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ORDRE DES RUMINANTS

Les animaux qui composent cet ordre doivent leur nom colledftf à la propriété singulière qu'ils ont de ramener dans la bouche, pour les mâcher de nouveau, les aliments déjà avalés une première fois. Cette propriété tient à la structure de leur estomac, qui est plus compliqué que celui des autres Mammifères. Il est parta;;é en plusieurs poches, que I'od a considérées, mais avec quelque exagération, comme autant d'estomacs distincts. La première et la plus grande de ces poches est la panse bb (|jg. 72), qui fait suite à l'œsophage a et qui occupe une grande partie de l'abdomen, particulièrement du côté gauche. Les aliments y sont entassés à mesure que l'animal les a pris , et grossièrement divisés par une première mastication.

Après la panse vient le bon-

Fig. T>. Les qaalrï eitomaca d'un rumlùanl. mt C, qui eSt petit et dont la

'""" '"' membrane muqueuse interne

est tapissée de replis faits en sorte de cellules polygonales. C'est dans le bonnet que les aliments se moulent, petit à petit, en pelotes peu considérables, qui remontent dans la bouche, par un mouvement naturel, et nullement convulsif ou anomal,

comme chez les autres animaux, et sont alors soumis à une »

salivation et à une mastication véritables. Tel est le phénomène de la rumincuion.

Lorsque les aliments, ainsi transformés en une pâte molle et demi-fluide, sont redescendus dans Testomac, ils se rendent directement dans un troisième viscère, nommé feuillet, d, à cause des larges plis longitudinaux qui en garnissent l'intérieur et qui ressemblent aux feuillets d*un livre. Du feuillet, ils passent enfin dans la caillette, e, qui est le siège de la véritable digestion, et qui doit son nom à ce que sa surface interne, irrégulièrement plissée, est continuellement humectée par du suc gastrique, humeur qui a, comme on le sait, la propriété de faire cailler le lait. Après avoir subi Télaboration digesttve, les aliments passent de la caillette, a, dam l'intestin duodénum, f. Ajoutons que les liquides passent directement dans le feuillet et dans la caillette sans s'arrêter ni dans la panse ni dans le bonnet.

Tous les Ruminants se nourrissent essentiellement d'herbes, de tiges et de feuilles. Leur système dentaire est très-uniforme. Il n'existe pas d'incisives à la mâchoire supérieure. Il y a un espace vide entre les incisives inférieures et les molaires, qui ont leur couronne large et masquée de deux doubles croissants. Lors de la mastication, le mouvement des mâchoires se fait presque circulairement. Chez tous ces animaux les pieds se terminent par deux doigts, dont les deux os métatarsiens et métacarpiens sontréunis en un seul os, nommé canon. Quelquefois il existe, en outre,, à la partie postérieure du pied, deux petits ergots, vestiges de doigts latéraux. Chez tous, si Ton en excepte les chameaux et les lamas, les sabots qui recouvrent entièrement la dernière phalange des deux doigts de chaque pied se regardent par une face aplatie et ressemblent â un sabot unique fendu. C'est pour cela que Ton dit souvent les animatkx au pied fourchu, quand on- veut parler de certains Ruminants.

Remarquons enfin que ces animaux sont les seuls Mammifères pourvus de prolongements osseux des os frontaux. Seulement tous les Ruminants n'en sont pas pourvus.

L'ordre des Ruminants se divise en deux familles : celle des Caméliens et celle des Ruminants ordinaires.

Famille des Caméliens. — Cette famille comprend lesr deux genres Chameau et Lama.

194 MAMMIFERES.

Chameau. — Linné, et avec lui la plupart des naturalisles mo* dernes, admettent deux espèces distinctes dans le genre Chameau : le Chameau proprement d't, qui porte deux bosses sur le dos, et le Dromadaire, qui n'en a qu'une seule.

Les individus du genre Chameau ont une tâte petite etfortement arquée. Leurs oreilles sont peu développées, mais leur ouïe est excellente. Leurs yeux sont saillants et doux, protégés par une double paupière, avec une pupille oblongue et horizontale. Le sens de la vue parait Irès-développô chez œs animaux. Leurs na-

Fig. 71 el Ti. T(ln d< Chamiaui.

rines sont percées assez loin de l'extrémité du museau, et forment dans la peau deux simples fentes, que l'animal ouvre et ferme à volonté. Ou ne trouve autour des narines des Chameaux aucune trace du corps glanduleux qui forme le mufle des autres RuminaDts, et qui atteint un développement si considérable dans le bœuf, par exemple. Le sens de l'odorat est d'une finesse extrême chez les Chameaux. Leur lèvre supérieure est fendue dans son milieu, et ses deux moitiés, susceptibles de mouvements variés, peuvent se mouvoir séparément. Elles constituent un organe de tact très-délicat. Cette tète remarquable est portée avec une certaine noblesse,

une certaine dignité, par un cou assez long, qui, lorsque Tanimal ne fait pas de mouvements extraordinaires, décrit une anse gracieuse.

Leur corps volumineux, si remarquable par la bosse ou par les deux bosses qu'il présente sur le dos, est porté sur deux longues jambes, qui paraissent grêles relativement à la masse qu'elles supportent.

Dans le Chameau proprement dit, la couleur du pelage est d'un brun marron, plus ou moins foncé. Le poil s'allonge, et devient comme crépu sur les bosses et ledessus du cou. Au-dessous de ce cou, il forme de longues mèches pendantes, qui entourent dépaisses manchettes les jambes de devant.

Dans le Dromadaire, qui a des formes moins massives que celles du Chameau, et une taille inférieure, le pelage estd*un grisroussâtre plus ou moins foncé; dans quelques cas il est assez clair, ou presque isabelle. Le poil du Dromadaire est doux, laineux, et médiocrement long sur presque tout le corps, mais il est plus fourni et plus allongé sur la bosse et le cou. Du reste il y a sous le rapport du pelage des différences, suivant les diverses races de Chameau décrites par les voyageurs.

Nous ne devons pas omettre de signaler les callosités que les Chameaux portent à la poitrine, au coude et au poignet, ainsi qu'à la rotule et au talon. Leurs pieds sont bifurques. Les deux doigts qui existent à chaque pied ne sont pas enveloppés de corne, et portent seulement sur la dernière phalange un ongle assez court et crochu. Une espèce de semelle calleuse recouvre la face inférieure de leurs deux doigts, disposition qui leur permet de marcher aisément dans les endroits sablonneux et dans les sables. Sur ce sol mouvant, l'éléphant serait comme enseveli, et le cheval ne s'en tirerait qu'à l'aide d'efforts inouïs, qui bientôt épuiseraient ses forces.

Le Chameau est originaire de l'ancienne Bactriane, aujourd'hui le pays des Usbecks. Il existe dans une grande partie de l'Asie, où il a été employé, de toute antiquité, pour le service domestique et militaire. Il s'est parfaitement acclimaté en Afrique, où il existe sans doute depuis l'époque de la conquête de ce pays par les Arabes.

Le Dromadaire est aujourd'hui répandu dans toute l'Afrique et dans une grande partie de l'Asie. Il parait avoir pris naissance dans l'Arabie.

Après ces considérations sur la structure et les lieux d'habitation du Chameau, nous nous arrêterons sur les services immenses qpie

cet animal rend à Thomme, grâce à sa force, à sa course rapide^ à sa sobriété, à sa patience et sa docilité.

Buffon a dit que Tor et la soie ne sont pas les vraies richesses de rOrient, que le Chameau est le trésor de TAsie. En effet, cet animal nourrit es habitants de ces contrées, de son lait et de sa chair. Il les habille de son poil, long et moelleux. Pendant des siècles, il a seul fourni à Tindustrie le sel ammoniac, que Ton retirait de ses excréments. Mais c'est surtout comme monture et comme bète de somme qu'il rend à l'homme des services signalés. Sans lui, les peuples que séparent les uns des autres des océans de sable ne pourraient se rapprocher par le commerce. Sans lui, l'Arabe ne pourrait habiter les contrées arides où il promène sa farouche in* dépendance. Avec lui, avec ce navire du désert, comme les Orientaux l'ont appelé dans leur langage figuré et symbolique, la vie est possible dans ces milieux que Buffon nommait « les lacunes de la nature ».

Depuis un temps immémorial, le Chameau est le seul intermédiaire des relations commerciales à travers le désert, sur une étendue considérable de territoire. C'est grâce à ce patient et robuste animal que les marchandises passent des contrées orientales de l'Asie jusqu'aux extrémités occidentales de l'Europe. Les riches produits des confins de l'Arabie arrivaient autrefois à dos de Chameau vers la Phénicie, et de nos jours ils arrivent de la même manière à Alexandrie, pour se répandre de là sur le continent européen.

Si rhomme apu franchir et même s'approprier, à l'aide du Chameau, ces espaces immenses et désolés, c*est qu'il est parvenu à dresser cet animal à ce fatigant service. L'Arabe exerce le Chameau à se passer de sommeil, à souffrir la faim, la soif, la chaleur. Peu de jours après sa naissance, il lui plie les jambes sous le ventre, il le contraint à demeurer à terre, et le charge d'un poids assez fort, qu'il augmente peu à peu. Il règle, il éloigne ses repas, il l'exerce à la course et à la fatigue.

La nature semble d'ailleurs avoir tout prévu pour faire vivre cet animal dans les lieux les plus arides. La conformation de ses pieds, munis d'une semelle large et plate, lui permet de courir sur les sables mouvants. Sa sobriété naturelle, développée par l'éducation, est telle qu'un Chameau chargé de quatre cents à cinq cents kilogrammes, et qui fait dix à douze lieues en un jour, sous un soleil brûlant, n'a souvent pour tout aliment qu'une poignée de grains,

qudques dattes oa une petite pelote de p&te de maïs. Souvent il

Fig. 7S- Udc caravioe dans 1« Jesert du Sabara,

passe huit à d'x jours sans boire. Seulement lorsque le pauvre .

Flg. 17. L«i chamtlien da Satura.

autoial passe dans le voistnaf^ d'uae mare d'eau, il la sent à une

distaoce d'une demi-lieue; il double le pas, et pliant les genoux devant la source si désirée, il boit pour le passé, pour le présent, et hélas 1 pour l'avenir.

