Applications de la Zootechnie, 1 vol. in- 18. Paria
cédentes, possède des «aptitudes spéciales pour un excellent engraissement. *
Après la viande, un des produits les plus précieux que . nous fournisse le Bœuf, ou plutôt la Vache, c*est le lait. Le lait est, en effet, une source considérable de profits pour les fermiers qui élèvent un nombreux bétail. On comprend donc combien il importe à l'acheteur de pouvoir distinguer, à priori, sur le marché, d'après certains signes extérieurs, les qualités lactifères d*une Vache, de pouvoir afûrmer^quand il s'agit même dune Génisse, si elle sera bonne ou mauvaise laitière. Ce fut donc avec autant de plaisir que de surprise, malgré quelques critiques de parti pris, qu'on accueillit, en 1847, la découverte d un cultivateur de la Gironde, François Guenon, qui prétendait déterminer sur le simple examen de ranimai, tout à la fois la quantité et la qualité du lait qu'une Vache est susceptible de fournir, ainsi que la durée de la lactation. Cette affirmation ne comportait-elle pas de Texagération de la part de l'inventeur de cette méthode? Les indices sur lesquels elle reposait présentaient-ils une valeur scientiGque? C'est ce qa'une commission nommée par le gouvernement national de 1848 fut chargée d'examiner.
Voici le point de départ de la méthode de Guenon. Marchand de Vaches, en même temps que cultivateur, et par conséquent à même d'observer de nombreux sujets. Guenon avait remarqué que, dans l'espèce bovine, les poils de la face postérieure des mamelles sont couchés de bas en haut, au lieu de l'être de haut en bas, comme sur le reste du corps; que, de plus, ces poils s'étendent plus ou moins sur la région du périné, de manière à former une figure, qu'il désigna sous le nom à^écusson, ou gravure. Par des observations multipliées, Guenon s'assura ensuite que l'aptitude laitière est en raison de l'étendue de cet écusson, et il divisa les Vaches en ordres et en classes, d'après la figure dudit écusson, se faisant fort d'évaluer rigoureusement, à cette seule inspection, les aptitudes de chacune d'elles. C'était exagérer la méthode et s'exposer à voir, dans certains cas, les prévisions nettement démenties. Cet échec ne manqua pas de se produire devant la commission chargée d'examiner le système de Guenon. On dut pourtant reconnaître que ce système repose sur une base certaine, à savoir : que plus l'écusson de l'animal est étendu en longueur ou en largeur, plus grande est son aptitude laitière. De là résulte la possibilité de reconnaître d'avance, d'une manière approxima-
tive, à la simple inspection de l'écusson^ la quantité du lait qu'on peut attendre d^une Vache*. En tenant compte de quelques autres indications, telles que celles fournies par le volume des mamelles, la grosseur, la consistance du pis , le développement des veines lactées, etc. , il est rare que l'observateur soit mis en défaut.
En ce qui concerne la qualité du lait, c'est-à-dire sa richesse en principe gras, Guenon a trouvé qu'elle est à son maximum chez les Vaches dont la peau des mamelles est jaunâtre, parsemée de taches noires ou rousses, garnie de poils fins, peu nombreux, et recouverte d'une substance onctueuse qui se détache par petites parcelles lorsqu'on gratte la surface avec Tongle. Ceci soit dit, bien entendu, pour toutes les formes possibles d'écussons. On a reconnu toute la justesse de cette dernière remarque.
Chez les Taureaux comme chez les Vaches, Técusson existe, mais beaucoup moins étendu et moins varié de formes. Là encore il doit être pris en sérieuse considération, comme caractéristique de Taptitude à procréer des Vaches laitières.
Chez les jeunes individus des deux sexes, il est plus malaisé de l'apercevoir, tant à cause de son exiguïté que parce que les bords en sont souvent cachés sous les poils touffus qui couvrent la région postérieure. Néanmoins, avec un peu d^attention, on peut 1 y découvrir, avec les formes précises qu'il affectera plus tard, et dès lors le classement se fait sans difficulté. Il est mieux dessiné sur les véUs (jeunes femelles) que sur les Veaux; mais ce n'est qu'après la deuxième ou troisième portée qu'il atteint ses limites définitives et se distingue clairement.
Les Vaches ne donnent pas à toutes les époques de leur vie la même quantité de lait. C'est quand elles ont nourri plusieurs Veaux, quand elles ont été traites régulièrement et pendant longtemps, qu'elles en fournissent le plus.
Il y a dans toutes les races de bonnes et de mauvaises laitières; cependant la proportion des unes et des autres présente une certaine fixité, qui permet de reconnaître à certaines races une supériorité laitière incontestable. Le climat et la nature du pâturage ont une grande influence sur les qualités lactifères des races. On peut dire, d'une manière générale, qu'en France les meilleures Vaches laitières sont celles qui habitent les pays doux et humides,
1. Consulter l'ouvrage de Guenon, Choix de Vaches laitières, publié à Paris, en 1847, et accompagné de figures justificatives de ce système.
par conséquent les côtes du nord et de l'ouest. Les plus réputées des Vaches laitières sont celles de Hollande, de Flandre, de Normandie, de Bretagne. On trouve parmi les individus appartenant à ces races des Vaches qui donnent de vingt-cinq à trente-cinq litres de lait par jour.
Parmi les races étrangères, il faut citer celles des îles de la Manche, connues sous les noms de races i'Alderney et de Jersey, la race A'Ayr ^Ecosse), la race de Schwitz ou racesuisse, et la race du Jura, qui appartient autant à la Fran:e qu'à ta Suisse, puisqu'elle comprend tout le bétail répandu sur les deux versants de cette chaîne de montagnes. C'est cette dernière qui alimente les fromageries sociétaires établies dans les départements du Doubs, du
Jura et de l'Ain. On la divise quelquefois en races comtoise, fénietine (vallée de la Saône) et bressane. Nous représentons ici deux races françaises : les races normande et bretonne (fïg. 113 et lia).
Passons aux races, tant françaises qu'étrangères, qui ont le plus de réputation pour le travail et pour la boucherie, tout en faisant remarquer qu'on les emploie généralement à atteindre les deux buts à la fois.
Pour les Bœufs de travail, la France a une supériorité incontestable, à ce point même que nos races sont à peu près les seules à citer sous ce rapport. Ce sont la race vendéenne, la race auvergnate. la race garonnaise (fig. 115), la race gasconne, la race béarnaise (fig. 116), la race bazadaise {fig. 117) (environs de Bazas], la race
camargoite, les races du Maine et du Mormn, qui malheureusement disparaissent, enfin la race algérienne.
