ORDRE DES CHÉIROPTÈRES
Les Chéiroptères sont ces singuliers animaux vulgairement désignés sous le nom de Chauves-Souris. On s'est fait pendant longtemps, et beaucoup de personnes se font encore aujourd'hui, les idées les plus fausses sur ces êtres bizarres. Aristote les définit des oiseaux à ailes de peau. Après lui, Pline, Aldrovande, Scaliger, sont tombés dans la même erreur. Les Chauves-Souris n'ont pourtant d'autre ressemblance avec les oiseaux que la faculté de se mouvoir dans les airs.
Après bien des siècles, on est enfin parvenu à connaître, jusque dans leurs moindres détails, les différents caractères qui fixent le rang de ces animaux dans Tensemble de la création. On sait aujourd'hui à n'en pas douter que ce sont^des Mammifères.
La conformation toute particulière de leurs membres antérieurs, les transformations de leurs mains en ailes, constituent leur caractère tout à fait distinctif parmi les autres Mammifères. Aussi leur dénomination scientifique rappelle-t-elle cette disposition organique spéciale. Le mot chéiroptère veut dire main ailée, ou main transformée en aile (x^^p, main; icrepov, aile). Les Chéiroptères sont donc des Mammifères à mains ailées.
Comment la nature est-elle parvenue à réaliser ce nouveau type? Tous les doigts de la main, à l'exception du pouce, qui est court, onguiculé et complètement libre, sont démesurément allongés, dépourvus d'ongle, et réunis au moyen d'une membrane transparente, qui est dépourvue de poils. Cette membrane, qui recouvre aussi les bras et les avant-bras, n'est autre chose qu'un prolongement de la peau des flancs. Elle se compose de deux couches très-minces, Tune qui fait suite aux téguments du dos, l'autre qui
continue ceux de Tabdomen. Elle s'étend également entre les membres postérieurs, où elle se développe plus ou moins, suivant les genres, et prend alors le nom de membrane inter fémorale; mais elle n'attemt jamais les doigts des pieds, qui sont courts et onguiculés comme le pouce de la main.
C'est grâce à cette espèce de voile membraneuse que les Chauves- Souris peuvent se diriger dans l'espace, à la manière des oiseaux. Lorsqu'elles sont au repos, elles replient leurs ailes autour de leur corps, et s'en enveloppent, comme d'un manteau, de même qu'on ferme son parapluie pour en diminuer le volume, lorsqu'il est devenu inutile. Cette comparaison est d'autant plus juste, que les longs doigts filiformes de l'animal figurent parfaitement les baguettes du parapluie.
D'après ce qui précède, on comprend que les Chauves-Souris soient peu propres à la locomotion terrestre : on peut dire, sans exagération, qu'elles se traînent plutôt qu'elles ne marchent sur le sol. On a maintes fois observé leurs mouvements en cette circonstance, et voici ce qu'on a constaté. Lorsqu'elles veulent se déplacer, elles projettent aussi loin que possible l'ongle crochu qui termine l'un de leurs pouces supérieurs, et l'implantent en quelque endroit du terrain; puis, exerçant une traction sur ce point, elles rapprochent le corps dans le même sens, par le jeu des muscles du bras, en même temps que les membres postérieurs agissent d'arrière en avant, pour aider à ce mouvement. L'autre pouce exécute ensuite la même manœuvre, et le corps s'avance de la même quantité, mais non plus dans la même direction. Il est facile de voir, en effet, que l'animal se porte tantôt à droite, tantôt à gauche, suivant qu'il se cramponne par l'un ou l'autre pouce, et qu'ainsi la Chauve-Souris marche, non point en ligne droite, mais par une suite de zigzags, dont Taxe de l'animal représente la direction réelle.
Un naturaliste anglais, White, qui a étudié les Chauves-Souris en captivité, s'inscrit en faux contre l'opinion commune qui veut qu'elles ne puissent se mouvoir à terre qu'avec beaucoup de difculté. Il prétend au contraire qu'elles courent assez vite, mais, ajoute-t-il, de la manière la plus grotesque et la plus risible. En dépit de cette affirmation, nous nous refusons à croire à l'agilité des Chéiroptères en tant que Mammifères marcheurs, et nous pensons qu'il y a exagération dans les dires du naturaliste anglais.
