VAnnée illustrée, U mars
Ce D'est pas seulement la Tourrure qu'on recherche dans le Castor; c'est, encore un produit particulier nommé casioreum et dont la médecine fait usage comme antispasmodique. Ce produit n'est autre chose qu'une substance odoriférante, sécrétée par deux glandes situées à l'origine de la queue. Deux autres poches, voisines des précédentes, produisent l'huile qui imprègne la robe du Castor et qui la rend imperméable & l'eau. On assure que la chair du Castor n'est pas non plus à dédaigner, et que les peuplades indiennes de l'Amérique du Nord s'en accommodent fort bien. -Les Castors habitent les régions septentrionales des deui continents ; l'Europe, l'Asie et l'Amérique en possèdent. En Asie, on ne les trouve que dans la Sibérie et la grande Tartarie ; en Europe, dans la Russie, la Pologne, la Prusse, l'Autriche et le midi de la France. Il y en avait autrefois dans toutes les régions de notre pays.
On a retrouvé des restes fossiles du Castor jusque auprès de Paris, et la petite rivière de la Bièvre semble n'avoir été appelée ainsi qu'à cause des Castors qui vivaient autrefois sur ses bords (les Castors du Rhône sont appelés Bièvres par nos populations méridionales). L'Angleterre a possédé des Castors jusqu'à la fin du douzième siècle.
Myopolames. — Les Myopotames (Rats de rivière) ont beaucoup de
ressemblance avec les Castors. Ils sont à peu près de même taille et ont, comme les Castors, les pieds palmés; mais leur queue est cylindrique et écailleuse comme celle des Rats.
La seule espèce connue de Myopotame est le Coypou^ très-commun au Chili et à la Plata, et qu'on trouve aussi, mais plus rarement, au Brésil et dans d'autres États de l'Amérique méridionale. Les indigènes lui font une guerre acharnée, pour s'emparer de sa peau. Cette chasse se fait la nuit avec des chiens, parce que le Goypou ne sort pas pendant le jour. Autrefois l'exportation des peaux de Goypous se faisait sur une échelle considérable. D'après M. d'Orbigny, il en fut livré, de 1827 à 1828, plus de cent c!n« quante mille douzaines, sous le nom de Castors de la Plata; et dans certaines années, le chiffre total des peaux présentées sur les di vers marchés du monde a atteint trois millions.
Nous passons à l'intéressant groupe des Écureuils. Ce groupe comprend, outre les Écureuils proprement dits^ les Sduroptères^ les Ptéromys, les Anomalures et les Tamias,
Genre ÉcureuiL — Les Écureuils sont de jolis petits animaux, aux formes élégantes, aux mouvements rapides, à la mine éveillée, à l'œil vif et saillant. Us se reconnaissent facilement à leur longue queue, relevée en panache au-dessus de leur tète, et garnie de poils distiques, c'est-à-dire disposés comme les barbes d'une plume, à leurs oreilles, très-souvent terminées par un pinceau de poils ; à leur fourrure moelleuse, abondante, propre et bien lustrée. Ils ont des ongles aigus, et grimpent avec une vélocité extraordinaire au sommet des plus grands arbres. La forêt est leur milieu naturel. Leur mobilité est extrême, leur pétulance étonnante. Se trouvent-ils ici, ils veulent être là. On les voit passer sans cesse de branche en branche, d'arbre en arbre. D'autres fois, ils s'élancent à terre d'une hauteur qui certes en imposerait à beaucoup d'autres animaux. On croirait qu'ils vont se briser la tète dans leur chute. Point du tout; ils retombent sans aucun mal, tant ils ont de souplesse et d'élasticité dans les membres ; puis ils se mettent à gambader dans tous les sens. Leur queue est d'un grand secours pour exécuter ces sauts périlleux, aussi bien que ceux par lesquels ils franchissent la distance de douze à quinze pas qui sépare souvent deux arbres voisins. Raidie horizontalement pendant le saut, elle présente une large surface, et concourt, avec les membres étendus, à augmenter la résistance de l'air.
L'Écureuil se nourrit principalement de noisettes, de fatnes, de glands, d'amandes, de châtaignes et de fruits. Lorsqu'il trouve un nid de petits oiseaux, il suce aussi fort bien les œufs et dévore même les habitants. Dans les pays septentrionaux, il mange les
graines des pins et des sapins, après les avoir habilement extraites des cônes qui les renferment. 11 brise d'ailleurs très-proprement les noyaui les plus durs, pour en dévorer l'amande. Lorsqu'il & saisi quelque fruit ou baie, il s'assied sur son derrière, et porte l'aliment à sa bouche avec les deux pattes de devant.
Il a l'instinct de la prévoyance, et fait des provisions pendant l'été, pour ne pas mourir de faim durant la mauvaise saison. Il pousse même la précaution jusqu'à cacher des subsistances en dif-
Fig. au. Écureuil de FrJnce.
férents endroits, aCn de n'être pas pris au dépourvu si l'un de ces magusins^vient à lui faire défaut. C'est ordinairement dans les troncs d'arbres, quelquefois aussi dans la terre qu'il amasse des réserves ; et sa mémoire est excellente, car il sait parfaitement les retrouver, quand le moment est venu de les utiliser.
