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ORDRE DES AMPHIBIES

Prise dans son sens le plus rigoureux, la dénomination A\Amphi' Mes {à[i.<fi, de part et d'autre, 6io;, vie) ne devrait s'appliquer qu'à des animaux dont l'existence peut se passer alternativement dans Fair ou dans Teau : tels sont les Batraciens, qui respirent d'abord dans l'eau, par des branchies, et ensuite dans l'air, par des poumons. Mais cette expression a été détournée de sa véritable acception, et Ton a appelé plus spécialement amphibies des Mammifères essentiellement organisés pour la vie aquatique et qui peuvent difficilement se mouvoir sur le sol : tels sont le Morse et le Phoque,

Les Morses et les Phoques, qui composent l'ordre des Amphibies, offrent une série de caractères en rapport intime avec les conditions d'existence qui leur sont dévolues. Ils ont le corps allongé, cylindrique et pisciforme, c'est-à-dire ressemblant à celui d'un poisson. Leurs membres, très-raccourcis, n'apparaissent au dehors que par les extrémités, qui sont converties en nageoires par de larges palmatures. Les extrémités antérieures pendent le long du corps et agissent d'avant en arrière, comme chez la plupart des quadrupèdes aquatiques; au contraire, les extrémités extérieures, étendues horizontalement et parallèlement, sont disposées de manière à frapper l'eau obliquement. Leur fourrure se compose d'une bourre laineuse, dont l'épaisseur et la finesse augmentent avec la rigueur du climat, et que recouvrent des poils assez rudes, enduits d'une huile abondante, qui a pour objet d'empêcher Taccès de Teau jusqu'à la peau. Une forte couche de graisse protège le corps contre le froid, principalement chez les espèces qui habitent les régions extrêmes des deux continents.

Les Amphibies ont la tête arrondie, les yeux gros, la conque au-

ditive radimentaire ou nulle, la lèvre supérieure ornée d^épaisses moustaches. Leurs mâchoires portent trois sortes de dents et leur cerveau est sillonné d'assez nombreuses circonvolutions. Vivant par troupes nombreuses, ils se nourrissent de poissons, de mollusques, de crustacés, etc., auxquels ils adjoignent parfois des substances végétales. Ils plongent avec une grande facilité, et quoique obligés de venir respirer Tair à la surface de leur élément favori, ils peuvent rester longtemps sous Teau. Cette circonstance s'explique par une particularité de leur appareil circulatoire. Ils sont munis de vastes réservoirs veineux {$inu$) dans lesquels le sang s'accumule, pendant que les poumons ne fonctionnent pas. L animal ne peut dès lors être suffoqué, car l'asphyxie est déterminée par l'arrêt de la circulation du sang dès que la respiration est suspendue, et les sinus fournissent à cette circulation dans les cellules pulmonaires pendant que l'animal plonge sous les eaux. Grâce à cette précaution de la nature, les Amphibies peuvent librement vaquer, au sein de Tonde, à la recherche de leur subsistance; ce n'est que lorsque le sang déborde de leurs réservoirs veineux qu'ils éprouvent le besoin de remonter â la surface de la mer pour respirer.

Comme leurs membres sont impropres à la locomotion terrestre, les Amphibies ne sortent de l'eau que pour dormir, mettre bas et allaiter leurs petits. Sur le sol, ils en sont réduits à ramper péniblement; et lorsqu'on les surprend sur le rivage, ils se trouvent à la merci de leurs agresseurs, car ils sont également incapables de fuir et de résister à ceux qui les attaquent. On ne doit donc pas s'étonner que des quantités considérables de ces animaux soient détruites chaque année, et que les produits qu'ils fournissent (huile, pelleteries, cuir, ivoire) donnent lieu à un grand mouvement commercial.