Il est certain que les Chauves-Souris ne descendent pas à terre
dans l'état ordinaire. Outre le motif que nous venoos d'indiquer, il y en a un autre qui les porte à agir ainsi : c'est qu'elles s'y trouvent placées dans une fort mauvaise situation pour prendre leur essor. Leur cas est alors à peu près le même que celui des oiseaux de haut vol, qui, pleins de grâce et d'assurance lorsqu'ils s'élancent d'uD point élevé, sont astreints aux plus pénibles efforts lorsqu'ils ont à s'élever d'un sol bas et uni.
Les Chéiroptères sont essentiellement nocturnes. Leurs yeux, quoique peu volumineux, sont organisés pour voir, non dans des
ténèbres complètes, mais à la lumière affaiblie du crépuscule ouà la douce lueur de la lune et des étoiles, lis se retirent pendant le jour dans les cavernes, dans les carrières abandonnées, les greniers, les clochers des églises, les vieilles ruines, les troncs d'arbres, et y restent endormis jusqu'au soir. Ils se suspendent aux parois de ces sombres demeures, par leurs pattes de derrière, dont les ongles, forts et recourbés, sont merveilleusement appropriés à cet usage, et reposent ainsi latiie en bas (fig. 2J6). Souvent ils s'accrochent les uns aux autres, et forment alors des masses compac-
tes, dont on ne peut se faire une idée lorsqu'on n'en a pas eu le curieux spectacle. Dans certaines cavernes souterraines, le nombre des Chauves -Souris est si considérable, qu'une couche épaisse de fiente couvre le sol de ces lieux ténébreux.
Si Ton en excepte la vue et le goût, qui ne paraissent pas trèsdéveloppés, les sens des Chauves-Souris sont d'une étendue et d'une subtilité étonnantes.
En général, les oreilles sont grandes, largement ouvertes, et la perception des sons se fait parfaitement. Quant à l'odorat, il est d'une finesse sans égale. Dans un certain nombre d'espèces, l'entrée des narines est revêtue de feuilles membraneuses, dites feuilles nasales, qui communiquent une singulière vivacité aux impressions de l'organe olfactif. Enfin le toucher est d'une sensibilité exquise : ce qui ne pourra surprendre si l'on songe à la prodigieuse extension de la main chez ces Mammifères.
C'est à la délicatesse exceptionnelle du toucher qu'il faiït attribuer l'aisance avec laquelle les Chauves-Souris volent dans leurs obscures retraites, sans jamais se heurter aux angles, aux saillies des rochers, ni aux autres obstacles qui peuvent se trouver sur leur chemin. Spallanzani fit à cet égard des expériences décisives. Le célèbre physiologiste arracha les yeux à des Chauves-Souris, et les ayant abandonnées à elles-mêmes, il les vit voler autour de la chambre, sans que rien dans leurs mouvements trahit la moindre hésitation, sans qu'elles allassent donner de la tête contre les meubles ou contre le plafond, en un mot, sans que la privation de la vue semblât rien changer à leurs conditions d'existence.
Il n'en fallut pas davantage à Spallanzani pour déclarer que les Chauves-Souris sont douées d'un sixième sens, qui leur révèle le voisinage des corps solides. Mais une telle explicatioa Ji'est pas nécessaire. Quand on connaît la prodigieuse sensibilité des organes du tact chez ces animaux, on peut admettre qu'ils sont impressionnés par certains mouvements de l'air, imperceptibles pour nous, et que la Chauve-Souris peut ainsi se rendre compte de la proximité d'un corps par les remous et les courants d'air qu'elle occasionne en se déplaçant elle-même dans l'atmosphère.