On appelle caravanes (fig. 76] les troupes nombreuses formées dans le désert par la réunion d'un certain nombre de voyageurs, qui évitent ninsi les insultes et les pirateries des brigands disséminés dans ces parages. Ces caravanes sont desservies par des

Chameaux et des Dromadaires. On charge les Chameaux de bagages et de provisions, et les Dromadaires sont réservés au transport des voyageurs. Chaque Chameau est chargé selon sa force. 11 apprécie si bien lui-même ce qu'il peut porter que, si on lui impose un fardeau trop lourd, il refuse de se lever, donne des coups de tête à ceux qui le surmènent, et pousse des cris lamentables. Au moment du départ, un Arabe chargé de conduire la troupe se place en avant; il est suivi par les Chameaux; les

Dromadaires ferment la marche. Le conducteur entonne une sorte de chant monotone et modulé. Aussitôt les animaux se mettent en marche. Ce chant leur indique, par la vivacité ou le ralentissement de la mesure, s'il faut accélérer ou ralentir la marche. Quand le chant vient à cesser, toute la troupe animale s'arrête. Les Chameaux s'accroupissent; on leur ôte leur fardeau, ils s'endorment au miheu des bagages. Bientôt ils présenteront eux-mêmes leur dos, pour se faire charger, lorsque l'heure du repos sera écoulée, et ils reprendront leur course avec courage, au chant mesuré du conducteur de la caravane.

En Afrique, on emploie les Dromadaires non-seulement dans le Sahara, mais aussi dans d'autres provinces. Certains charrois de Philippeville à Constantine ou à Sétif se font à dos de Chameau.

Le Chameau est aussi pour l'Africain un animal auxiliaire dans les guerres ou les combats. Les Touaregs font surtout servir cet animal à cet usage. La figure 79 représente un Touareg monté sur son Chameau équipé en guerre. Nous disions plus haut que la nature semble avoir tout prévu pour parer, autant que possible, aux privations qui attendent ces valeureux et patients serviteurs de l'homme du désert. On croit, en effet, que c'est pour une sorte de réserve alimentaire qu'elle a placé sur leur corps une certaine quantité d'aliments solides, que leur organisme peut utiliser lorsque le besoin s'en fait sentir. Nous voulons parler des loupes graisseuses qu'ils portent sur le dos et qui semblent jouer ce rôle. Après un long et pénible voyage, ces bosses retombent, comme des poches vides et formées uniquement par la peau. Le corps tout entier a maigri en même temps.

Les forces et l'énergie de ces animaux se soutiennent plus longtemps aux dépens de ces matières grasses qu'ils utilisent par la combustion respiratoire; mais ils ne retrouvent leurs forces vives qu'avec une alimentation régulière et abondante, qui les rend aussi gros qu'ils étaient avant leur pénible voyage.

La faculté qu'a le Chameau de se passer de boire pendant un temps considérable, a été généralement attribuée à ce fait, que l'animal porte en lui une provision d'eau qu'il sait utiliser au besoin. En effet, l'appareil de la digestion des Chameaux, comme celui des autres Ruminants, se compose des quatre estomacs caractéristiques ; mais la panse présente une particularité bien remarquable. Elle est partagée en deux poches distinctes, dont l'une présente des espèces de cellules cubiques constituant par leur

ensemble une sorte de réservoir. A quelque époque qu'on ouvre le corps d'un Chameau, on trouve dans ce réservoir une certaine quantité d*eau ; on a longtemps cru que cette eau avait été déposée, accumulée là par l'animal prévoyant, qui la prenait au dehors partout où il en trouve Toccasion. Mais il semble plus raisonnable de considérer cette eau comme provenant d'une véritable sécrétion, analogue au phénomène physiologique qui remplit d'air la vessie du poisson ou qui remplit d'eau l'urne des népenthès parmi les végétaux.

Lama. — Les lamas sont, dans le Nouveau-Monde, les représentants des Chameaux de 1 ancien continent. Ils se distinguent de ces animaux par l'absence de bosses sur le dos, par leurs pieds à deux doigts qui n'appuient sur le sol que par leurs parties terminales et les sabots moins épatés, par leurs formes plus sveltes qui constituent un ensemble moins volumineux et plus gracieux.

Il existe trois espèces de Lamas : le Lama proprement dit, le Lama Alpaca et la Vigogne.

Le Lama proprement dit (ûg. 80), ou Guanaco, était la seule béte de somme dont les Péruviens fissent usage à l'époque de la découverte de l'Amérique par les Européens ; il n'existait pas d ailleurs à l'état sauvage. Sa taille est à peu près celle d'un petit cheval. Sa tète est peu volumineuse et bien posée. 11 porte des callosités au sternum, aux genoux et aux carpes. Son pelage est grossier et la couleur de sa robe est assez variable. Habituellement elle est brune ou noire ; d'autres fois, elle passe au brun clair, au jaune roux, au gris et même au blanc. Le poil est toujours plus long et plus frisé sur le corps que sur la tète, le cou et les jambes.

Les anciens habitants du Pérou se servaient de cette espèce, qui a fourni plusieurs races de bètes de somme et de labour. Mais depuis l'introduction des chevaux en Amérique, son usage a beaucoup diminué. Ces animaux sont pourtant très-utiles encore aujourd'hui, pour le transport des fardeaux dans les montagnes et les chemins difficiles des Cordillères, à cause de l'admirable sûreté de leur pied. Us sont lents dans leur marche, et ne portent que 75 kilogrammes environ. Il est inutile d'essayer d'accélérer leur allure, car si on emploie la violence pour les presser, ils se laissent tomber, s'obstinent à rester couchés, et se feraient assommer sur place plutôt que d'avancer.

Le climat que cet animal préfère est celui des plateaux élevés à la hauteur moyenne de 3000 à 3500 mètres. C'est là qu'on trouve les troupes les plus nombreuses de Lamas. Les indigènes les tiennent parquées dans des enceintes particulières près de leurs cabanes. Au lever du soleil, on les laisse aller chercher en liberté leur nourriture, sous la conduite de quelques m&les. Le soir, ils reviennent dans leurs parcs, escortés par quelques individus sau-

vages qui s'arrêtent et repartent, ne voulant pas partager la captivité des individus de leur espèce.

Le Lama est pour l'habitant des Cordillères un auxiliaire précieux à plus d'un titre. La chair des jeunes est bonne à manger. Leur peau donne un cuir assez estimé, et leur poil sert à fabriquer des étoffes.

Le LamaAlpaca({ig. 81] vit dans les mêmes UeuxqueleGuanaco. On le reconnaît immédiatement au développement de ses poils, qui s'allongent beaucoup sur le cou, les épaules, le dos, les flancs, la croupe, les cuisses, la queue, et qui tombent, de chaque côté du corps, en longues mèches, ce qui cache les formes de l'animal. Ces

longs poils sont d'un brun fauve. La face et le venta^ sont nus. La tète, généralement grise, offre, dans quelques-unes de ses parties, des teintes dlËférentes. Le ventre et le dessous des cuisses sont blancs.

Le Lama Alpoca est doux, timide, se laisse conduire au moyen d'une corde par ceux qui lui donnent sa nourriture et qui le soignent; mais si un étranger veut l'approcher, il lui lance des ruades et projette contre lui sa salive avec un souffle violent. Il vit dans les mêmes lieux que le Guanaco. Son allure ordinaire est le gafop.

Fig. «I, Alpao.

Sa nourriture est celle qui convient aux moutons. Sa laine est d'une grande finesse, d'une grande élasticité et d'une grande longueur.

La Vigogm{lig. 82] est lapins petite espèce du genre Lama. Elle est grande comme une brebis, et ressemble beaucoup au Lama, mais ses formes'sont plus légères. Ses jambes sont plus longues proportionnellement au corps, plus menues et mieux faites. Sa tète est plus courte, son front plus large. Ses yeux sont grands, intelligents et doux. Sa gorge est jaunâtre ; sa poitrine, le dessous dn

ventre, le dedans des cnisses sont blancs, le reste du corps est brun. La laine qui pend sous U poitrine est très-longue.

La riche toison de cet animal surpasse, pour la ûnesse et le moelleux, toutes les laines connues. Pour s'emparer de sa peau, les chasseurs américains le poursuivent jusqu'aux sommets les plus escarpés des Andes où il vit par troupes assez nombreuses.

Fig. M. Vigogne alUquée par un carnassier (Cougar).

On chasse devant soi ces troupes innocentes; on les pousse dans des enceintes préparées d'avance, et composées de cordes tendues, couvertes de cliifTons de diverses couleurs, qui eOVayent ces timides animaux. Quand ils sont rassemblés, on les massacre sur place, avec une cruauté insigne. Une seule de ces battues produit quelquefois de cinq cents à mille peaux. Au lieu de détruire

les Vigognes, rhomme devrait les soumettre à son joug. Il trouverait d'admirables ressources dans la tonte régulière de leur riche et moelleuse toison.

On s'est occupé bien des fois d'introduire dans nos contrées les deux dernières espèces de Lamas dont nous venons de parler. Si l'industrie française parvenait à les répandre dans les montagnes des Pyrénées, des Alpes, des Vosges, des Cévennes, etc., ils deviendraient pour ces régions une nouvelle et importante source de production. C'est dans cette vue que le Jardin des Plantes et le Jardin zoologique d'acclimatation de Paris réunissent et élèvent un assez grand nombre de Lamas et de Vigognes.

Famille des Ruminants ordinaires. — Ce groupe naturel comprend presque tous les Ruminants. Ce qui distingue les animaux qui le composent, non-seulement de la famille des Caméliens, mais aussi de tous les autres Ruminants, c'est Texistence, preisque générale, de deux cornes surmontant le front chez le mâle, et quelquefois aussi chez la femelle.

La structure de ces appendices présente des différences caractéristiques, qui ont fait diviser cette grande et importante famille en trois tribus, savoir : les Ruminants à cornes velues et persistantes^ les Ruminants à cornes creuses et les Ruminants à cornes caduques.

On a cru nécessaire d'établir dans la même famille une quatrième division comprenant les Ruminants ordinaires qui manquent de cornes. Cette division comprend seulement le genre Chevrotain.

Tribu des Ruminants à cornes velues et persistantes. — Cette tribu se compose d'un seul genre, celui des Girafes, lequel, à son tour, ne renferme qu une seule espèce.

La grandeur des Girafes, les singulières proportions de leur corps, la beauté de leur robe, la singularité de leur démarche, sont autant de particularités étranges qui expliquent la curiosité que ces animaux ont toujours provoquée.

Leur tète, longue et effilée, est éclairée par deux grands yeux vifs et doux. Leur front est orné de deux cornes, composées d'une partie enveloppante qui est la peau épaissie et couverte de quelques poils, et d'une partie osseuse enveloppée. Au milieu du chanfrein est un tubercule de même nature que les véritables cornes, mais plus large et plus court. Les oreilles sont membraneuses, en forme de cornet et rejetées en arrière.