Bien que les Amphibies soient répandus dans toutes les mers du monde, on en trouve peu dans les régions intertropicales, et ils augmentent de plus en plus en nombre â mesure qu'on s'avance vers les pôles. Ils ne manquent pas sur les côtes d'Europe: les mers du Nord, la Manche, la Méditerranée et la mer Noire en sont assez abondamment pourvues. Connus des Grecs et des Romains, les Amphibies ont donné lieu aux fables des Tritons et des Néréides.

Les Amphibies ne comprennent que deux familles : les Morses et les Phoques.

■ Famille des Morses. — L'unique espèce de la famille est le Morse^ vulgairement nommé Cheval marin, Vache marine ou Vache à la grande dent. Cet animal mesure de 3 mètres 50 à 4 mètres de longueur sur 3 mètres de circonférence; les assertions des voyageurs qui prétendent en avoir vu de 6 à 7 mètres doivent être taxées d'exagération. Le Morse est couvert d'un poil court, peu abondant, de couleur roussâtre; son museau, gros et renflé à la partie supérieure, se termine par un mufle, dans lequel sont percées des narines tournées vers le ciel. En somme, c'est un être d'apparence massive et d'aspect rébarbatif. Les Morses sont caractérisés par deux puissantes dents canines qui, descendant verticalement de leur mâchoire supérieure, viennent faire saillie au dehors, et constituent des armes redoutables. Ces défenses atteignent jusqu^à 65 centimètres de longueur, avec une largeur proportionnée. Les Morses adultes manquent de dents incisives et de canines à la mâchoire inférieure ; mais', dans le jeune âge. ils possèdent deux petites incisives. Les dents molaires , au nombre de huit à chaque mâchoire, son aptes à broyer des matières dures, et agissent les unes sur les autres, à la manière du pilon dans le mortier.

Les Morses habitent exclusivement les mers polaires arctiques ; ils sont surtout communs aux environs du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble et sur les côtes de la Sibérie. Ils se jouent avec aisance au milieu des eaux, se nourrissant de crabes, de coquillages, de mollusques, qu'ils détachent du sol submergé, au moyen de leurs défenses fonctionnant comme nos râteaux. Leurs longues dents canines leur sont surtout très-utiles pour se hisser sur les rivages ou sur les glaces qui en défendent Taccès ; elles leur servent a prendre des points d'appui, et leur permettent de s'avancer en se traînant sur les membres antérieurs, lis montent souvent sur des glaçons flottants, et se laissent aller à la dérive jusqu à ce qu'il leur plaise de plonger.

La femelle met bas, en hiver, un ou deux petits, qu'elle soigne avec sollicitude et défend avec énergie.

D'un naturel doux et inoflensif, les Morses deviennent très-audacieux dès qu'ils sont attaqués et blessés. Ils entrent alors dans une violente colère, et témoignent, par tous leurs actes, de leur désir de vengeance. S'ils se trouvent à terre, et par conséquent incapables de poursuivre leurs ennemis, le sentiment de leur impuissance leur arrache des cris furieux ; ils labourent le sol de

leurs défenses, et mettent en pièces tout ce qui se trouve à lenr portée. Mais il sultît pour éviter leurs coups, après les avoir frappés, de se tenir à quelque distance. Dans la mer, au contraire, où ils peuvent déployer toute leur agilité, les Morses sont véritablement à craindre, d'autant plus qu'une étroite solidarité les unit et qu'ils ne manquent jamais de se porter en grand nombre au secours de leurs compagnons menacés. Ils entourent les chaloupes et s'eiïorcent de les couler en les perçant de leurs défenses, ou de les faire chavirer en pesant dessus de tout leur poids et

les fracassant à grand renfort de mâchoires. Quelquefois même ils tentent d'y pénétrer, au grand déplaisir des matelots, peu soucieux de se trouver en pareil voisinage. Si les embarcations s'enfuient, ils les poursuivent longtemps et ne s'arrêtent que lorsqu'ils les perdent de vue.