Il craint la grande clarté du jour, et ne sort guère de sa demeure qu'au coucher du soleil. Cette demeure est un nid, un véritable nid, élégant et confortable, établi la plupart du temps à l'enfour*
chure des grosses branches. II est fait de petites bûchettes solidement entrelacées avec la mousse, et affecte à peu près la forme sphérique ; il est assez grand pour loger le père, la mère et trois ou quatre petits. A la partie supérieure est pratiquée une étroite ouverture, tout juste suffisante pour l'entrée et la sortie ; mais comme la pluie aurait ainsi beau jeu pour envahir son domicile, TÉcureuil suspend au-dessus une espèce de marquise oblique qui laisse écouler Teau du ciel et préserve le cher logis de toute inondation.
Ces gentils rongeurs vivent par couples ; leur union n'est pas passagère, comme chez beaucoup d'autres mammifères, car le mâle continue à vivre avec sa compagne après le temps des amours. La mère témoigne pour ses petits une très-vive tendresse qui lui suggère divers stratagèmes pour les soustraire aux périls qui les entourent. Ainsi elle a eu soin, avant de mettre bas, de construire plusieurs nids, à de certaines distances les uns des autres; et il lui arrive fréquemment, même sans apparence de danger, par simple mesure de prudence, de prendre ses petits dans sa gueule et de les changer d'appartement. Le matin, aux premières lueurs de Taube, elle les descend sur la mousse, pour leur faire prendre un peu d'exercice. Si quelque intrus survient alors, elle les transporte l'un après l'autre, et aussi prestement qu'elle peut, à l'enfourchure de la branche la plus voisine, puis se met en devoir de les rejoindre. Pour arriver à ses fins, elle adopte une tactique employée par tous ses pareils devant Tennemi. Elle se tient cachée derrière le tronc de l'arbre, et tourne en même temps que son poursuivant, animal ou chasseur, de manière à rester toujours masquée. Tout en tournant, elle monte pourtant si bien qu'elle finit par atteindre le port, saine et sauve. Là, elle se tient immobile et invisible, jusqu'à disparition complète du péril. C'est pour cela qu'il est très-difficile à un chasseur isolé de tirer et d'atteindre l'Écureuil.
Cet animal nage très-bien, quoiqu'il n'ait pas souvent l'occasion de le faire; mais il ne se sert pas de sa queue en guise de gouvernail, comme plusieurs auteurs l'ont raconté. Il pousse la propreté jusqu'à la coquetterie : il emploie une grande partie de son lemps à se lisser et à se peigner. Aussi n'exhale-t-il jamais aucune mauvaise odeur. Lorsqu'on l'irrite, il fait entendre une sorte de grondement; mais son cri habituel est une note perçante qui décèle souvent sa présence.
La douceur, la vivacité, la gentillesse de TËcureuil lui ont rallié la sympathie de Thomme, et Ton aime à Télever dans les maisons. Pris jeune, il s'apprivoise facilement; mais il ne montre jamais une bien grande reconnaissance à celui qui lui a rendu le service de le priver de sa liberté. Quand donc cessera -t-on d'enfermer les Écureuils dans ces horribles cages tournantes, dontils entretiennent le mouvement, pour la plus grande joie des badauds ? Croit-on combler ainsi leurs vœux les plus chers? Jusqu'à preuve contraire, nous nous permettrons d*en douter.
On trouve des Écureuils dans toutes les parties du monde, et partout ils ont les mêmes mœurs que notre espèce d'Europe (fig. 212), à laquelle se rapporte plus particulièrement ce que nous venons d'exposer.
Nous devons dire pourtant que, dans certaines contrées, les Écureuils vivent, non pas isolés et par couples, mais par bandes nombreuses. C'est le seul point essentiel par lequel diffèrent entre elles les nombreuses espèces du genre. Nous ne parlons pas, bien entendu, des différences de taille et de costume, qui sont au contraire très-accusées. Ainsi les Écureuils de l'Inde et des îles Malaises sont remarquables par Téclat et la variété de leurs couleurs; et Tun d'eux, le grand Écureuil de Malabar, est plus que double en grosseur de l'Écureuil d'Europe. Dans les régions tempérées de l'Europe, celui-ci est ordinairement d'un roux plus ou moins vif sur le dos, et blanc en dessous ; quelquefois aussi il est très-brun et même* noir.
Le pelage de l'Écureuil varie d'ailleurs suivant la saison : cet animal a pelisse d'été et pelisse d'hiver. En Suède, en Russie et ep Sibérie, il devient d'un beau gris ardoisé, sous l'influence du froid. Sa fourrure, connue sous le nom de petit-gris, acquiert alors une très-grande valeur et s'exporte en quantités considérables.
