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ORDRE DES QUADRUMANES

Les Quadrumanes occupent le degré le plus élevé de l'échelle animale. Les Singes sont, en effet, de tous les Mammifères, ceux qui, parleur organisation physique et l'étendue de leur intelligence, présentent les plus grands rapports avec Thomme, dernière expression de la création animée. Cette analogie est si frappante chez certains d'entre eux, tels que TOrang, le Gorille, le Chimpanzé, que plusieurs naturalistes, d'ailleurs très-autorisés, ont fait de ces animaux de simples variétés de l'espèce humaine. C'est ainsi que l'illustre Linné confondait l'homme avec les Singes dans son ordre des Primates, autrement dit des premiers animaux^ et composait son genre Homo^ non -seulement de l'espèce humaine (homo sapiens), mais encore du Chimpanzé (homo troglodytes), de rOrang-Outang {homo sGtyrus) et du Gibbon (homo lar).

Cette mauvaise philosophie naturelle souleva de nombreuses protestations, parce que l'orgueil de l'homme souffrait de l'étrange parenté qu'on prétendait lui imposer.

L'opinion de Linné n'a joui d'ailleurs que d'une faveur passagère, et l'on s'accorde aujourd'hui à faire de l'homme un ordre particulier, celui des Bimanes, placé à la tète de la création organique.

Il est incontestable qu'au point de vue purement anatomique certains quadrumanes présentent assez de ressemblance avec l'homme, pour qu'on puisse les comprendre dans un même genre naturel. A l'instar de l'homme, ces quadrumanes peuvent se tenir debout; comme lui, ils sont pourvus de mains; comme lui, ils ont la face nue et les yeux dirigés en avant; enfin, par leurs formes générales, comme par leur structure intérieure, ils rap-

pelleot en petit le roi de la nature. Mais, comme Ta dit Buffon, cela prouve seulement que le Créateur n'a pas voulu faire pour le corps de Thomme un moule absolument différent de celui de ranimai, et qu'il a compris sa forme, comme celle de tous les êtres, dans un plan général.

D'ailleurs, quand on y regarde un peu de près, la ressemblance physique n*est pas aussi complète qu'elle le parait tout d'abord, et Ton s'aperçoit bien vite que le Singe est loin d'atteindre à la perfection de l'homme, précisément dans les oi^anes qui assurent la supériorité de l'être humain sur le reste de la création.

Ce n'est que par de grands et visibles efforts que le Singe parvient à se maintenir debout, uniquement appuyé sur ses membres postérieurs. La structure même de ses pieds, qui sont de véritables mains, comme celles qui terminent ses membres antérieurs, est, chez lui, un obstacle au mode de progression verticale, car elle lui interdit de les poser à plat sur le sol, et de conserver cet état d'équilibre stable, qui est la conséquence d'une disposition différente chez l'homme.

Le Singe a des mains, il est vrai, c'est-à-dire des organes composés de cinq doigts, dont l'un, le pouce, est opposable aux quatre autres : organes propres à la préhension et aux divers actes qui en dérivent. Il est même plus richement doté que l'homme sous ce rapport, car il possède quatre mains ; d'où le nom générique de Quadrumanes (animaux à quatre mains) donné à Tordre tout entier. Mais cette multiplication de mains, loin d'être un signe de puissance, est, comme nous venons de le voir, une marque d'infériorité, en ce sens qu'elle lui interdit le ^m/u5 vertical. En outre, la main du Singe, considérée en elle-même, n'est pas cet admirable instrument qui permet à l'homme d'accomplir les merveilles de l'industrie et de l'art. Le pouce y est court et très-écarté des autres doigts auxquels il ne s'oppose qu'imparfaitement; de plus, les doigts sont dans une dépendance mutuelle les uns des autres, et ne peuvent agir isolément comme chez l'homme. En vérité, la comparaison est trop à notre avantage!

Enfin, ce qui met un abime entre le Singe et l'homme, c'est que le premier, quoique organisé pour produire les mêmes sons que l'homme, quoique possédant le même larynx et la même langue, est incapable de proférer une parole.

Un ingénieux philosophe, Joseph de Maistre, a parfaitement montré la distance qui sépare l'homme du Singe. « Les Singes,

dit-il, s'approchent volontiers des feux allumés, la nuit, par les voyageurs, pour se chauffer, ou pour effrayer les bêtes féroces, mais ils n*en allument jamais. » Cet acte, qui nous semble si simple, faire du feu, dépasse la portée de leur intelligence. Prenez, au contraire, le sauvage le plus dégradé, un Hottentot, si vous voulez : il saura frotter deux morceaux de bois sec l'un contre l'autre, pour en tirer de la chaleur et de la lumière ; il fera acte d'homme.

Un autre caractère qui ne saurait laisser le moindre doute sur la place à assigner aux Singes dans la classiGcation zoologique, c'est l'affaiblissement graduel de leurs facultés, à mesure qu'ils avancent en âge, affaiblissement qui correspond à une dépression croissante de la partie antérieure du cerveau, à l'allongement de la face et à une diminution considérable de V angle facial^. De soumis et obéissants qu'ils étaient, ils deviennent, en vieillissant, méchants, querelleurs et rebelles aux habitudes de leur enfance ; tout en eux indique qu'ils se rapprochent de la véritable brute, dont ils avaient paru d'abord se distinguer sous quelques rapports. Chose digne de remarque, ces animaux tombent d'autant plus bas, qu'ils avaient montré primitivementdes dispositions plus sociables et une plus grande facilité à s'assimiler les faits et gestes de l'homme. Ainsi, tout au contraire de ce qui se passe chez l'homme, le progrès de l'âge amène chez le Singe la décadence de rintelligence et l'anéantissement des qualités qu'il avait apportées en naissant.

Nous ne pousserons pas plus loin ce parallèle entre l'homme et le Singe. De ces deux créatures, la première est infiniment supérieure a la seconde, et aucun lien de parenté ne les rattache l'une â l'autre. Nous allons donc, sans plus tarder, indiquer les caractères généraux des Quadrumanes, et les grandes divisions que les naturalistes ont introduites dans cet ordre.

Nous avons dit que le trait distinctif des Quadrumanes est d'être pourvus de quatre mains. Cela n'est pas rigoureusement exact. Quelques espèces sont plus ou moins privées de pouces auxmem-

1. L'angle facial est celui qui résulte de la rencontre de deux lignes droites, l'une menée du conduit auditif à la base du nez, l'autre tangente à la racine du front et à la partie la plus proéminente de la mâchoire supérieure. C'est le naturaliste Camper qui, le premier, a fait connaître ce moyen pratique de mesurer approximativement la capacité intellectuelle de l'individu. Suivant Camper, l'angle facial est d'autant plus ouvert que l'intelligence du sujet est plus développée.

bres antérieurs : tels sont les Colobes, les Atèles et les Ëriodes. D* autres, telles que les Ouistitis et la plupart des Makis, sont munies des cinq doigts réglementaires, mais n*ont le pouce opposable qu'aux membres postérieurs. Quoi qu'il en soit de ces excitions, le caractère tiré du nombre des mains reste assez général pour qu'on puisse lui assigner le premier rang parmi ceux qui ont déterminé les naturalistes à former Tordre des Quadrumanes.

