‹ Les mammifèresChapitre 20 sur 38 · In-12, Paris · texte numérisé non relu

In-12, Paris

A tout seigneur tout honneur; nous commencerons Thisloire des chevaux fins par celle du Cheval arabe.

Le Cheval arabe, pur de toute alliance hétérogène, est le type achevé de la beauté de Tespèce. C'est la perfection, au physique comme au moral.

Le front est large et plat ; les arcades orbitaires sont saillantes ; les cavités orbitaires grandes et séparées par une forte distance ; la face courte, à chanfrein droit, aplati et large. Les naseaux sont larges, très-ouverts ; les lèvres minces, les joues plates, la bouche est petite; les oreilles peu développées, droites, écartées, mobiles. L'œil est saillant, vif et énergique ; la physionomie douce et fière. Tels sont les principaux caractères delà tête dans ce noble animal. Sa taille varie, en Orient, de l™,45 à l",56. Sa robe est le plus ordinairement blanche, ou d'un gris clair ; elle peut être aussi noire, baie ou alezane. Son encolure droite, ses articulations larges et fortes, servent de points d'attache à des muscles puissants, qui se dessinent sous une peau lisse, à poils ras, parcourue en tous sens par des veines saillantes. Son poitrail est large, ses jambes fines et nerveuses ; son pied est terminé par un dur sabot. Aussi vigoureux qu'agile, il peut faire habituellement jusqu'à vingt lieues par jour. Comme il transmet à sa postérité ses qualités avec son sang généreux, il est la source pure où viennent s'améliorer toutes les races.

Ë^evé sous la tente, et faisant pour ainsi dire partie de la famille, le Cheval arabe a pour son maître un attachement et une fidélité inaltérable. L'Arabe, à son tour, sacrifierait tout à son Cheval. Pour produire, pour conserver ces admirables auxiliaires, les Arabes s'imposent des soins dont nous avons peine à nous faire une idée. La généalogie du chaque Cheval est aussi bien tenue, aussi authentique que celle des plus fières familles de notre noblesse. On peut en remonter très -régulièrement la filiation jusqu'à plus de quatre siècles. Les Arabes vont même jusqu'à donner deux mille ans d'existence à la race noble qu'ils nomment Kochlani. Elle inspire leurs plus beaux chants aux poètes de la tente.

Nous venons de dire que le Cheval arabe est l'objet de soins et d'attentions continuels. A la mamelle, il reçoit, outre le lait de sa mère, du lait de chamelle. Dès que ses dents peuvent la triturer, on lui offre de l'orge concassée et ramollie ; après le sevrage, il paît les meilleures herbes, mais l'orge est toujours sa principale nourriture. Tous les habitants de la tente lui prodiguent

leurs caresses, comme à un enfant de la famille. Dès que ses reins offrent assez de résistance, on le fail d'abord monter par un enfant, et on Texerce à de petites courses ; il porte ensuite, et successivement, Tadolescent, Thomme fait, le guerrier. Ses membres, ses articulations sont Tobjet d*une sollicitude constante. On le façonne peu à peu,'par degrés et avec toutes sortes de précautions, à supporter sans souffrance la fatigue, la soif et la faim. L* Arabe identifie son coursier à sa propre existence. La noblesse de sa race, le mode d'éducation, l'affection dont il est entouré, le milieu dans lequel il grandit et développe toutes ses qualités, font du Cheval arabe le plus beau, le plus apte aux coursés longues et rapides, le plus sobre, le plus rustique, le plus aimant, le plus intelligent de tous les Chevaux.

Selon M. Sanson, le Cheval Q}vj^ais dit de pur sang provient de la race arabe implantée en Angleterre et modifiée dans ses aptitudes fonctionnelles par l'institution des courses. Il aurait été importé de là en France, en même temps que cette institution*. Les caractères typiques du coureur anglais ne diffèrent pas de ceux du Cheval arabe. C'est donc, suivant le même auteur, une erreur de considérer les Chevaux de course anglais comme formant une race à part. Maintenant, comment la race arabe s'est-elle implantée en Angleterre ?

Le premier étalon étranger dont l'introduction soit mentionnée dans les anciennes chroniques saxonnes, est le Turc blanc^ qui fut acheté par Jacques I", d'un sieur Place, plus tard maître des haras de Cromwell.Villiers, premier duc de Buckingham, introduisit ensuite HelmsUy Tvrk, puis Fairfax-Moroco. Mais, généralement, on ne fait remonter cette généalogie qu^au commencement du dernier siècle, avec DarleyArabian^ né en Syrie, et qui eut une grande réputation. Nous ne citerons, parmi ses descendants, que le fameux Éclipse^ qui est resté le type du Cheval de course, et qui compte d'innombrables succès d'hippodrome.

Plus de vingt ans après l'introduction de Darley-Àrabian^ lord Godolphin admit dans son haras le célèbre étalon Arabian-Godolphin^ qui fut acheté, pour une misérable somme, à Paris, où il traînait la charrette d'un porteur d'eau. Eugène Sue a raconté dans un de ses romans la pathétique histoire de cet étalon. Lath^ un de ses fils, fut un des premiers Chevaux de son temps.

]. Applications de la zooteehnief page 4.

Le Cheval anglais de course (fig. 57) a les caractères typiques de la race arabe, joints à des caractères secondaires, à l'aide desquels on peut le distinguer de leur type oriental. Le Cheval anglais est plus haut de taille que le Cheval arabe. Il a les lignes du corps plus allongées, moins arrondies. La gymnastique du galop de course a allongé la cuisse, élevé la croupe, et communiqué à ces régions une forme spéciale. Il est plus volumineux que Tarabe dans toutes ses parties, et sur sa robe dominent le bai et Talezan avec leurs diverses nuances.