Les Chauves-Souris sont des animaux hibernants. Dans les régions froides et tempérées, dès qu'arrivent les derniers jours d'automne, elles se confinent dans les lieux qui leur servent de retraite habituelle ; et là, les pieds en lair, la tête en bas, les ailes re-
pliées autour du corps, comme lorsqu'elles se livrent au repos durant le jour, elles tombent dans un état d'engourdissement qui ne cesse qu'au retour du printemps. Elles sont alors absolument insensibles; la vie semble suspendue en elles. On peut les toucher, les secouer, et même les jeter en Tair, sans qu'elles fassent le moindre mouvement. Mais qu'on les garde quelque temps dans les mains, ou qu'on les approche du feu, et sous l'influence de la chaleur elles ne tarderont pas à se ranimer.
Pendant la durée de l'engourdissement, les fonctions vitales s'exécutent très-faiblement chez les Chauves-Souris hibernantes, mais elles ne sont pas tout à fait anéanties. Les Chauves-Souris ne sont pas dispensées de se nourrir pendant cette période de leur existence. Seulement, comme elles ne prennent aucun aliment, elles dévorent leur propre substance, c'est-à-dire la graisse qu'elles ont accumulée dans leur corps durant les jours d'activité. Ainsi s'explique l'état de maigreur auquel elles sont réduites au sortir de leur sommeil hibernal.
La plupart des Chéiroptères ont les molaires hérissées de pointes coniques, et sont par conséquent insectivores ; seules les Roussettes ont des molaires à couronne plate, et se nourrissent de fruits. Il est aussi quelques Chéiroptères, tels que les Vampires, qui s'attachent aux autres animaux, et même à l'homme, pour sucer leur sang.
Dès que le soleil est descendu au-dessous de l'horizon, les Chéiroptères se précipitent à l'envi hors de leurs retraites, pour aller à la recherche de leur nourriture. On les voit alors poursuivre et happer au vol les insectes crépuseulaires. Lorsqu'ils sont suffisamment repus, ils rentrent dans leurs ténébreuses demeures, pour recommencer à l'aube, le lendemain matin. Qui n'a observé, après une belle journée d'été, le vol circulaire et tremblotant de la Chauve-Souris en quête d'une proie? Qui n'a remarqué ses allures hésitantes î Le rôle de cet animal répond si bien, dans la nature, à la poésie du soir, qu'il nous semblerait que quelque chose manque à sa sombre harmonie , si la Chauve-Souris ne passait et repassait devant nos yeux, à intervalles réguliers.
Aux bords des rivières, on voit la Chauve-Souris raser avec constance la surface de l'eau, pour y saisir les insectes volants,et apporter une telle préoccupation à cette chasse fructueuse, qu'elle se laisse prendre aux pièges les plus grossiers. Un insipcte fixé à un hameçon, et qu'on agite en l'air, suftît alors pour exciter
sa convoitise, et la faire tomber entre nos mains. C'est là, du reste, la seule manière de s'emparer d'une Gliauve-Souris, car il ne faut pas songer à la chasser au fusil, à cause des nombreux crochets dont elle accidente son vol.
La Chauve-Souris ne fait ordinairement qu'un seul petit. Dès qu'elle a mis bas, la mère nettoie son nourrisson, et l'enveloppant dans ses ailes, comme dans un berceau, elle le tient pressé contre son sein, où le nouveau-né trouve sa première nourriture. Au bout de quelques jours, celui-ci peut s'accrocher, par ses ongles de derrière, à la fourrure de sa mère, et il n'est pas rare de voir la mère s'élever dans les airs, portant cet étrange fardeau. Quand, par exception, la portée a été double, c'est deux jeunes au Heu d'un que la nourrice ailée emporte ainsi à travers les airs.
On a constaté, non sans surprise, que ces animaux ne sont pas insensibles aux charmes de la toilette. On les a vus, en captivité, nettoyer leur fourrure avec le plus grand soin, et en se servant de leurs membres inférieurs en guise de peigne, la partager comme le font nos gandins, en deux parties, par une raie droite s*étendant tout le long du dos.