Les narines ne sont point percées dans un mufle, c'est-à-dire

que la pean qui les environne n'est point dénudée comme celle des bceufs, par exemple. La bouche a des lèvres longues et mobiles, mais la lèvre supérieure n'est point fendue comme celle des

Kig. M. oirafes. SB compose pourtant ,

comme celui des autres Mammifères, que de sept vertèbres.

Une petite crinière droite règne depuis Vocciput jusqu'au garrot Le tronc est court et très-incUné sur la ligne dorsale; il est

perché sur des jambes hautes et grêles. Ainsi que cela se voit chez un petit nombre d^animaux, et principalement chez les hyènes, le train antérieur est plus élevé que le train postérieur. C'est surtout dans leurs canons, ainsi que dans les avant-bras et les tibias, que les jambes ont leur plus grand développement. Les quatre extrémités sont terminées par des sabots fourchus, qui ne présentent point de doigts rudimentaires. La queue, de longueur moyenne, se termine par un flocon de crins noirâtres. La peau qui ecouvre ce corps et ces membres sveltes et élégants est tapissée de poils courts, marqués de grandes taches trian^laires ou en carré long, de couleur fauve sur un fond plus pâle. Ces taches, si remarquables, ne se rencontrent point â la face interne des membres, sur les canons ni sur le ventre dont le blanc est plus ou moins pur.

Les Girafes ne se trouvent qu'en Afrique, et elles n'y sont même pas nombreuses. Vivant par familles de douze â seize individus, quelquefois de vingt, sur la lisière des déserts, elles se rencontrent depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'en Nubie, et dans quelques autres contrées de Touest et du nord de l'Afrique.

L'allure habituelle des Girafes est l'amble, c'est-à-dire qu'elles déplacent à la fois les deux membres d'un même côté. Leur mode de progression est très- singulier. Lorsqu'elles courent, elles remuent en même temps les deux membres d'un même train, et tenant ceux de devant écartés, elles amènent brusquement entre ces deux membres, ou même en avant, leurs jambes postérieures après que celles-ci ont pris leur point d'appui» elles font avance les premières. En même temps elles remuent leur corps d'une manière singulière, et balancent leur long cou de l'arrière à l'avant. Ce long cou leur est d'ailleurs très-utile pour arracher, à coups de langue, presque au sommet des arbres, les feuilles qui constituent une grande partie de leur nourriture.

Dans les ménageries on nourrit les Girafes à peu près comme tous les autres ruminants, avec du blé, du maïs, des carottes, du fourrage. Dans la vie sauvage, les feuilles de quelques espèces de mimosas sont la base de leur nourriture. C'est en enroulant autour des rameaux une langue fort longue, grêle et pointue, qu'elles peuvent faire saillir de trente à quarante centimètres hors de la bouche, qu'elles s'approprient la légère frondaison des plantes que nous venons de citer.

Le caractère de ces animaux est doux, comme leur regard. En

général ils ne fuient pas la vue de l'homme ; mais si on les approche de manière à les inquiéter, ils s'éloignent rapidement. Réduite en esclavage, la Girafe est docile jusqu^à la timidité ; un enfant pour* rait la conduire avec un ruban. Si on la taquine, si on la contrarie, elle ne donne jamais de la tète ; elle ne fait aucune démonstration hostile avec ses cornes ; seulement elle piaffe avec ses membres antérieurs, quelquefois même elle rue, comme le cheval, avec ses jambes de derrière.

Il est très-dirficile, sinon impossible, de prendre vivantes des Girafes adultes. Elles détalent avec une telle vitesse, avec une succession de bonds si prodigieux, qu'elles laisseixt loin derrière elles les plus agiles chevaux. Pour les prendre vivantes, il faut les attaquer à rage où elles teltent encore. Si on a le bonheur de les conserver pendant quelques jours, elles deviennent tranquilles et bientôt familières. Mais souvent les pauvres captives refusent toute nourriture et meurent bientôt.

La Girafe a pour ennemis le lion et la panthère. En plaine elle les distance aisément; mais si elle est surprise par une de ces bètes féroces en embuscade, elle montre assez de courage et de force pour résister à ses redoutables ennemis. Elle les frappe avec ses pieds de devant, et ses coups sont souvent mortels. Mais presque toujours le lion s'est élancé, d'un bond, sur la croupe, et alors elle est perdue.

La Girafe compte aussi Thomme parmi ses ennemis. Les Hottentots estiment beaucoup sa chair. Avec sa peau, qui est épaisse, ils font des courroies, des vases et des outres pour conserver l'eau. Ils la guettent, Fattendent au passage, lui lancent des flèches empoisonnées, et la suivent à la piste, pour s'en emparer lorsqu'elle mourra de sa blessure. L'emploi devenu général des armes à feu pour la chasse de la Girafe amènera certainement l'anéantissement complet de cette admirable et pacifique espèce animale.

Les anciens connaissaient la Girafe. L'^tpparrfîon d'Aristote n'est que la Girafe mal définie. Les Égyptiens ont laissé, dans leurs peintures, ou dans leurs bas-reliefs, des figures parfaitement reconnaissables de la Girafe. Pline, Oppien, Héliodore en ont parlé. Les Romains la possédèrent vivante et la promenèrent dans leurs cirques. Elle parut dans le cortège des triomphateurs. Il vint en Europe quelques Girafes pendant le Moyen âge et la Renaissance. Buffon ne put observer par lui-même cet animal. L'illustre voyageur Levaillant, qui, après avoir sacrifié sa fortune à de longs et

périlleux voyages en Afrique, mourut presque dans la misère, envoya au Jardin des Plantes de Paris la première Girafe empaillée que cet établissement ait possédée.

Levaillant raconte ainsi Tépisode de ses chasses qui le rendit maître de ce rarissime animal ^ :

tt Je m'étais mis en chasse au lever du soleil dans Tespoir de trouver quelque gibier pour mes provisions. Après quelques heures de marche, nous aperçûmes, au détour d'une colline, sept girafes qu'à l'instant ma meute attaqua. Six d'entre elles prirent la fuite ensemble ; la septième, coupée par mes chiens, s'écarta d'un autre côté. Bernfry, dans ce moment, marchait à pied et tenait son cheval par la bride; en moins d'un clin d'œil, il fut en selle et se mit à poursuivre les six premières. Moi, je suivis l'autre à toute bride; mais, malgré les efforts de mon cheval, elle gagna tellement sur moi qu'en tournant un monticule elle disparut à ma vue, et je renonçai à lit poursuivre. Cependant* mes chiens ne tardèrent pas à l'atteindre. Bientôt même ils la rejoignirent de si près qu'elle fut obligée de s'arrêter pour se défendre. Du lieu où j'étais, je les entendais donner de la voix de toutes leurs forces; mais ces voix me paraissant toujours venir du même endroit, j'en conjecturai que l'animal était quelque part acculé par eux, et aussitôt je piquai vers lui.

« En effet, j'eus à peine tourné la butte que je l'aperçus entouré des chiens et tâchant, par de fortes ruades, de les écarter. Il ne m'en coûta que de mettre pied à terre; d'un coup de carabine je le renversai.

« Enchanté de ma victoire, je revins sur mes pas pour appeler mes gens auprès de moi et leur faire dépouiller et dépecer la hôte. Tandis que je lés cherchais des yeux, je vis Klaas Baster qui, d'un air très-empressé, me faisait des signes auxquels dabord je ne compris rien. Mais ayant porté la vue du côté que me désignait sa main, j'aperçus avec surprise une girafe arrêtée sous un grand ébénier et assaillie par mes chiens. Je crus que c'en était une autre et courus vers elle. C'était la mienne qui s'était relevée et qui, au moment où j'allais lui tirer un second coup, tomba morte.

« Qui croirait qu'une conquête pareille excita dans mon âme des transports voisins de la foie 1 Peines, fatigues, besoins cruels, incertitude de l'avenir, dégoût quelquefois du passé, tout disparut, tout s'envola à l'aspect de cette proie nouvelle : je ne pouvais me rassasier de la contempler; j'en mesurais l'énorme hauteur. Je reportais avec étonnement mes regards de l'animal détruit à l'instrument destructeur. J'appelais, je rappelais tour à tour mes gens ; et quoique chacun d'eux eût pu en faire autant, quoique nous eussions abattu de plus pesants et de plus dangereux animaux encore, je venais, le premier, de tuer celui-ci; j'en allais enrichir l'histoire naturelle; j'allais détruire des romans et fonder à mon tour une vérité. »

Telles sont les joies pures, profondes, et toujours nouvelles, qui attendent le naturaliste voyageur, dans les contrées loin-

1. Second voyage dans V intérieur de V Afrique, tome II, p. 220.

t&ines où le poussent Tamour de la science et le dévouement au progrès.

Jusqu'en 1827 aucune Girafe n'avait été vue vivante ni à Londres ni à Paris. A cette époque, le pacha d'Egypte ayant appris que les Arabes de la province de Sennaar, en Nubie, avaient réussi à élever deux petits de Girafe avec du lait de chamelle, fit amener au Caire ces deux animaux. Il en donna un au consul d'Angleterre, et Tautre au consul de France.

La Girafe envoyée au paCha d*Ëgypte avait fait le trajet de Sennaar au Caire en partie à pied, en partie sur le Nil dans une barque spécialement préparée pour la recevoir. Elle arriva en France pendant le mois de janvier, demeura tout Thiver à Marseille, et ne se remit en route pour Paris qu'au mois de mai. Elle était à Lyon le 5 juin.

Le 30 juin elle fit son entrée à Paris. Elle dut se rendre à Saint- Cloud pour être présentée au roi avant de prendre définitivement sa place à la ménagerie du Muséum.

On se souvient encore du succès qu'obtint à Paris cette étrange visiteuse. On ne pouvait se lasser d'admirer sa singulière allure, la hauteur de sa taille, son long cou, la singularité de sa robe et la vivacité de ses couleurs. On en fit un nombre incalculable de portraits et de dessins. Il y eut pour elle des élans de curiosité et d'admiration sans fin. Tout Paris a pu d'ailleurs se satisfaire longtemps de sa vue, car la Girafe du Sennaar mena au Jardin des Plantes une existence longue et paisible, qui ne s'est terminée qu'en 1845:

Tribu des Rumviants à cornes creuses, — Les Ruminants dont les cornes sont enveloppées d'une gatne élastique, semblable à des poils agglutinés, peuvent se diviser en deux groupes. Dans le premier, le noyau osseux des prolongements frontaux ne présente dans son intérieur ni pores, ni cellules ; tandis que dans les animaux appartenant au second groupe le noyau est creusé de cellules qui communiquent avec les sinus frontaux.

Dans les premiers groupes se rangent les genres Chamois, Ga~ xellCj Saïga^ Portax, Counochète et Alcélaphe.

