‹ Les mammifèresChapitre 18 sur 38 · édition, pages 36& et suinnles · texte numérisé non relu

édition, pages 36& et suinnles

recourbées en arc, le Mastodonte a les défenses droites. Les dents molaires diffèrent aussi dans chacune de ces espèces. Les restes osseux du Mastodonte se trouvent dans les régions moyennes de TAmérique et dans l'Europe centrale. Cet être fossile paraît établir la transition entre le Mammouth et ï Éléphant de la création contemporaine. Toutefois la question des véritables espèces à admettre parmi les Éléphants fossiles est encore très-mal étudiée, et la filiation entre ces espèces et les espèces contemporaines très-difficile à saisir. Il est même une école de naturalistes qui né voit aucune différence vraiment caractéristique entre le Mastodonte et même le Mammouth et TËIéphant de nos jours.

Famille des Pachydermes ordinaires. — Les genres compris dans cette famille sont les genres Hippopotame^ Rhinocéros^ Damran, Tapir y Sanglier y Phacochères et Pécari.

Hippopotame, — L'Hippopotame (fîg. 34) est un animal énorme et de formes massives. Il atteint quelquefois jusqu'à trois mètres et demi de longueur sur plus de trois mètres de circonférence. Après Téléphant et le rhinocéros, c'est le plus grand des Mammifères terrestres. Sa tète, très-volumineuse, surtout dans sa partie faciale, se termine par un large mufle renflé. Sa bouche, démesurément grande, est fendue jusqu'au delà des yeux. Tous ceux qui ont vu au Jardin des Plantes de Paris cette bouche monstrueuse s'ouvrir pour un petit morceau de pain, ont été surpris de l'aspect effroyable de ce gouffre vivant, armé de canines énormes et d'incisives grosses et pointues. Lorsqu'elle se ferme, la lèvre supérieure descend en avant et sur les côtés, comme une énorme lippe qui recouvre l'extrémité de la mâchoire inférieure et en cache en partie la lèvre ; mais sur les côtés c'est la lèvre qui remonte. Les narines, percées en avant du museau, sont entourées d'un appareil musculaire, qui les ferme hermétiquement lorsque l'animal est sous Teau. Les yeux sont de grosseur médiocre, mais saillants. La partie supérieure de la tête, dénudée de poils, de couleur rosée, rappelle l'aspect d'une tête de veau préparée pour la boucherie. Un corps énorme, arrondi et comme diffluent, s'écrase, pour ainsi dire, sur des jambes si courtes et si grosses que le ventre touche presque à terre. Les pieds offrent tous quatre doigts, munis chacun d'un petit sabot. La queue, trèscourte, est garnie de quelques poils. Tout ce massif ensemble est revêtu d'une peau nue et brunâtre, sauf aux jointures, autour

des yeux, aux aines, etc., où elle est rosée. De nombreuses gouttelettes suintent de la surface de la peau, qui est d'une épaisseur considérable et justifie pleinement la place de cet animal dans l'ordre des Pachydermes.

Les Hippopotames habitent T Afrique méridionale et orientale. Mais tout annonce qu'ils ne tarderont pas à disparaître devant la civilisation, c'est-à-dire devant le plomb des chasseurs. Ils étaient bien plus abondants autrefois dans le Nil qu'ils ne le sont aujourd'hui, et diminuent également dans d'autres localités. Du temps de Levaillant, c'est-à-dire au dix-huitième siècle, ils abon daientdans la colonie du Cap de Bonne-Espérance. Or, en 1838, on n'en comptait plus que deux dans la propriété d'un riche éleveur de chevaux, qui les conservait avec soin.

Ces animaux vivent en troupes, aux bords des fleuves ou dans leurs eaux. A terre, leur démarche est lourde , car leur propre masse les fatigue; mais ils sont très -agiles dans l'eau, où ils perdent, par le flottage, une notable proportion de leur poids. Aussi passent-ils toutes les journées dans l'eau, où ils nagent et plongent avec une facilité extrême. Lorsqu'ils nagent, ils ne laissent voir que la face supérieure de 'leur tète, depuis les oreilles ou l'occiput jusqu'aux orifices des narines, ce qui leur permet de respirer, de voir autour d'eux et d'entendre les moindres bruits. En respirant, ils lancent au dehors et avec bruit, sous forme de jets irréguliers, une partie de l'eau qui tend à s'introduire dans leurs narines. Ce souffle annonce de loin la présence de l'Hippopotame.

Le nom à^ Hippopotame^ qui signifie Cheval de fleuve (twiroç, cheval ; iroTafAoç, fleuve), rappelle les allures essentiellement aquatiques de ce Pachyderme.

A l'approche de la nuit, l'Hippopotame gagne le rivage, pour chercher sa nourriture. Au moment où il prend pied dans les parties peu profondes du fleuve , il accomplit certaines fonctions naturelles, durant lesquelles il bat, à grands coups de queue, la surface de l'eau. Un voyageur anglais, M. Anderson, dit qu'il a vu à la file jusqu'à vingt et trente Hippopotames ainsi occupés. Le public, qui se presse autour du grand bassin des Hippopotames au Jardin des Plantes de Paris, rit beaucoup de cette manœuvre singulière à laquelle se livre le monstrueux animal ; seulement il a soin de se reculer, de peur de recevoir des éclaboussures peu agréables.

L'Hippopotame se Dourrit de jeunes tiges, de roseaux, de ramuscules, d'arbustes et de plantes aquatiques, de raciaes et de bulbes succulents.