Genres Sciuroplère, Piéromys et Anomalure. — Les animaux répartis dans ces trois genres sont connus du vulgaire sous le nom d'^cureuils volants. Ils ont pour caractère commun d'être pourvus de membranes alaires, s'étendant sur les flancs entre les membres antérieurs et les postérieurs. Ces membranes, poilues comme le reste du corps, constituent de véritables parachutes qui permettent aux Sciuroptères et autres de se soutenir un peu plus longtemps en l'air que le commun des animaux, et par conséquent de franchir d'un seul bond d'assez grandes distances- Ainsi ces membranes ne sont pas des ailes ; et, en effet, elles ne
peuvent leur servir à s'élever, comme chez les oiseaux, mab seulement & descendre et à se mouvoir dans le sens horizontal. Sauf
Fig. 314. PoUloucbs Sduroptèn
ce trait caractéristique, ces trois genres de rongeurs ont absCH lument la physionomie et les habitudes des vrais Écureuils. Les Sciuroptèrts {Écureuils à ailes) (Qg. 2U) sont les plus petits
des Écureuils volants. Ils habitent les régions septentrionales du globe, spédalement la Russie, la Sibérie et l'Amérique do Nord.
Il pwalt cependant qu'il s'en trouve jusque sur le versant indien de l'Himalaya.
Les PUromys (Rats à ailes, de nnpM, aile, ^z, rat) sont de plus forte taille que les précédents. Ils sont propres à l'Asie méridionale et à l'archipel Indien. L'espèce la plus remarquable est le PUromys éclatant (fig. 215), dont le pelage est d'un roux brun fort brillant.
Les Anomalures (Qg. 316) ne sont connus des naturalistes que
depuis 1840, époque i laquelle H. Fraser en rapporta un de Fernando-Po. Es habitent la côte occidentale de l'Afrique. Un de leurs plus singuliers caractères consiste dans la présence, à la base inférieure de la queue, de grosses écailles emboîtées les unes dans les autres, et dont le rôle parait être de leur fournir un pointd'appui lorsqu'ils grimpent verticalement le long des arbres.
468 MAMMIFËRES.
La figure S17 représente des Èeureuils volants propres aux forêts de la Floride, dans les États-Unis d'Amérique. La membraDe alaire est très-apparente sur cette espèce.
Genre Tamia. — Les Tamias ressemblent beaucoup aux vrais Écureuils ; mais ils ont la queue un peu plus courte, et sont munis d'abajoues. Leur existence n'est pas exclusivement aèrienoe;
ils courent aussi très-volontiers sur le sol; et loin de nicher sur les arbres, ils se creusent des terriers, dans lesquels ils entassent les provisions préalablement recueillies à l'aide de leurs abajoues. Ils se nourrissent non-seulement de bois et de fruits, noais encore de graines. Ce sont des animaux exotiques ; on ne les rencontre qu'en Afrique, dans l'Inde et dans l'Amérique septentrionale. Les principales espèces sont VÉcureuil fossoyeur, du Sénégal, et Y Écureuil palmiste, du continent indien, ainsi nommé parce qu'il se tient de préférence sur les palmiers.
Gtm^e Spermophile. — Les Spermopl\iles n'appartiennent pas, en réalité, au groupe des Ecureuils ; mais ils les relient aux Marmottes parles Tamîas. En effet, ils ont des abajoues comme ces derniers; mais tandis que ceux-ci sont semi-terrestres, semi-aériens, les
Fig. m. Spcrnia[Ai1« à Irtite lignei.
Spermophiles sont essentiellement terrestres. Leur queue, quoique assez bien fournie, n'est cependant ni longue, ni touffue, ni panachée comme celle des Écureuils. Leur nom signiGe qu'ils aiment les graines. C'est dire qu'ils peuvent devenir un fléau lorsqu'ils multiplient outre mesure dans les terres cultivées.
L'espèce type du genre est le Souslik, répandu dans l'Autriche, la Bohème, la Hongrie, la Pologne, la Russie, la Sibérie, la Tartarie. Cet animal vit solitaire, et se creuse un terrier profond, à plusieurs issues, où il emmagasine des graines de toutes sortes. Ces réserves ne lui sont guère utiles , car il s'engourdit pendant l'hiver. Sa chair est, dit-on, assez agréable, et sa fourrure trèsestimée.
On trouve diverses espèces de Spermophiles dans l'Amérique
septentrionale. L'une d'elles porte un vêtement fort original : c'est le SpermophiU à treize lignes (fig. 218), ainsi nommé parce qu'il a le dos sillonné par treize bandes longitudinales, alternativement claires et brunes, celles-ci semées de taches claires.
Genre Marmotte. — Entre les Écureuils vifs, gracieux, bien proportionnés, et les Marmottes au corps trapu, à la démarche embarrassée, la différence est certainement considérable. Cependant les Marmottes se rattachent à TÉcureuil par les Spermophiies.
Les Marmottes sont caractérisées par des incisives très-fortes et très-longues, par des ongles robustes, indiquant des habitudes fouisseuses, par une queue de moyenne longueur, garnie de poils assez abondants. Elles ont les membres courts, d'où résulte cette lourdeup d'allures qui leur est particulière. Leurs oreilles sont peu apparentes, et leur lèvre supérieure est fendue dans son milieu, disposition qui leur est commune avec plusieurs autres rongeurs.
Les Marmottes habitent différentes chaînes de montagnes de TEurope, de l'Asie et de TAmérique septentrionale. Elles ont à peu près partout les mêmes mœurs ; il nous suffira donc de parler de l'espèce commune, la seule du reste qui ait été bien étudiée.
