‹ Les mammifèresChapitre 27 sur 38 · Janvier · texte numérisé non relu

Janvier

pas à rhabitude, au pur instinct, ces Castors se sont mis à enlever le gazon de la petite pelouse de leur domaine ; ils Tout porté sur leur cabane, de façon à la couvrir complètement, i, lui former comme une sorte de toit sur lequel Feau peut couler et qui tient les Castors à Tabri du froid et du bruit Ils ont, en un mot, exécuté un travail spécial qui n'était pas dans leurs habitudes.

« Autre trait de leur intelligence. On avait pratiqué à Textrémilé opposée de rentrée de leur cabane une ouverture par laquelle on leur donnait leur nourriture, pain et carottes. Cela leur parut inutile, peut-être aussi craignaient-ils pour leur sécurité. Ils se mirent en devoir de murer celte ouverture, ils la couvrirent de terre. Chaque jour le gardien défaisait leur travail, chaque jour ils le recommençaient. On résolut enûn de les laisser tranquilles. M. Milne Edwards, qui leur porte le plus grand intérêt, fit mettre à leur disposition des branches d'arbres : ils s'amusent à les ronger et ils en portent les débris dans leur cabane qui est tenue fort proprement; ces intelligents animaux ont soin de rejeter au dehors leurs excréments. Cet hiver, ils eurent Tidée de boucher l'entrée de leur cabane pour se mettre à l'abri du froid. De temps à autre ils vont se promener sur Teau, car il faut que vous sachiez que le Castor est le seul parmi les quadrupèdes qui ait la queue plate couverte d'écaillés, de laquelle il se sert comme d'un gouvernail pour se diriger dans l'eau; le seul qui ait des nageoires aux pieds de derrière; le seul qui, ressemblant aux animaux terrestres par les parties antérieures de son corps, paraisse en même temps tenir des animaux aquatiques par les parties postérieures. Il fait, comme l'a dit Buffon, la nuance des quadrupèdes aux poissons, comme la chauve-souris fait celle des quadrupèdes aux oiseaux. Un jour donc nos Castors s'embarquèrent sur leur petite rivière, ils allèrent rendre visite à un autre Castor qui vivait solitaire dans une petite cabane située à l'extrémité de leur domaine. On se vit, on se causa, l'accueil parut de part et d'autre très -cordial ; le lendemain, le pauvre solitaire alla rendre sa visite aux nouveaux venus. Vous dire ce qui s'est passé dans cette entrevue m'est impossible. Toujours estil qu'on trouva le pauvre Castor étendu sans vie à la porte de ceux qu'il avait pris pour ses amis. Est-ce qu'il aura demandé à vivre avec eux et que, ne le connaissant pas, ils ont refusé d'accéder à sa demande, qu'on en est venu aux mains, et que finalement ils l'ont tué?

a II nous répugne de croire à un pareil acte de férocité de la part d'animaux qui éprouvent la plus grande répulsion pour la chair et le sang, qui sont ennemis de la rapine et de la guerre, qui sont doués d'un caractère doux et pacifique, qui sont essentiellement amis de la liberté. On a maintes fois remarqué avec quelle patience et quel calme les Castors rongent la porte de leur prison. Et Ton a pu voir dernièrement les Castors du Jardin des Plantes profiter de la rupture d'une maille du grillage qui limite leur domaine, pour agrandir l'ouverture et pour partir se promener librement aux environs. Ce n'est pas sans peine qu'on a pu les ramener à leur domicile et s'opposer à leur évasion*. »

Page 1