Ainsi les Quadrumanes sont des Mammifères pourvus de quatre membres, à doigts onguiculés, disposés pour grimper, et pouvant servir à la marche ; ayant presque toujours le pouce des membres postérieurs, et fréquemment celui des membres antérieurs, opposable aux autres doigts. Ils portent le plus souvent deux mamelles pectorales. Leurs dents, en nombre variable, sont presque toujours de trois sortes: incisives, canines et molaires, et appropriées à un régime herbivore, queL^uefois insectivore. Leur corps est partout couvert de poils, excepté à la face (cette exception ne persiste pas cependant pour les Galéopithèques et les Makis). Leur cerveau, sous le rapport de Torganisation et du volume, a la plus grande analogie avec celui de l'homme : il comporte trois lobes de chaque côté, le postérieur recouvrant le cervelet, et il présente, dans les espèces supérieures, de nombreuses circonvolutions.

Les Quadrumanes habitent toute la zone intertropicale des deux continents : on les trouve en Afrique, en Amérique, dans l'Inde et dans les iles de la Malaisie. Une seule espèce, du genre Magot^ habite actuellement l'Europe; encore est-elle confinée sur le rocher de Gibraltar.

En géoéral, les Quadrumanes se tiennent dans les terrains boisés et peu élevés; on en rencontre pourtant sur plusieurs chaînes de montagnes, telles que les Cordillères de la Nouvelle-Grenade, les monts Himalaya, l'Atlas, et la montagne de la Table, au cap de Bonne-Espérance.

Sauf quelques peuplades sauvages, qui font entrer la chair des Quadrumanes dans leur alimentation, l'homme tire peu d'utilité de ces animaux. Ils ne sont guère qu'un objet de curiosité et d'amusement pour les nations civilisées. On aime à suivre de l'œil leurs mouvements rapides et leurs burlesques pantomimes. Hors de là, on s'en inquiète peu.

L'ordre des Quadrumanes comprend cinq familles : les Galéc" pithèques^ les Cliéiromys^ les MahiSy les Ouistitis et les Singes.

pAuiLLEDEsGALéopn'BÈQUEî. —Celle famille ne compte qu'uD seul genre, le genre Galéopilhèqve, ne reorermant lui-même qu'un très-pelil nombre d'espèces.

^ Le GaUopUhique (Qg. 242} a été longtemps rangé parmi les Chéiroptères, que nous venons d'étudier. C'est un de ces animaux de transition, qu'on retrouve si fréquemment dans l'étude de la zoologie, et qui semblent destinés à relier entre elles les masses principales, de manière à former une chaîne non interrompue, qui va, par une suite de modifications insensibles, de la créature

la plus grossière jusqu'à l'être parfait. Par l'ensemble de ses caractères, le Galéopithèque appartient à l'ordre des Quadrumanes, mais il participe des Ghéiroplères par sa membrane interdigitate, et même quelque peu des Insectivores par son système dentaire. Ainsi, tandis qu'il se rapproche des makis par la conliguration du crâne et la complète similitude des organes reproducteurs, il reste voisia des chauves-souris par le fait d'une membrane qui l'enveloppe latéralement, depuis le cou jusqu'au bout de la queue, et qui, s'attachant aux extrémités des quatre membres, fonctionne à la manière d'un parachute, et lui permet de se soutenir en l'air.

pendant quelque temps, comme les écureuils volants. Cette membrane est velue et de la même couleur que le corps ; elle palme entièrement les doigts de Tavant et de l'arrière-train, qui sont tous dirigés dans le même sens, et par conséquent impropres à la préhension. Les ongles sont comprimés, aigus, très -robustes, et donnent à ranimai une grande facilité pour grimper aux arbres. C'est de là sans doute que lui est venu le nom de Chat-Singe, traduction du mot latin Galeopithecus.

Chez la femelle, les mamelles sont au nombre de quatre, placées symétriquement de cliaque côté de la poitrine. La portée est ordinairement d*un seul petit.

Les dents des Galéopithèques sont au nombre de trente-quatre : dix incisives, quatre canines et vingt molaires. lis ont deux incisives de moins en haut qu'en bas ; le total des dents de la mâchoire inférieure s'élève donc à dix-huit. Les molaires sont hérissées de pointes comme celles des insectivores, et les incisives inférieures présentent ceci de particulier qu'elles sont dirigées en avant et profondément dentelées à leur sommet comme d'un peigne.

Les Galéopithèques sont essentiellement nocturnes ; ils se cachent toute la journée dans les lieux les plus retirés des forêts, et n'en sortent que le soir, pour se mettre en quête de leur nourriture. On les voit alors parcourir les arbres avec agilité, grimpant ou volant, suivant leur fantaisie et les nécessités de leur chasse. A terre, ils ne sont pas aussi embarrassés qu'on pourrait le croire; ils marchent, et courent même, avec aisance. Ils volent bruyamment; mais bien que certains auteurs assurent qu'ils peuvent franchir ainsi une distance d'une centaine de mètres, il y a de fortes raisons de penser qu^ils emploient rarement ce mode de locomotion. Les insectes constituent le fond de leur alimentation ; toutefois ils aiment aussi les fruits, et il parait prouvé qu'ils dévorent quelquefois de petits oiseaux.

Pour se livrer au repos, ces animaux se suspendent par leurs pattes de derrière aux branches des arbres, à la manière des chauves-souris. Les naturels du pays qu'ils habitent choisissent cet instant pour s'en emparer; et malgré l'odeur désagréable qu'exhale leur chair, ils les mangent sans répugnance.

Les Galéopithèques habitent les iles Moluques, les Philippines, les lies de la Sonde, et quelques parties, dit-on, du continent indien. C'est à Java, Sumatra et Bornéo qu'ils sont le plus répandus. On nen compte que quatre ou cinq espèces.

F.tuiLLE DES GHÂtROHTS. — Cette famille est moins nombreuse encore que la précédente : elle ne renferme qu'une seule espèce, originaire de Madagascar, le Chiironyi Aye-iye, que Sonnerai découvrit dans cette tle, vers la Qn du dix-huitième siècle. Ce siogulier animal, fort rare du reste, n'était pas même connu, à cette époque, du peuple madécasse, et le nom d'Aye-Aye que lui donna Sonnerai, rappelle l'exclamation que poussèrent les naturels euxmêmes de l'ile de Madagascar, quand ce voyageur le leur montra pour la première fois.

