent la tête Pour y atteindre les jeunes Pousses et en arracher les racines de nénuphars (qu'ils mangent souvent À cette saison de l’année) avant que les feuilles soient nombreuses, on ne leur aperçoit qu’une partie du dos. C'est aussi vers cette Époque que les femelles s'éloignent des mâles, cherchent les bois les plus touffus de la forêt et le plus près de l’eau possible, pour y mettre bas. Les femelles de trois ans ou plus ont invariablement deux petits Néanmoins, j'ai vu quelquefois une portée de trois, mais c’est très rare ; celles de deux ans n’en ont jamais plus d’un.

« C’est également vers cette période de l’année qu'ils quittent leurs poils longs et grossiers pour se revêtir d’un beau poil doux et court, de couleur brun foncé, qui devient bientôt d’un noir lustré sur les côtés et le dos, et gris sur les jambes... A me. sure que la saison avance, les Elans fréquentent

Fig. 19.—Les Elans dans leurs quartiers d'hiver.

l’eau davantage, et y restent plus longtemps chaque fois. Vers la fin de mai ou au commencement de juin, ils demeurent dans l'eau rarement plus d’une demi-heure, mais en juillet et en août, ils y passent quelquefois des heures entières ; même la nuit, ils vont souvent se baigner, surtout lorsque la température est chaude, sèche et suffoquante, ou pendant les orages accompagnés de tonnerre. Dans ces circonstances, ils sembleht prendre un plaisir particulier à nager çà et là, et manifestent des signes de la plus grande joie.

« Lorsque les femelles vont à l’eau, elles cachent leurs petits avec beaucoup de soin, afin de les protéger contre la férocité des vieux mâles qui les tueraient. A cette fin, elles choisissent d'ordinaire une touffe de gros arbrisseaux ou un massif de sapins ou de mélèzes qui, par sa densité, empêche les mâles de les atteindre, arrêtés qu’ils sont par leurs cornes qui commencent à pousser en avril. Ces cornes, qui croissent rapidement, sont alors très tendres et peuvent’ facilement se casser à cette époque. Au mois de septembre, le velouté qui les recouvre disparaît, et c’est alors qu’elles acquièrent toute leur dureté. A la fin du même mois, les Elaus quittent le bord des eaux pendant deux ou trois semaines, pour se retirer dans les montagnes. Les mâles sont alors très gras (j'en ai tué qui avaient presque trois pouces de graisse sur le croupion). Ils sont souvent très sauvages, très féroces, et attaquent’même parfois le chasseur.

« Dans l’espace de quelques semaines, ils deviennent maigres, par suite de leurs courses vagabondes, des nombreux combats qu'ils se livrent entre eux, et aussi parce qu'ils négligent de prendre de la nourriture. A cette époque, les mâles font entendre des mugissements qui, durant les nuits silencieuses, peuvent être perçus et reconnus par le chasseur attentif, À une distance de deux à trois milles.

« Les mâles produisent aussi un autre bruit particulier, que les chasseurs appellent éfcker ; ce bruit est produit par les mâchoires qui s'ouvrent et se ferment avec force, d'une manière spéciale, qui ressemble, comme son nom l'indique, au bruit que fait une hache entendu à une grande distance ; ils émettent aussi divers autres cris et sons singuliers.

« Lorsqu'ils reviennent vers l’eau, ils se baignent souvent, et demeurent longtemps dans l'eau, et cela, pendant une couple de semaines ; mais après, ils Y diminuent graduellement leurs visites jusqu’au moment de la gelée, et même ils se baignent encore parfois jusqu'à ce que la glace atteigne une épaisseur d’un pouce en une seule nuit.

«Ils retournent alors dans les montagnes, où ils choisissent leurs quartiers d'automne et d’hiver, errant d’abord de côté et d'autre, se nourrissant de l'écorce de petits arbres, qu’ils pèlent ou rongent, ainsi que des rameaux de sapins et autres arbres. Lorsque la neige devient épaisse, ils se choisissent un endroit bien adapté à leurs besoins, et commencent à ronger et à brouter autour d'eux, c’est ce que

l'on appelle ravage. A mesure que la neige augmente et qu’elle se durcit, ils se contentent de pe-. ler les arbres et de dévorer les jeunes arbrisseaux les plus proches, plutôt que de se frayer un chemin dans la neige, à la recherche d’une nourriture plus choisie.

« Un ravage occupe fréquemment un espace d'environ une centaine d’arpents; mais dans les dernières semaines de la saison des neiges, cet espace est beaucoup plus restreint, et ne comprend guère plus d’une douzaine d’arpents. Les vieux mâles et les femelles n’hivernent jamais ensemble, mais les jeunes passent quelquefois l'hiver avec les vieux, quoiqu'on ne les trouve pas en société bien intime ; les femel. les et leurs petits passent l'hiver ensemble ; ces derniers demeurent avec leur mère pendant un an.

«Les vieux mâles hivernent invariablement seuls, ils aiment la solitude et se choisissent quelque lieu écarté ou quelque montagne isolée ; de fait, à mesure que l’Orignal vieillit, il devient de plus en plus soli taire dans ses habitudes, et évite la société de ses semblables, fréquentant en été quelques petits lacs ou étangs solitaires. Les jeunes de deux ou trois ans font aussi bande à part ; mais ceux de trois à dix aus, vont ordinairement par troupeaux plus ou moins nombreux. J'en ai vu jusqu'à neuf dans le même ravage.