Les Chéiroptères supportent difflcilement la perte de leur liberté; réduits en captivité, ils meurent au bout d'un temps trèscourt. Il en est pourtant qui survivent à leur emprisonnement, et qui deviennent même très-familiers avec les personnes que des relations de chaque jour leur ont appris à connaître. Le docteur Franklin dit qu'il a vu des Chauves-Souris tout à fait apprivoisées dans plusieurs fermes de l'Angleterre. Ces petites créatures vivaient dans la même chambre -que la famille du fermier. Si quelqu'un, tenant un insecte entre les lèvres, s'amusait à imiter le bourdonnnement d'une mouche, elles venaient se poser sur ses joues, chercher au bord de sa bouche l'insecte désiré, et même le saisir entre ses lèvres.
En Orient, il est peu de maisons habitées dans lesquelles les Chauves-Souris n'aient droit de domicile. On en voit beaucoup accrochées, pendant l'été, aux arcades des caves de Bagdad, et vivant en bonne intelligence avec les indigènes, qui d'habitude se renferment dans les caves pour éviter la chaleur torride de ces contrées. Un certain nombre de Chauves-Souris vont même se fixer au plafond, haut et voûté, des appartements du premier étage. Elias restent là toute la journée, sans s'effrayer du bruit et de l'activité des allants et venants.
Pour la plupart des personnes qui n*ont pas observé de près et longtemps les Chauves-Souris, ces animaux sont un objet d'effroi. Leur nature ambiguë, leurs allures mystérieuses, leurs habitudes nocturnes causent ce sentiment de répulsion. On les confond avec les hiboux et les chouettes dans une haine commune , et, la superstition aidant, on leur attribue les mêmes propriétés malfaisantes. Du temps de Hoïse, elles étaient déjà désignées à la vindicte publique ; car le législateur hébreu les met au nombre des animaux impurs dont le peuple de Dieu ne doit jamais manger la chair. L'antiquité parait s'être inspirée de la Chauve-Souris quand elle créa ses fabuleuses Harpies. Les Chauves-Souris personnifiaient au moyen âge Tesprit du mal, et étaient les compagnes inséparables des sorcières. On n'a plus aujourd'hui ces idées ridicules sur les Chauves-Souris, mais on continue à les détester, et le paysan qui peut en tuer une se fait gloire de la clouer sur la porte de sa chaumière. Ces animaux ne méritent pas une telle rigueur. Bien plus, notre haine contre eux n'est que de l'ingratitude, car ils nous rendent des services inappréciables. Comme les hirondelles, auxquelles elles succèdent chaque soir dans les ré-, gions des airs, les Chauves -Souris empêchent la multiplication des insectes nuisibles à l'agriculture. Elles ont, à ce titre, droit à nos respects. Que les hommes cessent donc de les persécuter I Ils feront acte de bon cœur et de bonne politique.
Les Chauves-Souris sont répandues sur toute la surface du globe. Certaines espèces ne se trouvent que dans des régions déterminées; d'autres sont absolument cosmopoli tes. Conformément à ce qu'on observe chez tous les autres animaux, et même chez les végétaux, ce sont les contrées les plus chaudes qui fournissent les espèces les plus grandes et les plus fortes.
L'ordre des Chéiroptères peut se partager en trois familles : les VespertUienSf les Roussettes et les Vampiriens.
Famille des Vespertiuens. — Nous répartirons les Chéiroptères appartenant à cette famille en trois groupes, d'après une distinction basée sur la conformation du nez. Dans le premier, sont les espèces à nez simple, comprenant les genres Taphien, Noctilion^ Vespertilion et Molosse; dans le second, sont les espèces qui ont le nez creusé d'une cavité : elles comprennent le seul genre Nyctère; dans le troisième, les espèces dont le nez est surmonté d'une feuille; elles forment les genres Rhinohphe et Mégaderme,
bik MAMMIFÈRES.
Genre Tapkien. — Les TapMem habitent l'Afrique et les parties chaudes de l'Asie. Us sont caractérisés par un front excavé et par une queue assez courte, qui, au lieu de se confondre dans l'épaisseur de la membrane interfémorale, comme chez la plupart des Chéiroptères, se détache en saillie au-dessous. Ils ont, en général. 25 à 30 centimètres d'envergure.