Les qualités s péciales du Cheval anglais résultent de Faction combinée du climat, de l'élevage et de l'institution des courses.

Les courses remontent bien au delà du temps de l'introduction des étalons arabes. Un auteur anglais du douzième siècle parle des courses de Chevaux qui étaient établies de son temps à Smithfield. L'institution régulière des courses date du règne Charles P', et la promulgation des règlements remonte à la dernière année de celui de Jacques ^^ Elles ont toujours été maintenues depuis cette époque.

Les qualités des plus célèbres coureurs de l'Angleterre sont dues au mode d'éducation qui leur est imposé, pour les préparer aux exercices du turf , c'est-à-dire à Ventraînemeni, selon le terme consacré. Seulement la légèreté et la vitesse ont été obtenues aux dépens de la force et de la résistance de l'animal. Ajoutons que le prix de la course n'est souvent gagné que par les cruelles excitation des jockeys, qui tiennent aujourd'hui une très-grande place dans une lutte où le Cheval seul devrait jouer un rôle, il y avait autrefois dans le Cheval anglais un sentiment plus développé de l'émulation et de l'obéissance. Quand la course était commencée, il savait ce qu'il avait à faire, sans que le cavalier dût recourir à l'éperon et au fouet.

« Forester, dit William Vouât, avait déjà gagné plusieurs courses rudement contestées; mais un jour malheureux il entra en lice avec un Cheval extraordinaire, Éléphanty appartenant à sir James Shaftoc. La distance à parcourir était de quatre milles en ligne droite. Ils avaient franchi la partie plate du terrain, et se trouvaient sur le môme niveau à la montée. A peu de distance du poteau, Éléphant, ayant en ce moment un peu gagné sur ForesteTy ce dernier fit tous les efforts possibles pour recouvrer le terrain perdu. Mais voyant qu'ils étaient sans résultats, d'un bond désespéré il se rapprocha de son antagoniste, et le saisit par la mâchoire pour le maintenir en arrière; on eut beaucoup de peine à lui faire lâcher prise.

c Un autre cheval, appartenant à M. Quin,en 1753, se voyant dépassé par

son adversaire, le saisit par un membre, et les deux jockeys turent obligés de descendre de cheval pour séparer leurs moutures. ■

L'auteur anglais auquel nous empruntons ces deux faits déplore que le système actuel soit tel que le Cheval de course ait besoin d'être excité par le jockey, qu'on ait tout sacrifié à la vitesse aux dépens de la force, que le Cheval vainqueur sorte de l'hippodrome les flancs déchirés par l'éperon, les côtes ruisselant de sueur, les tendons forcés, et incapable de reparaitrê de nouveau avec succès-

Flg- il- CheTïl normand.

dans la lutte. Des hommes compétents s'étonnent, du reste, de voir, aussi bien en France qu'en Angleterre, les efTorts tendre vers ce seul but, la vitesse vertigineuse dans un court espace de temps : ce n'est pas en demandant aux Chevaux la seule qualité de la vitesse que l'on obtiendra d'eux la vigueur et l'énergiet qualités nécessaires avant tout au service du ChevaJ. Nos triomphes sur le champ de course, même ceux de Gladiateur, le vainqueur du Derby anglais et du grand prix de Paris, prouvent seulement une excitabilité nerveuse passagère et décevante, mais non la puissance et la solidité.

Passons aa Cheval normand (lig. 58). Avant la création de l'admioistration des haras, il existait en Normandie une race de Chevaux qui a longtemps fourni des attelages pour les carrosses des grands seigneurs d'autrefois. Ils étaient d'origine danoise. La race actuelle résulte du croisement opéré entre les juments normandes ou danoises et l'étalon anglais dit de pur sang,ei les individus qui la constituent tiennent de l'une et de l'autre origine. On les produit en Normandie, dans deux centres d'élevage : l'un comprend la plaine de Gaen, et embrasse les herbages plantureux du Cal-

vados et de la Manche ; l'autre est situé dans, cette partie du département de l'Orne qui porte le nom de Merlerault. C'est de là que sont venus les vainqueurs des courses de ces dernières années, Surprise, Vermouth, FWe de Vair, Éclipse, etc.

L'arrondissement de Cherbourg possède une excellent-e race d'une constitution athlétique et d'une grande vigueurde résistance, dont les juments portent au marché les fermières du pays de Caux. C'est sur ces bidets normands queles berbagers faisaient des voyages de plusieurs journées, pour aller acheter des bœufs, avant l'établissement des chemins de fer. Ces Chevaux, purs de croisement

et qui marchent au pas relevé, sont à la fois corpulents et élégants.

Dans les landes de la Bretagne se trouve une race de petite taille, qui se rattache évidemment au type arabe et dont la rusticité, la sobriété et la vigueur sont à toute épreuve : ce sont les Chevaux bretons (fig. 59). Ces qualités et cette petite taille ne se rencontrent que chez les Chevaux élevés dans la lande et en pleine liberté, car ailleurs on a, pour grandir leur taille, croisé les petits Chevaux bretons avec des étalons anglais.