Son cri est rauque, mais d'une largeur, d'une puissance, d'une sonorité incroyables. Ceux qui l'ont entendu ne s'étonnent pas du dire d'Adanson, qui prétend qu'on reconnaît la voix de ce Pachyderme à un quart de lieue de distance.

Les mœurs de cet animal sont paisibles; ses dispositions sont en général douces et peu offensives ; il ne se montre méchant que lorsqu'on l'attaque. Personne ne lui en fera un crime.

Fig. 3i. Cliusse i lllipjiopolanic.

La chasse à l'Hippopotame se fait de différentes manières. On surprend l'animal la nuit, à sa sortie des eaux, quand il vient paître dans les prairies et les plaines voisines; ou bien on l'attaque le jour dans le fleuve, soit avec des harpons, soit avec des l'usils, lorsqu'il vient respirer à la surface. Le malheureux animal essaye de se défendre ; dans ses mouvements brusques, il soulève et renverse les barques qui portent ses ennemis. Quelquefois la douleur et la fureur que lui causent ses blessures sont telles qu'il essaye de mettre les canots en pièces avec ses formidables défen-

ses. Malheur alors aux hommes de l'embarcatiOD 1 D'une seule étreinte de ses mâchoires , il

pourrait les couper eu deux t

par le milieu du corps.

Les naturels de l'Afrique chassent l'Hippopotame, d'abord pour obtenir l'ivoire fourni par ses défenses, ivoire qui, sans valoir celui de l'éléphant, est pourtant mis en œuvre par l'industrie des deux mondes. La peau, très-épaisse, est également livrée uu commerce pour en faire divers instruments. On estime aussi la chair de l'Hippopotame. On la recherche même, dans l'Afrique méridionale , comme un mets délicat. Les épicuriens des villes et du Cap ne dédaignent pas d'employer leur influence sur les fermiers de l'intérieur du continent africain pour obtenir un quartier de vache de mer. Les parties de la peau de l'animal recouvertes de graisse sont salées et séchées comme du lard.

Telles sont les raisons qui :

menacent d'une destruction complète et prochaine un des tj'pes zoologiques les plus curieux, sinon des plus élégants.

Par suite du perfectionnement des armes à feu, ta chasse de ces animaux est beaucoup plus facile qu'elle ne l'était

autrefois, et tout annonce que '^'s- »•■ P'^g* * Hippopotame.

cette espèce sera bientôt rayée des cadres de l'histoire naturelle.

Les habitants de l'Afrique équatoriale prennent l'Hippopotame

au piège, comme le montre la figure 36. Connaissant les sentiers par lesquels l'animal sort du fleuve pour parcourir le rivage, ils suspendent dans un fourré à Taide de hautes perches, tenues en équilibre, un pieu terminé par une pointe d'acier. L'Hippopotame, en traversant le fourré , dérange les perches, et l'instrument piquant tombant d'une grande hauteur sur sa tête, le tue ou le blesse assez gravement pour que Ton puisse s'en approcher et l'achever.

L'histoire de l'Hippopotame a longtemps reposé sur des notions très-vagues. Hérodote lui attribuait une queue munie de crins analogue à celle des chevaux ; Aristote lui donnait une crinière, et Pline a reproduit sans commentaire ces deux assertions.

Les artistes de l'antiquité, plus fidèles que les historiens et les naturalistes, ont laissé de bonnes figures de cet animal. Le basrelief qui forme la plinthe de la statue antique colossale du Nil, dans le palais du Vatican, à Rome, représente assez exactement THippopotame. On voit d'autres figures très-exactes dans certaines mosaïques de Pompéi, et on les retrouve tout aussi fidèles sur les médailles d'Adrien qui représentent si fréquemment des rivages du Nil.

On ne vit que rarement des Hippopotames à Rome. Scaurus, pendant son édilité, en livra un à la curiosité. Auguste en montra un autre pendant les fêtes qui furent instituées en l'honneur de son triomphe sur Cléopatre. Les empereurs Commode et Héliogabale firent venir à Rome quelques-uns de ces animaux. Mais il n'en apparut aucun dans l'Europe du moyen âge, et ce n'est que dans ces dernières années que le Jardin des Plantes de Paris a pu s'en procurer d'abord des squelettes, et plus tard des exemplaires vivants.

Rhinocéros, — Remarquables par leur grande taille et par leur force, les Rhinocéros doivent, sous ce double rapport, prendre rang immédiatement après l'éléphant. Leur caractère le plus saillant, soit dit sans jeu de mots, caractère unique chez les Mammifères, c'est qu'ils portent sur le nez une ou deux cornes, pleines et solides. De là est venu leur nom, tiré de deux mots grecs (^(v, nez, et x^paç, corne).

Les Rhinocéros étaient beaucoup plus nombreux dans les temps antédiluviens que de nos jours. Il en existait alors environ quatorze espèces, vivant dans des climats tempérés et même froids, comme les emplacements de la France, de l'Allemagne et de la

Russie actuelle. Ces animaux ne se trouvent plus aujourd'hui que dans les régions les plus chaudes de l'ancien monde. •