Gtnre NoctUion. — Les Noctilions ont les lèvres grosses et fendues, en manière de btc-de-lièvn : ce qui donne à leur physionomie un aspect tout à fait repoussant. On n'en connaît que deux espèces, originaires de la Guyane, du Brésil et du Pérou.
Genre Yespertilion. — Le genre Vespertilion comprend les espèces plus spécialement désignées sous le nom de Chauves'Souris. Elles ont presque toutes la queue longue, et la membrane interfémoraie très- développée. De petite taille en général, elles dévorent une grande quantité d'insectes. L'une des moins fortes, la Pipis-
Fig. m. Tèl8 d'Oreillard.
irelU, n'engloutit pas moins de 70 mouches communes à son repas. Elles répandent, comme beaucoup d'autres Chéiroptères, une odeur musquée, qui décèle immédiatement leur présence. Elles sont très- nombreuses et comptent des représentants dans toutes les parties du monde.
Parmi les plus communes, nous citerons la Nodule, qui habite la France et presque tout le reste de l'Europe; — la Pipùiretle, qui se trouve également dans toute l'Europe, en même temps qu'en Afrique et dans l'Inde i son envergure ne dépasse pas 23 centimètres; — VOreillaid (fig. 237), ainsi nommée causedeses oreilles énormes, et qui atteint 30 centimètres d'envergure; on le rencontre dans toutes les parties de la France et dans quelques autres contrées de l'Europe, mais il est partout assez rare ; — le Vespertilion mwin, qui vit par troupes nombreuses en Europe et en Algérie; c'est le plus grand des Vespertilions : il mesure 45 centimètres d'envergure.
Genre Molosse. — Les Molosses sont des animaux à la tâte grosse, aux lèvres épaisses et lippues, plus ou moins frangées, et dont la membrane interfémorale s'étend jusqu'à la moitié de la queue seulement. En résumé, leur aspect est hideux. Us habitent les régions chaudes et tempérées des deux continents. On en connaît huit ou neuf espèces, dont une seule a été observée en Europe; la plus grande est le Molosse à collier^ qui habite Bornéo et le royaume de Siam, et dont Fenvergure est de 65 centimètres.
Genre Nyctère. — Chez les Nyctères, le nez est creusé d'une cavité dans laquelle la feuille nasale est cachée. Cette feuille existe donc, mais elle n'est pas visible au dehors. La queue, de grandeur moyenne, supporte dans toute sa longueur la membrane interfémorale. Ces animaux habitent différentes régions de l'Afrique, telles que l'Egypte, le Sennaar, le Sénégal, et se trouvent aussi à Java. Trois espèces seulement ont été constatées jusqu'ici. Leur envergure varie de 20 à 25 centimètres.
Genre Rhinolophe. — Les RMnolophes sont parfaitement caracté* risés par la présence et les dispositions de la feuille nasale, qui se compose de deux parties, à peu près comme chez les Vampires: Tune figurant un fer de lance, placée sur le bas du front; l'autre bordant la lèvre supérieure, et ressemblant plus ou moins à un fer à cheval ; c'est entre ces deux membranes que s'ouvrent les narines. Les oreilles et la queue sont de grandeur moyenne; la membrane interfémorale embrasse celle-ci tout entière. On remarque, auprès des aines, deux glandes, ayant apparence de ma* melles, et qui ont pour fonction de sécréter une matière odorante. Sous le rapport de la taille, les Rhinolophes diffèrent peu des Vespertilions; ils ont le poil long et fourni, d'une nuance pâle en général, élégant quelquefois.
Ces Chéiroptères sont très-répandus dans l'ancien continent, en Europe, en Afrique, en Asie et dans les îles de la Sonde, mais il n'en existe aucune espèce en Amérique. Ils vivent par bandes nombreuses, pendant une grande partie de l'année. Lorsque les femelles ont été fécondées, elles se séparent des mâles, et vont, en quantité plus ou moins grande, s'établir dans d'autres lieux, pour mettre bas et élever leurs petits. Lorsque ceux-ci sont en état de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, les mères cessent de s'en occuper, et retournent vivre dans la société des mâles.