Sur le littoral de TOcéan, entre l'embouchure de la Loire et celle de la Gironde, existaient jadis dimmenses marais, qui, transformés en prairies , furent destinés à l'élevage du Cheval. C*est là que des juments à forte corpulence, à tête longue et étroite, aux membres volumineux et chargés de crins, dont il sera parlé plus loin, furent d'abord introduites, puis, à l'aide d'étalons anglo-normands, servirent à la production des Chevaux destinés à remonter la cavalerie française.

Nous'ne dirons rien ici des Chevaux lorrains^ alsaciens^ champenois eibourguigno7}s, qui n'ont pas de caractères propres et tranchés. Nous citerons seulement les Chevaux limousins^ qui tormàient les Chevaux de selle les plus élégants et les plus estimés de nos pères. Ils descendaient, dit-on, des Chevaux arabes qui furent abandonnés par les Sarrasins, vaincus par Charles Martel. Cette race, svelte dans ses formes, aux membres fins et nerveux, énergique, courageuse, a été, suivant M. Sanson, gâtée par l'accouplement avec les étalons anglais.

Les Chevaux de V Auvergne ne diffèrent pas, quant au type, des Chevaux limousins. Ils ont été seulement modifiés et accommodés au séjour des pays de montagne. Leur physionomie est moins agréable, leur taille plus petite, leur croupe plus courte et plus basse que celle des Chevaux limousins. Ce sont d'excellents serviteurs, sobres et rustiques, pleins d'énergie, de vivacité, aux formes accentuées, et qui ne diffèrent des limousins que parce qu'ils sont montagnards. On s'accorde à reconnaître que Tinfluence des étalons anglais a été pernicieuse dans ce pays ; les Chevaux en deviennent quinteux et vicieux.

Les Chevaux des Landes^ de VAude et de la Camargue procèdent tous du type arabe, lis sont encore plus petits que les limousins et les auvergnats et de formes plus irrégulières ; mais ils ont la même énergie et une sorte d'indépendance sauvage. Ils habi-

tent les pays incultes voisins de la Méditerranée. Voici, d'après M. Gayot, le caractère du Cheval Camargue.

■ U est petit, et sa taille mesure de l'^,Z2 à l",3it ; rarement il grandit assez pour atteindre à l'arme de la cavalerie lâgëre. Il a toujours la robe gris-blanc. Quoique grosse et parfois busquée, sa tète est généralement carrâe et bien attacbée ; les oreilles sont courtes et écartées ; l'œil est vir, à fleur de tète ; Tencolure droite, grêle, parfois renversée ; l'épaule est droite et courte, mais le garrot ne manque pas d'élévation ; le dos est saillant; le rein est large, mais long et mal attaché; la croupe est courte, avalée; les

Fig. M. r.hevïl ilf» PyrjnéBï (taras do Tirbes).

cuisses sont maigres; les jarret* sont étroits et clos, mais épais et forts... le pied est très-sûr et de bonne nature, mais large et quelquefois un peu plat. Le Cbeval Camargue est agile, sobre, vif, courageui, capable de résister aui longues abstinences comme aux intempéries. Il se reproduit toujours le même depuis des siècles, malgré l'état de détresse dans lequel le retiennent l'oubli et l'incurie'.»

C'est dans les marais et les prairies désertes de la Camai^ue, qui s'étendent depuis Arles jusqu'à la mer, que l'on conserve ces petits Chevaux. Ils vivent en liberté, par petites troupes, mêlés

1. Gutd«dii tporUmaTt,ou Traité de i'eniratt\tmentttdeiei>itTui<teChtvaia,ia-]î,

aux taureaux sauvages. A Tépoque de la moisson, on se sert de ces Chevaux libres pour dépiquer les blés. On les amène sur les aires, et on les fait piétiner sur les gerbes, pour détacher le blé des épis. Leur corne dure, mais élastique, est un excellent fléau pour le battage de ces gerbes. Lorsqu'ils ont fourni leur contingent de travail, on les laisse retourner à leur existence indépendante, on les rend aux espaces incultes qui entourent les marais. Ils y vivent de roseaux et de quelques autres plantes grossières.

La race des Chevaux camargues est peu estimée, même dans le midi de la France. Cependant les meilleurs Chevaux sont choisis, élevés et vendus dans le pays. On assure que les Chevaux camargues sont les descendants de quelques Chevaux laissés par les Arabes de la côte d'Afrique, dans les fréquentes descentes et excursions quMls faisaient, aux premiers temps de notre histoire, sur le littoral du midi de la France.

La race berbère implantée sur le versant septentrional des Pyrénées a produit les Chevaux des Pyrénées par des modifications sur lesquelles nous ne saurions insister. La figure 60 représente le Cheval des Pyrénées, nommé quelquefois Cheval de Taries, en raison des magnifiques, haras établis aux environs de cette ville, et d'où sortent les plus beaux Chevaux de cette race.

La race berbère ou barbe, qui appartient à la population chevaline de l'Algérie, est répandue dans les tribus arabes sédentaires et chez les Kabyles. Introduit en Espagne par les Arabes et les Maures, ce type prit le nom de race Andalouse, Il se retrouve, comme nous l'avons dit, dans nos régions méridionales des Landes, de l'Aude, dans les plaines de la Camargue. Il existe également dans les Pyrénées, sous le nom de race Navarine, mêlé au type arabe. Son front est large et légèrement bombé ; sa face courte, large, à chanfrein épais et fortement proéminent au niveau des orbites ; ses naseaux peu ouverts ; sa bouche petite ; son œil grand; son oreille droite et mince; sa physionomie calme au repos, mais s'animant pendant l'action. Sa taille est également petite ; son encolure forte et garnie de crins longs et soyeux ; les membres sont forts, aux longs canons ; le dos et les reins sont courts et larges ; la queue est touffue. La robe est de couleur variable, mais généralement grise. Ces petits Chevaux sont vigoureux, rustiques et sobres. Pendant la campagne de Crimée les Chevaux français et anglais furent décimés, tandis que les Chevaux barbes montés par les chasseurs d'Afrique résistèrent.