On a été longtemps incertain sur la place qu'il fallait assigner

au Ghéiromys parmi les Mammifères. Cette indécision étaitla conséquence du caractère d'ambiguïté organique de ce quadrupède, et, en quelque sorte, de l'opposition mutuelle de ses principaux traits, dont quelques-uns rappellent les rongeurs, et d'autres les makis. A première vue, le Cliéiromys, ou Aye-Aye (Sg. 243], présente de grands points de ressemblance avec les écureuils: il en a les formes générales et le volume, la queue longue et touffue, et surtout la dentition. En effet, il est dépourvu de dents canines, et comme tous les Rongeurs il possède, en avant

des m&cboires^ une paire de fortes incisives» isolées des molaires par un espace vide, semblable à la barre qu'on remarque chez les écureuils et tous les animaux de Tordre des Rongeurs. Hais d'un autre côté la grosseur et la forme arrondie de la tète, indices d*un cerveau volumineux; la conformation des membres ; la longueur des doigts et le pouce opposable dans les membres postérieurs ; Tétat complet du cercle osseux de Torbite, comme chez la plupart des Quadrumanes ; Texistence de deux mamelles seulement chez la femelle, sont autant de caractères qui rapprochent l'Aye- Aye des Makis, et doivent le faire ranger définitivement auprès de ces derniers quadrumanes. Telle est Topinion des principaux zoologistes de notre temps. Cuvier n'était donc pas tout à fait dans le vrai en classant cet animal parmi les rongeurs.

Les mœurs de TAye-Aye sont fort peu connues ; Sonnerat dit qu'il se sert de ses longs doigts antérieurs pour fouiller sous les écorces des arbres, et y saisir les insectes dont il se nourrit. Toutefois quelques particularités de sa dentition donnent à penser qu'il joint des fruits à cette alimentation insectivore.

Sonnerat conserva deux Aye-Ayes vivants pendant deux mois :

« Je les nourrissais, dit-il, de riz cuit, et ils se servaient, pour le mander, des doigts grêles des pieds de devant, comme les Chinois se servent de leurs baguettes. Ils étaient comme assoupis, se couchant la tête placée entre leurs jambes do devant; ce n'était qu'en les secouant plusieurs fois qu'on parvenait à les faire remuer. »

On ne connaît l'Aye-Aye en Europe que par des exemplaires empaillés qui se trouvent dans la collection du Jardin des Plantes de Paris.

Famille des Makis. — Les Makis constituent, parmi les Quadrumanes, une famille assez naturelle, qui compte des représen* tants dans diverses parties de Tancien monde. Ils sont caractérisés par une tète allongée, analogue à celle de certains carnassiers, d'où le nom de Singes à museau de renard qu'ont reçu quelques espèces ; par des pouces opposables aux quatre extrémités, et surtout par Tongle du doigt indicateur des pieds de derrière, lequel est long, comprimé, aigu, et contraste singulièrement avec ceux des autres doigts. Bien que leur cerveau soit peu développé, ils ont quelque intelligence, et sont susceptibles d'éducation. Us sont, en général, de petite taille et munis d'une queue courte ou longue; pourtant quelques espèces sont complètement dépourvues de

queue. Leurs yeux, très-saillants, dénotent des habitudes nocturnes : en effet, les Makis ne sortent que la nuit ou le soir, au coucher du soleil. Linné avait fait allusion à cette particularité en imaginant pour eux le nom de Umur^ qui veut dire spectre^ en la* tin. Certains auteurs ont conservé cette désignation et classent les Makis sous le vocable de Lémuriens.

La famille des Makis comprend cinq tribus, dont quelquesunes se subdivisent en un certain nombre de genres ; ce sont les Makis proprement dits y lesMrfm, les Tarsiers, les Galagos et les Loris.

Les deux premières appartiennent en propre à Tile de Madagascar, dont la faune diffère totalement de celle de l'Afrique ; les trois autres sont réparties dans llnde et les régions brûlantes du con« tinent africain.

Genre Maki proprement dit. — Ces animaux sont, de tous les Lémuriens, ceux dont la tête est le plus effilée ; aussi est-ce surtout à ces animaux que s'applique la dénomination de Singes à museau de renard. Buffon les appelle aussi Faux-Singes. lis sont assez hauts sur pattes et prennent rang, pour la taille, entre la fouine et le renard. Leur pelage est épais et moelleux, leur queue longue et touffue. Ils vivent dans les forêts, se nourrissant principalement de fruits. Leurs mouvements sont légers et gracieux ; leur voix est un grognement sourd ou retentissant, suivant la nature de leurs émotions. Les femelles ne font qu*un petit à chaque portée, et lui témoignent la plus grande tendresse. Elles le tiennent caché sous leur corps et comme enseveli dans leur épaisse fourrure, jusqu'à Tépoque où ses poils, ayant acquis une longueur suffisante, pourront efficacement le protéger contre les vicissitudes extérieures. Elles l'allaitent pendant six mois ; après quoi, elles l'abandonnent à ses propres forces, et lui laissent le soin de trouver lui-même sa nourriture.

Ces animaux sont sociables : ils se réunissent souvent par bandes nombreuses. Ils choisissent, pour dormir, des endroits peu accessibles. Ils s'apprivoisent facilement, et se reproduisent même en captivité. Frédéric Guvier en a étudié un qui se portait parfai-» tement au bout de dix -neuf ans de séjour en France, bien qu'il fût très-sensible au froid. Pendant Thiver, il s'approchait du feu, au point de se roussir les moustaches, et étendait les mains devant le foyer, à la manière d'un homme. Les Makis sont dailleurs très-frileux, même dans l'état de nature : en toutes saisons, ils recherchent pour dormir les rayons du soleil.

Les naturalistes modernes ne comptent pas moins de 1& espèces de Makis ; nous ne citerons que les plus connues. Ce sont le Maki vari, dont le pelage est varié de taches blanches et noires ; — le Maki mococo (ûg. 244), bien recoonaissable à sa queue marquée

d'anneaux alternativement blancs ; — te Maki brun, ou Mongous, gris en dessus, blanc en dessous, avec le tour des yeuxnoir et les parUes nues des extrémités de couleur brune ; — le Maki rouge, très-remarquable par la vivacité de ses nuances : le corps est presque tout entier d'un beau roux; le museau, les maios, la

poitrine, le ventre et la queue sont noirs; sur la nuque, une large tache blanche; des bracelets, également blancs, aux poignets des membres postérieurs ; — le Maki à fraise, ainsi nommé à cause de ses favoris touflus ; — le Maki à front blanc; — le Maki à frontTioir; — le Maki aux iiieds blancs (fig. 845); — le Maki couronné. A ces différentes espèces il faut en ajouter d'autres, pour lesquelles quelques auteurs ont créé des genres particuliers, sous les noms de Lépilémure, Hapalémure, Chéirogale et MIerocibe. Les

Fig. ta. Maki auT pieds blanu.

Chéirogales sont les plus petits des Makis. L'un d'eux, le Chi'mgate nain, ou Microcèbe, a été décrit parBuffon, sous le nom de Bat de Madagascar.