L'espèce la plus considérable du genre est le Rhinolophe fameux, qui habite Java et les Moluques; il mesure 53 centimètres d'enver-
gure. La plus petite est le Rhinolophe trictupidô^qui n'a que 21 centimètres d'envergure.
L'Europe en possède en propre deux espèces : ce sont le Wdnolophe petit fer-à-cfieval, ou Bifer, dont le pelage est d'un beau blanc lustré, et Tenvei^ure de 25 centimètres environ, et le Rhinolophe grand fer-à-cheval^ ou Unifer^ de 45 centimètres d'envergure ; elles sont communes en France.
Genre Mégaderme. — Les Mégadermes ont le nez surmonté d'une feuille très-ample et très-compliquée. Leurs oreilles sont trèsgrandes, et leur membrane interfémorale est très-développée ; ils sont dépourvus de queue. On les rencontre exclusivement en Afrique et en Asie. Des quatre ou cinq espèces que Ton connaît, les plus importantes sont le Mégaderme fiuille, qui habite le Malabar, et le Mégaderme lyre, qui se trouve au Sénégal. Cette dernière mesure 35 centimètres d'envergure.
On range à côté des Mégadermes les Rhinopomes^ qui s'en distinguent par une feuille nasale plus petite, et par une queue longue et grêle, absorbée en partie seulement par la membrane interfémorale. Ils vivent en Egypte et au Bengale.
Famille des Roussettes. — Les Pléropiens, vulgairement appelés Roussettes^ à cause de leur couleur généralement rousse, ou brune, sont les plus grands des Chéiroptères. Il en est qui atteignent la taille d'un écureuil, et qui ne mesurent pas moins de 1"',50 d'envergure. Dans la plupart des espèces, la membrane interfémorale est rudimentaire, ainsi que la queue; quelques-unes manquent même complètement de ce dernier appendice.
Le caractère dominant des Pléropiens réside dans leur dentition, et dans le régime alimentaire qui en est la conséquence : ils ont des moUaires à couronne plate, ou simplement tuberculeuse, et se nourrissent de fruits. Leur face est totalement dépourvue de feuilles nasales, et leurs oreilles sont peu développées. Ils habitent exclusivement l'Afrique, l'Asie et les îles de l'Océanie. C'est surtout dans cette dernière région qu'ils sont répandus. La Polynésie, la Micronésie, la Malaisie, l'Australie et la terre de Van- Diémen en possèdent des quantités innombrables ; mais il n'en faut point chercher en Europe ni en Amérique.
Les Roussettes ne sont pas ces animaux redoutables que nous ont représentés les premiers voyageurs auxquels il fut donné d'en voir dans les lieux mêmes où ils naissent et meurent Ces explora-
teurs s'étaient laissé abuser par les dimensions extraordinaires de ces chauves-souris, et ils chargèrent leurs récits d'exagérations ridicules. La vérité est que les Roussettes n'attaquent aucun animal, même parmi les plus faibles, et qu'elles se nourrissent à peu près exclusivement de fruits. Elles peuvent, il est vrai, à défaut de leurs aliments ordinaires, manger des insectes et même de la viande crue, mais c'est là une exception.
Les Roussettes ne sont redoutées qu'à cause des incalculables dégâts qu'elles occasionnent dans les jardins et les plantations.
Elles dévorent, eu effet, toutes les espèces de fruits qui sont à leur portée, et deviennent ainsi une source permanente de dommages pour les indigènes. On est obligé d'avoir recours à divers artifices pour soustraire à leurs attaques les fruits les plus beaux et les plus savoureux. A Java, on entoure les arbres à fruits de filets ou de corbeilles tressées avec deslames de bambou.