Signalons encore les Cheoaux rvsscs (ûg. 61], magoiAque race qui réunit dans un type harmonieux la beauté des proportions, la hauteur de la taille, la vigueur et la souplesse. On a pu admirer à l'Exposition de 1S67 de magnifiques spécimens de Chevaux russes.

Nous ne nous sommes occupé jusqu'ici que des Chevaux /tns; nous allons maintenant passer en revue les Chevaux commims, en nous occupant spécialement de la population chevaline française

et en prenant toujours pour guide l'excellent ouvrage de M. Sanson {AppHcalions de h zootechnie).

Autant belge que français, le Cheval flamand est de haute taille et de forte corpulence. Sa face est très- allongée, étroite, busquée à son extrémité; ses naseaux sont petits, sa bouche grande, ses joues plates; son oreille épaisse, longue et un peu tombante, son oeil petit; son encolure est courte et surchargée de crins; son corps long, sa croupe double. 11 a des membres très-gros, abondamment pourvus de crins grossiers. Ses pieds sont larges et plats ; son tempérament est lymphatique. Il est froid au tra-

17i MAMMIFÈRES.

vail et sans vigueur ; sa force est dans son énorme masse. C'est cette race, améliorée par l'élevage, qui fournit aux brasseurs de Paris ces colosses de l'espèce chevaline qu'admirent les oisifs.

Bien plus beau est le type du Cheval allemand que représente la figure 62.

Les Chevaux de la race boulomise (fig. 63), conformés comme les précédents, sauf la taille et la forme de la tète, sont débonnaires, dociles, vigoureux, énei^iques; leur regard est résolu. Ils naissent dans le département du Pas-de-Calais , principalement

Fig. g), chevaux allimanda.

dans l'arrondissement de Boulogne. Les poulains sont envoyés dans les arrondissements d'Arras, de Saint-Pol, d'Abbevitle. D'autres traversent le département de la Somme pour être élevés dans le pays de Caux, de Vimeux, et se répandre aussi dans les départements de l'Oise, de l'Aisne, de Seine-et-Marne, d'Eure-et-Loir et dans la Seine-Inférieure. C'est là l'origine des Gns Percherons, des Caennais, des Yirois, des Augrrons, des Chevaux du bon pays. La variété des conditions climatériques et t^icoles imprime au type boulonais, principalement à la corpulence, des variations relatives.

C'est cette racft qui fournit à Paris la presque totalité des Chevaux employés par l'iadustrie des grands transports au pas.

Citons en passant la race ardennaise, qui fournit de bons serviteurs à l'artillerie, et qui est très-analogue au type du littoral breton, dont nous allons parler.

Les Chevaux jtrirloni employés au trait ont le front hautet carré; la face courte à chanfrein déprimé ; les naseaux ouverts, la bouche petite, l'œil vif, la physionomie expressive. Leur crinière est double et très>fournie de crins, la queue touffue ; leurs membres

sont forts; leur pied est bon. Leurs allures sont vives et faciles, leur constitution bonne, leur caractère doux.

La race perclterontte (Gg. 65) est le modèle du Cheval de trait léger. Au temps des malles-poste et des diligences, elle fournissait le Cheval de poste par excellence. Aujourd'hui, elle partage presque exclusivement avec le type breton le service des omnibus de Paris et celui des transports rapides des marchandises.

Le front des animaux de cette race est légèrement bombé entre les arcades orbitaires, qui sont saillantes. La face est allongée, &

channreia étroit, droit à sa base, mais légèremeot busqué vers le bout du nez; Us uaseaus sont ouverts et mobiles; les lèvres épaisses, la bouche graude; l'oreille longue, dressée ; l'œil vif, la physionomie animëe. Leur crinière est moyennement fournie ; la queue est touffue; les membres forts, solidement articulés, à canons un peu- longs, dépourvus de crins. La robe est généralement gris pommelé.

Les poulains du Perche naissent dans les environs de Hortagne, de Bellesme, de Saint-Calais, de Montdoubleur et de Courtalin. Ils

Fi g. «4. cbevaux ihctlsndai».

sont plus particulièrement élevés dans le département d'Eure-et- Loir, dans le canton d'illiers et dans les cantons environnants.

Remarquons, en terminant, que la région centrale de la France est habitée par une population chevaline très-mêlée, dont les sujets, importés pour la plupart à l'état de poulains, appartiennent aux divers types dont nous avons déjà parlé.

Parmi les races étrangères nous avons déjà cité les Cheeaux ruises comme Chevaux fins. Comme bêtes de trait nous citerons parmi les races étrangères celle qui habite les iles placées au nord

de FÉcosse. Les Chevaux shetlandais (ûg. 64) sont de véritables miniatures. 11 en est qui atteignent à peine la hauteur des chiens de Terre-Neuve. Malgré leur petite taille, ils sont robustes et résistent parfaitement à la fatigue.