La Marmotte vulgaire (c'est-à-dire très-répandue, du mot latin vuJgus ou vulgaris) vit sur les hautes cimes des Alpes de Suisse et de Savoie, dans le voisinage des glaciers. Elle forme de petites sociétés, composées de deux à trois familles, et se creuse des terriers sur les pentes exposées au soleil. Ces terriers ont la forme d'un Y ; les galeries en sont fort étroites, et Ton peut à peine quelquefois y passer le poing. A l'extrémité d'un des boyaux obliques, se trouve une chambre spacieuse, de forme ovale, dans laquelle se retirent les associés, pour se reposer et dormir. Le conduit vertical n'aboutit à rien ; il parait être spécialement destiné à recevoir les ordures de la communauté. Peut-être aussi est-ce de là que sont tirés les matériaux nécessaires pour revêtir et consolider les deux autres conduits qui servent de galerie principale et de salle de réunion.
Les Marmottes se nourrissent exclusivement d'herbages, du moins dans l'état de nature. Suivant Tschudi, elles broutent le gazon le plus ras avec une extrême rapidité. Pendant la belle saison, elles aiment à s'étendre et à prendre leurs ébats sous les brûlan es caresses du soleil. Elles sont d'une prudence remar-
qaaUe, et ne sortent de leur demeure qu'avec de grandes précautions. Les vieilles se hasardent d'abord, après avoir interrogé les environs de la vue, de l'ouïe et de l'odorat, sens que les Marmottes ont extrêmement développés. Les jeunes viennent ensuite, et toute la troupe & leur suite. Alors chacun mange, joue, paresse avec délices. Elles ne perdent rien cependant de leur vigilance, et dès que l'une d'elles a le sentiment de quelque danger, elle pousse une sorte de siHlement aigu, bientôt répété par les plus proches; h l'instant la bande détale et regagne le terrier, ou court se cacher d&ns quelque excavation. Les Marmottes ont habitation d'été et habitation d'hiver, loge-
ment à la ville et à la campagne. L'été, elles se tiennent dans la partie la plus élevée de la montagne. C'est le temps des amours et de l'éducation des petits, dont le nombre varie de deux à quatre, et qui restent avec leurs parents jusqu'à l'été suivant. Quand arrive l'automne, elles descendent dans la région des pâturages, et se creusent un nouveau terrier, situé plus profondément que le premier. C'est alors qu'elles vont faner. Elles coupent le gazon, le retournent, le font sécher et transportent le foin ainsi préparé dans la chambre ménagée au fond de leurs galeries obliques.
Pourquoi ces provisions? Parce que l'hiver va venir, et que nos animaux vont tomber dans le sommeil léthargique. Dans cette chaude litière d'herbes sèches, ils s'ensevelissent tout entiers.
après avoir soigneusement bouché l'entrée de leur gite avec de la terre et des pierres, pour se prémunir contre les rigueurs de l'hiver.
On croit aussi que ce foin sert à leur subsistance dans les premiers temps de leur réveil, alors qu'aucune végétation ne se montre encore sur la terre.
. C'est ordinairement vers la fin de novembre que les Marmottes s'engourdissent, et leur résurrection a lieu en avril; mais ces limites n'ont rien de fixe, car elles varient chaque année avec la température.
H Quand on fouille Thabitation d'hiver des Mannottes, on y trouve, dît Tschudi, une température de 8 à 9* R. Tous les membres de la famille, en quelque nombre qu'ils soient, sont couchés les uns à côté des autres, enroulés la tête près de la queue, dans un engourdissement semblable à la mort. Cet engourdissement, qu'on a nommé avec raison une léthargie conservatrice, est en rapport avec les conditions climatériques de la r^ioD habitée, par ces animaux. Les sept ou huit mois d'hiver de la haute région les feraient infailliblement périr, si ce sommeil ne les garantissait en les faisant vivre de la vie paisible de la plante*. »
D'un naturel doux et sociable, la Marmotte s'apprivoise facilement. Elle n'est pas incapable d'affection, et sous l'influence de bons traitements elle devient très-confiante et très-familière. Elle apprend à faire quelques petits exercices au commandement de son maître. Les jeunes Savoyards exploitent ce côté de leur caractère. Tous ceux qui descendent dans nos villes, à la belle saison, possèdent une Marmotte, avec laquelle ils amusent le public et en obtiennent des petits sous.
La Marmotte se nourrit de tout en captivité : fruits, herbes, insectes, pain, viande; mais le lait et le beurre ont pour elle un attrait sans pareil.
Si la Marmotte rend quelques services, de son vivant, aux populations pauvres des Alpes, grâce aux chétifs talents qu'elle acquiert, elle leur est bien plus utile encore après sa mort. Elle fournit une viande excellente, dont le seul tort est de répandre une odeur désagréable ; mais cet inconvénient peut disparaître sous l'influence d'un assaisonnement bien combiné. Sa fourrure n'a pas grande valeur dans le commerce, vu son peu de finesse ; elle n en est pas moins appréciée des montagnards, qui en tirent
1. Le Monde des Alpes, par F. de Tschudi, traduit de l'allemand par 0. Bourrit, in-28, tomeUÏ, page231.
bon parti. Il n'est pas jusqu'à l'abondante couche de graisse dont elles sont pourvues, lorsqu'elles s'endorment, qui ne trouve son emploi dans les ménages alpestres.