“ Lorsqu’ils sont poursuivis par les chasseurs, ils vont à la file, chacun marchant dans la piste de son prédécesseur, de sorte qu’il n’y a qu’un chasseur

expérimenté qui Puisse reconnaître qu'il yen a plus d’un, lorsqu'en réalité il peut y en avoir six ou sept Sont-ils cernés de près, le premier, dès qu’il sent ses forces faiblir, par suite de la neige profonde et durcie qu’il est obligé de fouler, fait un pas de côté et laisse passer les autres qu’il suit à son tour ; ils se relèvent à tour de rôle, les mâles aidant ainsi les femelles ou les jeunes ; s’il arrive qu’ils rencontrent, dans leur course, un arbre renversé et qu'ils soient traqués de très près, chacun franchit l'obstacle en rompant l’ordre de la marche, pour la reprendre après comme Auparavant. Ce sont les daguets ou les mâles le deux ans, qui offrent la chasse la plus longuee «4 plus fatiguante : mais les vieux mâles combatten, avec beaucoup de vigueur. De fait, ils refusent souvent de fuir et attendent le chasseur qu’ils ne craignent pas d’attaquer parfois.

« Un ravage d’Orignal avec ses atbrisseaux cassés et ses arbres pelés, offre un spectacle singulier à voir Pour celui qui n’y est pas habitué. Souvent même, lorsque la neige est profonde et durcie, rendant par là leurs courses plus difficiles, ils cassent, à cinq ou six pieds de terre, et dévorent entièrement les jeunes têtes des sapins, lorsque ces derniers n'ont pas un diamètre de plus de deux à trois pouces. Quant aux arbres, s'ils ne peuvent les abattre, ils les pèlent jusqu'à la hauteur de dix à douze pieds du sol, appuyant leurs pieds de devant sur le tronc de l'arbre, leurs membres postérieurs supportant ainsi

tout le poids de leur corps. Quoique l'Orignal soit très friand de bourgeons de sapins, il ne mange jamais l'écorce de cet arbre, qui est cependant le seul qu'il détruise pour se nourrir. Les autres arbres survivent généralement, car il ne les pèle que d’un côté; de sorte que le chasseur, pour peu qu'il ait d'expérience, peut toujours se rendre compte de la direction prise par l'Orignal.

« Lorsque leur bois'tombe, les mâles se frottent la tête contre les troncs des sapins, leur instinct les guidant à se servir des propriétés de la gomme de cet arbre pour cicatriser la plaie que laisse le bois lorsqu'il se détache.

« La nourriture favorite de l'Orignal, durant l’hiver, se compose de rameaux de sapins, de l'écorce de frêne, d’une espèce d'érable nain et des jeunes rameaux du viorne, vulgairement appelé bois d''orignal.

«Pendant l'été, la femelle est ordinairement accompagnée de ses deux petits, mais en hiver on en voit rarement plus d'un, d'où je conclus que les jeunes de l'Orignal sont sujets à beaucoup de dangers dans le jeune âge... L’Origual est doué d’une grande force et de beaucoup de persévérance ; il peut supporter de très grandes fatigues. Il consomme peu de nourriture proportionnellement à sa taille, et il boit peu en hiver, n’ayant souvent que la neige pour étancher sa soif...

« L'Orignal ne vit pas vieux. Je ne sache pas que l'on en ait trouvé âgé de plus de vingt ans.

" Les sens de l'ouïe et de l'odorat sont très dévelcppés chez cet animal, ce qui, joint à sa défiance ‘iaturelle, le rend très difficile à approcher. » (1)

L'hiver est la meilleure saison Pour chasser l’Orignal ; le chasseur, monté sur ses raquettes, se dirige avec beaucoup de précautions veré leur retraite d'hiver, et s’il peut y parvenir sans en être aperçu, il peut alors faire le coup de feu. Mais s'il attire l’attention de ces animaux par le bruit d’une branche cassée ou qu’il soit aperçu par eux, toute la bande prend la fuite, et la chasse est finie ; car si la neige est molle, leur grande force musculaire trioraphe de cet obstacle et ils parviennent toujours à s'échapper. Le mois de mars est préférable à tous les autres pour cette chasse, la neige est alors recouverte d’une couche plus ou moins épaisse de verglas, <t l'énorme pesanteur de l'animal le fait enfoncer. De plus il se blesse les jambes au contact du ver. glas, de sorte qu’il finit par se fatiguer, et le chasseur, après une course de deux ou trois heures et Souvent plus, a une chance de l’approcher.

Au mois de septembre, les mâles se recherchent pour se livrer des combats acharnés. Ils font alors entendre un cri particulier, et le chasseur met à profit cette ardeur belliqueuse pour les tuer.

À cette fin, deux chasseurs, par un clair de lune, montent en canot et, sans bruit, suivent le bord de l’eau, se tenant sous l'ombre que projette le feuillage

(1) Canadian Nat, & Geol, Vol. 1, DP. 63-65.

à ces endroits ; puis l’un d'eux imite alors le cri de l'Orignal mâle. S'il s'en trouve un dans le voisinage, il répond aussitôt en se dirigeant vers l'endroit d'où vient ce cri, dans l'espoir de rencontrer un de ses, semblables. Un chasseur habile peut alors facilement le tuer.

La vue d’une lumière, la nuit, le fascine, le met en fureur, et il se précipite sur elle ; si on l'éteint, sa rage cesse, Il attaque son ennemi ou se défend avec son panache, mais surtout avec ses pieds de devant qui sont des armes terribles.

Ilest maintenant reconnu que l'élan d'Europe est une espèce distincte de la nôtre.

Page 1