Les Morses ont à lutter, non-seulement contre les hommes, mais encore contre les ours, qui habitent les tûémes parages. Quoique les ours blaiics soient doués de moyens d'action redoutables, ils ne' sortent pas toujours vainqueurs du combat. Des

sa MAMMIFÈRES.

blessures profondes qu'ils rapportent de leurs luttes contre les Morses, attestent suffisamment la vaillance et la force des animaux dont ils ont voulu faire leurs victimes.

Autrefois les Morses étaient si condensés dans certaines parties de l'océan Glacial arctique, et en même temps si confiants, qu'ils se laissaient approcher par des bandes de matelots, sans chercher à fuir; si bien qu'on pouvait en détruire en une demi-journée des quantités prodigieuses. Gmelin dit que les Anglais en tuèrent 700 à 800 dans l'espace de six heures, en 1705; et trois ans après, 900 dans l'espace de sept heures. En 1640, un capitaine de navire, du nom de Kykyrez, en extermina un si grand nombre, que sa fortune fut faite en une seule campagne.

Voici comment on procédait à cette chasse. Les hommes de l'é-

quipage descendaient sur la plage, et coupaient la retraite aux Morses, étendus sans défiance à quelque distance; puis ils s'avançaient et les frappaient de leurs lances. C'était alors un massacre épouvantable; à mesure que les cadavres tombaient, ils étaient entassés sur une longue ligne, et formaient ainsi une espèce de digue, contre laquelle venaient se briser les efforts des fuyards; tout le troupeau était ainsi liaché ou assommé.

Aujourd'hui la môme manœuvre réussit bien rarement. 'instruits par l'expérience, les Morses se tiennent en bandes moins nombreuses sur les rociiers et les glaçons ; ils s'éloignent très-peu des bords de la tner, de manière à pouvoir plonger à la moindre alerte, et ils posent des sentinelles pendant leur sommeil, afin de n'être pas surpris ài'improviste. Le plus souvent, il faut monter

dans des barques, les poursuivre à force de rames, et les harpon^ ner dans Teau. Mais, comme nous Tavons dit, cette opération est assez dangereuse. Les Morses blessés deviennent furieux; ils entourent Tembarcation qui porte les chasseurs, et, dans leurs efforts désespérés, tentent de la faire chavirer (fig. 26). Ce n'est pas trop des gaffes, des harpons et du fusil pour triompher de leur résistance.

Les Morses fournissent à l'industrie divers produits très-estimés: c'est pour cette raison qu'on leur fait une guerre acharnée. En premier lieu, leurs défenses donnent un ivoire greny, plus dur et plus blanc que celui de l'éléphant. Ces défenses se détachent naturellement quand on fait cuire la tête de Tanimal dans un chaudron plein d'eau bouillante. On extrait de leur lard une huile de qualité supérieure à celle de la baleine; chaque individu en produit une demi-tonne. Enfin leur peau, convenablement travaillée, devient un cuir très-épais et très-résistant, qui trouve son emploi dans la carrosserie. Au moyen âge, on faisait avec ce cuir des cordages et des câbles d'une solidité à toute épreuve. Albert le Grand, au quatorzième siècle, rapporte que cette peau donnait lieu à un grand commerce sur le marché de Cologne.

L'antiquité n*a pas connu le Morse.

Famille des Phoques. — Les Phoques ont une grande analogie de formes avec les Morses, mais ils sont dépourvus des dents formidables qui caractérisent ces derniers. Leur tête est arrondie efc assez semblable à celle du chien; leurs yeux sont gros, brillants et très- doux. Ils peuvent fermer leurs narines lorsqu'ils plongent, et s'opposer ainsi à l'invasion de l'eau dans l'arrièrebouche. Leurs oreilles, qui ne consistent le plus souvent qu'en de simples ouvertures, sans pavillon extérieur, jouissent de la ménae propriété. Leur bouche est garnie, en haut et en bas, de trois sortes de dents : incisives, canines et molaires. Les molaires diffèrent peu de celles des carnivores, mais on n'y voit point, comme chez les carnivores, les molaires dites tuberculeuses. On n'aperçoit de leurs membres que les extrémités, composées de cinq doigts très-longs, réunis par une large membrane. Leurs pieds de derrière, disposés côte à côte, figurent une sorte de nageoire échancrée, dont une courte queue occupe le centre. Leur épine dorsale est d'une telle flexibilité, qu'ils peuvent redresser la partie antérieure de leur corps presque verticalement, l'arrière-

train restant horizoQtal. Bel exemple à citer à l'émulation des courtisans, à Téchine tlexible!