Aristote ne dit rien du Rhinocéros ; mais Athénée, PMne et^tra* bon le mentionnent dans leurs ouvrages. Le premier Rhinocéros cité dans Thistoire figura dans une fête donnée en Egypte par le roi Ptolémée Philadelphe. Plus tard, Pompée, Auguste, les empereurs Antonin et Héliogabale, en amenèrent en Europe, et les firent combattre dans le Colisée de Rome, tantôt contre l'hippopotame, tantôt contre Téléphant. Il faut ensuite arriver au seizième siècle pour trouver, dans l'histoire, quelque nouvelle mention de ces animaux. En 1513, le roi de Portugal Emmanuel reçut des Indes un Rhinocéros unicorne. Albert Durer en fit une gravure sur bois, qui a été longtemps copiée et reproduite dans les ouvrages d'histoire naturelle. Seulement cette figure est très-inexacte, car Albert Durer l'avait exécutée d'après un dessin fautif qui lui avait été envoyé de Lisbonne en Allemagne. Pendant le dix-huitième siècle on amena en Hollande un Rhinocéros ; deux furent conduits à Londres, à la fin du même siècle. La ménagerie de Yer^ sailles acheta un de ces derniers animaux, qui ne put être conservé longtemps, et fut disséqué par Mertrud et Vicq d'Azyr. Depuis le commencement de notre siècle, l'Europe a reçu plusieurs de ces gigantesques et curieux Mammifères. Il en existe aujourd'hui un vivant au Jardin des Plantes de Paris.

U existe deux espèces de Rhinocéros : celui des Indes et celui d'Afrique.

Le Rhinocéros indien^ comme son nom l'indique, habite les Indes, mais plus particulièrement les régions situées au delà du Gange. Il a plus de trois mètres de longueur et deux mètres de hauteur. Il est plus gros que celui d'Afrique. Sa tête est raccourcie et triangulaire; sa gueule, médiocrement fendue, offre une lèvre supérieure qui est plus longue que l'inférieure, pointue et mobile. Il porte à chaque mâchoire deux fortes incisives. Ses yeux sont petits ; ses oreilles, en forme de cornet, sont assez longues et mobiles. La corne unique qu'il porte sur le nez est pointue, conique, non comprimée, très-longue et légèrement recourbée en arrière. Cette arme singulière est composée d'un faisceau de poils agglutinés ensemble, car on voit souvent la pointe émoussée se diviser en fibres semblables aux crins d'une brosse ou d'un pinceau. Cette corne est pourtant très-solide, dure, d'un rouge brun en dehors, d'un jaune doré en dedans, avec le centre noir.

Le cou de Tanimal est court et chargé de plis ; ses épaules sont ramassées «t lourdes ; son corps trapu est couvert d'une peau remarquabla» par les plis profonds qui la sillonnent en arrière et en travers des épaules, en avant et en travers des cuisses. Ainsi découpé en apparence, le Rhinocéros semble être ajusté dans un manteau dessiné par un tailleur. On Ta comparé aussi à une cuirasse à pièces bien ajustées. Cette peau est d'ailleurs tellement épai^e, dure et sèche, que sans ces plis l'animal, comme emprisonné dans sa cuirasse, pourrait à peine se mouvoir. Elle est d'un gris violet foncé, à peu près nue, pourvue seulement de quelques rares poils, grossiers et raides, à la queue et aux oreilles , et d'autres poils frisés et laineux placés sur certaines parties du corps.

Le Rhinocéros des Indes (ûg. 37) est pesant et beaucoup plus

massif que l'Éléphant même, en raison de la brièveté de ses pieds.

Ceux-ci ont chacun trois doigts, qui n'apparaissent guère au

dehors que par le sabot qui les termine. La queue est courte et

tgréle.

Ce grand Pachyderme vit solitairement dans les forêts les plus désertes, et à proximité des rivières et des marais, parce qu'il aime à se vautrer dans la vase, comme le sanglier, dont il a quelques habitudes. Paisible, quoique farouche, il n'attaque jamais le premier; les autres grands animaux le craignent et ne lui font pas la guerre. Sa corne ne lui sert guère que pour détourner les branches et se frayer un passage dans les fourrés, au milieu desquels il passe sa taciturne existence. Quelques naturalistes ont dit qu'il se sert de sa défense pour arracher les racines dont il aime à se nourrir; mais, pour creuser le sol, l'animal, en raison de la forme recourbée et la position de celte corne, devrait prendre une attitude que lui interdisent le peu de longueur de son cou et sa conformation générale.

Sa principale nourriture consiste en racines, en plantes succulentes, en petites branches d'arbres, qu'il arrache, qu'il saisit, et qu'il brise avec sa lèvre supérieure, allongée et mobile, dont il se sert avec beaucoup d'adresse, à peu près comme l'éléphant de sa trompe. Dans l'esclavage , il se nourrit de pain, de riz et de son trempé dans Teau, de foin, de carottes.

Ses formes grossières, ses jambes courtes, son ventre presque traînant, rendent cet animal très-disgracieux. Ses yeux très-petits semblent indiquer peu d'intelligence. Aussi le Rhinocéros a-t-il le

PACHÏDERMES.. , 121

caractère triste, les allures brusques, le naturel sauvage et indomp- *■ table. Ouandilest paisible, sa voix sourde a quelqueAualogie avec le grognement du cochon ; s'il est irrité, il jette des cris aipis qui se font entendre à de grandes distances.

La femelle ne fait qu'un peUt, qu'elle porte neuf mois, et qu'elle soigne avec beaucoup d'attention. 11 est dangereux de rencontrer la femelle voyageant avec son petit.

Dans l'Inde, on cbasse le Rhinocéros avec des chevaux vifs et légers. Les chasseurs le suivent de loin et sans bruit, jusqu'à ce que la fatigue l'ait obligé à se coucher pour dormir.' Alors ils s'appro-

Fig. 9T. Rhinocéroi d«i Endei (unkornt).

chent de lui, en ayant l'attention de se placer sous le vent, car il a l'odorat Irës-fin. Lorsqu'ils sont à portée du fusil, ils descendent de cheval, visent l'animal à la tête, font feu, et détalent avec vitesse, grâce à leurs chevaux rapides; car si le Rhinocéros n'est que blessé, il se précipite avec rage sur ses agresseurs. Frappé d'une balle, il se livre à des mouvements furieux et désordonnés. Il se rue droit devant lui, brisant, renversant, foulant aux pieds, pétrissant tout ce qui a le malheur de se trouver sur son passage. Les chasseurs peuvent éviter ses redoutables atteintes par de légers écarts de leurs chevaux, car la course du Rhinocéros est toujours recUligoe, et il ne se détourne jamais pour revenir sur ses pas.