L'Angleterre prime, au contraire, toutes les autres nations pour le Bœuf de boucherie, ce qui devait être, vu le culte de tout bon
Anglais pour le rosbif. La plus célèbre des races britanniques est celle de Durham, ou race à courtes cornes; introduite sur le continent, elle a donné, par des croisements intelligents, de magniQques résultats. C'est la plus précoce de toutes les races bovines :
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la plupart des individus qui en font partie sont adultes dès l'âge de trois ans, tandis que le Bœuf, dans ses conditions naturelles de développement, n'est complètement formé qu'à l'âge de six ans
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Viennent ensuite les races de Jlereford, de Devon, de Dishky, i'Angus (Ecosse), ou raie sans cornet, de West-HigfUand ou des hautes terres d'Ecosse; puis, sur le continent, la race ^/iproiV (fig. 118), remarquable par ses cornes allongées, qui est propre
au bassin de la mer Noire, et la race charolaise ((îg. 119), qui, circonscrite d'abord aux environs de Charolles [Saône-et-Loire), s'est peu à peu étendue dans tout le bassin de la Loire, et tend à se substituer partout aux races du^Maine et du Morvan
Quelques-unes de ces races sont représentées dans les figures que le lecteur a sous les yeux.
Tribu dts Ruminanis à cornes caduques. — Le caractère disUnctif des animaux de ce groupe réside dans la contexture, la forme et le mode de croissance de lenrs protubérances frontales. Ces pièces,
qu'on nomme bois, et non plus cornes, sont osseuses, massives, plus ou moins ramifiées, et dépourvues de cette enveloppe cornée qui existe chez tous les Ruminants à cornes creuses. Les bois
tombent et se renouvellent périodiquement chaque année, au delà d'un certain &ge ; de là le nom de Ruminants à cornes cadugues. Chez l'individu adulte, le bois se compose d'une tige cylindrique
Fig. ItS. Tauraau cbarolaïa.
ou aplatie, suivant les genres, qu'on nomme ^ercht ou menàin, sur laquelle s'embranchent, de distance en distance, des tiges plus minces et plus courtes, appelées cors ou andouillers. La base du
merrain est entourée d'un cercle de petites excroissances osseuses, qui livrent passage aux vaisseaux sanguins chargés de pourvoir à l'accroissement du bois; c'est ce que Ton nomme la meuU ou cercle de pierrures.
Quelles sont les phases diverses du développement du bois? On voit d'abord paraître sur le front du jeune animal deux petites élévations, ou pivots^ au-dessus de chacune desquelles se montre bientôt un prolongement cartilagineux, qui ne tarde pas à s'ossi-* fier. Jusqu'à consistance parfaite, ces deux premiers jets sont protégés contre les frottements extérieurs par une peau veloutée, qui sert de véhicule à la matière calcaire, et qui se dessèche dès que rossiûcation est terminée. La béte s'en débarrasse en frottant sa tète contre les arbres. Les bois qui ornent son chef prennent alors le nom de dagues. Au commencement de la troisième année, les dagues tombent; mais quelque temps après elles sont remplacées par d'autres plus longues, qui poussent un premier andouiller : dès ce moment, elles sont qualifiées du nom de bois.
Tous les ans, à une certaine époque, immédiatement après le rapprochement des sexes, les bois tombent, et acquièrent, en repoussant, un andouiller de plus, jusqu'à ce que soit atteinte la limite propre à chaque espèce.
C'est un phénomène assez curieux que la chute et la renaissance périodiques de ces ramifications osseuses, quelquefois fort développées. Il semble que plusieurs années devraient se succéder pour amener des bois de pareilles dimensions ; pourtant ils repoussent tout entiers dans l'espace de quelques semaines. L'explication de ce fait est assez simple. La peau qui recouvre, à l'origine, le bois de l'animal, est parcourue par un grand nombre de vaisseaux sanguins, qui apportent le phosphate de chaux nécessaire à la solidification de la partie osseuse. Jusqu'à ce que le bois ait acquis tout l'accroissement auquel il peut atteindre chaque année, cette peau continue à recevoir l'afflux sanguin ; elle vit et persiste. Mais dès que l'accroissement est complet et l'ossification terminée, les pierrures augmentent en nombre et en grosseur, étranglent les vaisseaux et arrètQnt le fluide qui l'alimente. Alors elle se flétrit et se détache du bois, qui ainsi mis à nu, et ne recevant plus de nourriture, dépérit lui-même peu à peu, se carie, comme on dit, et tombe, au bout de quelques mois, pour reparaître à la saison prochaine.
Les bois sont l'attribut exclusif des mâles, chez tous les Rumi-
nanls à cornes caduques, excepté chez le renne. On ne peut mettre en doute qu'il existe une relation entre les oi^anes générateurs et ces ornements ; car ils tombent à la suite de la faiblesse qui résulte, pour les mâles, du rapprochement des sexes, et l'on peut prolonger leur durée au moyen de la castration. Il est probable que les fonctions particulières dévolues aux femelles, gestation, parturition, allaitement, détournent les fluides nourriciers de la tête, pour les concentrer vers d'autres organes, et que telle est la circonstance physiologique qui les prive de bois. Ce qui rend cette hypothèse vraisemblable, c'est qu'on voit souvent se produire des bois chez des femelles infécondes.
Presque tous les membres de cette famille sont remarquables par l'élégance de leurs formes, la noblesse de leurs attitudes, la grâce et la vivacité de leurs mouvements, la finesse de leurs membres et la rapidité soutenue de leur course. Ils ont la queue très-courte, les oreilles médiocres et pointues. Leurs narines sont ordinairement percées dans un mufle ; leur regard est clair et rempli de douceur. Chez la plupart des espèces, il existe au-dessous de l'angle interne de Tœil une petite fossette, nommée larmier, qui n'est autre chose qu'une sorte de glande sécrétant une humeur plus ou moins abondante. Cette glande n apas pour fonction, comme on pourrait le croire d'après son nom, de produire des larmes.
Le pelage des Ruminants à cornes caduques est en général de couleur fauve ou brune. Il se compose de poils ras, serrés et cassants qui prennent une nature laineuse dans les régions inclémentes de l'extrême nord, surtout en liiven
Ces Ruminants vivent par petits groupes ou par troupes dans les forêts, soit en plaine, soit sur la montagne, se nourrissant de feuilles, de bourgeons, d'herbe, de mousse, de l'écorce des arbres, etc. Ils sont répandus sur tbute la surface du globe, depuis les contrées les plus froides jusqu'aux plus chaudes. Le renne et lélan sont particuliers aux régions boréales des deux continents; les nombreuses espèces de cerfs sont, au contraire, réparties dans les pays tempérés ou brûlants. ^
La famille des Ruminants à cornes caduques comprend les trois genres Renne, Élan et Cerf, diflérenciés par la forme et l'étendue des bois.
(terne Renne, — Les bois du Renne oflrent une disposition trèscaractéristique, qui permet de reconnaître l'animal sans difficulté.