Le volume considérable de leur cerveau fait deviner le haut degré de leur intelligence. Les sens de ces animaux ne paraissent pas cependant très- développés. D'après les observations de Fr. Cuvier, le sens de la vue serait le meilleur. Les Phoques voient assez bien à quelque distance, mais une trop grande quantité de lumière les offusque ; aussi ont-ils la pupille contractile, comme les chats. L'ouïe doit être faible, puisque les organes de ce sens manquent de cornet extérieur pour recueillir les sons; l'odorat ne semble guère plus subtil. Le toucher s'exerce vraisemblablement par les poils longs et durs qui garnissent la lèvre supérieure , car ils aboutissent à des nerfs d'une grosseur remarquable. Quant au goût, il est tout à fait rudinientaire , si l'on en juge par la gloutonnerie de ces amphibies. Ils engloutissent souvent leur proie tout entière, sans la mâcher, quoiqu'ils ne puissent l'avaler qu'au prix d'énergiques efforts. Lorsqu'elle est trop grosse pour être dévorée d'un seul coup, ils la partagent en plusieurs morceaux, par l'action des dents ou des ongles, sans se mettre en frais de mastication.

La voix du Phoque consiste en une sorte d'aboiement analogue à celui du chien. Quand il est irrité, il souffle comme les chats, en montrant les dents. Certaines espèces accentuent assez distinctement la syllabe pa^ plusieurs fois répétée. Cela suffit pour que les entrepreneurs d'exhibitions phénoménales amorcent la crédulité des badauds par l'annonce d'un animal extraordinaire, d'un monstre marin qui dit jmpa et maman, aussi bien que vous et moi.

Les Phoques ont à peu près les mêmes mœurs que les Morses , mais ils ne sont pas conGnés, comme ces derniers amphibies, parmi les glaces du nord, quoiqu'ils y soient plus nombreux et généralement plus forts que partout ailleurs. Ils abondent également dans les mers australes, et Ton en trouve jusque dans les parages du Japon et de l'Amérique centrale. Ils se rencontrent sur tous les rivages d'Europe, et même dans certains lacs ou mers intérieures, tels que la mer Caspienne, le lac Baïkal, enfin les lacs Ladoga et Onega (Russie d'Europe), s'il faut en croire quelques auteurs. Ils vivent en grandes troupes dans les anses, les baies et au milieu des archipels encombrés d'écueils.

Toutes les espèces ne recherchent pas les mêmes sites pour théâtres de leurs ébats : les unes préfèrent les grèves sablonneuses

et abritées, les autres les rochers incessamment battus par le flot, d'autres les plages tapissées d'herbes épaisses. Ils aiment surtout la tempête, le fracas des vagues, les sifflements du vent, la grande voix de la foudre et la lueur fugitive des éclairs. Ils aiment à. voir rouler, dans un ciel assombri, de gros nuages noirs versant des torrents de pluie. Alors ils sortent en foule de la mer, et viennent se jouer sur le rivage, au sein des éléments en furie. La tourmente est leur milieu naturel ; c'est dans ces crises de la nature qu'ils donnent carrière à toutes leurs facultés, à toute l'activité dont ils sont capables. Quand le temps est beau, ils s'endorment

Fig. il. Phoques.

d'un sommeil profond, et se livrent paresseusement aux douceurs du far niente.