Si les Indiens osent affronter les chances périlleuses d'une semblable chasse, c'est qu'ils trouvent dans la chair, dans la peau, dans la corne de Panimal des ressources précieuses. Les chasseurs tirent également bon parti de la peau du Rhinocéros, avec laquelle on fait un cuir tellement dur que le meilleur acier ne peut le couper qu'après beaucoup d'efforts.

Les Indiens estiment beaucoup la chair du Rhinocéros ; mais ce sont les Chinois qui en font le plus grand cas. Après les nids d'hirondelles, les œufs de lézards et les petits chiens, il n'est rien qui soit comparable, au dire des Chinois, à une queue de Rhinocéros, ou à une gelée faite avec la peau du ventre de cet animal ! Ajoutons que les Chinois attribuent à la corne du même Pachyderme des propriétés merveilleuses, entre autres celle de détruire les effets mortels des poisons les plus actifs. Les rois asiatiques, qui avaient trop souvent à redouter les breuvages empoisonnés, faisaient avec la corne du Rhinocéros des coupes, qui étaient pour eux d'une valeur inestimable.

Dans les ménageries, le Rhinocéros d'Asie est habituellement morne, obéissant et doux. Mais quelquefois la contrainte qu'il éprouve dans la captivité lui donne des accès d'impatience et de fureur qu'il serait dangereux d'affronter. Parfois il tourne son désespoir contre lui-même et heurte avec violence sa tète contre les murs de son écurie. Il reconnaît, dans certains cas, l'autorité de ses gardiens, se montre sensible à leurs soins et à leur présence.

Il existe à Java une espèce particulière de Rhinocéros d'Asie. Cette espèce est unicorne. Hais une autre espèce, propre à Sumatra, est bicorne.

Le Rhinocéros d^ Afrique était connu des anciens , car on trouve son effigie sur des médailles frappées sous l'empereur Domilien. Son nez porte deux cornes coniques, inclinées en arrière ; celle de devant est longue de soixante-dix centimètres, la seconde beaucoup plus courte. II est de grande taille ; sa peau, privée de rides et de plis, est presque entièrement nue (fig. 38).

Ce Rhinocéros habite la Cafrerie, le pays des Hottentots, et probablement tout rintérieur de l'Afrique méridionale. H vit dans les forêts désertes qui ombragent les rives des grands fleuves et se montre encore plus farouche que le Rhinocéros asiatique. On le chasse pour en obtenir les mêmes produits.

Une espèce ou une simple variété du Rhinocéros, sur laquelle le voyageur anglais Bruce a donné quelques détails de mœurs et

de chasse, se rencoDtre au bord des étangs et des rivières d'Abyssioie. Caché pendant le jour dans les fourrés, il sort la nuit, pour manger de jeunes rameaux feuillus II va ensuite se vautrer dans la boue, et s'en fait une sorte de cuirasse pour se préserver de la piqûre des taons, ses chétifs mais cruels ennemis. Quand cette boue se sèche et tombe, l'animal est exposé à de nouvelles attaques. Pour se débarrasser de ces insectes importuns, il se frotte contre des troncs d'arbres, et pendant cette opération fait entendre des grognements qui dénoncent aux chasseurs le lieu de sa retraite. Ceux-ci l'attaquent, le tuent en lui lançant des flèches dans

Fig. n. Rbinoccros d'Afrique (bicomi).

le flanc, partie dans laquelle les blessures sont mortelles pour cet animal.

D'autres chasseurs, nommés dans ta langue du pays agagetr (coupe-jarrets), poursuivent i cheval et abattent le terrible Pachyderme avec un courage et une adresse extraordinaires. Deux hommes enfourchent le même cheval. L'un est habillé et armé de javelines ; l'autre est nu et n'a qu'une longue épée. Le premier est en seile, le second en croupe. Dès qu'ils ont dépisté le monstrueux gibier, ils se mettent à sa poursuite. Ils s'en tiennent forcément éloignés quand le Rhinocéros s'enfonce dans les fourrés au milieu

desquels il s'ouvre un large passage, qui se referme derrière lui; mais dès qu'il arrive dans un lieu découvert, ils le dépassent, et se posent en face de lui. L'animal sauvage hésite un moment, puis il fond avec furie sur le cheval et les cavaliers. Ceux-ci évitent Tassant par un brusque mouvement à droite ou à gauche , et l'homme porteur de la longue épée se laisse glisser à terre sans être aperçu du Rhinocéros , qui ne s'inquiète que du cheval. Alors le courageux chasseur, d'un coup de sa redoutable Durandal, tranche le tendon du jarret d'une jambe de derrière au monstre, qui tombe, et que l'on achève à coups de flèches et à coups d'épée.

Les seigneurs abyssiniens se livrent aussi à la chasse du Rhinocéros. Mais ils attaquent ces animaux à coups de fusil. C'est de la même manière que les Hottentots et les colons du cap de Bonne- Espérance chassent ce redoutable Pachyderme.