Au second groupe appartiennent les genres Chèvre, Mouflon, Mouton et Boeuf,

Étudions d'abord les espèces les plus remarquables appartenant aux genres du premier groupe. Ces genres rentrent tous dans un groupe homogène et très-naturel, anciennement connu sous le

nom d'Antilopes. Il comprend environ une centaine d'espèces, dont aucune n'a été rendue domestique, et qui vivent pour la plupart en Afrique. Ce sont, en général, des animaux à taille élancée et légère, à course rapide, ayant un caractère doux et timide, vivant en troupes nombreuses, et se distinguant surtout par la forme de leurs cornes.

Nous passerons rapidement en revue, en suivant la nomenclature de M. Paul Gervais, quelques-uns des genres les plus remarquables résultant de la division de Tancien groupe des Antilopes, genres au nombre de six, dont nous avons donné la liste plus haut.

Chamois. — Le genre Chamois a pour caractère principal des cornes lisses, placées immédiatement au-dessus des orbites, montantes, recourbées en arrière, et comme en hameçon à leur sommet. Ces cornes existent dan3 les deux sexes, et y sont à peu près de même forme. Les mamelles sont au nombre de deux seulement ; la queue est courte ; les larmiers et les brosses manquent.

Le Chamois d'Europe {Rupicapra Europxa) est de la taille d'une petite chèvre. 11 est couvert de deux sortes de poils, Tun laineux et brunâtre très-abondant, Tautre soyeux, sec et cassant Sa robe est d'un brun foncé en hiver et d'un brun fauve en été. Sa tète fine et intelligente est d'un jaune pâle, avec une bande brune sur le museau et autour de l'œil; une ligne blanche termine le corps. Ses cornes sont noires, petites, courtes, lisses et un peu arrondies, verticales et droites, puis courbées brusquement en arrière à la pointe.

Ce joli ruminant vit dans les Pyrénées et les Alpes, ainsi que sur quelques points élevés de la Grèce. Il est devenu extrêmement rare, de sorte que les chasseurs de Chamois ont maintenant kurs principaux succès à l'Opéra- Comique.

Le Chamois vit par petites bandes, au milieu des rochers escarpés des plus hauts sommets. D'une agilité incomparable, il fran chit les précipices, escalade, d'un pied vif et sûr, les pentes les plus rapides, bondit dans les sentiers les plus étroits qui longent le bord des abimes, saute d'un roc à un autre, et s'y tient fixe sur la pointe la plus aiguë, où se trouve à peine la place de ses quatre pieds, et tout cela avec une justesse de coup d'œil, une énergie musculaire, une élégance, une précision de mouvements et un aplomb sans pareil. On comprend aisément dès lors que lâchasse de ces légères et audacieuses créatures soit fertile en dangers.

Comme la seule arme défensive du Chamois est la fuite, chez lui la vue, l'odorat, l'ouïe et les organes du mouvemeat out atteint un haut degré de perfection. Il n'est que très-rarement surpris, et on ne peut le tirer que de fort loin avec des carabines de longue portée. Dans cette chasse inutile, de peu de rapport, beaucoup de montagnards tombent dans les précipices. Quelquefois même un Chamois, poursuivi par un chasseur, précipite ce-

•. Chaîna d'Europe.

lui-ci dans l'abîme pour s'ouvrir un passage, quand il est cerné ou serré de trop près.

Aux approches de l'hiver, les Chamois quittent le versant nord des montagnes, pour aller habiter celui du midi, mais ils ne descendent jamais dans la plaine.

Gazelle. — Le genre Gazelle comprend des animaux à formes gracieuses, un peu plus petits que les Chamois. Ils n'ont pas de mufle, mais des larmiers. Leur queue est courte; leurs mamelles sont au nombre de deux. Leur couleur est fauve ou Isabelle sur

316 MAMMIFÊIRES.

1» dos, séparée de la couleur du ventre, qui* est blaoche, par une bande brune ou noirâtre. Les cornes, plus fortes chez les mâles que chez les femelles, sont â double courbure, en forme de lyre et sans arêtes. Les narines sont habituellement entourées de poils.

Les yeux de ce gracieux habitant des hauts sommets sont si beaux et si doux, ses mouvements sont si gracieux et si légers, qu'il sert de comparaison et d'image aux poëtes arabes.

Les Gazelles proprement dîtes sont les espèces de ce genre que l'on voit le plus habituellement dans nos parcs et dans nos ménageries. Telle est, par exemple, la Gazette dorcade, qui habite une grande partie de l'Afrique septentrionale, dans les grandes plaines et dans la région saharienne. Elle a la taille du chevreuil, mais les formes plus légères et plus gracieuses.

La Gazelle vit par troupes nombreuses « qui semblent forviées . tout exprès, dit cyniquement Boitard, pour fournir une pâture certaine aux lions, aux panthères, aux hyènes, aux chacals, aux loups, aux aigles et aux vautours. » Cette proie se compose, hélas ! d'êtres inoffensifs, doux et timides, qui n'ont que leur fuite rapide à opposer à leurs implacables ennemis. Cependant ces animaux montrent quelquefois une sorte de courage désespéré. Si leurs bandes sont surprises, ils se pressent les uns contre les autres;

h Fig. 10. Anlilope algaielle.

rangés en cercle, ils font tète aux ravisseurs avec leurs cornes impuissantes. Le ravisseur, si c'est un tigre, par exemple, a dès lors tout loisir de faire le choix de sa viclime ; îl s'élance sur elle, et la troupe épouvantée se débande et fuit.

On chasse la Gazelle avec le chien ou avec l'aide du cheval (fig. 85). On en prend aussi en lâchant au milieu de leurs bandes des individus apprivoisés, dont les cornes sont garnies de nœuds auxquels les Gazelles sauvages viennent se prendre.

Prise jeune et élevée en captivité, la Gazelle devient domestique;

elle «st alors très-sensible aux caresses. Elle ne cherche pas i fuir pour reconquérir sa liberté ; seulement elle languit, et refuse de donner à son maître une postérité d'esclaves.

D'autres espèces de Gazelles virent au Maroc, au Sén^al, dans la Nubie, au cep de Bonne-Espérance. Il serait sans intérêt de les mentionner particulièrement.

Saïga. ~- Le genre Saïga comprend des espèces d'Antilopes à cornes spirales, à double ou triple courbure, annelées, sans arêtes, et qui n'existent que chez les m&les. Elles n'ont pas de

l^g. 17. Aùlilope Caddoii.

mufle, mais possèdent un larmier; elles ont les poils du carpe disposés en manière de brosse, ont des pores inguinaux, deux mamelles seulement et une queue courte et sans flocons.

Tel est le Saïga des Indes, ou l'Ànlilope algazelle (fîg. 86), qui a le corps svelte comme la Gazelle, le pelage d'un brun fauve en dessus et blanc en dessous ; les cornes noires, longues, annelées dans ime grande étendue. Avec ces cornes, les Fakirs indiens font une arme, qu'ils portent i leur ceinture en guise d'épée et de poignard.

Ces animaux sont très-rapides i la course. On assure qu'ils peuvent sauter à la hauteur de quatre mètres, et franchir d'un bond

QD espace de douze mètres. Habitant les plaines ouvertes et d'où l'on peut voir de loin, ils vivent en familles, composées de dix i soixante Temelles pour un seul m&le adulte'. Lorsqu'ils paissent ou qu'ils ruminent, ils placent de jeunes mâles en sentinelle, à deux cents ou trois cents mètres de distance, pour veiller i la sûreté commune. A la moindre alarme, le troupeau s'enfuit, le vieux mâle en tète.

Nous citeroDs encore le Sàiga de Tariarie, qui est grand comme

Fig. gt. AnUlope namis.

an daim. Ses cornes, de la longueur de la tète, sont transparentes, jaunes, disposées en lyre et annelées jusqu'à l'extrémité. Son museau cartilagineux est très-saillant. Il vit dans l'Asie septentrionale, principalement dans la région des monts Altaï, et s'étend jusque sur les frontières de l'Europe.

Les individus de cette espèce se rassemblent pour voyager en troupeaux de plusieurs milliers. Ils vivent d'absinthes et d'ar-

SSO MAMMIFÈRES.

moïses. Leur vue est courte, mais leur odorat est si fin qu'ils éventent l'ennemi de très-loin. Les mâles font la garde, défendeot les petits contre les attaques des loupa et des renards.

Parmi les Antilopes d'Afrique citons le Coudou (fig. 87), VAntilope namsa (Gg. 8B), etc.

Portax. — C'est au geure Fortax qu'appartient le NyUGhau ou le Taureau-Cerf Atis Indes (fig. 89). C'est un bel animal, ayant à peu prfis la taille d'un cerf, en même temps que ses formes générales. Il parait plus lourd à cause de la grosseur de ses jambes. Aussi

Fig. M. Aalllops Ny!-3haD.

les voyageurs l'ont-ils souvent comparé à un bœuf, et son nom de Nyl-Ghau, en indou, signifie bœuf bleu.

Sa tête est mince et assez longue ; son cou porte une crinière noirâtre qui forme une espèce de houppe sur le garrot ; ses cornes, moitié moins longues que la tête, sont coniques, lisses, très-écartées l'une de l'autre, légèrement courbées en avant, et n'existent que chez le màle. Celui-ci a un pelage d'un gris ardoisé, tandis qu'il est d'un gris fauve dans la femelle. La queue est longue et terminée par de longs poils.

Ce curieux animal habite le bassin de l'Inde, les montagnes de

RUMINANTS. SSI

Kashmir et de Guzarate. Od le chasse pour sa chair, qui est esti-

mée. Il est d'un caractère timide; mais devant le chnsseur il ne

Fig. «I. Bubila.

se rend pas sans avoir courageusement défendu sa vie. On a élevé

des Nyl'Gbaus à la ménagerie du Muséum. Ils étaient doux, léchaient les mains de ceux qui les caressaient» et n'ont jamais blessé personne.

Cimnochète. — Les animaux de ce genre ont Tapparence bovine, le mufle élargi, dénudé ; un fanon ; une queue longue et floconneuse ; des cornes qui existent dans les deux sexes sont épatées à leur base, descendant ensuite obliquement en avant pour se redresser brusquement.

Ainsi le Counochète ou Antilope gnou (fig. 90), qui vit dans l'Afrique méridionale, est de la grandeur d'un âne. D'un corps trapu et musculeux, il a le mufle d'un bœuf, les jambes dun cerf, l'encolure et la croupe d'un petit cheval. Sa tète est comprimée, son pelage est ras, d'un gris fauve. Il porte sur le cou une crinière fournie de poils gris, noirs et blancs ; sous son menton pend une barbe épaisse et brune. Ces animaux remarquables vivent en troupes nombreuses dans les montagnes au nord du cap de Bonne-Espérance. Ils courent sur une seule file, en suivant un conducteur.