Les Phoques se nourrissent principalement de poissons, dont ils s'emparent avec habileté; ils y Joignent des mollusques, des crustacés, et, à l'occasion, des oiseaux aquatiques, lorsque ceux-ci viennent raser la surface de la mer, pour y pêcher leur nourriture. Des auteurs sérieux aiUrment qu'ils ont l'habitude, avant de se jeter à l'eau, d'avaler une certaine quantité de cailloux, q\ii leur servent de lest comme à un navire, excès de poids qu'ils dégorgent lorsqu'ils reviennent à terre. Si le fait n'est pas vrai, il est bien trouvé : se non i vero, i bene trovato.

Les Phoques nagent la tête et les épaules hors de Teau ; il n'est pas étonnant que, dans celte situation et vus à distance, on les ait considérés, chez les anciens, comme des êtres extraordinaires, chargés de faire cortège à Neptune dans ses promenades à travers son liquide domaine. Pour émerger, ils choisissent un lieu en pente douce, et s* accrochant des mains et des dents à toutes les aspérités voisines, ils s'avancent avec peine, mais plus rapidement que ne le ferait supposer l'imperfection de leurs organes propulseurs appliqués à la locomotion terrestre. Ils se hissent avec adresse sur des glaçons flottants, et se laissent aller à la dérive, en toute tranquillité.

Ils possèdent à un haut degré le sentiment de la propriété, et défendent très-énergiquement leurs droits. Dès qu'une famille s'est installée sur un roc ou un bloc de glace, elle ne souffre pas qu'un autre individu du troupeau vienne l'y troubler ; le mâle se charge de repousser toute invasion de son domicile. De là des combats furieux, qui ne cessent que par la mort du légitime propriétaire ou la fuite de l'agresseur. Quand l'espace est étroitement limité, on voit bien plusieurs familles se tenir sur le même rocher ou le même glaçon, et vivre en bonne intelligence; mais elles laissent toujours entre elles quelque distance et se renferment dans la partie qui constitue leur lot.

Comme les Morses, les Phoques placent des sentinelles pour veiller, pendant leur sommeil, à la sûreté commune. Dès qu'un homme ou une bande d'ours blancs paraît, les factionnaires poussent des hurlements prolongés, et toute la compagnie se précipite dans la mer«

La manière la plus efficace de tuer les Phoques consiste à leur appliquer des coups de massue sur le nez; les blessures qu'on leur fait avec des armes tranchantes devraient être très-profondes pour mettre leur existence en danger. Lorsqu'ils se voient cernés, ils se défendent courageusement, mais avec peu de succès. Dans leur fureur, ils brisent les armes de leurs ennemis entre leurs robustes mâchoires. Du reste, leur chasse ne diffère en rien de celle du Morse. On les harponne sur la mer, dans des embarcations, ou bien on les poursuit sur les glaçons, et on les tue à coups de pique et de hache (fig. 28).

Toutes les populations riveraines des mers polaires poursuivent les Phoques, et en détruisent des quantités incalculables. Elles trouvent dans ces animaux de précieuses ressources contre la

rigueur et la désoialion du climat hyperboréen. Pour les Groënlandais surtout, le Phoque est d'une utilité sans égale. H répond à la plupart de leurs besoins, et leur rend la vie possible dans la A-oide contrée à laquelle ils sont attachés.

Le Groënlandais mange la chair du Phoque, et s'en contente, bien qu'elle soit coriace et d'une odeur désagréable. Il boit son huile et la fait servir à son éclairage. Avec sa peau, il confectionne des vêtements, des couvertures, des tentes, des canots; ou bien il la découpe en courroies et en lanières. Ses nerfs et ses tendons

sont convertis en 01 pour la couture et en cordes pour les arcs. Son sang même, mélangé avec d'autres substances, forme une espèce de soupe. Il n'est pas jusqu'aux membranes de l'intérieur du corps qui ne reçoivent leur emploi; convenablement desséchées, elles servent, grâce à leur transparence, à fermer les ouvertures qui donnent un peu de jour à leurs tristes réduits.