Genre Indri. — La tribu des Mdrw comprend trois espèces, trèsvoisines les unes des autres, qui sont devenues les types d'autant de 80us-genre!i différents. Ce sont VIndri proprement dit, le Propithtque et l'Avahi. On connaît peu les mœurs de ces animaux ; on sait seulement qu'ils habitentles forêts et vivent de fruits. Ce sont les plus grands des Quadrumanes de Madagascar, et ceux qui se rapprochent le plus des véritables singes. Ils ont les membres postérieurs plus longs que les antérieurs, ce qui leur rend la station verticale assez facile.

i.'Indriproprtmenl dii (fig. 46)aélédécouvert,ainsiquerAye-Aye,

parSonnerat.LeshabilantsdeMadagascarrappelIeQtrffommef^&où

Fig. 1ÏT. Propitbique diadème.

à cause de sa ressemblance, quoique LoinlaÎDe, avec notre espèce.

lorsqu'il est debout, sa taille est d'un mèlre environ; il ne possède qu'un rudiment de queue. D'un naturel fort doux, il se soumet aisément à la captivité, et l'on parvient même à le dresser poDr la chasse.

Le Propithique diffère de l'Indri par une taille un peu moindre, et par sa queue, presque aussi longue que le corps. Il a le pelage jaune, varié de brun. Un large collier entoure sa face, et se termine au-dessus des yeux par une sorte de couronne, qui lui a valu le nom de Propiihiqut diadème (Qg. 247).

LAvahi à bourre se dislingue des précédents quadrumanes par la brièveté de sa face. I! a la queue longue comme le Propithèque, et diffère peu de celui-ci pour la taille. Son pelage est laineux, fauve en dessus, grisâtre en dessous.

Genra Tarsier. — Les Tarsiers sont ainsi nommés à cause de

leurs longs tarses (os du pied]. Par ce caractère et par leurs for- - mes générales, ils rappellent assez bien les gerboises. Ils ont la

t£le forte, les oreilles grandes, les deuxième et troisième doigts des pieds de derrière plus courts que les autres et munis d'un ongle lubuli, c'est-à-dire long et aigu, comme chez tous les Lémuriens, On n'en connait qu'une seule espèce, le Tarsier tptctre (fig. 348), qui habite, outre les Célèbes, les fies de Bornéo et de Banka. Cet animal est de la grosseur d» rat; ses mouvemeDls sont gracieux, mais lents. Il se nourrit d'insectes. Il est orné d'une longue queue, en parlJe nue. qui se termine par un pincean soyeux. Sa robe est roussàtre, avec des taches de gris et de bran.

Genre Gaiago, — La tribu des Galagos comprend lesvraû Galagot et les Pérodietiqua.

Les Galagos ont beaucoup d'aiBnites avec les Tarsiers. Ils ont.

Fig. 14e. GaJago à que

comme ces quadrumanes, la tête grosse, les oreilles très-développées et les tarses élevés, mais à un degré moindre. Leur queue est longue et très-fournie. Ils sont à peu près de la grosseur des écureuils, dont ils ont les formes élégantes et la gentillesse. Ils habitent les grands bois du Sénégal, de la Guinée, de la Cafrerie, de

l'Abyssinie. tlsafTectionnent siirtoutles bois de gommiers; aussi les Européens du Sénégal les appellent-ils animaux à gomme.

Les principales espèces de Galagos sont le Gatago du Sénégal, le Galago de Demidoff' et le Galago à queue touffue {fig. 249) .

Le Pérodictique a été découvert en Guinée, au dix-septième siècle, par Bosmann, voyageur hollandais. II difTère des vrais galagos par sa queue, beaucoup moins longue, par ses «reilles également moins développées, et parce qu'il ne possède qu'un rudiment d'index aux extrémités antérieures, à tel point qu'il semble n'avoir que quatre doigts, dont l'un, le pouce, serait prodigieusement écarté des trois autres. C'est un animal aux formes ramas-

Fïg. 3Sn. Pérodictique.

sées, aux allures paresseuses, et dont ta taille n'atteint pas tout à f^it celle du chat domestique (fig. 250).

Genre Loti. — Les Loris sont caractérisés par un corps grêle, des jambes médiocres, des oreilles courtes et velues, et surtout par l'absence complète de queue. Leurs yeux énormes, à pupilles étroites et transversales, dénotent des habitudes nocturnes. Dans quelque lieu qu'ils se trouvent, à terre ou sur les arbres, ils marchent avec une lenteur qui leur a fait donner le nom de Singes pareueux. Us avancent avec une extrême circonspection, à peu près comme des gens qui se promèneraient dans un jardin parsemé de pièges à loups. Leur régime se compose d'oeufs, d'insectes et de fruits. Leur taille est celle de l'écureuil ordinaire. On en voit quelquefois dans les jnénageries d'Europe ; ils sont inofTensifs et s'accoutument fort bien à la captivité. Leur intelligence est peu développée.

On ne connaît que deux espèces cie Loris : le Lori grêle, habitant de l'île de Ceylan et de l'Inde méridionale, et le Lori pa-

resseux [Qg. s&l] qu'on trouve au Bengale, à Java, Sumatra et

Famille des Ouistitis. — Les divers quadrumanes que nous venons de passer en revue appartiennent tous, sans exception, à l'ancien continent ; les Ouistitis vivent, au contraire, exclusivement dans le nouveau monde. Us établissent le passage entre les Makis et les Singes; plusieurs auteurs les font même rentrer dans cette dernière famille, quoiqu'ils s'en séparent par des carac^res dont on ne peut méconnaître la valeur. Ils sont dépourvus de mains aux membres antérieurs, en ce sens que le pouce n'y est pas opposable aux autres doigts; de plus, leurs ongles sont de véritables griffes, analogues à celles des carnassiers, d'où le nom d'Àretopi- Ikèques, ou Singes à mains d'ours, que leur donna Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Ils ont la tête petite, arrondie, et leur cerveau ne présente point de circonvolutions. Leurs narines sont percées latéralement dans l'épaisseur du mufle, par conséquent bien séparées l'une de l'autre. Le museau est court, les oreilles assez grandes et velues. Les dents sont au nombre de trente-deux, €t les molaires garnies de pointes assez semblables à celles qui dis-

tinguent les insectivores. La queue est longue, complètement garnie de poils, et la fourrure, abondante et onctueuse au toucher, est généralement nuancée d'une façon agréable.

Les Ouistitis sont très-répandus à la Guyane et au Brésil; ils habitent aussi, mais en plus petit nombre, le I^Iexique, la Colombie, le Pérou méridional et le Paraguay. Se tenant par petites troupes dans les forêts, ils se suspendent aux branches des arbres, à l'aide de leurs grifles, comme font les écureuils. Ils ont d'ailleurs d'autres points de ressemblance avec ces rongeurs : la taille, les allures pétulantes et ia gentillesse. Leur nourriture se compose, en grande partie, d'insectes, auxquels ils adjoignent des

Fig. ■m. Ouistiti k pinceaux noica.

fruits, des œufs, et môme de petits oiseaui, dont ils mangent la -cervelle. Ils poussent par intervalles un petit cri, d'oii leur est venu leur nom.