Des ossements fossiles de Rhinocéros se rencontrent en grand nombre dans les terrains tertiaires et diluviens. Nous nous bornerons à mentionner ici le Rhinocéros à narines cloisannèes {Rhinocéros Hchorhinus)^ dont la taille était plus grande que celle du Rhinocéros d'Afrique, et dont la tête était très-allongée et supportait deux longues cornes. On rencontre assez souvent les restes de ce Pachyderme dans les cavernes à ossements de France et d'Angleterre et dans les alluvions des fleuves de ces pays. En Sibérie, les restes du Rhinocéros tichorhinus sont très-abondants; ils sont mêlés à ceux du Mammouth. En 1771, on découvrit, au milieu des glaces de cette région, un cadavre encore presque entier de Rhinocéros antédiluvien, avec sa peau, ses poils et sa chair \ Dans les fouilles exécutées pour les nouvelles constructions de Thôtel de ville de Paris, on a trouvé une omoplate de Rhinocéros tichorhintis

Daman. — Cuvier a placé près du rhinocéros un joli petit animal, le Daman du cap de Bonne-Espérance, dont la taille ne dépasse pas celle du lapin. Ses formes sont lourdes ; son corps est allongé et bas sur jambes; sa tête épaisse et son museau obtus. Son pelage, soyeux et très-fourni, est d'un gris brun en dessus, d'un blanc grisâtre en dessous. Il habite les montagnes boisées de la région du cap de Bonne-Espérance, et vit au milieu des roches les plus escarpées et les plus raides, soit dans un terrier, soit dans

1. Voir Dotre ouvrage la Terre avant le Déluge^ 6» édition, page 334.

une fente de rocher ou le trou d'uQ arbre. Vif, alerte et timide, il se nourrit d'herbes, comme le lièvre, et s'apprivoise facilement. Le naturaliste Boltard, dans sod ouvrage le Jardin des PlanUs, s'indigne de voir les liens de forme, de grandeur, d'aspect, de mœurs, d'habitudes, d'intelligence, brisés par Cuvier, pour rapprocher cette petite bête, à cause de la structure de ses dents, du monstrueux rhinocéros. Indignons-nous avec lui; mais, tout en comprenant les doléances de la zoologie sentimentale, mettons le Daman à la place que lui assigne la zoologie scientifique.

Le Daman de Syrie est le Saphan de l'Écriture. Buffon l'a signalé et les naturalistes modernes l'ont étudié.

Tapir. — Ou connaît trois espèces de Tapirs. Deux vivent dans

l'Amérique méridionale; la troisième est propre à l'Inde. L'espèce indienne et l'une des espèces américaines ne sont connues que depuis peu de temps ; mais l'autre, le Tapir américain proprement dit, se voit fréquemment dans nos ménageries, et a servi particulièrement aux études des naturalistes, tant pour sa structure anatomique que pour ses mœurs.

Le Tapir d Amérique (fig. 39) a deux mètres de long, depuis le nez jusqu'à l'origine de la queue; sa hauteur-, prise au garrot on

à la croupe, est d'un mètre. Le corps est gros, se termine par une large croupe. La tète, assez volumineuse, est comprimée sur les côtés; ses yeux sont petits; ses oreilles sont allongées et peuvent se rouler en cornet ; son nez se prolonge de quelques pouces seulement en une sorte de boutoir en forme de trompe. Cet appen* dice, qui peut se contracter de moitié et s'allonger du double, est dépourvu de ce doigt mobile qui caractérise la trompe de Télépbant; aussi ne peut-il servir à Tanimal pour saisir les objets ou humer Teau. Le Tapir prend directement sa nourriture avec sa gueule. Pour boire, il relève sa petite trompe, de manière à ne pas la mouiller. Son cou est assez long; ses jambes sont fortes. Les extrémités antérieures sont terminées par quatre doigts, armés de petits sabots courts et arrondis; les extrémités postérieures n'ont que trois doigts. La queue, très-courte, est en forme de tronçon. La peau , épaisse et dure , est recouverte de poils courts, serrés et lisses, d'un brun plus ou moins foncé, excepté sous la tête, la gorge et le bout de l'oreille, où ils sont blanchâtres. Le mâle présente sur le cou une petite crinière composée de poils raides, longs d'un pouce et demi, que l'on retrouve quelquefois sur le cou des femelles.

Ce Pachyderme se trouve dans l'Amérique méridionale, depuis l'isthme de Panama jusque dans les terres du détroit de Magellan ; mais c'est surtout dans le Paraguay, le Brésil et la Guyane qu'on le rencontre plus communément. Il vit solitaire , caché dans les forêts et les retraites les plus sauvages. Suivant toujours les mêmes chemins dans ses excursions à travers les bois, il forme par ses propres pérégrinations des sentiers battus que le chasseur peut reconnaître. Il dort pendant le jour, et sort la nuit, pour chercher sa nourriture. Quelquefois pourtant un temps pluvieux l'attire hors de sa retraite pendant le jour* et il se rend dans les marais, où il aime â se vautrer, ou bien dans des eaux courantes, au milieu desquelles il nage avec agilité. Son allure ordinaire est une sorte de trot. Lorsqu'il galope, il part la tête basse, avec une sorte de gaucherie naturelle.

Sa nourriture consiste en fruits sauvages, en bourgeons, en jeunes branches d'arbre. Il recherche avec soin une terre nitrée que l'on nomme au Paraguay barrero. Son naturel est timide ; il n'attaque pas l'homme et semble même le fuir. Cependant il s'avance résolument, tête baissée et sans crainte ; la forine en carène de son crâne et la dureté de sa peau semblent favorables à ce

mode d*allures. Souvent il est attaqué lui-même par un tigre d'Amérique, Tonce, qui s'élance sur son dos. Alors le Tapir se précipite au plus épais de la forêt, et cherche à tuer son ennemi en le heurtant contre les troncs d'arbres.