Aussi l'unique occupation du Groënlandais est-elle, pour ainsi dire, de chasser le Phoque. Dès ses plus jeunes années, il est dressé à cet exercice, qui est pour lui une question de vie ou de mort. Tantôt il s'élance sur la mer , dans son fragile canot, et

00 MAMMIFERES.

harponne sa proie lorsqu'elle vient respirer à la surface; tantôt il s'enveloppe dans une peau de Phoque, et s'étendant sur le rivage, il s'efforce d'attirer quelque innocent par ce simulacre trompeur.

Les Esquimaux prennent encore le Phoque de la manière suivante. Ils pratiquent un trou dans la glace, et au moment où un de ces animaux se présente à cette lucarne improvisée pour respirer l'air, ils s'en emparent (6g. 29).

Les Anglais et les Américains des États-Unis sont les seuls peuples qui oi^anisent sur une grande échelle la chasse du Phoque.

Fi|[. n. EiquiiDaDi guettant un phoqus.

Ils y consacrent annuellement une soixantaine de navires, de deux cent cinquante à trois cents tonneaux chacun. Le but commercial de ces expéditions est de recueillir t'huile dont est saturée la chair de ce Mammifère aquatique. Les corps, coupés par morceaux, sont jetés dans des chaudières établies sur la grève. Lorsque la graisse s'est séparée par la fusion, on la met en baril, pour l'exporter en Europe ou en Amérique, oii elle se vend à raison de quatre-vingts francs le baril. Chaque Phoque peut fournir un demi-baril dhuile.

Pour récolter un maigre profit, les paysans des côtes et des Ues

de la Baltique affrontent tous les ans les plusgrands dangers à la chasse du Phoque. Lorsque arrive la fonte des glaces, ils s'embar* quent, au nombre de cinq, six ou quelquefois moins, sur un canot, munis de vivres et d'engins meurtriers. Ils courent le risque de voir leur embarcation brisée par le choc des masses de glace et d'être emportés sur un glaçon, où ils périssent de faim et de froid. Un assez grand nombre de Norvégiens sont victimes, chaque année, de ces dangereuses expéditions.

Les riverains du nord de l'Ecosse chassent les Phoques d'une façon étrange qui ne laisse pas que d'être périlleuse. Us savent que ces Amphibies se retirent, pour faire et allaiter leurs petits, dans de vastes cavernes, à entrée généralement très-étroite. En octobre ou novembre, ils pénètrent, vers le milieu delà nuit, dans ces sombres grottes, au fond desquelles ils s'avancent, montés sur frêle un esquif. Alors ils allument des torches et poussent de grands cris. A cette clarté subite, à cesbruitsinusités, les Phoques sortent de leurs retraites dans le plus grand désordre et en poussant de forts mugissements. Leur nombre est tel que les chasseurs seraient écrasés s'ils ne se rangeaient tout d'abord contre les parois de la grotte pour les laisser sortir; mais, à la Gn, ils tombent sur les traînards et les assomment à coups de bâton sur le nez ; puis ils transportent les cadavres au dehors. Ils ont à craindre, dans ces sortes d'expéditions, qu'un coup de vent éteigne leurs torches, et dans ce cas ils périraient au fond de ces antres obscurs.

Le Phoque est doué d'un ensemble de facultés remarquables qui le rendent propre à la domesticité ; aussi peut-on s'étonner que l'homme n'ait pas encore songé à le dresser à la pêche, comme il l'a fait pour la loutre. Sa douceur, sa sociabilité, et par-dessus tout son intelligence, qui est presque égale à celle du chien, lui assureraient une belle place dans l'intimité de l'homme. On a de nombreux exemples de Phoques qui, apprivoisés dès leur jeune âge, s'éprirent d'une vive affection pour leurs maîtres, au point de les suivre partout et de revenir auprès d'eux, même après qu'on les eut à dessein égarés à une grande distance. Ils donnent peu d'embarras : un bassin rempli d'eau, où ils puissent se baigner, et une cabane garnie de paille, pour se reposer, suffisent à les maintenir dans de bonnes conditions de santé. On les nourrit de poissons. Seulement, comme ils en absorbent une très-grande quantité, les frais de subsistance s'opposeraient, plus que toute autre cause, à leur réduction en domesticité. Un fait bizarre, c'est que lorsqu'ils