Ces animaux se montrent peu réfractaires à l'esclavage, et supportent assez bien les rigueurs de notre climat. La ménagerie du Jardin des Plantes de Paris en a possédé souvent, et quelques couples s'y sont reproduits. On a pu constater ainsi que, contrairement à la plupart des quadrumanes, dont chaque portée ne dépasse pas un ou deux petits, les femelles des Ouistitis en ont jusqu'à trois à la fois. 11 résulte des observations de Fr. Cuvier que la mère ne montre pas pour ses petits cette tendre sollicitude

si touchante chez tant d'autres animaux ; il lui arrive même de les dévorer dès leur naissance. Le père parait en avoir un plus grand souci.

Un naturaliste français, Audouin, a également soumis des Ouistitis captifs à des observations intéressantes, qui ont prouvé que leur intelligence est remarquable.

c Audouin, dit Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, s'est assuré par des expériences plusieurs fois répétées que ces singes savent très-bien reconnaître dans un tableau, non pas seulement leur image, mais même celle d^uo autre animal. Ainsi Taspect d'un chat et, ce qui semble plus remarquable encore, Taspect d'une guêpe, leur cause une frayeur manifeste, tandis qu^à la vue d*un autre insecte, tel qu'une sauterelle ou un hanneton, ils se précipitent sur le tableau, comme pour saisir l'objet qui s'y trouve représenté.

c II arriva un jour à l'un des deux individus de se lancer dans l'œil, en mangeant un grain de raisin, un peu de jus de ce fruit; depuis ce temps, il ne manqua plus, toutes les fois qu'il lui arriva de manger du raisin, de fermer les yeux.

c Audouin a remarqué aussi que les Ouistitis étaient très-curieux; quUs avaient la vue fort perçante ; qu'ils tenaient beaucoup à leurs habitudes, quoiqu'ils fussent, sous plusieurs rapports, fort capricieux ; qu'ils reconnaissaient parfaitement les personnes qui avaient soin d'eux; enGn que leurs cris étaient très-variés, suivant les passions qui les animaient. ■

On connaît aujourd'hui environ trente espèces d'Ouistitis, qu'on a réparties entre deux genres fondés sur une distinction spécieuse : les Ouistitis proprement dits et les Tamarins. Nous énumérerons les principales espèces d'Ouistitis, en faisant remarquer que certaines d entre elles, presque en tout semblables, ne sont probablement que de simples variétés que des études ultérieures ramèneront à leur type commun.

Ce sont d'abord six espèces pourvues de pinceaux de poils blancs ou noirs aux deux côtés de la tète : YOuùtiti vulgaire, ou Ouistiti de Bu/jTon, — YOaistiti oreillard, — ÏOuisiiti à camail, — YOuistiti à col blanc, — Y Ouistiti a tiu blanche, — et YOuistiti à pin-ceaux noirs (fig. 252;; puis trois espèces ayant la tête couverte de longs poils simulant une crinière : YOuistiti Marikina, — YOuistùi chrysomèle, — et YOuistiti Leoncito.

L'Ouistiti pinche est reconnaissable à une étroite bande de poils relevés sur le front, en manière d*aigrette. Les autres espèces ont les poils de la tète complètement ras.

Famille des Singes. — - Nous abordons, avec les Singes, l'étude

des Quadrumanes supérieurs, ceux qui ont avec Thomme divers rapports de conformation. Nous avons déjà mentionné, dans les généralités sur cet ordre, les principaux caractères qui rapprochent les Singes de l'espèce humaine. Nous compléterons ces indications en disant que le système dentaire de ces animaux comporte 32 ou 36 dents, que leurs ongles sont plats, comme ceux de rhomme, et qu'ils ont deux mamelles pectorales.

Les dimensions et le rôle de la queue varient beaucoup, suivant les genres. Chez TOrang et tous les Singes anthropomorphes, elle manque complètement; chez le Magot et quelques espèces de Macaques, ce n'est qu'un rudiment à peine visible, et elle est encore très-courte chez le Mandrille.

Les Guenons et tous les Singes américains ont, au contraire, la queue longue et plus ou moins touffue. Mais, tandis que l'appendice caudal n'est, chez les Guenons, qu'une sorte de balancier, destiné à maintenir leur corps en équilibre, lorsqu'elles sautent d*un arbre à l'autre, cet organe devient parfois, chez les Singes d'Amérique, un véritable instrument de préhension, grâce à la propriété de cet organe, d'étreindre avec force les objets sur lesquels l'animal le projette.

Les Singes possèdent à un haut degré le don de l'imitation; leur nom seul Tindique, puisque leur nom latin simius vient de simulare, imiter. Ils répètent, souvent avec la plus grande fidélité, les attitudes et les actions humaines. Leur conformation, voisine de la nôtre, leur rend très-faciles la plupart de nos mouvements, et ce qu'on prend pour un effet de Tintelligence, n'est, dans certains cas, qu'une conséquence de leur organisation.

Les femelles des Singes ne font qu'un petit par portée, rarement deux. Pendant toute la durée de l'allaitement, ellefs témoignent une vive tendresse à leur progéniture ; mais, après le sevrage, et lorsqu'ils sont capables de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, les jeunes Singes ne doivent plus compter sur le secours maternel; ils se séparent de leurs parents, et vont de leur côté.

Les sens des Singes sont très-développés : le toucher est parfait, et l'ouïe, ainsi que la vue, sont bonnes. L'odorat et le goût viennent en dernière ligne, quoiqu'ils acquièrent parfois une trèsgrande finesse.

La plus grande partie de l'existence de ces quadrumanes, à l'état sauvage, se passe sur les arbres ; c'est là seulement que peuvent se déployer, dans leur entier épanouissement, les étonnan te

facultés dont la nature les a doués. Ils se nourrissent de fruits, et, à l'occasion, d'œufs et d'insectes.

Leurs mouvements sont d*une inconcevable vivacité, et leur activité se porte, dans la même minute, sur vingt objets différents. Nous n'apprendrons rien, à cet égard, aux personnes qui les ont observés dans leur grande cage du Jardin des Plantes de Paris, si pompeusement et si singulièrement décorée du nom de Palais des Singes : un palais de fil de fer !

Quelques espèces de Singes varient considérablement avecTâge, soit dans leurs formes (principalement dans celles du crâne et de la face), soit dans leur couleur. C'est ainsi que YOrang roux et le Pongo^ que Ton avait considérés pendant longtemps comme deux espèces distinctes, ne sont en réalité qu'une seule et même espèce, vue dans la jeunesse et dans Tâge mûr. Cette diversité d'apparences, chez un même individu, selon les phases successives de son existence, a dû occasionner bien des erreurs dans la nomenclature scientifique de ces animaux.