Il est certaines espèces, parmi les Roussettes, qui, au lieu de se retirer, pendant le jour, dans des lieux obscurs, comme presque tous les Chéiroptères, se suspendent, par centaines, aux branches
d'un grand arbre, et attendent ainsi, le corps renversé, l'heure du crépuscule. Ce sont ces heures de repos qu'on choisit pour les massacrer. On cnasse en effet ces animaux, non-seulement pour limiter leurs dépré(?aticni, mais encore pour leur chair, qui est estimée. Seulement on l l précaution, avant de les mitrailler, de les effrayer ur leur faire abandonner leur arbre; si l'on n'agissait pas ainsi, ils resteraient cramponnés à la branche, même après la mort, tant leur force de préhension est considérable.
Quoique les Roussettes soient, comme les autres Chauves-Souris, de mœurs essentiellement nocturnes, il n'est pas fort rare d'en voir voler en plein jour. Le docteur Forster, dans son voyage avec le capitaine Cook, en 1772, en observa un certain nombre dans les îles de l'Amitié. Il dit qu'elles effleurent la surface des eaux avec une aisance extrême ; il assure même en avoir vu une nager. Elles se mettent d'ailleurs assez fréquemment à l'eau, dans le double but de se laver et de se débarrasser des insectes parasites qui les tourmentent.
Les Roussettes répandent dans l'air une forte odeur musquée, qui n'a rien d'agréable. Elles ont un coup d'aile si puissant que, lorsqu'elles partent en grand nombre d'un bambouVellès le font ployer jusqu'à terre. Elles font souvent entendre des cris aîçus, soit parce qu'elles se disputent entre elles pour se placer, soit parce qu'on vient les déranger. Lorsqu'elles sont blessées et qu'on tente de les prendre avec la main, elles mordent très-vivement.
On a quelquefois réussi à amener des Roussettes en Europe, en les nourrissant de bananes et autres fruits pendant le voyage, et en ajoutant à ce régime végétal de la viande crue lorsque les bananes étaient épuisées. Sur le navire, elles se tenaient éveillées toutes les nuits, et paraissaient tourmentées du désir de sortir de leur cage. On a constaté également qu'elles sont susceptibles d'attachement pour la personne qui leur donne des soins.
Les naturalistes ont établi dans la famille des Ptéropiens un certain nombre de genres, auxquels nous ne nous arrêterons pas. Citons seulement, parmi de nombreuses espèces, la Roussette éduk, la Roussetle d'Edwards (fig. 238), la Roussette vulgaire, la Roussette à cou rouge. Une énumération plus longue serait fastidieuse.
Famille des Vampiriens. — Les Yampiriens sont principalement caractérisés par deux feuilles nasales, Tune, en forme de fer à cheval, située sur le haut de la lèvre supérieure, l'autre disposée
en fer de lance, située au-dessus de la première. Ils onl la gueule extrêmement fendue, la lan^e hérissée de papilles cornées et, à chaque m&choire, une paire de fortes canines qui font saillie en dehors des lèvres. Leur taille est moyenne, leur poil court et lustré, et leur membrane interfémorale plus ou moins développée, suivant les genres; la queue varie en longueur ou manque selon les espèces.
Les Vampiriens, appelés aussi Phyllostomiens, de l'un des principaux genres, le genre Phyliostome, sont les Chauves-Souris de
l'Amérique centrale et méridionale. Elles sont très-redoutées, tant pour leur force et leur taille que pour leurs habitudes carnassières.
Les voyageurs et les naturalistes qui ont visité ces contrées sont unanimes pour raconter que, non contents de dévorer des insectes, les Vampiriens s'attachent aux animaux domestiques, et même à l'homme, pour sucer leur sang. Les bœufs, les chevaux, les mulets sont exposée à leurs atteintes, lorsqu'on n'a pas la précaution de les faire rentrer la nuit dans les étables. 11
ne faudrait pas croire pourtant, comme on Ta quelquefois avancé, que de telles blessures soient assez dangereuses pour déterminer la mort; ce sont là des exagérations dont la raison fait justice. Seulement, Tiiémorrhagie, plus ou moins prolongée, qui en est la suite, est une cause d'affaiblissement, et peut, dans certains cas, aboutir aux conséquences les plus désastreuses.