La femelle ne produit qu'un petit, dont elle prend beaucoup de soin.

Dans l'Amérique méridionale, on chasse le Tapir pour son cuir et pour sa chair. Sa chair est sèche et d'un goût peu agréable; mais son cuir, épais et solide, peut être employé à divers usages.

Tel est le Tapir américain à l'état sauvage. On ne songe guère à rélever; cependant il en vaudrait peut-être la peine, et cette peine ne serait pas bien grande. Frédéric Cuvier a donné quelques détails sur la manière de vivre d'un jeune Tapir qui fut observé par lui. Cet animal était d'une douceur et d'une confiance extrêmes; il faisait abnégation complète de sa volonté. Il ne dé* fendait point sa nourriture et permettait à des chiens et à des chèvres de la partager avec lui. Lorsque, après l'avoir renfermé quelque temps, on lui donnait sa liberté, il témoignait sa joie en courant autour de son parc. Il saisissait aussi par le dos de jeunes chiens avec lesquels il était élevé. Lorsqu'on le forçait à quitter le lieu qui lui plaisait, il se contentait de pousser quelques petits cris. Frédéric Cuvier assure que si le Tapir pouvait avoir quelque utilité pour nous, il serait très-facile de le rendre domestique. Aussi Isidore Geoffroy Saint-Hilaire voulait-il que la domestication de cet animal fût tentée en Europe ; mais cette idée n'a pas eu de suite.

« Non moins facile à nourrir que le cochon, dit Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, le Tapir m^a semblé par ses instincts naturels éminemment disposé k la domestication. Au défaut de la société de ses semblables, je l'ai yu rechercher celle de tous les animaux placés près de lui, avec un empressement sans exemple chez les autres mammifères. L'utilité du Tapir serait double pour l'homme ; sa chair surtout, améliorée par un régime convenable, fournirait un aliment à la fois sain et agréable. En même temps, d'une taille bien supérieure à celle du cochon, le Tapir pourrait rendre d'importants services comme bète de somme, d'abord aux habitants de l'Europe méridionale, puis, avec le temps, à ceux de tous les pays tempérés. »

Pendant un séjour de plusieurs mois qu'il fit dans les Andes d'Amérique, M. Raulin découvrit une nouvelle espèce de Tapir qu'il nomma Tapir pinchaque, La tète de ce pachyderme se rapproche de celle d'un animal fossile de la même famille, le Paléolheriumj.

mais qui est plus petit que le précédent, tout en lui ressemblant beaucoup. Le Tapir pincliaquef devant vivre dans les régions froides des hautes montagnes, est entièrement couvert de longs poils, d'une couleur brune.

Le Tapir de l'Inde est plus grand que le Tapir commun, auquel il ressemble par la forme de son corps, gros et trapu. Son poil est ras. La tête, le cou, les épaules, les membres et la queue sont d'une couleur noire foncée; le dos, la croupe, le ventre, les flancs et l'extrémité des oreilles sont d'une couleur blanche. Il n'a pas de crinière sur le cou. Il habite les forêts de Tile de Sumatra et de la presqu^ile de Malacca.

Parmi les animaux antédiluviens, il est un groupe très-analogue aux Tapirs par la forme générale, par la structure de la tête et par l'exiguïté des os de leur nez : c'est le PaUotherium^ qu'il faut ranger parmi les plus anciens Mammifères qui aient existé à la surface du globe. Les Paléothériums abondaient dans les gypses tertiaires du bassin de Paris.

Sanglier, — A ce genre appartiennent le Sanglier ordinaire, les espèces exotiques qui lui ressemblent, et les diverses variétés de Cochons domestiques.

Les animaux qui font partie de ce groupe naturel ont la tète allongée et se terminant par un boutoir fort et mobile. Leur corps est habituellement couvert de poils raides appelés soies. La queue est assez courte et les pieds sont à quatre doigts ; deux de ces doigts sont grands ; les deux autres, plus petits, sont rejetés en arrière des premiers et ne servent pas à la locomotion. Les dents canines, très-fortes, s'allongent en forme de défenses. Les dents inférieures deviennent plus longues que les supérieures.

Le boutoir est un prolongement mobile du museau, soutenu par un os particulier, qui s'appuie inférieurement sur le devant de la mâchoire supérieure. Il est mis en mouvement par deux muscles situés de chaque côté de la face. Cet os est recouvert par un tissu lîbro-cartilagineux, qui se tét'mine, en avant, par une face circulaire, inclinée en bas, recouverte d'une peau épaisse et nue. Au bord supérieur de cette extrémité tronquée du museau est un gros bourrelet calleux, à Taide duquel l'animal fouille la terre, pendant que le dessous du museau, jusqu'au nez, lui sert à la diviser, comme le ferait le soc d'une charrue.

Le Sanglier commun peut atteindre jusqu'à un mètre vingt-cinq

centimètres, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue. Tout son corps est couvert de soies d'un brun noirâtre, raides, dures, plus longues sur le dos et autour des oreilles, et qui fonnent une soirte de crinière lorsque l'animal est en fureur. Le corps est gros et trapu. La tète porte des oreilles assez cour-

tes, droites et très-mobiles. Les quatre dents canines, recourbées en dehors et en dessus, peuvent atteindre des dimensions qui en font une arme redoutable. Les canines supérieures sont grosses, coniques, et tronquées obliquement à leur surface antérieure, par leur frottement contre celles d'en bas. Les canines inférieures, en forme de pyramide triangulaire, sont également re-

courbées en dehors et en haut , mais leur pointe est aiguisée au lieu d'être émoussée.