On comprend d'après ce qui précède que la Marmotte doive exciter de nombreuses convoitises. Il y a donc des chasseurs de Marmottes, comme il y a des chasseurs de chamois. La chasse au fusil n'est pas très -fructueuse, à cause de la prudence de ces rongeurs. C'est donc au commencement de l'hiver, lorsqu'ils viennent de tomber dans le sommeil hibernal, et sont par conséquent incapables de faire la moindre résistance, que les chasseurs s'en emparent. Les terriers sont faciles à reconnaître, parce que le sol est, tout à l'entour, jonché de mousse et de foin. Il sufQt alors de fouiller ces retraites, et tout est dit. En été, ce procédé est impraticable, d'abord parce que les Marmottes se défendent vigoureusement, des dents et des ongles, contre quiconque viole leur domicile ; ensuite parce qu'elles creusent aussi rapidement que l'homme, qui est obligé de pratiquer une tranchée, et qu'ainsi, à mesure que leur ennemi avance, elles s'enfoncent davantage dans la montagne. Dans certains cantons de la Suisse, l'autorité défend, et avec raison, de fouiller les habitations des Marmottes pendant l'hiver. Il est bon de protéger des animaux sans défense contre la cupidité et l'imprévoyance des hommes.
Après la Marmotte des Alpes, il faut nommer la Marmotte de Québec et la Marmotte du Canada^ ou Monax^ qui sont particulières à certaines parties de l'Amérique septentrionale.
Nous arrivons enfin au dernier groupe des Rongeurs, à celui des LéporidéSy c'est-à-dire des Lièvres et Lapins.
Chez ces animaux, les incisives supérieures sont au nombre de quatre, placées deux à deux et parallèlement l'une derrière l'autre, les deux postérieures étant complètement cachées par celles de devant, plus longues et plus larges. Ce caractère a une grande valeur, puisqu'il ne se trouve chez aucun des Rongeurs que nous avons étudiés précédemment, lesquels ne possèdent qu'une paire d'incisives à chaque mâchoire.
Outre les Lièvres et les Lapins, le genre Lièvre comprend d'autres animaux, appelés Lagomys, dont nous dirons un mot en terminant.
Genre Lièvre. — Les animaux qui composent ce genre ont vingtdeux dents molaires, formées de lames verticales soudées ensem-
ble; les oreilles très-grandes, en cornet, poilues en dehors, presque nues au dedans ; les yeux saillants et latéranx ; la lè?re snpérieure fendue (d'où le nom de bec-de-lièvre dooné à la même conformation quand elle existe accidentellement chez l'homme); laqueuecourte, velue, ordinairement relevée; les pieds de derrière beaucoup plus longs que ceux de devant et pourvus de dnq doigta, tandis que ceux-ci n'en présentent que quatre; les ongles peu développés ; les pattes entièrement recouvertes de poils, audessus comme au-dessous. Cet ensemble de traits leur constitue une physionomie bien distincte.
Nous parlerons d'abord du Lih}re proprement dii.
Il serait superflu de décrire en détail le Lièvre [Rg. sao]. Cet animal est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'insister à ce sujet. Toutefois, comme on pourrait le confondre avec le lapin,
qui lui ressemble beaucoup, nous forons remarquer que le Uèvre a les oreilles et les jambes plus longues, le corps plus élancé, la tète plus Que et le pelage d'une nuance plus fauve que le lapiD.
Le Lièvre habite la montagneou la plaine, la forêt ou les champs; mais c'est dans les pays plats, ou peu élevés, qu'il est le plus répandu. U ne se creuse pas de terrier; il se choisit un gîte, dont la situation varie avec la saison. L'été, c'est sur les coteaux exposés au nord, à l'ombre des bruyères et des vignes, qu'il vient se remiser; l'hiver, au contraire, il se tient dans les lieux découverts et tournés au midi. On le trouve souvent blotti dans un silloD) entre deux mottes de terre, qui ont ta même couleur que son poil; ainsi confondu avec le sol environnant, il n'attire pas ïeregard.
Pendant le jour, le Lièvre ne bouge pas de son gîte, àmoïDsd'f être contraint ; mais dès que le soleil s'abaisse au-dessous de llio-
RONGEUaS. 475
rizon, il part, pour ce rentrer que le lendemain matin. C'est alors qu'il pourvoit à sa nourriture. 11 mange des herbes, des racines, des feuilles. Les plantes aromatiques, telles que le thym et le serpolet, sont celles qui obtiennent sa préférence ; en hiver, il ronge mftme l'écorce des arbres.
Aucun animât n*a autant d'ennemis que le Lièvre. Embûches et
dangers le menacent de toutes parts. Les renards, les oiseaux de proie, diurnes et nocturnes, l'homme, qui a des chiens à son service et qui sait tuer à distance, sont autant de persécuteurs acharnés à sa perte.