La tige principale, cylindrique et fort courte, donne naissance à deux branches considérables, de forme aplatie, dont Tune, la plus longue, monte en se contournant vers le ciel, et se termine par un nombre indéterminé de rameaux ; tandis que Tautre, se dirigeant horizontalement au-dessus du museau, est plus sobre de rejetons à son extrémité. Il ne s'agit ici, bien entendu, que d*une conformation générale de ces bois, d^une figure typique en quelque sorte, qui peut varier à Tinfini, sans que les formes principales cessent d'exister.
Nous avons déjà dit que le bois n'appartient pas exclusivement au mâle du Renne; la femelle le porte aussi, mais moins amplifié. le bois atteint quelquefois chez le mâle des dimensions vraiment extraordinaires : on a mesuré des bois de Renne de près de quatre pieds de long. Cet ornement naturel se refait entièrement en huit mois ; cinq mois suffisent chez les femelles. Les mâles et les femelles stériles le perdent dans le courant d'octobre ; les femelles fécondées, au contraire, ne s'en dépouillent qu'au moment de la mise bas, c'est-à-dire au mois de mai.
Le Renne (fig. 120) est à peu près de la taille du cerf d'Europe ; mais ses formes sont plus trapues. Sa tête est large et ressemble un peu à celle du bœuf; on n'y voit pas de mufle, et les narines sont percées au milieu des poils. Les jambes, assez fines, quoique moins grêles que celles du cerf, se terminent par des pieds robustes, partout recouverts de poils raides, même en dessous, circonstance qui facilite singulièrement la marche de l'animal sur la glace et la neige durcie. Son pelage est grossier, d'un brun grisâtre, et pend quelque peu sous la gorge ; l'hiver il devient laineux et blanchit souvent. Une précaution de la nature qu'on ne saurait trop admirer, est celle qui est destinée à protéger l'œil du Renne contre l'éclat fatigant de la neige : une troisième paupière clignotante peut recouvrir, à la volonté de l'animal, le globe oculaire tout entier.
Le Renne habite les solitudes glacées du pôle arctique et les contrées les plus septentrionales où l'homme se soit fixé. On le trouve au Spitzberg, au Groenland, dans la Laponie, la Finlande et tout le nord delà Russie, dans la Sibérie, la Tartarie, enfin au Canada et dans toutes les îles voisines, où il est extrêmement commun. En Russie , il descend quelquefois jusqu'au pied du
Caucase.
Le Renne est un animal précieux pour les populations déshé-
ritées qui sont répandues le long du cercle polaire. Sans lui, Texistence ne serait pas possible dans ces rudes climats. On ne saurait se faire une idée exacte des services qu'il rend à certains peuples septentrionaux, aux Lapons principalement. Pour le Lapon, le Renne est à la fois un cheval, un bœuf et une brebis. En effet, réduit en domesticité, il s'attelle comme le cheval, et emporte avec rapidité des traîneaux et des voitures ; sa vitesse est même beaucoup plus considérable que celle du cheval, quoiqu'il coure sur la neige et sur la glace. Sur un terrain uni, il peut parcourir sept à huit lieues à l'heure; mais son allure ordinaire est de quatre à cinq lieues. On voit dans le palais du roi de Suède l'image d'un Renne qui conduisit un officier, chargé de dépèches pressées, à la distance de trois cent vingt lieues en quarante-huit heures y ce qui représente une vitesse constante de six lieues et demie à l'heure. L'animal tomba mort à son arrivée.
Le harnachement du Renne et la manière de le conduire sont des plus simples. On lui attache un collier de peau, d'où l'on fait descendre un trait, qui, passant sous le ventre, va s'attacher à un trou pratiqué sur le devant du traîneau. Les rênes du traîneau consistent en une simple corde, fixée à la racine des bois de l'animal, et que le conducteur lui laisse tomber sur le dos, à droite ou à gauche, suivant qu'il veut le diriger de tel ou tel côté. Le véhicule étant très-léger, on voyage rapidement dans cet équipage, mais non sans courir quelquefois le risque de se casser le cou ; car il faut une grande habitude de ce genre de locomotion pour ne pas verser dans les endroits quelque peu difficiles. Le Lapon est passé maître dans cet art.
Nous n'avons pas encore signalé la qualité vraiment essentielle de ce ruminant des contrées arctiques. Sa femelle donne un lait supérieur à celui de la vache, et d'où l'on retire du beurre et un fromage de fort bon goût. Sa chair, qui est excellente, constitue une précieuse ressource alimentaire, presque la seule dans les régions polaires. Son poil fournit une fourrure épaisse et chaude, et sa peau se transfprme en un cuir souple et fort, qui sert à confectionner de solides chaussures. Avec les poils raides de ses pieds, on garnit la semelle des souliers, afin de les empêcher de glisser. Les longs poils de son cou sont utilisés pour la couture, tandis que ses tendons procurent un fil résistant. Avec les vieux bois du Renne, on fabrique divers ustensiles, tels que cuillers, manches de couteaux, etc.; et quand ils sont plus jeunes, on en extrait de
la gélatine, en les faisant bouillir dans Teau. Les excréments du même animal étant desséchés forment des espèces de mottes pro* près au chauffage. Certaines peuplades tirent même parti des lichens ramollis que contient son estomac. Les Esquimaux et les Groenlandais ajoutent à ces lichens de la viande hachée, du sang et de la graisse; ils fument ce mélange, dont ils font leurs délices. Les Tongouses, ou habitants nomades de la Sibérie, les additionnent de baies sauvages, et en font des espèces de galettes dont ils sont friands.
Docile et doux, le Renne est devenu le compagnon indispensable des peuples du nord. Le plus misérable Lapon possède au moins quelques paires de Rennes ; les plus riches ont d'immenses troupeaux de quatre à cinq cents tètes, quelquefois de plusieurs mille. Pendant le jour, on les mène paître ; la nuit, on les enferme dans des étables,. ou bien on les laisse dehors, dans des enclos qui les mettent à Tabri de Fattaque des animaux sauvages. Ces troupeaux demandent une grande surveillance, le Renne étant assez enclin à retourner à la vie sauvage lorsqu'on lui en laisse la liberté. Tous les individus qui les composent sont marqués au chiffre du propriétaire, de manière qu'on puisse les reconnaître lorsqu'ils s'égarent dans les bois, ou lorsque les troupeaux se confondent.
Le sentiment sociable pousse les Rennes sauvages à se réunir par grandes troupes, qui changent de climat suivant les saisons. £n hiver, ils descendent dans les plaines ou les vallées ; ils se rapprochent des bords de la mer et se nourrissent de lichens qu'ils savent parfaitement trouver sous la neige, en la fouillant de leurs pieds et de leurs bois. Pendant l'été, ils escaladent les montagnes, pour aller ronger les bourgeons et les feuilles des arbres. Ils sont aussi stimulés à ces migrations par le désir de se soustraire aux piqûres des taons et de œstres, qui les font beaucoup souffrir. Ces derniers insectes choisissent l'instant de la mue pour déposer leurs œufs à la surface de la peau du quadrupède ; après leur naissance, les larves, pénétrant assez profondément sous répiderme, lui causent des douleurs cruelles.