se sont habitués à une sorte de poissons, ils n'en veulent plus manger d'autres, et se laissent mourir de faim plutôt que de consentir au changement.

On distingue de nombreuses espèces de Phoques, propres à différents climats. Examinons rapidement les principales.

Le Phoque commun, vulgairement ntimmé Veau marin, habite TEurope et mesure environ un mètre de long. C'est celui qui a été le mieux étudié.

UAtak, ou Phoque du Groenland, a des dimensions doubles du précédent. On le trouve aussi sur les côtes de la Nouvelle-Zemble et de la mer Blanche, mais en hiver seulement dans cette dernière région.

Le Phoque moine, ou Phoque à ventre blanc, se trouve dans la Méditerranée, spécialement sur les côtes de l'Adriatique. Sa taille varie de deux mètres vingt-cinq centimètres à trois mètres vingtcinq centimètres. C'est Tundes plus intelligents. M. Boitard dit en avoir vu un, réduit depuis deux ans en servitude, et qui, lâché dans des étangs et même de grands fleuves, accourait à l'appel de son maître.

Le Phoque à capuchon, on Capucin, de la longueur de deux mètres et demi environ, est ainsi nommé parce qu'il porte sur la tête, à l'âge adulte, une sorte de sac mobile, dont il se couvre le museau quand il lui plaît; il peut également gonfler ses narines, de manière à leur donner l'aspect d'une vessie. On le trouve dans les eaux de l'Amérique septentrionale et du Groenland.

Le Lion marin est ordinairement long de quatre mètres et en mesure quelquefois huit, suivant Pernetty. Le mâle a le cou orné d'une épaisse crinière, qui lui descend sur les épaules et lui a valu son nom. Il habite le Kamschatka, les îles Aléoutiennes et les côtes de la Californie.

Le Phoque Urigne, ou Loup marin, est particulier aux côtes du Chili. Les habitants de ce pays utilisent sa peau d'une singulière façon. Ils en ferment hermétiquement toutes les ouvertures, la gonflent d'air, et plaçant plusieurs de ces corps flottants à côté les uns des autres, ils disposent par-dessus des traverses de bois recouvertes de joncs ou de paille ; le tout forme un radeau qui peut parfaitement soutenir plusieurs personnes.

Non loin du Chili, parmi les archipels qui avoisinent le détroit de Magellan, habite le Phoque à trompe, ou Éléphant marin^ le plus volumineux de tous. Il a jusqu'à huit à dix mètres de long sur

cinq à six de circonférence. Chez le mâle, le nez se prolonge en une sorte de trompe, de nature membraneuse, érectile, longue de quarante à cinquante centimètres, et qui lui sert à parer les coups qui peuvent lui être portés sur le nez. Cette espèce fournit une énorme quantité d'huile; le poids de sa chair seule est de mille kilrammes. Cet énorme amphibie est très-indolent, il se laisse facilement approcher et massacrer sur terre.

L'Ours marin est commun dans les parages du Kamschatka. Sa taille varie de un mètre vingt-cinq centimètres à deux mètres. Sa fourrure brunâtre est très-fine, très- moelleuse et très-estimée en Chine, où elle s'exporte à des prix assez élevés. Aussi les Russes lui font-ils une guerre acharnée, qui finira peut-être par anéantir cette espèce.

Les Otaries se distinguent des espèces précédentes en ce qu'ils ont une oreille externe. Ils sont propres aux mers australes, et n'atteignent pas, en général, de grandes dimensions.

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