Alcélaphe. — Nous nous contenterons de signaler dans ce genre le Bubale du nord de TAfrique (fig. 91), à la tète allongée, aux cornes simulant les deux branches d'une fourche, qui vit par troupes nombreuses, se mêle quelquefois aux troupeaux domestiques, ne les quitte plus et pourrait peut- être être utilisé.

Les Ruminants à cornes creuses qui ont le noyau osseux de ces cornes occupé en grande partie par des cellules communlcjuant avec les sinus frontaux, comprennent, comme nous l'avons déjà dit, les genres Chèvre, Mouflon^ Mouton et Bœuf,

Chèvre. — Les Chèvres ont pour caractères d'avoir les cornes ascendantes, curvilignes, grandes et divergentes. La coupe de ces cornes est prismatique ou elliptique, et leur face antérieure est souvent noueuse ; leur base repose sur une saillie des os du front. Le chanfrein est droit, et non busqué, comme chez les moutons. Le menton est garni d'une longue barbe, surtout chez les mâles. La queue est courte, le corps peu chargé de graisse. Les pieds sont plus trapus que ceux des moutons; les mamelles sont au nombre de deux.

On connaît plusieurs espèces de Chèvres sauvages ; nous citerons particulièrement le Bouquetin des Alpes et VCEgagre.

Le Bouquetin (fig. 92} est de la grandeur d'un bouc. Son pelage d'hiver est composé de poils longs et rudes, recouvrant un poil

doux, fin et touûu, qui persiste pendant l'été. Il est d'un gris fauve en dessus, blanc en dessous, avec une bande dorsale noire, et une ligne brune qui traverse les Hancs. Une barbe noire et rude lui peod au menton; ses cornes sont noirâtres, avec deux arêtes longitudinales, et ses côtes saillantes transversales.

Ces animaux habitent presque toutes les hautes montagnes de l'Europe, et se Uennent aune zone encore plus élevée que celle du chamois. Ils ont l'œil vif et brillant, l'oreille mobile, la démarche fière, indépendante. Suspendus aux pics voisins des glaces

étemelles, ils se nourrissent de rares graminées, des bourgeons du saule alpestre, du bouleau nain et des rhododendrons.

Il leur suffit d'une pointe de rocher où ils puissent ramasser leurs quatre pieds, pour y tomber d'aplomb, d'une hauteur de huit à dix mètres, y rester en équilibre ou s'en élancer, au même instant, sur d'autres pointes, soit inférieures, soit plus élevées. Ils éventent le chasseur bien avant d'être aperçus de lui. Si un chasseur habile les a cernés jusqu'au bord d'up précipice où il n'y ait à leur portée ni une pointe de glace, ni une crête de roche, ils s'élancent dans l'abtme, la tête entre les jambes et les cornes en avant, pour amortir la violence de la chute. Quelquefois le Bouquetin, serré de

trop près, adopte une autre tactique. Il fait volte-face, courtdroil au chasseur et le précipite dans l'abime, en passant devant lui comme un trait.

h'Œgagre ne se distingue du Bouquetin que par ses cornes tranchantes en avant. Il habite les montagnes de l'Asie depuis le Caucase jusqu'à l'Himalaya. Nous le mentionnons seulement, parce

nue c'est de lOKgagre, dont la race s'est mêlée à celle du Bouquetin, que descendent nos chèvres domestiques.

La Chèvre domestique a été nommée la vache du pauvre. On ne peut pas]toujours avoir une vache, mais on peut toujours avoir une chèvre. C'est un animal rustique, sobre, qui donne en abondance uu lait excellent. Si par maladie ou toute autre cause une mère ne peut allaiter son enfant, aucun lait ne le remplacera mieux que celui de la Chèvre, animal qui se laisse facilement

teter, et qui même s'attache avec une véritable tendresse i son noarrissoD.

Ces qualités soat accompagnées de quelques défauts. La Chèvre est indocile, vagabonde, capricieuse ; mais il est facile à l'homme de profiter de ses qualités et de supporter ses défauts sans grands incODvénieuts.

On élève ©n France deux variétés principales de ce ruminant ; la Chèvre commune et la Chèvre à oreilles pmiantes.

La Chèvre commune (Gg. 93), dont la robe est entièrement blanche, blanche et noire, brune ou grise, de diverses nuances, avec des taches blanches, est la plus répandue et la plus rustique de toutes. Il y en a une sous-variété sans cornes. Convenable-

ment soignée, elle donne, en échange de fort peu de nourriture, deux chevreaux par an, un lait abondant et son poil, qu'on peut tondre une fois chaque année.

La Chèvre à oreilles pendantes est plus souvent dépourvue de cornes que la précédente. Elle se plaît surtout dans nos départements du midi, car elle est un peu moins rustique et plus sensible au froid que la Chèvre commune.

Il existe en Orient deux races caprines : celle du Thibel et de Cachemyr, et celle d'Angora,

La Chivre du Thibet (fig. 94) se trouve surtout en grand nombre dans ta magnifique vallée de Cachemyr et dans le Thibet.

La Chèvre du Thibet est, sans contredit, la plus précieuse de

toutes les races caprines. Son duvet, placé sous le poil, lequel est peu abondant, sert à fabriquer ces précieuses étoffes, ces merveilleux tissus de l'Inde, nommés cachemires, et estimés dans le monde entier par leur Cnesse, leur moelleux et leur douceur. On l'enlève tous les ans avec un peigne à doubles dents approprié à cet usage.

L'acclimatation de cette race en France n'a présenté aucune difficulté ; mais le duvet produit dans nos climats n'ayant pu supporter avec avantage la concurrence du produit exotique, cette race ne s'est propagée chez nous que dans des proportions insignifiantes.

La ChhTc d'Angora fflg. 95) vit dans l'extrême Orient. L'accli-

matation de cette race, tentée à diverses reprises en France, n'a rencontré aucune difficulté. Ces animaux, nés à la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, y vivent comme sur leur terre natale.

La Chèvre d'Angora est de toutes les races étrangères la plus facile et la plus avantageuse à propager en France, où elle parait appelée à faire la fortune des pays de montagnes. Elle donne autant de lait que les Chèvres d'Europe, et sa toison est composée

•d'une laine longue et une, qui conserve tout son luslre à la teinture. Cette laine ressemble à s'y méprendre à. de la soie teinte ; elle a l'éclat de cette dernière, et reçoit toutes tes nuances qu'on applique à la soie. Elle est supérieure, pour la fabrication des velours de laine, aux laines réputées les meilleures. On en fabrique aussi d'excellents tissus légers : ceux qu'on nomme dans le -commerce draps ziphir.

Les Chèvres d'Angora sont en général de petite taille; leur poil, 'toujours blanc et en mèches vrillées, est long et soyeux.

Fïg. ne. Mouflon i mancheltes.

. Il existe d'autres races de Chèvres, parmi lesquelles nous citerons la Chèvre de Nubie qu'on élève au Jardin des Plantes de Paris.

Genre Mouflon, — Les Mouflons, animaux de montagnes, comme les bouquetins, sont répandus sur une plus grande surface du monde. Il en existe non-seulement dans l'ancien continent, mais 4U3si dans l'Amérique septentrionale.

Le Mouflon commun de la Corse et de la Sardaigne est à peu jprès de la taille d'un mouton ordinaire, mais plus robuste. Sa

toison, laineuse et grisâtre, est cachée sous des poils longs et soyeux, de couleur fauve ou noire. Ses cornes sont grandes, triangulaires à leur base, et aplaties vers la pointe; chez la femelle elles manquent complètement. Ce ruminant vit en troupes assez nombreuses.

Le Mouflon de montagne^ qui habite les montagnes Rocheuses et la Californie, est remarquable par la grosseur de ses cornes.

Le Mouflon à manchettes (fig. 96) est une espèce africaine remarquable par la crinière qui recouvre ses épaules et par les poils allongés en forme de manchettes qui tombent de ses poignets.

U existe en Asie une espèce de Mouflon, nommé Argali (Gg. 97], qui est grand comme un daim, et dont les cornes sont assez semblables à celles de nos béliers.

Genre Mouton. — D'après M. Milne-Edwards, c'est du mouflon commun ou de l'argali que paraissent descendre les innombrables variétés de Moutons que Thomme élève en domesticité. H. Paul Gervais croit pourtant que les Moutons sont des animaux domestiques qu'on n'a jamais connus à l'état sauvage.

Les caractères principaux des Moutons consistent dans la plus grande longueur de leur queue, qui descend habituellement jusqu'au talon, dans la nature osseuse de leurs cornes, qui sont plus écartées à leur base et plus en spirale que celles des mouflons. Enfin certains Moutons manquent de cornes, même dans le sexe mâle.

U est certain que les Moutons ont un aspect bien diflërent de celui du mouflon ou de l'argali. Ils n*ont ni les formes sveltes et gracieuses, ni la légèreté d'allure de ces deux ruminants sauvages. Ils sont lourds dans leur allure et lents dans leur marche. Les poils longs et soyeux du mouflon et de l'argali ont presque entièrement disparu chez eux; tandis que le duvet, prenant un développement extrême, constitue une épaisse toison. L'intelligence de ces animaux est très-bornée, et leur constitution faible. Us ne tarderaient pas à disparaître si Thonmie ne les enveloppait de soins attentifs et continuels.

Dans nos pays les Brebis ne font, en général, qu'un petit par portée, et ne produisent qu'une fois par an ; mais dans les pays plus chauds, elles en font souvent deux; quelques races donnent même deux Agneaux à la fois. La durée de la gestation est de cinq mois. Les Brebis conservent leur lait pendant sept ou huit mois, après la naissance de leurs petits ; mais on ne laisse les Agneaux

teter que deux ou trois mois. A un an les Brebis peuvent déjà se reproduire, et elles continuent à être fécondes jusqu'à V&^e de dix à douze ans.

Il existe de très-bandes différences dans les diverses sortes de Moutons. Une race remarquable pour la singularité de ses formes est celle des Moutons à large qaeue, chez lesquels cet appendice est tellement gonflé par la graisse, qu'il a souvent la forme d'une longue loupe. Cette race existe dans les parties tempérées de l'Asie, dans le midi de la Russie, dans la haute Egypte. Des voya-

Flg. 07. Argali on HouIdd sauvage.

geurs ont même raconté que dans certaines parties de l'Afrique orientale on rencontre de ces Moutons attelés à une sorte de brouette, destinée uniquement à supporter le poids de leur queue.

Une autre race, tout anssi remarquable, est connue sous le nom de Mouton à télé noire. Elle n'a pas de cornes, et son cou est pourvu d'un rudiment de fanon, qui rappelle jusqu'à un certain point celui des bœufs.