Indépendamment des services que le Cheval rend à l'homme pendant sa vie, il lui fournit encore après sa mort diverses substances utiles. On recueille et l'on emploie avec avantage plusieurs de ses parties : la peau, la corne de ses pieds, les crins de sa queue ou de son cou ; ses tendons, qui servent à faire de la colle; ses os, dont on retire du noir animal. Enfin, on pevt citer le Cheval comme une espèce animale alimentaire. Tout le monde connaît les efforts, couronnés de succès, qui ont été tentés dans ces derniers temps pour introduire la viande de Cheval dans Talimentation publique. A Paris et dans quelques villes de la France, la viande de Cheval entre aujourd'hui pour une part assez considérable dans l'alimentation du pauvre. Depuis bien des années, la Prusse et le nord de l'Europe nous avaient devancés dans cette voie économique.

j^fig^ — Comme le cheval, l'Ane est le serviteur et l'auxiliaire de rhomme, mais son état de domesticité est d'une date beaucoup moins ancienne. Le type sauvage de cet animal, connu sous le nom à'Onagrôy habite encore les déserts de l'Asie.

Dans leurs migrations périodiques, les Onagres descendent jusqu'au golfe Persique et jusqu'à la pointe suddel'Indoustan. Ilsne dépassent pas, au nord, le quarante-cinquième degré de latitude. Vivant en troupes innombrables, ils voyagent sous la conduite de chefs, auxquels ils obéissent avec une intelligente soumission. S'ils sont attaqués par les loups, ils se rangent en cercle, en plaçant au centre les vieux et les jeunes, et ils se défendent si courageusement avec leurs pieds de devant et avec leurs dents, qu'ils demeurent toujours vainqueurs. Les Tartares poursuivent l'Onagre pour améliorer les races de l'Ane domestique, pour s'emparer de sa peau, qui, après le travail d'apprétage, constitue la peau de chagririy et pour se nourrir de sa chair, qu'ils trouvent délicate.

L'Onagre a le pied sûr, une allure d'une extrême rapidité, mais un caractère indomptable. On emploie pour le prendre des pièges et des lacs de corde, que l'on tend dans les lieux où les troupe de ces animaux ont l'habitude d'aller boire.

Cet animal est plus grand que l'Ane domestique. Il a. le poitrail

étroit, le corps comprimé, les oreilles beaucoup plus courtes; il a les jambes longues, le chanfrein arqué, la tète légère, et il la porte, en marchant, relevée comme le cheval. Le dessus de la tète, les côtés du cou, les flancs et la croupe sont de couleur Isabelle, avec desbandesde blanc sale. Sa crinière est noire; il porte le long du dos une bande couleur de café, qui s'élargit sur la croupe, mais qui n'est traversée par une autre bande sur les épaules que chez les mâles.

L'Onagre était bien connu des anciens, car il est mentionné dans les livres de M«(se. Il figura dans les fêtes que les empereurs romains donnaient au peuple, pour lui faire oublier la perte de sa liberté et de sa grandeur.

Fils dégénéré de cet animal sauvage, VAne domestique (fig. 66) est ordinairement gris de souris^ou gris argenté, luisant ou mêlé de taches obscures. Il a presque toujours sur le dos une bande noire longitudinale, croisée sur les épaules par une bande transversale. Ses oreilles sont très-longues, sa queue est floconneuse à l'extrémité.

Si Ton compare l'Ane au cheval pour la figure et le port, on re connaît tout de suite que l'Ane a la tète plus grosse à proportion du corps que le cheval, les oreilles beaucoup plus allongées, le front et les tempes garnis d'un poil plus long, les yeux moins saillants, la lèvre supérieure plus pointue, et pour ainsi dire pendante; l'encolure plus épaisse, le garrot moins élevé et le poitrail plus étroit. Le dos est convexe, Tépine saillante, les hanches sont plus hautes que le garrot, la croupe est plate et ravalée, la queue est dégarnie jusqu'aux trois quarts de sa longueur.

Cette grosse tète, ce front et ces tempes chargés de poils épais, ce museau renflé vers son extrémité, et ces longues oreilles, donnent à l'Ane une physionomie bien diflérente de celle du cheval. Et quelle différence dans son port I Si l'on ajoute que le cheval a un hennissement d'une puissance et d'une fierté remarquables, tandis que le braiement de l'Ane est affreusement discordant, on serait porté à décrier beaucoup ce pauvre animal. Cependant il estdigne d'occuper un rang sérieux dans notre estime. Il faut considérer, en effet, que l'Ane n'est point un cheval dégénéré, mais qu'il constitue un genre distinct en zoologie. Il faut se rappeler qu'il a son individualité propre, et le juger sans autre comparaison. On reconnaîtra alors qu'il réunit tous les dons attachés à sa nature.

« Pourquoi tant de mépris, dit avec beaucoup de raison Buffon, pour cet animal si bon, si patient, si sobre, si utile? Les Hommes mépriseraient-ils jusque dans les animaux ceux qui les servent trop bien et à trop peu de frais ?'0n donne au cheval de l'éducation ; on le soigne, on Pinstruit, on Texerce ; tandis que TAne abandonné à la grossièreté du dernier des valets ou à la malice des enfants, bien loin d'acquérir, ne peut que perdre par son éducation, et s'il n'avait pas un grand fonds de bonnes qualités, il les perdrait en effet par la manière dont on le traite. Il est le jouet, le plastron, le bardeau des rustres qui le conduisent le bâton à la main, qui le frappent, le surchargent, l'excèdent sans précaution, sans ménagements. On ne fait pas attention que l'Ane serait par lui-môme et pour nous le mieux fait, le plus distingué des animaux, si dans le monde il n'y avait pas de cheval. >