Pour conjurer tant de périls, le pauvre rongeur n'a que des armes bien innocentes : des oreilles, douées, il est vrai, d'une
mobilité extraordinaire, et qui perçoivent le moindre brait à des distances considérables ; quatre jambes vigoureuses, bien musclées qui dévorent l'espace, et emportent rapidement leur propriétaire hors des atteintes de ceux qui le poursuivent. En un mot, toute sa défense est dans ce système : prévoir le danger, et le fuir.
Aussi l'existence du Lièvre n'est-elle qu'une longue suite de transes, d'inquiétudes de toutes sortes. Constamment sur le quivive, il ne goûte qu'un demi-repos, entrecoupé de continuelles alertes. Sa timidité lui fait voir partout la mort. La Fontaine Ta bien dépeint, lorsqu'il a dit de cet animal :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
11 ne faut pas croire que le Lièvre, lorsqu'il est lancé, coure à l'aventure, sans réflexion et sans but. Ses ruses sont, au contraire, très-nombreuses et très-variées. Il fuit presque toujours vent arrière, afin de mieux entendre les chiens et de ne pas leur porter d'émanations. 11 coupe et entremôle ses voies, pour mettre ses adversaires en défaut et gagner du temps ; souvent même il les double, en revenant précisément par le chemin qu'il vient de parcourir, puis il se jette brusquement de côté par un bond puissant. S'il est vivement pressé, il ne craint pas de traverser une rivière. On en a vu se cacher au milieu d'une mare, ne laissant passer que le bout du museau pour respirer. On en a vu d'autres se réfugier au milieu d'un troupeau de brebis, entrer dans les villages, pénétrer dans les cours, faire cent tours et détours sur les fumiers, puis sauter sur un mur, et repartir après un temps de repos. Souvent ils parviennent ainsi à faire perdre leurs traces.
Lorsqu'ils habitent le pays, ils regagnent invariablement leur gîte, et Ton peut venir les y relancer le lendemain. Dans ce cas, ils s'éloignent peu, tournent dans *un cercle assez restreint, et le chasseur sait à quoi s'en tenir. Si, au contraire, l'animal file droit et s'écarte beaucoup du canton où on l'a levé, on peut en conclure que c'est un lièvre de passage, et qui plus est, un mâle, ou un bouquin^ comme on dit en vénerie, le nom de hase étant donné à la femelle. A l'époque du rapprochement des sexes, c'est-à-dir^ de janvier à mars, 11 existe, en effet, beaucoup de ces mâles voyageurs, qui, manquant de femelles dans leur contrée, vont en chercher ailleurs, et parcourent ainsi quelquefois des espaces considérables.
On courait autrefois le Lièvre à la meute (fig. 221), mais cette
chasse de luxe est devenue rare. On le chasse ordinairement au chien courant ou à Taffût (fig. 222).
La fécondité de la femelle du Lièvre {hase) est très-grande, et c'est à cette loi prévoyante de la nature que Tespèce doit de n'être pas détruite, ni même diminuée, par les nombreuses causes de destruction qui la menacent. La hase met bas trois ou quatre fois par an, et chaque portée se compose de trois à cinq petits, qui naissent les yeux ouverts et le corps velu. Pas de chaude litière, pas d*abri protecteur pour les recevoir : ils sont déposés sur la terre nue, au milieu de Therbe ou dans un buisson. Cependant la mère les soigne avec sollicitude et les défend même à l'occasion, sans grand succès, il est vrai, contre leurs ennemis. Elle les allaite pendant vingt jours; après quoi les Levrauts sont suffisamment robustes pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Ils se retirent donc chacun dans la solitude, et sont bientôt en état de se reproduire. La vie moyenne du Lièvre est de huit ou dix années.
Si notre rongeur a Touïe remarquablement fine, il est bien mal partagé sous le rapport de la vue. En effet, non-seulement ses yeux ne sont doués que d'une faible puissance, mais encore, par leur position sur les côtés de la tête, ils dérobent à l'animal les objets placés directement devant lui. Aussi n'est-il pas rare qu'il se jette littéralement dans les jambes du chasseur lorsque celuici se trouve dans Taxe de sa ^Oute.
Quoique peureux et craintif ft l'excès, le Lièvre est cependant susceptible de s'apprivoiser, et d'atteindre un certain degré de familiarité. Le docteur Franklin en a possédé un qui, durant l'hiver, s'asseyait devant le feu, entre un grand chat angora et un chien courant, avec lesquels il vivait dans les meilleurs termes. Il se mettait à table à côté de son maître, et lui grattait le bras avec sa patte de devant, pour en obtenir quelque morceau. On peut aussi apprendre au Lièvre divers exercices, par exemple à battre du tambour, à danser en mesure, et même à décharger un pistolet. Mais telle est la force de l'instinct de liberté chez cet animal, que, même rendu captif dès son âge le plus tendre, il retourne à la vie sauvage dès qu'il en trouve l'occasion.
On connaît le rôle important que joue le Lièvre dans l'art culinaire : un civet bien assaisonné est un mets de haut goût, qui fait la joie des amateurs de gibier. Les Lièvres de montagne, quoique maigres, ont plus de saveur, parce qu'ils se nourrissent
principalement de plantes aromatiques. Ceux qui habitent les lieux bas et marécageux, et qu'on appelle Lièvres ladres, doivent être absolument rejetés, car leur chair est pâle et mauvaise. La loi de Moïse et le Coran défendent l'usage de la viande de Lièvre, sans doute parce qu'en raison de ses propriétés excitantes, elle pourrait avoir, dans les climats orientaux, quelques inconvénients.