Le Mouton de Yalachie se distingue par ses cornes dirigées en haut, et disposées en spirale, comme celles des antilopes.

Chez le Motiton d'Islande, il peut exister trois, quatre et jusqu'àr huit cornes. Nous reviendrons bientôt, en parlant de l'élevage des Moutons, sur d'autres races qui sont très-répandues chez nous ou chez les peuples voisins.

Les Moutons constituent, en effet, une des principales sources^ de la richesse agricole, et fournissent à l'industrie manufacturière des produits d'une importance considérable. Les troupeaux de Moutons améliorent notablement le sol par le fumier qu'ils y déposent. Le pacage de ces animaux dans un champ destiné à la culture du blé fait sentir ses bons effets pendant trois années consécutives. On a longtemps désigné les Moutons en économie rurale sous le nom de bêtes à laine, et en effet cette laine en a*été longtemps le produit le plus estimé ; mais ils sont en même temps et surtout des bêtes à viande. Cette viande est un aliment trèssain, très-agréable et très-nourrissant. La graisse du Mouton, ou suif, est également un des plus imi^rtants produits de ces animaux; dans certaines races elle peut former une couche épaisse de sept à huit pouces le long des côtes et autour des reins. Leur peau, dépouillée de la laine, a aussi de nombreux usages. C'est avec ce tégument que Ton fabrique la plupart des peaux minces employées pour la confection des souliers et des gants. Préparée par d'autres procédés, elle prend, dans le commerce, le nom de chamois, parchemin^ vélin, etc. Enfin le lait et le fromage sont d'autres produits utiles que nous fournit ce précieux ruminant.

Le lait de Brebis, caractérisé surtout par sa qualité butyreuse, est employé directement comme nourriture dans beaucoup de contrées, mais il entre plus habituellement dans la fabrication des fromages. Les troupeaux ne reçoivent dans aucune partie de la France des soins aussi bien dirigés en vue de la production du lait et de sa transforpiation en fromage, que dans le département de l'Aveyron, et principalement dans la contrée dont le village de Roquefort est le centre. Aux environs de ce village on nourrit près de deux cent mille Brebis laitières. La base des fromages est ce lait caillé, dans lequel on a mêlé et pétri uro petite quantité de pain moisi réduit en poudre. Ces fromages subissent dans les caves de Roquefort une série d'opérations sur lesquelles nous ne saurions nous étendre ici, et qui leur donnent leur goût et leurs qualités spéciales.

Les produits essentiels que donne le Mouton , sous le rapport industriel et agricole, sont en résumé la laine et la viande. Pour

fournir ces deux produits, Tanimal doit présenter un type de belle conformation.

Nous examinerons avec soin les différentes races de Moutons; mais avant d'aborder cette question, nous dirons quelques mots de Torigine, de la structure, des qualités de la laine et de la récolte de la toison.

Les bulbes de la peau du Mouton sécrètent, à Tétat naturel, deux sortes de poils : l'un raide et droit, appelé jarre, est le plus abondant; l'autre onduleux ou frisé, nommé laine, est le plus rare. Dans l'état domestique, les proportions sont renversées : c'est la laine qui domine, et constitue la toison. La jarre^ ou poil raide, tend à diminuer de plus en plus, sous les efforts de la culture. La toison de laine résulte de l'assemblage de mèches, les mèches de l'assemblage de brins.

Le brin se compose de tubes emboîtés, qui ne sont visibles qu'au microscope. Il est d'un diamètre variable ; aussi divise-t-on les laines en extra-fines, fines, intermédiaires, communes et grossières. Le brin égal en diamètre dans toute son étendue est très-estimé; lorsqu'il est droit, la laine est lisse; quand le brin est flexueux, la laine est ondulée; lorsqu'il offre des flexions très-rapprochées, elle est frisée; lorsqu'il présente sur toute son étendue des plis alternatifs, à angles opposés, et plus ou moins aigus, elle est en zigzags: ce dernier caractère paraît appartenir exclusivement à la race mérinos. Du reste, ces flexions sont assez en rapport, en général, avec le degré de ûnesse.

On recherche dans une laine la souplesse, le moelleux, la douceur, qui signifient que le brin conserve les directions qui lui sont imprimées, qualités que ne présentent pas les laines dites raides, dures ou jarreuses. Quand elle jouit de ces propriétés, la laine est plus facile à travailler, à feutrer, et elle communique aux tissus fabriqués cette douceur au toucher et ce moelleux si estimés dans les étoffes. On recherche également V extensibilité et Vélasticité du brin, sans lesquelles les laines ne pourraient servir à la fabrication des étoffes foulées.

La plupart des propriétés que nous venons de signaler paraissent dues à la matière grasse qui pénètre plus ou moins le brin de laine. Cette matière grasse est très-complexe, et sa composition varie suivant les individus. Sécrétée par des follicules particuliers de la peau du Mouton, elle est plus ou moins fluide et onctueuse. On donne à cette graisse le nom de suint.

Quand le suint abonde à la surface da brin, il commaniqiie i la laine de la doaceur et de la souplesse. S'il est épais et fortement coloré, il donne aux laines un toucher rude et grossier et nécessite des procédés particuliers de dégraissage.

La laine est naturellement blanche, rousse ou noire. Les Moutons roux et noirs sont peu estimés, et éliminés des grands troupeaux.

Les meilleures laines de la toison se trouvent dans les parties latérales du corps depuis les épaules jusqu'à la croupe, et en bas jusqu'au niveau de la face inférieure du ventre, sur les épaules, les côtes et les flancs.

Sur la face inférieure du ventre, les mèches sont resserrées, feutrées et courtes, parce qu'elles sont souvent comprimées et humides lorsque Tanimal se couche. Chez les races les plus laineuses la toison est en ce point moins fournie, et chez d'autres races il n'y a que de la jarre.

Sur le dos, la croupe et le haut des cuisses, la régularité de la mèche et Tuniformité du brin diminuent. La laine, dans ces parties du corps, n*a ni le moelleux ni la souplesse de celle des côtes. La laine des parties inférieure et supérieure du cou se montre très-souvent molle et pendante, au lieu d'être courte et nerveuse, comme le reste de la toison. Elle est en général plus rude et plus dure, à ondulations larges, à mèches irrégulières, lâches et pendantes sur la tête, le front , le poitrail. Celle du garrot est presque toujours grossière. A Textrémité des membres elle n'est pas du tout estimée.

Arrivons aux diverses races de Moutons. Dans son ouvrage sur la Zootechnie, M. A. Sanson classe les races ovines en deux catégories : les races à laine longue^ c'est-à-dire droite ou seulement ondulée, et les races à laine courte, c'est-à-dire à laine frisée.

Dans les races à laine longue, la toison n'a qu'une valeur relativement assez faible, au point de vue industriel ; ces races sont surtout consacrées à la production de la viande. Nous citerons les principales de ces races.

La race de Leicester ou de Dishley (ûg. 09) donne une viande longue , peu ferme , souvent trop grasse et manquant de saveur.

La race Cotteswold {ùg. 100), actuellement très-répandue et trèsusuelle dans les Iles Britanniques, ressemble beaucoup à la race Leicester.

La race Ifew-Keutk (ûg. 101} fournit une viande estimée en Angleterre,

». Race Leiceiler.

La race Flamande donne beaucoup de suif, et une viande surchargée d'os et peu savoureuse.

La race Bretonne acquiert sur le littoral du Morbihan et du Fi-

nistère une valeur que lui donnent les qualités de sa chair. Elle fournit les petits Moutons dits de pré saté. Ces Moutons nesont

SS6 MAMMIFÊHES.

dans les landes l'objet d'aacun soin; ils mangent et se reproduisent comme il leur plaît et s'engraissent dans les prés salés du littoral.

La race Touareg (fig. Iû2j, qui est très-répandue en Algérie, est

celle des tribus indigènes, dont elle fait la fortune. Ces Moutons cherchent leur nourriture sur d'énormes étendues de terrain, et passent du désert dans le Tell, et du Tell dans le désert, suivant

Pig. l<n. Délior de la race Touareg.

la saison. Ils se reproduisent comme il pialt à Allah ; leur remai^ quable fécondité fait tout leur mérite.

Parmi tes races à laine courte, nous citerons d'abord la race de Southdown (6g. 103), qui habite les dunes de l'extrême sud des lies

Britanniques, dans le comté de Susseï, île long' du littoral de la Hanche.

Cette race est la plus remarquable de la Grande-Bretagne, et elle a déjà pris possession, en France, de vastes étendues de pays. La viande de ces Moutons est la plus recherchée en Angleterre. En prenant la moyenne de toutes les qualités spéciales sur lesquelles se fonde la boucherie de Paris pour classer les viandes, on a pu donner aux individus de la race Southdown élevés en France le chifTre 8, le maximum étant 10.

La race Mérinos tire son nom de son mode d'existence dans l'Espagne (merino, en espagnol, signifie errant). Elle fut amenée dans

Flg. li>3. Mouton «t Brebis de la race SoulbdoTrn.

ce pays par les Maures, puis introduite d'Espagne en France, à cause de la Qnesse et de la beauté de sa laine.

Les Mérinos d'Espagne vivent, pendant l'hiver, dans les riches vallées et les plaines fertiles de l'Estramadure, de l'Andalousie et de la Nouvelle-Castille, aux climats si doux. Ils vont passer l'été sur les hautes montagnes del'ancien royaume de Léon, de laVieille- Castille, de la Navarre et de l'Aragon, régions favorisées de l'Espagne par la fraîcheur de la température, et oii croissent des lierbages savoureux que ne dessèchent point les ardeurs du soleil. Les Mérinos se mettent en marche au commencement du mois d'avril. On les tond pendant le voyage. Les établissements consacrés en Espagne à cette opération sont si bien aménagés, que l'on

peut, en un seul jour, débarrasser de sa précieuse toison un troupeau de mille tëles. Ils arrivent à leur destination à la Bn de mai, ou au commencement de juin, y séjournent jusqu'au mois de septembre, et repartent alors, pour gagner leurs cantonnements d'hiver.

Animal cosmopolite, le Mérinos se rencontre sous les latitudes les plus éloignées : en Allemagne, en France, dans les colonies anglaises du cap de Bonne-Espérance et de l'Australie.

C'est de 1766 que date l'introduction définitive de cette race sur

le sol français. Daubenton fit venir d'Espagne un troupeau qu'il plaça dans son domaine de Montbard, entre Chàtillon-sur-Seioe et Semur (Côte-d'Or). Ce troupeau fut la souche de tous les Mérinos actuels de la Bourgogne. En 1785 Louis XVI fonda la célèbre bergerie de Rambouillet, d'où la race de Mérinos se répandit dans la France entière.