Tandis que le cheval est plein de fierté, d'impétuosité et d'ardeur, l'Ane est doux, humble, patient. Il souffre avec résignation les mauvais traitements. Très-sobre, il se contente des plantes les plus dures, que délaissent les autres bestiaux. La paille hachée est pour lui un régal. Une petite quantité d'eau lui sufQt; seulement, il la veut claire et pure. Il ne se vautre pas, comme le cheval, dans la fange ou dans l'eau ; et comme on oublie souvent de l'étriller, il y supplée lui-même, en se roulant sur le gazon, sur les chardons et sur la fougère. Chaque fois qu'il le peut, il procède à cette opération de toilette, sans se préoccuper beaucoup de la charge qu'il porte dans ce moment même. Il a de bons yeux, un excellent odorat, une oreille d'une grande finesse. Lorsqu'on le charge trop, il le marque en inclinant la tête et en baissant ses oreilles. « Lorsqu'on le tourmente, il ouvre la bouche et retire les lèvres , dit Buffon, d'une manière très-désagréable, ce qui lui donne Tair moqueur et dérisoire. »

L'Ane marche, trotte, galope comme le cheval; mais tous ses mouvements sont petits et plus lents. Quelque allure qu'il prenne, il est bientôt efflanqué si on le presse. Il dort moins que le cheval, et ne se couche pour dormir que lorsqu'il est excédé de fatigue . Buffon dit qu'il ne pousse son cri long , discordant, qui passe par dissonances alternatives de l'aigu au grave et du grave à l'aigu, que lorsqu'il a faim ou qu'il éprouve quelque sentiment amoureux.

L'Ane s'attache aisément et sincèrement. Il sent de loin son maitre, le distingue de tous les autres hommes et manifeste sa joie quand il s'approche de lui. Il retrouve très-bien les lieux qu'il habite et les chemins qu'il a fréquentés. Jeune, il plait par sa gaieté, sa légèreté, sa gentillesse; mais l'âge et les mauvais traitements le rendent triste, lent, indocile et têtu.

L'Ane est de tous les animaux celui qui , relativement à son volume, peut porter le plus grand poids. Ne coûtant presque rien à nourrir, et ne demandant, pour ainsi dire, aucun soin, Jl est d'une grande utilité à la campagne, au moulin, dans les pays montueux où la vigne est cultivée, où la propriété est extrêmement divisée. C'est TAne qui porte au sommet du coteau la charge de fumier; qui ramène au cellier, au temps de la vendange, les paniers pleins de raisins. Il monte et descend d'un pied sûr. C'est le cheval des petites fortunes; c'est l'aide, sobre et dévoué, du pauvre. C'est le martyr résigné des petits marchands de charbon de la Bourgogne, qui s'en vont sur les routes, frappant à chaque pas sur son pauvre dos, qui finit par être couvert de grandes placés dénudées et comme tannées par les coups. Si le hasard veut qu'il serve de monture aux enfants chez le propriétaire aisé, ou qu'il mène la dame du logis, quand elle va entendre la messe au village voisin, alors sa destinée est moins précaire, quelques soins lui sont donnés. Dans les pays où le terrain est léger, on attelle quelquefois l'Ane à la charrue.

L'Ane l'emporte sur le cheval eh énergie, en puissance nerveuse, en tempérament. Il lui est encore supérieur par sa ténacité au travail, sa résistance à la fatigue et sa sobriété. Gomment se faitil donc que cet animal, si utile et si dévoué, cet ami, ce serviteur du faible, ce cheval du pauvre, ait une réputation devenue proverbiale de sottise et d'entêtement? Il n'y a pas assez d'applaudissements pour le brillant et Tinutile coureur anglais ; mais pour l'animal modeste dont nous parlons, il n'y a que des huées et des coups. Combien l'homme est parfois ingrat et capricieux dans ses affections comme dans ses haines I On le voit trop souvent fouler aux pieds, sans motifs et au détriment de ses intérêts mêmes, les règles les plus simples de la justice et du bon sens.

D'après.M. Paul 6ervais\les principales variétés de TAne sont: !• VAne du Thibet; 2« VAm de Perse (ce dernier, dont la robe est rougefttre, est très-estimé en Perse en raison de sa force et de sa légèreté; on en prend grand soin, et il acquiert quelquefois une grande valeur ; seulement il est plus têtu que tous ses congénères, d'où le proverbe : Têtu comme un âne rouge) ; 3® VAne de Toscane, qui est grand comme un mulet; 4*» Y Ane de Sicile, qui est le plus petit ; 5^ le petit Ane que les Marhattes nomment Gudha, et qui n'est pas plus gros qu'un chien de Terre-Neuve, etc.

1. Histoire naturelle des Mammifères, grand in-B% Paris, 1855, tome II, p. 150.

Parmi les Anes qui habitent notre climat, H. Sanson, dans sa Zootechnie, reconnait deux races, dont l'une nous vient de l'Orient, tandis que l'autre a habité, de temps immémorial, le midi de l'Europe et surtout les fies Baléares et la Catalogne où elle est encore florissante. Il faut donc distinguer comme variétés ou races asines : la race commune, qui se trouve partout en Orient, et la race dite mulassière, qui difTère de la première par la forme du cr&ne, par la tête courte, épaisse et large, par l'encolure plus épaisse et plus ample.