Le naturaliste Azara, qui a observé un grand nombre de ces Chauves-Souris d'Amérique, a donné sur leurs mœurs des renseignements précis. C'est ordinairement à la croupe, aux épaules ou au cou qu'elles mordent les bètes de somme, parce qu'elles trouvent un point d'appui dans la crinière ou dans la queue Les plaies qu'elles font sont peu étendues et peu profondes : ce sont de petites incisions, pratiquées au moyen des papilles cornées dont leur langue est armée, et qui n'atteignent que la peau. Le sang dont se gorgent les Vampires provient donc, non des veines ou des artères, mais des vaisseaux capillaires de la peau. Ils attaquent quelquefois les volailles endormies, et les mordent soit à la crête, soit aux autres appendices charnus qui décorent la tète de certains gallinacés. Le plus souvent la gangrène se met dans la blessure, et la mort s'ensuit.
Azara confirme pleinement leurs tentatives sur l'homme, il en a lui-même éprouvé plusieurs fois les effets. A quatre reprises différentes, ce naturaliste eut les doigts des pieds mordus, tandis qu'il dormait dans des cases, en pleine campagne. Mais la sensation était si peu pénible, qu'il ne se réveilla pas, et qu'il ne s'aperçut de sa mésaventure que le lendemain matin. Il jugea qu'il avait pu lui être soutiré, chaque fois, environ quinze grammes de sang, dont une partie coula après que la Chauve-Souris se fut éloignée. Azara souffrit pendant quelques jours de ces blessures, mais elles n'eurent aucune suite, bien qu'il n'eût pas jugé à propos de les soigner.
Le même voyageur ajoute que les Vampires ne se nourrissent de sang que lorsque les insectes leur font défaut. Il rapporte aussi, mais sans dire ce qu'il en pense, cette opinion accréditée parmi les indigènes, que pour éteindre le sentiment de la douleur chez leurs victimes, ces animaux caressent et rafraîchissent par des battements d'ailes la partie qu'ils vont blesser:
Un naturaliste contemporain, M. de Tschudi, qui a voyagé au Pérou, a étudié ces Chéiroptères. Il dit qu'il est assez commun de trouver, le matin, dans un état très-fàcheux, des bestiaux qui ont
été piqués pendantlenuil parunPhyllostome. Cen'estqu'àgrand'peîne, et grâce à des frictions particulières sur rendroit malade, que M. de Tschudi parvint à sauver une de ses mules qui avait été blessée de cette manière. Une autre nuit, un Indien ivre fut atteint à la figure, et il en résulta une telle inflammation, que ses traits devinrent méconnaissables.
Les Vampiriens ont été partagés en un certain nombre de genres, à l'examen desquels nous ne nous arrêterons pas, attendu
qu'ils ne diOërent les uns des autres que d'une manière très-peu sensible.
Les principaux sont : les Vampires proprement dits, les Phyilostomes, les Gtostophages, les Sténodermes et les Desmodes.
A la premère section appartient le Vampire spectre (fjg. ikO), le roi des Vampiriens pour la taille. Il n'a jamais moins de soixantecinq centimètres d'envergure, et atteint quelquefois jusqu'à soixante-dix. A la deuxième section appartient le Phyllostome fer de lance (fig- 241), décrit par BuiTon, l'une des plus grandes espèces, et qui mesure trente à trente-cinq centimètres d'envergure.
b21 MAMMIFERES.
Les Glostophagts sont recoDoaissables à leur langue longue, déliée, extensible, garnie de poils à la surface; Us la sortent et la
rentrent avec une extrême rapidité: de là est venu leur nom, qui
signifie mange-langue.
Quant aux SUruxiermes, il a été constaté que, dans certains cas, ils se nourrissent de fruits ; le fait est au moins vrai du Slénoderme à luneiies. Suivant H. Uicord, ces animaux quittent tous les soirs, environ deux heures après le couclier du soleil, les forêts vierges qu'ils habitent pendant le jour, et se jettent sur les sapotilliers dont ils dévorent les fruits. Ils vontquelquefois ainsi par milliers. Ils mordent indistinctement toutes les sapotilles, pour s'assurer si elles sont mûres, et.en font ainsi un grand dégât.