Placés dans des conditions de régime et de climatsdifférents.te» Mérinos ont subi des variations qui les ont fait distinguer sous les

noms de Mérinot de Rambouillet (Gg. 10^), de la Beauce, de la Brie, du Soistonnais, de la Champagne, de la Bourgogne, etc., et particulièrement les Mérinos de Mauchamp [fig. 1.05} on Soyeux.

La laine des Mérinos est variable par le degré de finesse du brin, mais elle donne seule la qualité extra- fine, car elle réunit au plus

haut point la douceur, le nerf et Télasticité. C'est la seule dent les'flexions du brin se muUiplient et se rapprochent assez pour former la laine'dite en zigzags. La toison recouvre entièrement la surface de la peau de l'unimal, souvent jusqu'aux onjles, et ne laisse libre que le bout du nez. Le Mérino; est, en revanche, un

médiocre Mouton de boucherie. Sa viande, surchargée d'os, a un goût de suint très-prononcé.

Les races du Berry et de la Sologne donnent une viande estimée pour la boucherie, mais leur toison ne produit qu'une laine commune.

La race du Poium foarnit aux marchés de Sceaux et de Poissy des Moutons gras en forte quantité; mats la viande est de qualité moyenne.

La race des Pyrénées est précieuse pour la production de la viande, qui est iine et d'une saveur agréable.

La race des Landes (fig. 106] a la toison noire, mais elle donne une viande estimée.

La race du Larzae [ûg. 107) passe les hivers sur les plateaux de la montagne du Larzae (Aveyron), et la bonne saison dans les plaines. De formes grêles et revêtue d'une toison peu abondante, cette race fournit un lait excellent, employé à la préparation de fromages, et une viande très-savourense.

La toison du Mouton est récoltée chaque année. Tantôt les toi-

sons sont livrées brutes ; tantôt on ne les vend qu'après un lavage qui précède la tonte.

Pour procéder à cette opération, qui s'exécute pendant les mois de mai et de juin, on fait baigner les Moutons, on frotte leur laine sous l'eau avec la main, pour la débarrasser du suint, puis on coupe la laine avec des ciseaux. Toutes les parties de la toison enlevées doivent se tenir agrégées ensemble, sans lacune, ni déchirure. Avant de la mettre en vente, on la plie, on la roule et oh l'attache solidement.

Le commerce des laines est très -important en France. On estime que les troupeaux français produisent ensemble quatre-vingt-

RUMINAitTS. 241

onze millions de kilogrammes de laines de jutni, se réduisant à trente-cinq millions de kilogrammes de laints lavées. L'exportation delà laine est presque nulle; nos usines achètent même trente-cinq à quarante millions de kilogrammes de laines étrangères.

Les étoffes françaises dites Mérinot ont une renommée bien méritée. Nulle part on ne peut en fabriquerqui présentent autant de brillant et de moelleux. C'est que nos laines sont d'excellente qualité et que nos fabricants ont une habileté consommée pour les mélanger en justes proportions avec les laines d'Australie.

Genre Bœuf. — Ce genre se distingue facilement des autres groupes de la dirision des ruminants à cornes creuses. Il se compose

d'animaux gros et lourds, dont les cornes, dirigées de côté, re^ viennent ensuite en haut et en avant, en forme de croissant. La tète se termine par un lai^e mufle. Leurs jambes sont fortes et robustes. La peau de leur cou, lâche et pendante, forme intérieurement un grand repli, appelé fanon.

On distinguedans le genre Bœuf huit espèces, qui sont:leBtsoîi, . le Bœuf musqué, le Buffle du Cap, VAurochs, le Yack, le Bœuf des jungles, le Buffle, le Bœuf commun.

Le Bisoniùg. 108) a les formes trapues, lacroupeetla tète basses et le garrot très-haut. Sa tète est courte, grosse ; ses cornes sont petites, latérales, séparées, noires et arrondies. Une laine crépue et épaisse, d'un brnn noir, qui en hiver devient très-longue, lui

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couvre la tète, le cou et les épaules. Le reste de son corps est, au contraire, garni d'un poil ras et noir. Sa queue est courte et terminée par un flocon de longs crins.

Cet animal, à Tair sombre et farouche, habite toutes les parties de rAmérique septentrionale, et notamment le Missouri et les montagnes Rocheuses. Au printemps, des troupes de vingt mille Bisons, marchant en bandes serrées, remontent du midi au nord de ces vastes contrées ; en automne, ils émigrent en masse du nord au midi. Ces cohortes farouches se débandent quand vient Tété. Les Bisons se séparent par couples, ou par petites troupes conduites par deux ou trois vieux mâles, et se retirent dans le fond des forêts marécageuses.

Les Bisons ne sont point féroces; ils n'attaquent point Thomme: seulement ils se défendent s'ils sont blessés. Us deviennent alors d'assez redoutables adversaires, car leur énorme tète, munie de cornes, et leurs pieds de devant, sont d'une puissance terrible D'ailleurs, dans leurs émigrations, qui s'effectuent par ban^s de plusieurs milliers, leur masse est si énorme et elle s'avance avec une telle monstrueuse unité, que tout est dévasté sur leur passage.

Le Bœuf musqué (fig. 109) est beaucoup moins grand que le Bœuf ordinaire; il a un peu l'aspect d'un énorme mouton. Son chanfrein est arqué, sa bouche petite. Son museau est entièrement garni de poils ; ses cornes, très-larges, et se touchant à leur base, s'appliquent ensuite sur les côtés de la tète, puis se relèvent brusquement en arrière. Son pelage abondant et long est d'un brun foncé. Il répand une forte odeur de musc dont sa chair reste imprégnée.

Cet animal, qui est à la fois bœuf, chèvre et mouton, habite l'Amérique, sous le cercle polaire. Il vit par troupes de quatre-vingts à cent individus, parmi lesquels il n'existe que deux ou trois mâles. Au mois d'août, ces derniers sont si jaloux qu'ils se battent entre eux jusqu'à la mort, et le vainqueur s'enfuit dans les bois avec ses conquêtes.

Malgré leur lourdeur apparente, les Bœufs musqués grimpent sur les rochers presque aussi bien que les chèvres, pour y paître les bourgeons des plantes. Leur chair exhale une odeur de musc, détestable pour ceux qui n'y sont pas accoutumés.

U Aurochs est, après l'éléphant, le rhinocéros et la girafe, le plus grand des mammifères terrestres. Il a jusqu'à six pieds de haut^

RUMINANTS. ikb

mesuré au garrot. Ses cornes sont grosses, rondes, latérales. La queue est très-longue. Le devant du corps, jusqu'aux épaules, est couvert de poils bruns, durs et grossiers ; le dessous de la gorge jusqu'au poitrail porte une longue barbe pendante ; le reste du corps est couvert de poils ras, courts, noirâtres.

G est VUrus des anciens. Il vivait jadis dans toutes les forêts marécageuses de TEurope tempérée. Du temps de César il se trouvait encore en Allemagne, mais en présence de Thomme et de ses conquêtes il est devenu de plus en plus rare. L'Aurochs n'existe plus aujourd'hui que dans deux provinces de Russie. La forêt de Bialowieza, dans le gouvernement de Grodno, est un des asiles de ces Bisons européens; l'autre province est l'Awhasie, qui dépend de la région du Caucase. Le district de Zaadan est le lieu où les Aurochs se montrent le plus souvent. Des ordres extrêmement sévères ont été donnés pour empêcher la destruction de ces animaux, et l'on ne peut en prendre un seul sans la permission de l'empereur de Russie.

Le Buffle du Cap se distingue de toutes les espèces propres à l'ancien monde, par ses grosses cornes, dont les bases aplaties couvrent, comme un casque, tout le sonunet de la tête, ne laissant entre elles qu'un espace triangulaire. Les cornes de ce ruminant africain sont noires ; son pelage est brun. Il habite, en troupes nombreuses, les forêts les plus épaisses de l'Afrique méridionale depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à la Guinée. Dans la plaine il est farouche, mais circonspect. II est redoutable et agressif quand on va le chasser dans les bois, qui forment son domaine. La chasse au Buffle est une des grandes occupations des indigènes du sud de l'Afrique, mais elle n'est pas sans quelques dangers pour eux. Souvent il arrive que les rôles sont intervertis et que c'est le troupeau de Buffles qui chasse les troupes de chasseurs africains (fig. 110).

Le Yacky ou Bœuf à queue de cheval, a sur la tête une grosse touffe de poils crépus et une sorte de crinière sur le cou ; le dessous du corps et la naissance des quatre jambes sont couverts de crins très-touSus, très*longs et tombants; sa queue, entièrement garnie, ressemble à celle d'un cheval ; sa voix est un grognement grave et monotone comme celui du cochon .

A l'état sauvage le Yack se trouve sur les confîns de la Tartarie chinoise. Il est, dans ces conditions, sauvage, irascible et dangereux. Mais quand il a été réduit en domesticité, c'est un

animal fort utile pour les habitants du Thibet et du nord de la Chine, dont il compose principalement le bétail. On se sert de son lait comme de celui de nos vaches. On a recours à sa force pour transporter les fardeaux, pour tirer les chariots et la charrue. Mais cet animal n'est soumis à Thomme qu'à contre-cœur. Son caractère est toujours inquiet, difGcile, et il manifeste sa mauvaise humeur par des accents qui ont Tharmonie de ceux du cochon. Sa chair est estimée; son poil sert à faire des éloiTes grossières.

La queue de ce ruminant a surtout une valeur commerciale. Attachée au bout d'une lance, elle est, chez les Musulmans, Tinsigne de la dignité de pacha, et plus cette dignité est élevée, plus celui qui en est revêtu a le droit de faire porter devant lui un nombre multiplié de ces queues. Les Chinois se parent de la queue du Yack, en la mettant à leurs bonnets après l'avoir fait teindre en rouge; on en fait aussi des chasse-mouches.

On a réussi à introduire des Yacks en Europe, et ils se sont reproduits en France. Les promeneurs du Jardin des Plantes de Paris les connaissent parfaitement. On espère tirer un grand parti de ces animaux, en France, à cause de leurs poils longs et soyeux.

Le Bœuf des jungles ressemble beaucoup à notre Bœuf; mais ses cornes sont aplaties d'avant en arrière et sont dirigées en dehors et en haut. Son pelage est constamment noirâtre, avec les quatre jambes blanches. On élève ces Bœufs en domesticité, dans les contrées montagneuses du nord-est de Tlnde.