Sous le rapport de la taille et de l'encolure, l'Ane varie suivant

ies localités dans lesquelles il est né. Dans les contrées méridionales de la France il a des formes assez élancées. C'est dans le Poitou qu'il atteint le plus haut degré de son développement. Là il est épais et trapu; sa croupe est arrondie et courte, ses membres sont volumineux. Il est recherché comme étalon. Sa robe, de nuance foncée, varie depuis le bai brun jusqu'au noir franc. Tandis que l'Ane est à poil ras dans le midi de la France, le baudet est b"ès-velu en Poitou. Les connaisseurs estimentcette sorte de beauté. La chair de l'Ane est mauvaise au goût, et n'a pu, comme celle du cheval, entrer dans l'alimentation publique. Mais celle de

TAnon est, au contraire, fort tendre, et diffère peu sous ce rapport de celle du veau.

Personne n'ignore que le lait de TAnesse est employé en médecine comme fortifiant, ou comme aliment doux et léger pour les convalescents. Il était déjà employé à ce titre chez les Grecs. Il contieilt plus de lactose et beaucoup moins de matière caséeuse que le lait de vache. On doit le prendre d'une Anesse jeune, saine, bien en chair, et nourrie de foin, d* avoine, d'orge et d'herbes salutaires.

L'Ane nous rend encore des services après sa mort. Sa peau, très-dure et très-élastique, est employée à divers usages. Le tambour n'est qu'une peau d'Ane tannée et tendue sur une caisse sonore. On fait avec la même peau tannée des cribles, d'excellents souliers, etc. On en fait aussi du gros parchemin pour les portefeuilles : ces tablettes étant enduites d'une légère couche de plâtre, permettent d'effacer les traces du crayon avec un peu d'eau. Le poil de l'Ane est employé par les bourreliers et les selliers pour faire des coussins de harnais.

L'Ane et le Cheval produisent des if é^/^, qui participent des formes et des qualités des deux espèces distinctes dont ils proviennent. Cependant ce» produits de croisement ne constituent pas une espèce intermédiaire, car ils sont toujours stériles : leur race ne peut se perpétuer.

Le produit de l'accouplement de l'Ane avec la jument s'appelle Mulet s'il est mâle. Mule s'il est femelle. On désigne sous le nom de Bardot le métis qui résulte du croisement du cheval et de l'ânesse, mais ce cas est beaucoup moins commun.

Le Mulet a la taille, l'encolure, les belles formes de la jument. Il reçoit de l'Ane la longueur des oreilles, la queue presque nue, le pied sûr et la santé robuste. Son poil est ras, rude, et d'un noir roux, U y a cependant beaucoup de Mulets à robe grise ou alezane, avec une bande dorsale de poils foncés, ainsi que des marques de la même nuance sur les membres. Le Mulet est fort et peut porter les plus lourdes charges. Cet animal vit longtemps : il atteint jusqu'à quarante-cinq à cinquante ans. Il est sobre et peu difficile pour la nourriture. Il prospère aussi bien dans les pays de plaine que dans les régions montueuses. Seulement il n'aime point l'humidité. Quoique patient, il supporte mal fes mauvais traitements et en garde longtemps rancune.

C'est dans le département des Deux-Sèvres que se trouve la sou-

che des plus beaux, des plus grands et des meilleurs Mulets de l'Europe; ceui que l'on rencontre en Espagne et en Italie sont originaires de ce centre de production. Les départements de la Vendée et de la Charente fournissent les Mulets qui sont employé^ pour le transport des marchandises dans les passages les plus difGciles des Alpes et des Pyrénées. On emploie à la culture des terres, à traîner la herse, à transporter les fumiers, en un mot à tous les travaux de l'agriculture, ceux qui sont nés dans les départements du lura, de l'Hérault, del'Aveyron, de l'Isère. Le Mu-

let est pour le midi de la France un auxiliaire important des travaux de l'agriculture. 11 sert ù exécuter les travaux de force que l'on demande aux bœufs dans le centre et le nord de la France. L'Hémûme (fig. 69) tient le milieu entre l'àne et le cheval" pour les proportions et pour les formes. C'est ce qu'indique son nom, tiré du grec (^!a(wç, demi-ftne). U ressemble au mulet, mais ses jambes sont plus minces et son attitude est plus légère. Son pelage est couleur Isabelle, avec la crinière et une ligne dorsale noire ; sa queue se termine par une houppe noire. Cet animal vit dans les déserts sablonneux de l'Asie, particulièrement dans la Mongolie,

rindoustan etTHimalaya, en troupes souvent composées déplus de cent individus. Il est très-vigoureux, et d'une vélocité proverbiale chez les Mongols. Il est difficile de s'en approcher; et comme son cuir et sa chair sont recherchés, on lui tend des pièges, ou bien on le tue en se mettant à F affût derrière quelque éminence voisine des prairies salées qu'il aime à fréquenter.

En 1838, M. Dussumier, armateur de Bordeaux, procura au Jardin des Plantes de Paris trois Hémiones adultes, un mâle et deux femelles. C'était la première fois que l'espèce figurait dans cette ménagerie, et depuis cette époque on n'en a possédé aucun autre individu venant de Tlnde. Ces trois Hémiones n'ont pas tardé à donner cTes produits. Non-seulement ils se sont multipliés, mais ils ont donné des métis avec Tâne et l'ânesse.

Dans la ménagerie de lord Derby, à Knowsley, THémione a produit avec le Daw; mais on n'a pas réussi à obtenir son croisement avec le cheval.