Avec son boutoir, dont la force est considérable, le Sanglier peut creuser la terre jusqu'à une profondeur de soixante centimètres.

Le pied du Sanglier s'appuie sur les pinces, qui sont serrées. En marchant, il met constamment le pied de derrière sur le talon et un peu en dehors du pied de devant. Souvent une pince de l'un des pieds est plus longue que l'autre et se contourne en forme de croissant ; on appelle ces pieds des pieds gauchesy et, par abréviation, pigaches.

Jusqu'à rage de six mois, le Sanglier (qu'on nomme alors marcassin) porte une livrée : il est rayé, longitudinalement, de bandes alternatives d'un fauve clair et d'un fauve brun, sur un fond mêlé de blanc, de brun et de fauve (fig. 40).

En été, les Sangliers se rencontrent principalement sur les lisières des forêts, aux abords des champs ou des vignes,. et auprès des mares, où ils vont, pendant la chaleur du jour, se rafraîchir, prendre ce' qu'on nomme le souiL En automne, ils se retirent dans les futaies. C'est au fond de ces bois qu'ils établissent leur retraite d'hiver.

Ils choisissent ordinairement pour leur bauge les endroits trèssombres et les lieux humides ; ils y demeurent cachés pendant le jour et ne sortent que le soir et la nuit, pour aller chercher leur nourriture. Ils fouillent la terre pour chercher des vers et des larves de hanneton, mais ils dévorent aussi les reptiles, les œufs d oiseaux et tous les jeunes animaux qu'ils peuvent surprendre. Us déterrent les mulots, les taupes et s'emparent même des jeunes lapins. Ils recueillent les glands, les châtaignes, les faînes qui peuvent se rencontrer à fleur de terre sur leur chemin. Souvent ils dévastent les champs de pommes de terre, de maïs et d'autres grains. Une récolte peut être détruite par ces animaux en une seule nuit. Lorsqu'ils fouillent le sol, en quête de leur provende, ils vont toujours en ligne droite, et, comme le sillon qu'ils tracent est de la largeur de leur tête, les habiles connaissent ainsi la taille de l'animal dont ils suivent la piste.

Si les Sangliers aiment à se vautrer dans la fange, ils n'aiment pas à la garder sur leur corps, et ils vont se laver dans les mares ou les ruisseaux, avant de regagner leur bauge, cachée dans la profondeur des bois.

Les vieux mâles vivent solitaires, mais les femelles restent en famille, avec leurs petits, au moins pendant deux ans. Dans les forêts presque désertes il arrive quelquefois que plusieui^ femelles se réunissent, et forment, avec leur lignée, une troupe considérable. Les membres de ces agglomérations animales paraissent se connaître les uns les autres; ils vivent en bonne intelligesce et se défendent mutuellement. Si le troupeau vient à être attaqué, ils forment un cercle, dont les plus faibles occupent le centre. Ainsi rangés en bataille, ils opposent à leurs ennemis une résistance désespérée.

Lorsqu'une femelle obéit au désir de la maternité, elle quitte

la troupe et se retire, avec un mâle, dans l'épaisseur des forêts. Si un autre mâle vient â découvrir leur retraite, un combat terrible s'engage, et se termine quelquefois par la mort de l'un des rivaux.

La femelle, qui porte quatre mois, met bas de quatre à dix petits, qu'elle cache dans des fourrés inaccessibles de ronces et d'épines, pour les soustraire non-seuiement à la voracité des loups, mais encore i celle des mâles de son espèce, qui ne manqueraient pas de les dévorer pendant les premiers jours de leur vie. Elle les

allaite pendant trois ou quatre mois, ne les quitte pas, leur apprend à trouver leur nourriture, les protège et les défend avec une énergie, un courage furieux.

Le petit, avons-nous dit, se nomme marcassin ; i six mois, il prend le nom de bite rousse; à un an, celui de bile de compagnie; à d^x ans, on l'appelle ragot ; à trois, c*est un Sanglier à son tiers an; à quatre ans, c'est un quaternier; plus tard enfin, on le désigne sous les noms de vieux Sanglier^ de solitaire et de vieil ermite, La durée de sa vie est de vingt à vingt-six ans.

La chasse au Sanglier ne laisse pas que d'être assez dangereuse. Cet animal sauvage ne s'effraye que médiocrement de la poursuite des chiens et de leurs aboiements ; mais le son des cors, les cris des piqueurs et la détonation des armes à feu lui font perdre la tète. Il fuit avec une rapidité et une légèreté qui étonnent, vu ses formes lourdes et ramassées. Il va toujours droit devant lui, et si quelque imprudent chasseur ne sait pas alors éviter son approche, en lui cédant lestement le passage, il le renverse, en le frappant à coups de boutoir; mais il ne se détourne pas pour aller l'attaquer. S'il est blessé, il change d'allure, et s'attache à son ennemi pour le frapper. Quand la fatigue ou la perte de son sang ne lui permettent plus d'échapper par la fuite, il s'accule contre un buisson ou contre un arbre, et tient vigoureusement tète aux chiens lancés contre lui. Ceux qui s'approchent de trop près sont éventrés. Seulement il se trouve toujours, dans une meute bien dressée, quelque chien intelligent et expert, qui tourne autour de lui, hors de sa portée, l'étourdit de ses aboiements féroces, épie le moment favorable, puis d'un bond le saisit par sa partie faible, c'est-à-dire par l'oreille, et ne le lâche plus. Le farouche animal est dit alors coiffé. Il a perdu sa puissance, il est vaincu. La balle d'un chasseur ou un coup de coutelas au défaut de l'épaule en ont bientôt raison.