Cuvier et les naturalistes de son temps croyaient que le Singe n'avait pas existé dans les temps primitifs de notre globe. Ce fut seulement en 1837 que des débris fossiles de cet animal furent trouvés dans les couches profondes du sol. La découverte faite par M. Lartet dans le terrain de Sansan, près d'Auch (Gers), de Singes fossiles appartenant à une espèce voisine du Gibbon, mit à néant ces conjectures, et prouva que les Singes existaient déjà à une époque géologique fort ancienne.

La famille des Singés se partage en deux grandes divisions, basées sur des caractères bien définis : les Singes de l'ancien continent, et ceux du nouveau continent. C'est à Buffon que revient l'honneur de cette distinction, qui a été de jour en jour mieux justifiée par les progrès de la zoologie. Aucune des espèces américaines n'a de représentants dans l'ancien monde, et vice versa; c'est là un fait incontestable, et qu'il importe de mettre en lumière pour dégager de toute incertitude l'histoire des Singes.

Nous examinerons d'abord les Singes du nouveau monde, dont la place vient naturellement à la suite des Ouistitis.

SINGES DU NOUVEAU MONDE. — Les Singes américains ont les narines ouvertes latéralement et séparées par un large intervalle, comme les Ouistitis. Leurs dents sont au nombre de 32 ou 36,

suivant les genres, mais elles comprennent toujours t^ois paires de molaires i chaque m&choire ; le nombre des dents de lait est constamment de 24. Nous avons dit plus haut que ces mammifères ont tous la queue plus ou moins longue. Ajoutons, pour achever de les dépeindre, que leurs formes sont sveltes et élégantes, qu'ils se montrent dans leur jeunesse pleins de douceur et de gentillesse, et que l'âge ne modifie pas ces qualités.

On divise les Singes américains en deux sections, suivant qu'ils ont la queue prenante ou non prenante.

Tamu DES singes a queue frenahte. — La tribu des Singes à queue prenante renferme les genres Hurleur, Lagotriche, Ériode, Alile et Sapajou.

Cenr« Hurleur. — Les Hurleurs, appelés aussi Stentors et Aiouotts

(fig. 253), doivent leur nom aux cris rauques et formidables qu'ils font entendre à divers moments de la journée. Hauts de deux pieds à peine, ces Singes ont la voix plus puissante qu'aucun animal connu. Lorsque, réunis en troupes, ils font retentir ensemble les voûtes sonores des grandes forèls américaines, ils produisent un vacarme qui porte la terreur dans l'âme des plus braves. Le voyageur qui traverse pour la première fois ces forêts, s'attend, à chaque instant, à voir apparaître une bande de démons hurlant et dansant une sarabande infernale. Iklais bientôt tout bruit cesse, et le calme renaît dans la nature, tout à l'heure si troublée. C'est à l'aurore et au coucher du soleil, quelquefois aussià l'ap

proche des'orages, que les Singes hurleurs lancent aux échos leurs notes discordantes. Le voyageur Azara compare leur voix au craquement dune grande quantité de charrettes mal graissées ; d'autres Tout assimilée au roulement du tambour. Quoi qu il en soit, il est certain qu'elle a quelque chose d'effrayant.

On a voulu connaître la cause de cet étrange phénomène physiologique, et voici ce qu'on a trouvé. L'os hyoïde (c'est-à-dire Tanneau osseux qui supporte le larynx) chez le Singe hurleur est d'une grandeur démesurée; il est creux, et constitue une sorte de tambour à parois minces et élastiques, qui accroît considérablement l'intensité des sons. Cet os occupe un vide énorme, ménagé entre les branches latérales de la mâchoire inférieure, et forme au-dessous de cette mâchoire une saillie volumineuse, dissimulée sous une barbe épaisse. C'est grâce à ces dispositions que la voix du Singe hurleur domine celle de tous les autres animaux .

Chez les Singes hurleurs, ou Alouates, la queue est très-longue et éminemment prenante. Elle est dénudée en dessous, dans sa partie terminale, et doit à cette circonstance une grande sensibilité. En réalité, c'est une cinquième main, dont l'animal se sert avec une adresse surprenante, soit pour se suspendre aux branches des' arbres, soit pour cueillir des fruits et les porter à sa bouche, par l'intermédiaire de ses mains véritables, ou même directement, s'il faut en croire les récits de certains voyageurs.

La force de l'étreinte de cette queue se montre suffisamment dans le trait suivant. Souvent le Singe hurleur s'élance d une grande hauteur, s'arrête tout à coup au milieu de sa chute, en accrochant sa queue à quelque rameau isolé ; il se balance quelques secondes dans cette position, et prenant un nouvel élan, il se porte sur un arbre voisin. Quelquefois un de ces Singes, frappé à mort par le plomb du chasseur, reste suspendu par la queue après sa mort, et échappe ainsi à la convoitise de celui qui recherchait sa chair ou sa fourrure.

Les Hurleurs sont tristes et farouches. Réduits en esclavage, ils perdent leur voix, dépérissent et meurent. A Tétat sauvage, ils se réunissent par petites bandes, sous la conduite d'un mâle expérimenté, et s'en remettent à lui du soin de la sûreté générale. Quoique craintifs, ils se laissent facilement approcher; mais si on laisse percer des intentions hostiles, ils s'enfuient rapidement.

Quelquefois la peur les domine â tel point que leurs déjections s'échappent. Rien de plus simple que ce résultat physique d'une

influence morale. Mais pourquoi raconter que ces Singes agissent ainsi avec intention? Pourquoi surtout ajouter qu'ils reçoivent leurs ordures dans leurs mains, pour les jeter à la face de leurs ennemis?

Certains auteurs prétendent que les femelles des Alouates sont dénuées de tous sentiments maternels, et qu'elles abandonnent leurs petits pour s*enfuir plus vite, lorsqu'elles sont menacées. Cependant tous les voyageurs ne pensent pas ainsi. Spix fut témoin d'un fait touchant, qui donne à cette opinion un démenti formel. Il avait blessé à mort une femelle, qui portait son petit sur le dos. La pauvre mère tombait de branche en branche, et son petit allait infailliblement périr avec elle, lorsque, rassemblant ses forces et puisant dans sa tendresse un reste d'énergie, elle le lança, d'un bras défaillant, sur une branche élevée, et réussit de cette manière à l'arracher au sort funeste dont elle était ellemême victime.

On connaît quatre ou cinq espèces de Singes hurleurs, toutes originaires de la Colombie, de la Guyane, du Brésil et du Paraguay. On les rencontre principalement sur les bords des grands fleuves, tels que TOrénoque, la Madeleine, etc.

Genre Lagolriche. — Les Lagotriches (Singes à queue de lièvre) sont plus petits et plus frêles que les Singes hurleurs; ils ont aussi la voix moins forte. Vivant par troupes, dans les forêts de la Colombie, du Pérou et du Brésil, ils sont très-doux, trèsintelligents et s'apprivoisent facilement ; on dit même qu'ils sont susceptibles d'affection pour les personnes qui les soignent. Ils ont le pelage moelleux et se tiennent assez bien sur leurs pieds de derrière.