La fourrure du Lièvre a son emploi : le duvet qui en forme la base est utilisé poux la confection du feutre.
Dans l'espèce du Lièvre comme dans celle des rats, des souris, etc., il existe des individus tout blancs : ce sont des albinos^ caractérisés par leurs yeux rouges. Il faut se garder de les confondre avec une autre espèce, dont le pelage, d'un gris fauve en été, passe au blanc pendant Thiver, mais dont l'extrémité de l'oreille reste toujours noire. C'est le Lièvre changeant, ou variable, qui habite les sommets élevés des montagnes et les régions septentrionales des deux continents. C'est d'ailleurs un phénomène commun dans les contrées froides, que cette coloration blanche se substituant à une autre pendant la saison rigoureuse, pour mettre obstacle au rayonnement, et par suite à la déperdition de la chaleur de l'animal.
Le Lièvre est répandu sur toute la surface du globe et à toutes les altitudes, excepté dans l'Australie et à Madagascar. Il a à peu près partout les mêmes habitudes.
Passons maintenant au Lapin.
Très-voisin du lièvre par les formes, l'aspect extérieur, le Lapin en diffère cependant beaucoup par les mœurs. Il vit en société et se retire dans des terriers. On ne le trouve pas dans la plaine: les lieux montueux, les coteaux boisés, sont les terrains qu'il affectionne pour s'établir. Pas plus que le lièvre, il ne sort pendant le jour; mais dès le soir il va gambader dans les clairières (fig. 223) et tondre l'herbe fraîche. Il aime surtout à folâtrer en compagnie, à la douce lueur de la lune (fig. 224).
Il a d'ailleurs beaucoup d'ennemis, les mêmes que le lièvre, et sa seule ressource pour leur échapper est d'aller se réfugier dans sa demeure souterraine. Comme il n'a pas les merveilleuses aptitudes de son congénère pour la course, il serait bientôt vaincu dans une lutte de ce genre. Sa frayeur s'exprime d une singulière façon : il frappe le sol de son pied de derrière. D'aucuns prétendent qu'il agit ainsi pour avertir ses frères du péril.
La fécondité de la femelle du lièvre, déjà bien remarquable.
n'est rien en comparaison de celle du Lapin, car une femelle peut faire par an sept ou huit portées, de quatre à huit petits chacune. Quelques jours avant de mettre bas, la Lapine creuse un terrier, spécialement destiné à sa progéniture. Ce terrier, droit ou coudé, suivant le cas, se termine invariablement par une chambre circulaire, garnie d'un lit d'herbes sèches, recouvert lui-même d'une couche de duvet, que la bonne mère s'arrache de dessous le ventre. C'est là que les petits sont déposés. Aussitôt qu'elle est déli-
Flg. Ï33. LapiDS dans une clairière.
vrée, la nourrice quitte le terrier, après en avoir soigneusement bouché rentrée; et chaque jour elle vient allaiter sa jeune famille, en renouvelant les mêmes précautions à son départ. Au bout d'une vingtaine de jours, elle abandonne à eux-mêmes ses petits, devenus' assez robustes pour se passer de sa protection. Ceux-ci restent réunis et se creusent bientôt un souterrain, où ils vivent en commun .
Le Lapin sauvage, appelé aussi Lapin de garenne (Itg. 225), est, dit-on, originaire d'Afrique, d'où il passa en Espagne, puis en
France, en Italie, et successivement dans tous les pays chauds et tempérés de l'Europe; on le trouve aussi dans l'Asie Mineure et dans la Perse. Tout porte à croire que cette espèce est la souche de notre Lapin domestique.
L'élève duLapindomestiquesefaitauJourd'huisurla plus vaste échelle. Elle est devenue, dans les campagnes, le complément, pour ainsi dire indispensable, de toute exploitation agricole, grande
Flg, t]4. Lapins el Lapereaux, Is soir.
ou petite. C'est qu'elle nécessite peu de frais, peu d'embarras, qu'elle est, par cela même, à la portée de toutes les bourses, et qu'elle donne, lorsqu'elle est bien conduite, des bénéfices certains. Nous en avons pour garant l'opuscule célèbre ayant pour titre : l'Art d'élever les Lapins, et de s'en faire trois mille francs de revenu !
Outre les grandes éducations qui se font dans les fermes impor-
tantes et qui peuvent devenir très-fructueuses, grâce à. un ensemble de soins et de précautions que l'eipérîence a reconnus nécessaires, il y a pour le Lapin ce que l'on pourrait appeler l'éducation de famille, dont les proportions sont beaucoup plus restreintes, et qui réussit généralement mal, parce qu'elle se fait dans des conditions, détestables. Les Lapins ainsi élevés, et qu'on appelle Lapins de clapier, ou Lapins de choux (Qg. 226), parce qu'en efTet le ch,ou est la base de leur alimentation, sont souvent renfermés
Fig. tu. Lapins de gnreniic.
dans une chambre, ou vaguent librement dans une cour malpropre. Ils sont exposés à une foule de maladies, qui en emportent un grand nombre; et les survivants n'ont aucune des qualités comestibles du Lapin de garenne. Leur chair est fade, insipide ; les gens de goût la dédaignent avec raison.