Dans .tous les pays où ils existent, on fait une guerre active aux Rennes sauvages. On choisit, pour les chasser, les époques de leurs voyages, c'est-à-dire le printemps et l'automne. Us s'offrent alors en masse aux coups de ceux qui les guettent, et l'on peut en faire un véritable massacre. Comme ils ont toujours une ou
plusieurs rivières à traverser, c'est là qu'on les attend, en ayant soin de se dissimuler à leurs regards. Dès qu'ils sont à l'eau, on s'élance à leur poursuite en bateau ; et bien que le Renne nage avec une aisance extrême, on en tue un nombre considérable. La chasse d'automne est plus fructueuse que celle du printemps : d'abord parce que ces animaux sont beaucoup plus gras à la fin de l'été qu'après l'hiver ; ensuite parce que les cours d'eau, alors complètement dégelés, assurent mieux leur capture en leur rendant la fuite plus difficile.
L'extrême froid est nécessaire à l'existence du Renne. Transporté dans des contrées chaudes ou- seulement tempérées, il y périt, et il ne s'y reproduit pas. Depuis la fin du dernier siècle, la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris en a possédé un certain nombre.
Genre Élan. — Comme le Renne, l'Élan est caractérisé par la forme particulière de ses bois. On n'y voit point d'andouillers à la base ni au milieu; dès l'origine, ils s'épanouissent en une large surface, qui se termine par une série de découpures assez profondes. Ces bois sont d'un tissu très-compacte et par conséquent très-lourds; leur poids atteint, chez les adultes, jusqu'à vingtcinq kilogrammes. Pour supporter une pareille masse, il fallait un cou fort et trapu; aussi est-on frappé, lorsqu'on examine l'Élan, de la brièveté et de l'épaisseur de cette partie de son corps- C'est le plus grand des animaux de la famille des Ruminants à cornes caduques : sa taille n'est pas inférieure à celle du cheval. Malheureusement il est disgracieux dans ses formes, et manque d'agilité. Le train de devant est plus élevé que celui de derrière. Sa tète, volumineuse, se termine par un museau renflé, où il n'existe pas de mufle, et dans lequel sont percées de larges narines. Sa lèvre supérieure, longue et mobile, constitue un instrument très-délicat de tact et de préhension. Cette particularité d'organisation avait donné lieu dans l'antiquité à cette croyance, que l'Élan ne pouvait brouter qu'à reculons. Sa fourrure, composée de poils grossiers, rudes et cassants, forme une petite crinière sur la nuque et le long de l'épine dorsale. Sous la gorge, de longs poils noirs simulent une espèce de barbe qui recouvre, chez le mâle, une forte proéminence. La couleur générale du pelage est un brun plus ou moins foncé, suivant la saison.
L'Élan (fig. 121) habite; comme le renne, les parties septentrionales des deux continents; mais il s'élève moins haut et descend
plus bas : on ne le trouve pas au delà du cercle polaire. En Europe, il est répandu dans une partie de la Scandinavie, de la Prusse, de la Pologne et de la Russie. 11 vivait autrefois dans toute l'Allemagne, et Jules César en a parlé comme existant dans cette immense forêt Hercynienne dont on ne connaissait pas les limites. La Sibérie, la Tartarie et le nord de l'Empire chinois sont les contrées de l'Asie où on le rencontre; enQn, en Amérique, il habite le Canada et les régions voisines des États-Unis. Cet animal nage avec facilité et aime beaucoup l'eau; aussi se
Fig. III. Élan.
tient-il ordinairement, excepté à l'époque des inondations, dans les forêts humides et les lieux marécageux. Durant l'été, il se plonge tout entier, sauf la tète, dans l'élcment liquide, et se préserve ainsi des piqûres des taons. Il n'en sort presque pas et pourvoit à sa subsistance en tondant tes herbes qui sont au fond de l'eau, n pait difScilement à terre, à cause de la brièveté de son cou ; pour y arriver, il est obligé de se mettre à genoux, ou d'écarter ses jambes de devant. C'est pour cela qu'il préfère les jeunes pousses, les bourgeons et les écorces des arbres. Il fournît ainsi
aux chasseurs un indice certain de sa présence : la nudité des ar bres révèle son passage.
L'Élan vit par petites familles, composées d*un mâle, de plusieurs femelles et des jeunes de Tannée. Les femelles mettent bas, la première fais un seul petit, et toujours deux ensuite; elles surveillent leur progéniture et la protègent contre les attaques de leurs ennemis.
Ce ruminant a Touïe et Todorat très-dé veloppés, ce qui luipermet d'esquiver à temps toutes les poursuites. Il trotte assez rapidement, même parmi les neiges épaisses qui couvrent la terre pendant Thiver, et fait entendre alors le même bruit que le renne. Il fuit rtiomme, et recule devant la civilisation. Lorsqu'il est forcé et ne voit d'autre issue que la mort à une position désespérée, il se défend vigoureusement. Il ne fait pas bon l'approcher dans ce moment critique, car d'un coup de pied bien appliqué il peut briser l'imprudent agresseur.
Dans l'ancien monde comme dans le nouveau, l'Élan est l'objet d'une guerre sans trêve. On le poursuit, comme le cerf, avec une meute et un grand nombre de chasseurs. Quelquefois, de sauvages Indiens luttent avec lui de vitesse sur la neige; ils sont chaussés de raquettes^ espèces de patins en bois qui les maintiennent sur ce sol glissant, tandis que Tanimal s'y enfonce jusqu'au poitrail; après une course plus ou moins longue, ils l'atteignent et le percent d'une arme formée d'un os très-pointu, emmanché au bout d'un bâton. Ou bien ils l'attirent en imitant son cri, et lui décochent leurs flèches presque à bout portant, en ayant soin de viser la tête, parce qu'ils connaissent la dureté de sa peau et la résistance qu'elle opposerait à leurs traits.
Parmi les carnassiers, les ennemis de l'Élan sont les mêmes que ceux du renne : les ours, les loups et les gloutons.
L'Élan est d'un naturel très- doux; il s'apprivoise avec facilité et aussi complètement que possible. Il connaît la personne qui Ta élevé, la suit comme un chien, et manifeste sa joie lorsqu'il la revoit après une longue séparation. Il s'attelle aussi bien que le renne, et court avec une certaine vitesse. On l'employait même à cet usage en Suède, il y a deux ou trois siècles ; mais cette coutume s'est perdue. Sa chair est de bon goût et fort nourrissante ; sa peau, sa fourrure, son bois reçoivent des destinations fort utiles. On ne comprend donc pas qu'on n'ait fait encore presque aucune tentative pour domestiquer un animal aussi précieux.
dans les climats où il peut vivre, et pour le soustraire ainsi à la ^ destruction qui menace de le faire disparaître dans un temps plus ou moins éloigné.