Genre Èriode. — Les Ériodes se distinguent des autres Singes américains par leurs narines, qui sont moins écartées que chez la plupart de ces derniers, par l'absence ou l'état rudimentaire du pouce aux extrémités antérieures, et par leurs ongles, qui sont comprimés et tranchants comme des griffes. Leurs habitudes sont peu connues. On sait seulement qu'ils se réunissent par petites bandes, et qu'ils font entendre leur voix claquante pendant une grande partie de la journée. Il en existe trois espèces qui habitent le Brésil.

Genre Atèle. — Chez les Atèles^ comme chez les Ériodes, le pouce antérieur n'existe pas, ou, ce qui est plus rare, se présente avec l'apparence d'un simple tubercule sans ongle. C'est même ce ca-

ractère que consacre leur nom, Atèle (du grec mlric) voulant dire imparfait ou incomplet. Mais leurs narines sont tout à fait latérales et leurs ongles demi-cylindriques, comme chez presque tous les Singes. De plus, leurs poils sont longs et soyeux, tandis que ceux des Ëriodes sont courts et floconneux.

Les Atèles (fig. 254) sont reconnaissables à l'excessive longueur et à la gracilité de leurs membres, qui, jointes à leur démarche lente et mesurée, leur ont valu la dénomination de Singes Araignées. Conmie les Singes des trois genres précédents, ils ont la queue très-développée, calleuse à la pointe, et ils s'en servent peut-être plus habilement encore. C'est ainsi qu'ils saisissent et ramènent des objets situés derrière eux, sans faire le moindre mouvement et sans que les yeux coopèrent en'aucune manière à cette action. Is. Geoffroy Saint-Hilaire déclare pourtant n'avoir jamais vu ces animaux se servir de leur queue pour porter les aliments à leur bouche, comme le prétendent quelques voyageurs.

Dampierre et Dacosta rapportent que, pour franchir une rivière ou pour passer d'un arbre à un autre très-éloigné, les Atèles s'accrochent les uns aux autres par la queue, et forment ainsi une longue chaîne, à laquelle ils impriment un mouvement d'oscillation vers le but qu'ils convoitent, jusqu'à ce que le chef de flle soit en position d'y atteindi*e. Celui-ci, une fois fixé, attire à lui tous les autres, et le tour est fait. Véritable tour, en effet, dont les difficultés portent à mettre en doute la possibilité , même pour des singes !

Les Atèles vivent par troupes dans les forêts, et se nourrissent d'insectes qu'ils poursuivent sur les arbres. Ils descendent pourtant quelquefois à terre, et alors ils ajoutent à leur alimentation de petits poissons et des mollusques qu'ils trouvent dans la vase et sur les bords des fleuves. U'aucuns assurent même qu'ils s aventurent jusque sur le rivage des mers, lorsqu'ils en sont peu éloignés, pour se livrer à la pêche des huîtres et autres bivalves, qu'ils savent parfaitement extraire de leur coquille.

Ils sont d'un naturel doux et craintif, mais s'acclimatent difficilement en Europe. Lorsqu'ils ne périssent pas durant le trajet, ils meurent peu après leur arrivée, le plus souvent à cause du froid. On a pu néanmoins en observer quelques-uns à Paris. Leur voix est une sorte de sifllement flùté, analogue à celui des oiseaux.

On coDQaît environ douze espèces d'Atèles qui habitent la Guya* ne, le Brésil, le Pérou et la Colombie. Us sont très-répandus dans les forêts qui bordent le fleuve des Amazones, le Santiago, l'Orénoque, la Madeleine, etc.

Genre Sapajou. — Les Sapajous marquent la limite des Singes & queue prenante; ils ne possèdentplus qu'à un faible degré la ca-

Fig. Sli. Alèlcs.

ractéristique de cette tribu. Chez eux, en effet, la queue est dépourvue de véritable callosité et n'est prenante qu'à sa pointe. Cependant cet oi^ane conserve un grand développement, et contribue à l'assurance comme à la variété des mouvements de ranimai.

Les Sapajous sont moins grands et moins élancés, mais plus robustes que les atèles. Ils vivent par bandes dans les forêts de la

Colombie, du Pérou, de la Guyane, du Brésil, du Paraguay, se tenant d'ordinaire sur les branches les plus élevées des arbres. Us se nourrissent de fruits, d'insectes, de vers, de mollusques, d'œufs, et même de petits oiseaux lorsqu'ils ont la bonne fortune d'en attraper. Us trouvent des eaoemis redoutables dans plusieurs espèces de carnassiers et dans les serpents. Ces derniers leur inspirent particulièrement une peur horrible.

Les Sapajous sont vifs, remuants, d'une agilité et d'une pétulance sans égales, mobiles et capricieux à l'excès. Ils sont, en même temps, très-intelligents, très-doux, très-familiers, et disposés à l'affection envers les personnes qui leur témoignent de l'intérêt. Ils montrent également de la docilité, mais seulement par la crainte des châtiments, .\u8si sont-ils recherchés dans tous les

FIg. Ki. Sapajou brun.

pays civilisés : entre les mains des bateleurs et des musiciens ambulants ils deviennent des objets d'amusement pour la multitude. On les dresse à une foule d'exercices, sérieux ou burlesques, qu'ils exécutent avec un sang-froid imperturbable et une gravité comique.

Dans les circonstances habituelles, la voix des Sapajous est douce et assez semblable à celle des atèles ; mais sous l'influence de sentiments impétueux, la colère ou le plaisir, ils poussent des cris insupportables. Lorsqu'on les tourmente, ils font entendre une sorte de gémissement plaintif, qui leur a valu le nom de Singa pleureurs. On les appelle aussi Singes musqués, à cause de l'odeur

de musc qu'ils répandent. Quant à la déDomination de Sajou, qui est quelquefois employée, c'est une simple abréviation de Sapajou.

Il est très-difficile d'évaluer le nombre des espèces de Sapajous : il en existe une infinité de variétés, et il est très-rare de rencontrer deux individus absolument semblables. Les naturalistes sont donc fort divisés sur ce point, les uns prenant pour des espèces distinctes ce que les autres ne veulent admettre que comme variétés. Is. Geoffroy Saint-Hilaire a décrit quatorze espèces de Sapajous, réparties dansdes groupes spéciaux, suivant qu'elles ont les poils de la tète couchés, disposés en brosse ou relevés, soit en aigrette, soit en toupet circulaire. Les plus communes sont le Sapajou brun (flg. 265) et le Sai ou Capucin. On trouve au Paraguay une variété albine de cette dernière espèce, animal nocturne qui pousse des cris lugubres pendant les nuits étoilées.

Tribu de Singes a queue non prenante. — A la catégorie des Singes à gueue non prenante appartiennent les genres Callitriehe, Saimiri, Noclhore et Saki.