Le Buffle commun paraît être originaire des parties chaudes et humides de l'Inde et des lies voisines, d'où il s'est répandu dans la Perse, l'Arabie, toute la partie orientale de l'Afrique, la Grèce et l'Italie. Il est à peu près de la taille du Bœuf. Son front, bombé, plus long que large, porte deux cornes noires, dirigées de côté, et marquées en avant d une arête longitudioale saillante. Son pelage est peu développé, excepté à la gorge et aux joues. Il n'a qu'un petit fanon. Il vit en troupes nombreuses, dans les prairies marécageuses et basses où il aime à se vautrer. Son caractère est farouche, indomptable. Pour tirer quelque service de ceux qui sont le mieux apprivoisés, on leur passQ dans les narines un anneau de ter, au moyen duquel on les dirige. Leur chair est médiocre, leur lait agréable. Dans quelques pays ils servent à labourer la terre et traîner des chariots. Le Buffle est em-

Fig. 110, Dutflsa pour

ployé dans la campagne de Rome aux travaux de lagriculture : voir le célèbre tableau de Léopold Robert : les Moissonneurs.

Leur peau est excellente pour faire des vêtements à l'épreuve des armes tranchantes, mais, comme elle s'imbibe d'eau trèsfacilement, elle est peu propre à faire des semelles. L'introduction du Buffle en Grèce et en Italie ne date que du moyen âge.

On doit regarder comme une simple variété de cetle espèce VAmi, dont les cornes sont très-grandes, longues de cinq pieds environ, ridées sur leur concavité et aplaties en avant. On le trouve principalement dans les hautes montagnes de l'Indoustan.

Nous passons a\i Bœuf proprement dit.

Le mâle et la femelle de cette espèce sont le Taureau et la Vache, Le Bœuf n'est qu'un Taureau auquel on a retranché les attributs de son sexe, pour le rendre plus docile, plus soumis et plus propre à l'engraissement. Le Taureau est donc exclusivement un étalon, un animal de reproduction. Son caractère ombrageux, farouche, parfois même violent, ne permet guère de l'employer, comme le Bœuf, aux travaux de l'agriculture; et d'un autre côté, sa chair, sèche et nerveuse, le place à un rang très-inférieur parmi les viandes de boucherie. Aussi ne garde-t-on de mâles entiers que le nombre strictement nécessaire pour maintenir l'espèce en étut de prospérité ; dès leur jeune âge, la plupart des Taureaux subissent l'opération qui les transforme en Bœufs, et acquièrent ainsi des aptitudes précieuses pour la satisfaction des besoins industriels, agricoles et alimentaires de Thomme. Les jeunes mâles sont appelés Veaux, les jeunes femelles Génisses.

Il existe aux embouchures du Rhône, depuis la ville d'Arles jusqu'à la Méditerranée, une vaste étendue de terrain maréca- . geux, entrecoupé de bois, et formé par les dépôts successifs du fleuve : c'est la Camargue. De grands troupeaux de Taureaux vivent à l'état presque entièrement sauvage dans ces plaines humides et ces bois solitaires. Les Taureaux de la Camargue, tous de couleur noire et de moyenne taille, portent de grandes cornes effilées. Leur naturel farouche, leur agilité et leur vigueur exceptionnelle les rendent très-dangereux et fort enclins à la lutte ; aussi les emploie- t-on aux combats de Taureaux, ou courses y pour lesquels les Provençaux et les habitants du bas Languedoc se montrent passionnés.

Les troupeaux de la Camargue sont surveillés par des pâtres, appelés gardians. Armés d'un trident, ils sont montés sur de petits

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chevaux assez vifs (chevaux Camargue), qui paissent, comme les Bœufs, en liberté dans le delta du Rhône. Sur la fin de leurs jours, on leur accorde quelque repos, dans une étable, pour les mener ensuite à la boucherie; mais leur viande est peu estimée.

Dans lAmérique méridionale, particulièrement dans les vastes pampas du bassin de la Plata, on trouve également d'immenses troupeaux de Bœufs sauvages, descendant des Bœufs domestiques que les Européens y avaient introduits à l'époque de la conquête. On tue d'innombrables quantités de ces Taureaux des Pampas, et Ton expédie leurs peaux tannées sur tous les marchés du monde, sous le nom de cuirs de Buenos-Ayrcs. Autrefois on se bornait à expédier en Europe les peaux de ces Ruminants; mais aujourd'hui on a appris à accommoder leur viande, pour l'expédier, sèche ou comprimée, à de grandes distances. On se sert encore de ces viandes pour préparer, d'après les indications d'un illustre chimiste, un {MToduit connu sous le nom A'exlrait de viande de Liebig, et qui sert à cQjifectionner extemporanément des bouillons. Ce produit nouveau est l'extrait concentré et sec du bouillon que l'on prépare dans les contrées de l'Amérique centrale avec la viande des Taureaux sauvages. L'Europe consomme aujourd'hui une quantité assez considérable de Vexlracium carnis, inventé par le chimiste de Berlin.

Malgré ces hécatombes périodiques, le nombre des Taureaux sauvages qui errent dans les parages américains ne diminue pas, parce que la reproduction annuelle compense la destruction qu'on en fait.

On a employé beaucoup d'encre et noirci beaucoup de papier pour résoudre la question de l'origine du Bœuf; mais on n'est pas plus avancé aujourd'hui qu'au début de la discussion, et l'on est forcé de s'en tenir à des conjectures* Le Bœuf domestique descendil de quelqu'une des espèces sauvages du genre, telles que le Buffle ou l'Aurochs? Cette dernière opinion, qui était celle de Buffon, est aujourd'hui abandonnée. Faut-il en chercher le type primitif en Europe ou dans l'Asie, qui fut le berceau de la civilisation? Ou bien encore les races bovines d'Orient et celles d'Occident n'ontelles pas respectivement une origine propre, et n'y aurait-il pas témérité à avancer que celles-ci dérivent de celles-là, lorsqu'une telle affirmation ne repose que sur des données très-vagues puisées aux sources d'une antiquité difficile à interroger?

Quoi qu'il en soit, les documents les plus anciens des temps

historiques nous montrent le Bœuf associé à Thomme, avec le chien, le cheval et le mouton. Transporté en Amérique, peu après la découverte de ce continent, le Bœuf est aujourd'hui répandu dans la terre entière, et forme Tun des éléments les plus importants de la richesse des peuples. Qui peut dire, en effet, où en serait réduite Tagriculture, si le Bœuf venait tout d'un coup à disparaître? Cet humble et patient animal est l'auxiliaire le plus utile du petit cultivateur, en même temps qu'il fait la force des grandes exploitations rurales. Il laboure, il traîne d'immenses chariots pesamment chargés ; il se prête à tous les travaux de la ferme, et après quinze ou seize ans d'une vie si bien remplie, il livre à la consommation, non-seulement sa chair, mais encore ses os, sa graisse, sa peau, ses cornes, ses sabots, son sang, tous produits qui alimentent une foule d'industries. En retour de tant de services libéralement rendus, que demande-t-il? Rien que des soins, de la propreté, une étable bien aérée, une nourriture saine et suffisante, dont l'exploitation elle-même fait tous les frais. N'est-ce pas là en vérité un animal sans prix?

Le Bœuf n'est ni aussi lourd ni aussi stupide qu'on le pense généralement. Il est, au contraire, doué d'une intelligence que, dans certains pays, Thomme a su développer et faire tourner à son profit. Les peuplades de l'Afrique australe confient à des Bœufs la garde de leurs troupeaux, fonctions dont les dociles Ruminants s'acquittent avec un zèle et une intelligence tout à fait dignes d'éloges. La prudence, le flair du péril sont aussi des qualités du Bœuf. S'il se trouve dans un mauvais pas, par sa faute ou celle de son conducteur, il a, pour s'en tirer, des ressources qui valent, sous tous les rapports, celles du cheval.

Le Bœuf domestique peut être envisagé sous quatre aspects divers, au point de vue des avantages qu'en retire la société : comme bête de somme, c'est-à-dire comme producteur de force mécanique appliquée à la culture du sol, — comme producteur de lait, — comme producteur de viande, — enfin comme producteur de matières fertilisantes. Cela posé, est-il possible de diriger l'éducation du Bœuf de telle façon qu'il donne le rendement maximum, selon ces quatre ordres de besoins à la fois? A cette question, tous les agronomes qui ont quelque expérience de Félève du bétail répondent négativement. Il ne se peut pas, disent-ils, que ces qualités si diverses, vigueur musculaire, abondance de lait,

ptitude à l'engraissement, richesse des produits fertilisants, soient

Tapanage d'un individu ou d'une race; elles s'excluent mutuellement, et Tune ne peut être favorisée qu'aux dépens de l'autre. Une bonne race pour le travail ne peut être en même temps une excellente race pour la boucherie. Si donc l'on veut développer une aptitude particulière, il faut renoncer à développerles autres. On pourra ainsi arriver à la perfection sur un point, tandis qu'en procédant différemment on n'aurait obtenu qu'un produit médiocre à tous égards. Tel est le principe qui doit guider Tagriculteur dans l'élève du bétail.

Quel est le produit le plus utile que nous donne le Bœuf? C'est évidemment sa chair. C'est donc de ce côté que doivent être dirigés tous les efforts; c'est là le but que doit poursuivre tout éleveur intelligent.

Le problème consiste à produire le plus vite et le plus économiquement possible un animal possédant au plus haut degré la quantité et la qualité de la chair. On doit s'attacher à développer davantage les parties qui fournissent les morceaux les plus estimés, et qui sont, pour la France, la croupe et la cuisse.

D'après cela, le type du Bœuf de boucherie est celui chez lequel la masse du corps est la plus forte, comparativement à celle des membres ; c'est celui chez lequel les parties postérieures sont amplifiées aux dépens de Tencolure, car lencolure fournit une viande médiocre, et on ne saurait trop s'attacher à en réduire les dimensions sur ranimai destiné à Tétai du boucher.

A quels signes peut-on reconnaître si un Bœuf se rapproche de ridéal de l'animal de boucherie ? A Tampleur de la poitrine et à la longueur du corps.

« Plus ranimai, dit M. Sanson,a le thorax profond, par rapport à sa taille; plus il est près de terrCy en termes vulgaires ; avec cela, plus il est long de corps et de croupe, et épais de partout, vulgairement bien roulé : plus il est dans les conditions pour donner la plus forte proportion de viande nette relativement à son poids absolu ou poids vif. »

Certains caractères accessoires, qui ont bien leur importance, sont également le partage du Bœuf type destiné à la boucherie. Il a les os minces, la tète fine, la peau souple, peu épaisse, dépourvue de fanon au cou et sous le sternum, le poil léger, duveteux, la physionomie calme, le regard tranquille et doux. On peut tenir pour certain que le Bœuf qui réunit ces conditions aux pré-

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