Genre Cerf. — Le genre Cerf comprend un assez grand nombre d'espèces, répandues dans les régions chaudes et tempérées des deux continents.
Remarquables par leur grâce, leur élégance, leur légèreté, elles ont pour caractère commun d'être pourvues d'un mufle véritable, ou espace nu, dans lequel sont pratiquées les narines. Ces espèces diffèrent entre elles par la forme de leurs bois et la coloration de leur pelage, lequel est tantôt d'une nuance fauve, uniforme à tous les âges, tantôt semé de taches blanches dans la jeunesse, tantôt enfin moucheté pendant toute la durée de la vie. Les principales sont le Cerf commun, le grand Cerf du Canada ou Wapitiy le Cerf de Virginie^ le Cerf axiSy le Cerf cochon^ le Daim et le Chevreuil.
Le Cerf commun est un des plus beaux animaux de l'Europe. Il fait l'ornement de nos forêts, dont il est, pour ainsi dire, la personnification vivante, grâce aux bois majestueux qui décorent sa tète. Il est â peu près de la taille du cheval. Son pelage, qui varie avec la saison, passe du brun fauve en été à une nuance grisâtre en hiver. D'un naturel doux et craintif, il redoute la présence de l'homme, et s'enfuit à la moindre alerte. Au contraire, lorsqu'il n'est pas inquiété, il témoigne, par ses allures, d'une assez grande paresse, qui contraste avec son extraordinaire agilité. Arrivé à un certain âge, en pleine possession de sa force, il aime la solitude; il se retranche tout l'été dans un taillis, et n'en sort guère que la nuit, pour cher cher sa nourriture. Il s'enfonce dans les plus épais fourrés, pour se reposer et digérer en paix. A la fin de l'automne, il se rapproche des plaines, pénètre dans les jardins mal clos, et, voleur nocturne, vient se rassasier des fruits tombés des arbres. Si la moisson est maigre, il l'augmente en se dressant le long du tronc, et se servant de sa ramure comme d'une gaule pour faire tomber les fruits â demi mûrs.
Ses aliments ordinaires sont les herbes, les feuilles, les fruits, les bourgeons. Rien de tout cela n'existe pendant l'hiver; le Cerf se rejette alors sur les mousses, les bruyères, les lichens. Quand la neige recouvre la terre, il s'attaque bravement aux écorces des arbres.
A cette époque les Cerfs se rassemblent en troupes nombreu-
ses, sous les hautes futaies, dans les lieux abrités de la bise, et se serrent les uns contre les autres pour se réchauffer.
Vers les premiers jours de septembre, un grand changement s'opère dans le caractère et la manière d'être du Cerf : c'est le moment des amours. Il parcourt le bois en poussant des beuglements sonores : on dit alors qu'il brame. Exalté, presque furieux, il court çà et là, d'un air égaré, grattant fiévreusement le sol du pied, donnant de la tète contre les buissons et saccageant les branchages. Il semble avoir perdu le sentiment du danger, car, contre son habitude, dès qu'un objet lui paraît suspect, il y pousse droit, pour le reconnaître. Enfin il rassemble plusieurs femelles, et se forme un sérail, dont il prétend avoir Tusage exclusif. Il surveille ses biches avec une jalousie inquiète. S'il survient un rival, un combat à outrance ne tarde pas à s'engager. Les deux adversaires s^élancent impétueusement l'un contre l'autre, cherchant à se percer mutuellement de leurs bois aigus, et parant les coups avec leur tète. Quelquefois leurs bois s'enchevêtrent de telle façon qu'ils ne peuvent plus se séparer. Indissolublement rivés l'un à l'autre, les deux combattants s'efforcent en vain de se dégager, et quelques-uns de ces couples ennemis, ainsi étroitement enchevêtrés, périssent misérablement d'inanition, au bout de quelques jours. Quand le duel s'est terminé par la fuite de l'un des champions, le vainqueur reste maître des biches, jusqu'à ce qu'un autre compétiteur le chasse à son tour et s'empare de son privilège.
Après deux ou trois semaines de cette vie d'excitations et de fatigues, encore aggravée par la rareté de nourriture et la privation de sommeil, le Cerf est exténué ; son état de maigreur fait peine à voir. Il se retire alors à l'écart, et s'occupe de réparer ses forces épuisées. Mais la saison est avancée, et ce n'est qu'au printemps qu'il peut viander, c'est-à-dire reprendre de l'embonpoint.
La biche porte huit mois. En mai, elle dépose dans un fourré un seul petit, rarement deux, dont le corps est moucheté de blanc, sur un fond fauve. A six mois, le faon change de nom : il s'appelle hère. C'est alors qu'il perd la livrée et qu'apparaissent les rudiments des bois. Vers un an, les dagues étant poussées, le hère devient daguet. Au commencement de la troisième année surgit la seconde tite : c'est ainsi qu'on désigne la ramure en termes de vénerie. La véritable tête est appelée massacre. Chaque année le Cerf fait une nouvelle tête; on indique son âge précisément par
le nombre de tètes qu'il a faites. A six ans, c'est-à-dire à sa cinquième tète, on le nomme dix-cors jeunement ; les années suivantes, et jusqu'à la fin de sa vie, c'est un dix-cors.
Les bois du Cerf sont cylindriques; les andouillers y sont assez régulièrement distribués à droite et à gauche, et en plus ou moins grand nombre, suivant Fàge de l'animal. D'ailleurs, à âge égal, le nombre des andouillers varie chez les Cerfs sous l'influence de circonstances diverses.
Lorsque le Cerf a fourni une carrière de dix ans ou environ, le merrain s'aplatit et s'élargit à son extrémité, qui reçoit le nom à^empaumure; puis il envoie des prolongements en forme de doigts, qui ne sont autre chose que les andouillers supérieurs nommés ipois. On compte deux, trois, quatre ou cinq épois. Dans ce dernier cas, on dit que la béte est paumée. Lorsqu'ils sont disposés circulairement, le Cerf porte chandelier. Seuls, les Cerfs avancés en ftge portent chandelier.
Le regard du Cerf est doux. Sa vue est mauvaise, mais son ouïe est excellente et son odorat très-subtil. Les blessures qu'il fait avec ses bois sont dangereuses.