Lorsqu'on a parlé d'utiliser cet animal, on a craint un moment qu'il ne fût impossible de le dompter et de le dresser. On sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur ce point important. Un des hémipnes du Muséum a pu, en quelques mois, être rendu assez docile pour être conduit à grandes guides de Versailles à Paris. Selon M. Richard (du Cantal), l'Hémione n'offre pas plus de difficultés au dressage que les chevaux élevés dans nos pâturages et dressés de quatre à cinq ans. Deux individus de la ménagerie du Muséum, confiés â AI. de Pontalba, ont, au bout de très-peu de temps, été montés sans difficulté.

Zèbre, — Le Zèbre est plus grand que l'hémione ; il atteint presque à la taille du cheval. La richesse de sa robe, que tout le monde peut admirer au Jardin des Plantes de Paris, qui en conserve un individu vivant, suffirait pour le distinguer de toutes les autres espèces du même genre. Le fond de ce pelage est blanc, glacé de jaunâtre, et cette teinte règne seule sous le ventre et à la partie supérieure et interne des cuisses. Partout ailleurs elle est rayée de bandes noires et d'un brun presque noir.

Cet élégant animal habite le cap de Bonne-Espérance, et probablement toute l'Afrique méridionale et une partie de l'Afrique orientale. On assure l'avoir rencontré au Congo, en Guinée et dans TAbyssinie. Il se platt dans les pays montagneux. Quoique moins rapide que celle de l'hémione, sa course est très-légère, et les meilleurs chevaux ne peuvent le dépasser.

Le Zèbre vit en troupes ; son caractère est farouche. Il est doué d' une telle délicatesse de sens, qu'il reconnaît de très-loin l'approche des chasseurs, et détale avant même qu'on ait pu l'aperevoir. Il est donc presque impossible de s'emparer d'un Zèbre vivant; on ne peut le prendre que dans son extrême jeunesse '

* ■ ' "*■ jours demeurés indomptables, rétifs

et capricieux. Il faut dire pourtant qu'une femelle de Zèbre, qui avait été prise jeune et envoyée par le gouverneur du Cap de Bonne-Espérance au Jardin des Plantes de Paris, était un animal fort doux, qui se laissait approcher et conduire presque aussi facilement qu'un cheval.

La ressemblance qui existe entre l'àne et le Zèbre a fait penser que l'on pourrait aisément parvenir à croiser ces deux espèces. On a pu, en effet, obtenir en Angleterre, du temps de BufTon, des m^ftj

de Zèbre et d'âne, et, de nos jours , des méiis de Zèbre et de cheval.

Le Zèbre ne fut pas inconnu aux anciens, qui rappelaient hippotigrôy c'est-à-dire cheval-tigre. Un historien rapporte que l'empereur Garacalla tua un jour, dans un combat du Cirque, un éléphant, un rhinocéros, un tigre et un hippo-tigre.

Diodore de Sicile a parlé de Vhippo-tigre^ bien qu'en termes assez obscurs.

Les rois de Perse, dans certaines fêtes religieuses, immolaient au soleil des Zèbres qu'ils tenaient en dépôt dans quelques îles de la mer. Rouge.

Couagga. — Le Couagga est un peu moins grand que le zèbre et se rapproche davantage du cheval par ses formes générales. Sa tête est petite et ses oreilles courtes. La couleur de sa tête, de son cou et de ses épaules est d'un brun foncé tirant sur le noirâtre, le dos et les flancs sont d'un brun clair, et cette couleur passe au gris roussâtre sur la croupe. Le dessus est rayé en travers, de blanchâtre; le dessous, les jambes et la queue sont blancs. Gel. queue se termine par un bouquet de poils allongés.

Le Couagga habite les plateaux de la Cafrerie, où il se nourrit de plantes grasses et d'une espèce particulière de mimosa. Il vit en troupes pêle-mêle avec les zèbres. Contrairement à ce dernier animal, il s'apprivoise sans peine. Les colons hollandais en élèvent souvent avec le bétail ordinaire, qull défend contre les animaux féroces, et surtout contre les hyènes. Si un de ces redoutables carnassiers menace le troupeau, le Couagga domestique frappe de ses sabots de devant le farouche ennemi; il le renverse, brise ses reins avec ses dents, le foule aux pieds et le tue.

La ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris a possédé quelque temps un Couagga mâle. A l'aspect des chevaux et des ânes cet animal poussait, à diverses reprises, un cri aigu que l'on peut rendre assez exactement ainsi : Coua-ag !

Daw. — Le Daw semble tenir le milieu entre le zèbre et le couagga. Il tient au dernier par ses formes et ses proportions, et au second par son pelage. La couleur de ce pelage est Isabelle sur les parties supérieures, blanc aux parties inférieures. Tout le dessus du corps est rayé de rubans noirâtres transverses en avant et obliques en arrière, se ramifiant et s'anastomosant, surtout dans le milieu du corps. Le bout du museau est noir, et de ce point partent quatorze rubans de même couleur. Ceux du cou se prolongent sur la cri-

nière, qui ne retombe pas sur le cou comme celle du cheval, mais est raide et droite comme celle du zèbre.

Le Daw (fig. 71) habite le cap de Bonne-Espérance, et sans doute une étendue considérable de montagnes de l'Afrique. Vivant en troupes dans les lieux arides et solitaires, il est farouche, capricieux, irascible et difficile à domestiquer. Des Daws élevés à la mé-

nagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris se sont reproduits et plusieurs petits y sont nés.

L'hémione est l'espèce chevaline qui appartient aux régions de l'Asie comprises dans la Mongolie, l'Inde et l'Himalaya. Le zèbre, le coua^a et le daw sont les espèces du genre cheval propres à l'Afrique.

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