La plupart des chasseurs se bornent à faire attaquer le Sanglier à sa bauge par de forts mâtins, puis ils le tirent dès qu'ils l'aperçoivent. D'autres se mettent à l'affût, surtout vers la nuit et à portée d'une vigne, d'une futaie de chêne ou d'une mare, et ils font feu sur l'animal dès qu'il vient à paraître.

Pris jeune, le Sanglier est susceptible d'une certaine éducation . Il peut s'attacher à son maître, le suivre et rechercher ses caresses. Cependant il conserve la rudesse et la brusquerie qui lui sont naturelles. On a vu des sangliers privés se livrer à certains exer-

cices, prendre des attitudes variées, exécuter différeuts tours, et tout cela pour obtenir un morceau de pain ou quelques friandises. Les habitants de la place Saint-Sulpice à Paris ont connu le Sanglier apprivoisé qui se tenait dans la cour d^une entreprise de déménagements» et qui était presque aussi doux qu'un animal do* mestique.

Le Sanglier vit dans une grande partie de la France, là où le sol est encore occupé par de grandes forêts. En Angleterre, il a été depuis assez longtemps anéanti : on le trouvait encore aux environs de Londres au douzième siècle. On le trouve encore aujourd'hui dans une grande partie du continent de l'Europe, dans le nord et dans Test de TAsie. Plusieurs iles de la Méditerranée, la Corse, l'Algérie et l'Egypte, lui donnent asile.

Sans parler autrement ici des espèces de Sangliers propres à rinde et à ses iles^ ni de celles qui appartiennent à l'Afrique, nous passerons au Cochon domestique^ qui n'est qu'un Sanglier dont une longue servitude a modiOé le physique et le moral.

L'origine du Cochon domestique a été mise en évidence par des expériences d'épreuve et de contre-épreuve. Des Sangliers ont été soumis à l'action de la domesticité, et on les a vus acquérir, de génération en génération, les caractères de l'animal domestique. Au contraire, des Cochons ayant été rendus à la vie sauvage, ont repris au bout d'un certain temps les formes, les allures et les mœurs du Sanglier.

Le Cochon mâle se nomme verrat et la femelle truie. Après leur naissance, les petits sont désignés sous les noms de porcelets, gorets, cochonneaux ou cochonnets. Adultes, ils se nomment porcs.

Le Porc a la tète pyramidale, grosse, quadrangulaire, plus ou moins allongée, selon les races, tronquée obliquement à son extrémité. Les yeux sont petits. Les oreilles sont haut placées, et variables de forme et de direction, suivant les races. La bouche est très-fendue. Les canines des individus mâles sont courbées et saillantes. Le corps est plus ou moins long, large, arrondi et recouvert de soies, dont l'abondance, la longueur et la couleur sont variables. Tandis que chez les autres animaux domestiques la graisse est interposée entre les muscles, dans le Porc elle forme, entre la chair et les muscles sous -cutanés, un amas, qui constitue le lard; et à l'intérieur du corps, c'est-à-dire au-dessous du péritoine, une masse que l'on nomme la panne^ dont la graisse

fournit le saindoux et Vaxonge. Les épiplons portent le nom de toi" lette.

Les jambes sont minces et plus ou moins courtes, selon les races; les doigts sont au nombre de quatre, deux grands qui reposent sur le sol et sur lesquels Tanimal s'appuie, et deux petits qui ne touchent pas a terre. La dernière phalange de chaque doigt est enveloppée d'une corne triangulaire, qui est Vergot, Sa queue est petite, mince et tortillée.

Diaprés certains auteurs, le Cochon domestique n'aurait rien perdu de la brutalité du caractère, de la rusticité des mœurs du sanglier ; il serait seulement devenu moins intelligent, et, conservant les défauts du sanglier, il serait dépourvu de toutes bonnes qualités. Selon d'autres, le Cochon ne serait pas ce qu'un vain peuple pense : il aurait en partage l'habileté, la sagacité ; Jl serait susceptible d'éducation et d'instruction.

Pour justifier cette bonne opinion, on cite des traits touchants de confraternité entre un cochon et un chien. On rappelle que des Porcs ont été dressés pour la chasse;^ qu'un Cochon fut ex hibé sur la scène à Londres et en Amérique, et qu'il était le héros de plusieurs pièces de théâtre , enfin on s'est extasié sur la variété de son langage. <c Ses cris de détresse sont lamentables, dit lé docteur Jonathan Franklin. Au contraire, lorsqu'il est heureux, lorsqu'il se promène au soleil et en liberté, il converse avec ses amis en phrases courtes, énergiques, interrompues, qui exprimentsans aucun doute sa bonne humeur et ses sentiments de sociabilité*. »

Cette interprétation indulgente des grognements du Porc serait sujette à contestation. Sans nous y arrêter, nous ferons remarquer que ce qui n'est sujet à aucun doute, c'est le parti pris de cet animal de se refuser obstinément à ce qu'on lui demande, et de faire exactement le contraire. Cet esprit de contradiction têtue est si bien connu, que l'homme le fait tourner à son avantage, ainsi qu'on va le voir. Lorsqu'un porcher veut faire avancer malgré lui un Cochon dans une certaine direction, il le tire de toutes ses forces par la queue dans la direction opposée. Comme la bête obstinée suppose qu'on lui demande de reculer, elle se précipite en avant et avec d'autant plus d'ardeur qu'on la tire plus fortement en arrière. Voilà comment les gens d'esprit savent tirer parti des défauts du prochain.

Page 1