La chasse du Cerf est, comme on sait, le type des chasses à courre. Elle est considérée, depuis des siècles, comme le plus noble des exercices ; et de fait, comme elle entraîne à d'énormes dépenses, elle a toujours été le privilège de la grande noblesse. Cette chasse très-difficile est tout un art qui a son vocabulaire spécial. Elle exige un grand concours de chiens, de valets, de piqueurs et d'hommes à cheval. Elle est dirigée par un veneur^ qui doit avoir la connaissance la plus parfaite et la plus détaillée des mœurs du Cerf; une pareille habileté ne is' acquiert qu'après une pratique constante de plusieurs années. Le veneur interroge les fumées ou excréments de l'animal; il constate leur forme, leur consistance et leur odeur ; il examine les empreintes qu'ont laissées ses pieds sur le sol, les traces des bois sur les arbres et le taillis ; il scrute sa reposée^ c'est-à-dire l'endroit où il s'est couché, sur le ventre; il fait une foule d'autres observations, dont l'énumération serait inutile, et avec tous ces éléments il reconnaît la bète aussi exactement que s'il l'avait vue. U est capable de dire s'il a détourné un faon^ un daguet, un jeune cerfj un dix-cors jeunement^ un dxx^ors^ ou tout simplement une biche.
L'animal étant reconnu et toute la chasse réunie, on découple quelques vieux chiens sur la voie, pour mettre le Cerf sur pied.
Il ne tarde pas en effet à bondir et à prendre la fuite : alors la poursuite commence. Notre Cerf, confiant dans la vigueur de ses jarrets, court d*abord avec assurance, la tête relevée ; maïs, au bout de quelque temps, il sent ses forces fléchir et essaye de ruser. Il passe et repasse sur sa voie, pour mettre les limiers en défaut ; il cherche à leur donner le change. Souvent, pour y réussir, il accoste un jeune Cerf de la forêt, le force, en le battant, à partir à sa place, court derrière lui pendant quelques minutes, puis, tout à coup, faisant un bond de côté, va se reposer dans un taillis, ou détale dans une nouvelle direction. Cette manœuvre a quelquefois plein succès, et alors le Cerf est sauvé. Dans tous les cas, elle jette de l'hésitation dans la meute, du retard dans la poursuite, et permet à la bête poursuivie de prendre une avance assez considérable ou de refaire, par un temps de repos, ses forces chancelantes.
Malgré toutes les ressources que lui suggère son intelligence, malgré sa merveilleuse légèreté, le Cerf échappe rarement à ceux qui ont mis leur point d- honneur dans sa mort. Après douze ou quinze lieues d'une course non interrompue, le malheureux animal sent toujours derrière lui la meute, fréquemment renouvelée par des relais. 11 entend les cris des chiens et les sons du cor retentir, comme un glas funèbre, à ses oreilles. Incapable de lutter davantage, il tente un suprême effort : il se précipite vers l'étang ou le fleuve voisin, et s'efforce de mettre une barrière liquide entre ses ennemis et lui. Décevante illusion! la meute s'y élance à son tour, le presse, Tatteint et ne tarde pas à le déborder. En même temps les joyeuses fanfares de Yhalhli retentissent sur les bords (fig. 122).
Le moment fatal est arrivé : il faut mourir. Le noble animal, sortant des eaux qui lui avaient donné un asile passager, rassemble tout ce qui lui reste d'énei^ie, et s'apprête à vendre chèrement sa vie. Il distribue à droite et à gauche de furieux coups d'andouillers, qui font rouler dans la poussière les chiens les plus ardents. Mais, accablé par le nombre et déchiré par une foule de tenailles vivantes, il reçoit le coup de grâce du principal person-. nage de la chasse. On fait hommage du pied de la victime à ce facile vainqueur qui a rassemblé toute une armée d'hommes et de chiens pour égorger un paisible habitant des forêts ! Enfin le corps du Cerf est jeté en pâture à la meute, soit sur Theure : c'est la curée chaude, soit dans la soirée, après la rentrée au logis : c'est la curée aux flambeaux.
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RUMINANTS, i7a
Dans les différentes régions des deux continents le Cerf commun est représenté par un certain nombre d'espèces analogues. Dans l'Amérique septentrionale, on rencontre un Cerf de très-grande taille : c'est le grand Cerf du Canada, ou Wapiti. Cet animal a quelque analogie avec l'élan; il est très-doux et s'habitue facilement  la domesticité. Les Indiens du Canada le prennent tout jeune
Fis- I3Î- Cerl d'Ariilot».
dans des filets, et l'élèvent avec beaucoup de soin. Ils l'attellent à leurs traîneaux pendant l'hiver, lui font porter des fardeaux et se nourrissent de sa viande, qui est excellente.
Aux États-Unis se trouve le Cerf de Virginie, la bote de meute des Américains du nord. Il a la taille de notre daim. Il est excessivement abondant aux États-Unis, mais on en fait de tels massacres qu'avant une centaine d'années, dit Audubon, il y deviendra d'une
SSO MAMMIFÈRES.
rareté extraordiDaire. Toujours de la part de l'homme la même
imprévoyance et le même abus des dons de la Providence I
Le continent indien et les îles de la Malaisie nourrissent plusieurs espèces de Cerfs très-remarquables. Citons d'abord le Cerf d'Arisioie (fig. 123), ainsi nommé parce qu'il a ét^ décrit par le célèbre philosophe de l'antiquité ; puis le Ci;r/"i4iii, très-élégant animal à robe iauve mouchetée de blanc et à bois simplement munis de deux andouiilers ; enfin le Cerf cochon, qui doit son nom à sa petite taille et à ses formes massives.
Au Bengale, ces deux dernières espèces sont élevées en domesticité et engraissées pour la table. Comme elles se reproduisent
F.g. iJl. Djiill.
parfaitement dans l'Europe chaude et tempérée, comme le prouve l'exemple des divers sujets qui ont vécu de nos jours au Jardio des Plantes de Paris, il serait très-désirable qu'on les acclimatât dans nos forêts, et qu'on les fît concourir, dans une certaine mesure, à l'alimentation publique.
Le Daim (Sg. 1 24) tient le milieu, pour la taille, entre le Cerf et le Chevreuil; sa hauteur est d'environ un mètre au garrot. Il est reconnaissable à ses bois, ronds à la base, et terminés par une partie plate, que divisent de profondes dentelures. Son pelage est, comme celui de l'Axis, fauve ou brun semé de taches blanches, qui en été sont très-marquées, mais paraissent à peine en hiver. Ses mœurs ne diffèrent pas sensiblement de celles du Cerf.
Le Daim est honoré, au même titre que le Cerf, de l'estime des chasseurs de race princière. Aussi le conserve-t-on dant de grands parcs, pour le courir quand on le juge convenable. Dans l'état de nature, le Daim préfère aux grandes forêts les bois entrecoupés, de champs et de coteaux. II a recours aux mêmes ruses que le Cerf pour dépister ses persécuteurs.