Dès le commencement du dix-septième siècle, Olivier de Serres publia des instructions sur l'élevage du Lapin. Mais ce qu'il avait surtout en vue, c'était le Lapin demi-sauvage, d^mi-domestique.
renfermé dans une garenne close, et de plusieurs hectares d'étendue. Tout le monde ne peut pas procéder ainsi. Le mode d'élevage le plus répandu est donc celui qui consiste à priver le Lapin de sa liberté, à le renfermer dans des cases et à lui distribuer la nourriture comme on l'entend. Voici les règles que l'on indique pour arriver, dans ces conditions, aux meilleurs résultats.
Les Lapins sont placés dans une série de petites loges. Ces loges doivent être de 2 mètres carrés environ, avec séparation à clairevoie, alin que les Lapins puissent s'apercevoir les uns les autres, et ne soient pas soumis au régime de la prison cellulaire. Autant que possible, elles seront exposées au midi ; il est indispensable qu'elles soient sèches et bien aérées. Une litière abondante et fraîche, fréquemment renouvelée, recouvrira le sol, qui sera en
RONGEURS. h6i
bois ou en béton, et légèrement incliné, pour favoriser l'écoulement des eaux. Dès l'âge de six mois, on isolera les femelles dans des compartiments séparés, car dès ce moment elles sont capables de concevoir. On place un m&Ie successivement, et à intervalles de huit jours en huit jours, dans huit ou dix compartiments. Comme la durée de la gestation est d'un mois environ chez la Lapine, la femelle de la loge n' 1 aura déjà mis bas depuis un
mois ou un mois et demi, lorsque le mâle sortira de la dernière cellule. On peut donc recommencer l'opération dans le même ordre. Mais on devrait renouveler le mâle de temps en temps, afin de lui donner du repos. Il est également indispensable de séparer les jeunes des parents, dès qu'ils seront sevrés. On les réunira dans une case commune, dont les proportions varieront avec le nombre des jeunes Lapins. La nourriture se donnera à heures ré-
glées : le matin, à midi et le soir. Dans la belle saison, elle consistera en herbes fraîches et végétaux de toutes sortes ; dans l'hiver, en vesces, pommes de terre, foin, etc. Recommandation expresse de ne point mêler aux aliments d'herbes mouillées. On n'oubliera pas Teau, surtout lorsque leur subsistance sera de nature sèche.
En tenant compte des perles qui se produisent nécessairement, sous Tinfluence de causes diverses, chaque Lapine pourra fournir annuellement trente Lapins, et donnera un bénéfice de 20 francs, tous frais déduits. Si l'exploitation est montée en grand, elle ne laissera donc pas que d'être assez fructueuse.
Parmi les différentes races de Lapins domestiques, il faut citer le Lapin d'Angora, originaire de l'Asie Mineure comme les chais et les chèvres du même nom, et qui est célèbre par la longueur et la finesse de son poil. On Télève surtout en vue de sa fourrure, qui a beaucoup de valeur. Chaque année, au printemps, on arrache au Lapin angora une partie de ses poils, pour les vendre à la chapellerie.
On utilise dans le Lapin non-seulement la chair et les poils, mais aussi la peau, qui sert à faire de la gélatine.
Le Lapin domestique est donc un animal précieux. Il n'en est pas de même du Lapin sauvage, qui, par sa multiplication rapide, ses habitudes fouisseuses et ses goûts herbivores, est, pour Tagriculture,un véritable fléau. Aussi le chasse t-on partout avec rage- On a, pour l'atteindre au fond de son terrier, un auxiliaire, le furet, spécialement dressé à ce genre d'exercices (fig. 227).
Le Lapin n'est pas particulier à Tancien continent : il existe aussi en Amérique ; mais l'espèce de ce pays est diflërehte de la n6tre.
\[iagomys. — Les Lagomys (Lièvres -Rats, de ^«^wç, lièvre ; uuç, rat) diffèrent des autres Léporidés par leurs oreilles exiguës et arrondies, leurs membres courts, leur queue nulle et leur petite taille. Par leurs habitudes, ils se rapprochent beaucoup des Lapins. Us • habitent les montagnes escarpées, et se creusent des terriers au milieu des rochers. La plupart des espèces connues sont propres à la Sibérie; une seule a été trouvée dans les montagnes Rocheuses, en Amérique.
La plus intéressante est le Lngomys Pika, Cet animal se rassemble en société, au mois d'août ou de septembre, et fait en commun des provisions pour l'hiver. Ces provisions se composent d'herbes,
que les petits rongeurs font sécher au soleil, et qu'ils entassent ensuite à l'entrée de leur demeure. Ils forment ainsi des monticules qui ont jusqu'à 5 pieds de haut sur 8 de diamètre, et sont par conséquent faciles à trouver, bien qu'ils soient couverts de neige pendant la saison rigoureuse. Aussi les Pikas ne profitentils pas toujours de leurs réserves; car les sauvages habitants des steppes de la Sibérie s'en emparent avec bonheur.