On trouve le Daim dans une grande partie de l'Europe, dans le nord de l'Afrique, ainsi qu'en Perse et en Chine.
Le Ckevreuii est l'un des plus sveltes et des plus gracieux repré-
sentants du genre Cerf; il ne mesure pas beaucoup plus d'un mètre de longueur. Ses bois sont petits et très-simples ; ils se composent d'une tige rugueuse, droite dans presque toute sa longueur, et garnie, vers le haut, de deux courts andouillers dont l'un forme une bifurcation avec l'extréraitê du merrain. Son pelage est d'un fauve uniforme dont la nuance varie un peu avec la saison. Il n'a ni larmiers ni vestige de queue, et porte sur le bout du museau une raie blanche bordée de noir. La femelle du Chevreuil s'appelle Chevrette, le m&le Brocard en terme de chasse, et le petit Chevreau; celui-ci porte la même livrée que le jeune Cerf
Le Chevreuil est bien différent du Cerf dans ses mœurs : il ne vit pas en troupes, et ne pratique pas la polygamie. Il reste attaché pour sa vie à la compagne qu'il a choisie ; il ne' la quitte pas un instant, et* se consacre avec elle à l'éducation de sa famille. Les relations les plus affectueuses s'établissent entre les deux époux ; ils se suffisent Tun à l'autre et se confinent volontairement dans cette solitude à deux, si douce aux cœurs aimants. Leur alliance est d'autant plus forte et durable qu'elle commence ordinairement dès Tâge le plus tendre. En effet, la portée de la Chevrette est de deux petits, presque toujours de sexes contraires. Les deux Chevreaux grandissent l'un près de l'autre ; bientôt leur amitié fraternelle se transforme en un sentiment plus vif, et des liens indestructibles les attachent mutuellement. Quoiqu'ils vivent toujours ensemble, ils ne se reproduisent, comme la plupart des animaux sauvages, qu'à une époque déterminée : de la fin d'octobre à la mi-novembre. Cette période n'est marquée chez le mâle par aucune surexcitation du genre de celle qui se voit chez le Cerf.
Les Chevreuils se tiennent dans les jeunes bois et les taillis, à proximité des terres cultivées. Us aiment les bourgeons et les jeunes pousses des arbustes, et commettent, sous ce rapport, de grands dégâts dans les forêts. Ils sont timides, intelligents et doux ; le moindre bruit insolite les effraye et leur fait prendre la fuite. Ils ne sauraient d'ailleurs prendre trop de précautions contre une multitude de chasseurs toujours empressés à les occire : empressement excusable, puisque le Chevreuil est un des plus fins gibiers de venaison.
La chasse du Chevreuil (fig. 125) se fait avec moins d'apparat que celle du Cerf, mais avec le même système de poursuite : des meutes de chiens, des gens à cheval, etc. L'hallali du Chevreuil se passe de la même manière que celui du Cerf, mais moins solennellement. C'est un hallali bourgeois.
Les Chevreuils sont répandus dans toute l'Europe tempérée et dans plusieurs contrées de l'Asie.
Tribu des Ruminants sans cornes. — Le Chevrotain est le seul ruminant dépourvu de cornes, si l'on en excepte le chameau. Par les formes générales et l'ensemble de son organisation, il se rapproche des petites espèces de cerfs ; il manque d'incisives à la mâchoire supérieure, mais il possède deux longues et fortes canines, qui dépassent la lèvre inférieure, exclusivement réservées aux
miles. LesChcTTOtains ont un mufle comme les cerfs, mais point âe larmiers ; leur queue est courte. L'exi^Ité de leur taille, l'élégance de leurs formes, la grâce et la légèreté de leurs mouvements en font des animaux très-agréables à contempler.
La famille des Chevrotains ne comprend qu'un petit nombre d'espèces, appartenant pour la plupart au continent indien et aux lies voisines ; aucune ne se trouve en Amérique. Les deux principales sont le Chevrotain portt-muse et le Clitvrotain pygmée.
Le Chevrotain poru-muic est de la grosseur du chevreuil ; U habite les régions montagneuses du centre de l'Asie, sur un espace de plus de lOOO lieues en latitude et d'environ 1500 en longitude; on le trouve jusque dans la Sibérie méridionale. Il vit solitaire-
Flg. lit. ChSTroUin.
ment sur des rochers inaccessibles, dans le voisinage des glaciers. Pendant l'hiver, il descend dans les vallées. Comme il est trèsdéfiant et qu'il fuit constamment la présence de l'homme, il faut, pour le prendre, avoir recours aux piégea et aux lacets. Cependant les Tongouses, c'est-à-dire les nomades habitants des rivages de la mer Glaciale, dans la Russie asiatique, le tuent à coups de flèches, après l'avoir attiré en se servant d'un morceau d'écorce d'arbre avec lequel ils imitent la voix des jeunes.
On fait la chasse à cet animal pour s'emparer d'une substance fortement odorante, sécrétée par une poche qu'il porte sous le ventre. Cette substance, bien connue de tout le monde, c'est le musc, parfum insupportable aux nez délicats, mais dont quelques
élégantes, aux sens blasés, aiment à imprégner leur personne. Lès Ghevrotains mâles seuls ont le privilège de ce produit, qui se présente à Tétat solide, sons forme de petits grumeaux de diSërentes grosseurs et de couleur rouge foncé. C'est en hiver, à Tépoque des amours, qu'il est de meilleure qualité ; aussi est-ce le moment que Ton choisit pour chasser le Chevrotain.
Le musc s'emploie non*seulement dans la parfumerie, mais aussi dans la médecine comme antispasmodique ; il se vend dans le commerce avec la poche qui le renferme, et son prix est toujours élevé.
La chair du Chevrotain est, dit-on, excellente, mais à la condition qu'on enlèvera la poche à musc immédiatement après la mort de l'animal. On utilise aussi sa peau et ses longues canines.
Le Chevrotain pygmée est le plus petit de tous les ruminants : sa taille ne dépasse pas celle du lièvre. Ses membres sont d'une délicatesse infinie et ses bonds extraordinaires; mais il manque de fond et se laisse forcer à la course par les Indiens et les nègres de l'intérieur de l'Afrique, qui le recherchent pour sa chair. On connaît peu de chose de ses mœurs ; elles ne diffèrent pas sans doute beaucoup de celles des antilopes.
ORDRE DES EDENTES.
La dénomination à'Édentés imposée aux Mammifères qui composent cet ordre, ne signifie pas qu'ils sont complètement privés de dents, quoique ce soit le cas de plusieurs espèces, mais seulement qu'ils manquent toujours d'incisives, de telle sorte qu'il existe un espace vide sur le devant de leurs mâchoires. Une autre parUcularité qui caractérise les Édentés, c'est que leurs dents, quand ils en ont, sont toutes à peu près semblables, et non diversiformes, comme chez le plus grand nombre des Mammifères; de plus, la racine en est simple et ne présente qu'une seule tige.
Les Édentés ont les membres terminés pai* des ongles excessivement robustes, qui leur servent à grimper ou à creuser. En général, ce sont des animaux de formes singulières, lents dans leur démarche et très-peu intelligents. Quelques-uns, au lieu d'être vêtus de poils, sont recouverts d*écailles, ce qui ajoute encore à la bizarrerie de leur aspect. Leurs habitudes et leur régime alimentaire sont très-différents suivant les familles : les uns se nourrissent de végétaux, les autres de substances animales ; ceuxci habitent des terriers, ceux-là vivent sur les arbres. Ils appartiennent tous aux régions chaudes des deux continents; l'Europe n'en possède pas, et c'est dans l'Amérique méridionale qu'on en trouve le plus. Us n'atteignent jamais une très-forte taille : les plus grandes espèces mesurent environ 1 mètre de long, non compris la queue.
Il n'en a pas toujours été ainsi. On a retrouvé dans les profondeurs du sol des débris d'Ëdentés dont la race est depuis longtemps éteinte, et qui nous étonnent par leurs vastes proportions. Tels sont le Glyptodoriy le Mylodon, le Mégathériunu etc. La
plupart de ces espèces fossiles sont propres à l'Amérique ; leurs dimensions égalaient celles du bœuf, du rhinocéros , voire même de l'éléphant. L'Europe en nourrissait une espèce tout aussi considérable que le Mégathérium américain : c'est le Macrothirium de H. Lartet.
Les Édentés comprennent cinq familles peu étendues : les Paresseux, les Tatotts, les Oryctéropes, les Fourmiliers et les Pangolins.
Famille des paresseux. — Les Bradypesy ou Paresseux, sont des animaux étranges, que leurs caractères les plus apparents et leurs habitudes grimpeuses ont fait longtemps classer panni ies singes, mais qu'une étude plus attentive et plus complète a ramenés dans
Fig. tl7. Unau psresisux.
l'ordre des Ëdentés. Lorsqu'on les examine à terre, ils paraissent difformes et tout & fait déshérités de la nature, car ils ne s'y meuvent qu'avec une extrême lenteur. C'est même là ce qui leur a valu le nom de Paresseux et celui de Tardigrades (qui marcheat lentement) que leur donnent certains auteurs. En effet, leurs membres antérieurs sont beaucoup plus longs que ies postérieurs, ce qui les oblige à se traîner sur les coudes pour avancer. Ils ne peuvent rapprocher les genoux, à cause de la largeur de leur bassin et de leurs cuisses dirigées en dehors. Leurs pieds ne reposent sur le sol que par le bord interne ; enfin leurs doigts, dont le nombre ne dépasse jamais trois, sont enveloppés par la peau jusqu'à leur extrémité, et sont constamment maintenus dans une dépendance mutuelle.
ÊDENTÊS. , 287
On comprendra que des membres ainsi conformés ne soient guère propres à la locomotion terrestre ; aussi rien ne peut-il donner Tidée de la gaucherie des Paresseux placés sur to sol.
Hais lorsqu'on les suit de l'œil sur les arbres, au milieu des conditions d'existence qui leur sont naturelles, les Bradypes laissent une impression toute différente. On reconnaît alors qu'il n'y a en eux aucune dissonance, et qu'ils ont reçu, comme les autres créatures, les moyens de se soustraire aux atteintes de leurs ëbnemis. Ils entourent les branches de leurs grands bras, et enfoncent dans le bois les ongles énormes qui terminent leurs quatre membres. Comme la dernière phalange de leurs doigts est mobile, ils peuvent lui donner une certaine inclinaison, et transformer leurs pattes en de puissants crochets, qui leur sont très-utiles pour se suspendre aux arbres. Cachés au plus épais du feuillage, ils broutent à l'aise tout autour d'eux; ou bien, solidement fixés par trois pattes, ils se servent de la quatrième pour cueillir les fruits et les porter à leur bouche. S'ils se montrent indolents et dormeurs pendant le jour, c'est que leurs yeux ne sont pas faits pour l'éclatante clarté du soleil ; mais leurs mouvements ne décèlent aucun embarras, et l'on ne peut pas dire que ce soient des êtres sacrifiés. Leur intelligence est à peu près nulle ; mais, sous ce rapport, ils ne sont pas plus mal partagés que les autres Ëdentés.
Les Paresseux ont l'estomac divisé en quatre compartiments, comme les ruminants ; mais on ne sait pas s'ils ruminent véritablement. Leur pelage est sec, abondant et long; on ne voit chez eux ni oreille externe, ni queue. Ils habitent les forêts vierges de TAmérique du Sud. Les deux espèces les plus connues sont YUnau et VAï, qui se trouvent à la Guyane, au Brésil, au Pérou et dans la Colombie.
L'Unau (fig. 127) n'a que deux doigts aux pieds de derrière et mesure environ 75 centimètres de long; les ménageries de Paris et de Londres en ont possédé des spécimens, qu'on nourrissait de pain trempé dans du lait, ainsi que de légumes et de fruits.
VAï est un peu plus petit que l'Unau.
Famille des Tatous. — Les Tatotis (fig. 128) sont remarquables par la nature toute particulière de leurs téguments, qui pourrait les faire prendre, au premier abord, pour des reptiles. Au lieu d'être vêtus de poils, comme les autres Mammifères, ils ont le dessus de la tète^ les parties supérieures et latérales du corps, et
. 288 MAÎ*IMIFÈRES.
la queue, protégés par uue cuirasse écaiUeuse, très-résistante. Cette cuirasM se compose de plaquettes osseuses, disposées par séries p^allèles et de formes variées; elle n'est point séparée de la peau, dont elle constitue une bizarre modification. Sur la tète, le haut du corps et la croupe, ces plaques sont adossées et solidement fixées les unes aux autres ; mais sur le milieu do dos elles jouissent d'une certaine mobilité, et peuvent glisser les unes sur le» autres. De cette façon, l'animal a la faculté d'exécuter divers mouvements de flexion et d'extension, par exemple se rouler eu boule lorsqu'il est attaqué, pour cacher sous sa cuirasse toutes
les parties vulnérables de son corps, c'est-à-dire celles qui sont simplement recouvertes de poils
Les autres caractères des Tatous sont : des jambes courtes, ordinairement à cinq doigts et terminées par des ongles très-forts, qui leur servent à creuser la terre ; des oreilles assez développées et se dressant en pointe; des narines percées dans un mufle et percevant très-subtilement les émanations odorantes; une queue longue et arrondie, ou courte et plate. Dans certaines espèces, le nombre des dents est considérable : le Tatou géant n'en compte pas moins de quatre-vingt-dix-huit.
Les Tatous habitent les grandes plaines de l'Amérique mérl-