Genre Callilriche. — Les Callvriches, ou Sagovi-is, ont à peu près

la taille des Sapajous; leur pelage est abondant, leur queue longue et très-velue. Ce sont des animaux nocturnes ou crépusculaires qui vivent sur les arbres et dans les broussailles, et se nourris-

sent principalement de fruits et d'insectes. Us sont pleins de vivacité, de gentillesse et se plient aisément à la captivité; mais leur intelligence est médiocre. Ils vivent tous au Brésil et au Pérou. Deux jolies espèces, le CallUriche à fraise et le Callitriche à collier^ sont remarquables par une épaisse barbe blanche qui tranche sur le fond brunâtre de leur robe.

Genre Saïmiri. — Les Saimiris , ou Singes- Écureuils , sont de petits êtres aux allures rapides, à la mine éveillée, assez semblables, par ces caractères et par la taille, aux écureuils, dont ils ont reçu le nom. Ils ont le cerveau très-dé vélo ppé et Tintelligence remarquable. Nocturnes comme les précédents, ils vivent à peu près de la même façon; ils aiment à se renfermer dans les taillis et tous les endroits fourrés ; ils habitent même des trous de rochers. Ils sont carnassiers, car ils pourchassent non-seulement les petits oiseaux, mais encore certaines espèces de mammifères. La Guyane et le Brésil sont leur patrie. BufTon déclare avec raison que ce sont les plus jolis, les plus mignons de tous les Singes. Aussi sont-ils très-recherchés ; mais comme ils sont fort rares, on en voit peu en Europe. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire parle en ces termes du Saïmiri :

a Sa physionomie est celle d'un enfant; c'est la même expression d'innocence, quelquefois le même sourire malin, et constamment la même rapidité dans le passage de la joie à la tristesse : il ressent aussi vivement le chagrin, et le témoigne de même en pleurant. Ses yeux se mouillent de larmes, lorsqu'il est inquiet ou effrayé. Il est recherché par les habitants pour sa beauté, ses manières aimables et la douceur de ses mœurs. Il étonne par son agitation continuelle; cependant ses mouvements sont pleins de grâce. On le trouve occupé sans cesse à jouer, à sauter et à prendre des insectes, surtout des araignées, qu'il préfère à tous les aliments végétaux. D

D'un autre côté, de Humboldt nous apprend que le Saïmiri écoute avec une grande attention les personnes qui Tinterpellent, et qu'il approche même ses mains de leurs lèvres, comme pour essayer d'y surprendre les paroles qui s'en échappent.

Genre Nocihore. — Les noms de Nocthore et de Nyctipithèque^ donnés par Fr. Cuvier et par Spix aux animaux de ce genre, rappellent leurs habitudes essentiellement nocturnes ou crépusculaires. Ces petits Singes dorment, en effet, tout le jour, soit dans le creux des arbres, soit au milieu des branches les plus touffues; ce n*est qu'au coucher du soleil qu'ils se mettent en mouvement. Leurs

yeux, très-volumiDeux, sont phosphorescente, c'est-à-dire lumî- Deux dans l'ohscurilé. DeHumboIdt dit que ces Singes sont mono- {^ames et vivent constanunent par couples ; mais Spîx assure qu'ils vont par bandes. Ces deux opinions peuvent se concilier : la manière d'être varie peut-être, sous ce rapport, chez les différentes espèces.

Les Nocthores se nourrissent d'insectes et de petits oiseaux. Leur voix est forte, et rappelle, suivant de Humboldt, celle du Jaguar. L'espèce la plus connue, le Douroucouii, tire son nom du cri qu'elle fait entendre lorsqu'elle chasse, la nuit, dans les bois. Les Nocthores habitent les bords des fleuves du Pérou, de la BoUvie, du Brésil et du Paraguay.

Genre Saki. — Les Sakis ont beaucoup de ressemblance avec les

Sapajous ; mais ils s'en distinguent par leur queue non prenante et couverte de poils longs très-touffus; c'est ce qui les a fait appeler Singes à queue de renard. Ils habitent les broussailles, solitairement ou par petites troupes, et sont plutôt crépusculaires que nocturnes. Ils ne sortent de leur retraite que le matin et le soir ; ils dorment le reste du temps. Ils se nourrissent de fruits, d'insectes et sont très-friands de miel ; aussi recherchent-ils avec ardeur les ruches d'abeilles sauvages. Les Sapajous, qui connaissent leur penchant, les suivent à distance, dans le but de s'emparer de leur butin. En effet, dès que les Sakis, sans défiance, s'apprêtent

à dévorer le miel qu'ils ont découvert, les Sapajous accourent, et, proûtant de leur supériorité physique, les accablent de coups et les mettent en fuite. Après quoi, ils savourent le miel qu'ils se sont approprié à si peu de frais. Chez les animaux, comme chez les hommes, il en est toujours qui tirent les marrons du feu pour les autres.

En général, les Sakis sont doux, timides et craintifs ; c'est pour cela qu'ils s'apprivoisent difQcilement, bien qu'ils ne manquent pas d'intelligence. Ils montrent une grande sollicitude pour leurs petits, et s'occupent très-soigneusement, le mâle et la femelle, de leur éducation. Mais après un certain temps ils les chassent, et les contraignent à subsister par eux-mêmes.

On distingue deux groupes bien caractérisés parmi les Sakis : le premier renferme les espèces dans lesquelles la queue est à peu près aussi longue que le corps, et constitue la division des vrais Sakis; le second se compose des espèces à queue très-courte, et que Ton désigne, pour cette raison, sous le nom de Drachyures (Singes à courte queue : p?ayuç, court; oùpa, queue).

Parmi les vrais Sakis, quelques espèces sont dotées d'une barbe très -abondante, et d'une épaisse chevelure, qui leur retombe sur le front. Ces ornements ne contribuent pas peu à donner à leur physionomie un aspect rébarbatif. Tels sont le Sahi satanique (fig. 257), le Sûki velUf et le Sahi capucin.

Tous ces animaux sont indigènes du Brésil, de la Guyane et de la Colombie.

De Humboldt rapports que ce dernier Singe prend les plus minutieuses précautions pour ne point mouiller sa barbe. Lorsqu'il a soif, il se penche au bord d'un ruisseau, puise de l'eau dans le creux de sa main, la porte à sa bouche, et répète ces mouvements autant de fois qu'il est nécessaire pour se désaUérer, mais sans jamais mouiller ni froisser sa respectable barbe. Beaucoup d'hommes sont Sakis sous ce rapport.

Les Brachyures (fig. 258) sont remarquables par la nudité de leur tète et la saillie de leur front. Ce qu'il y a de curieux chez eux, c'est que leur queue, quoique très-courte , est extrêmement touffue; de sorte qu'elle a l'apparence d'une boule.

Les Brachyures marchent assez bien sur leurs pattes de derrière. Les Indiens leur donnent la chasse pour leur chair, qu'ils trouvent délicate. On les rencontre au Brésil et au Pérou, sur les bords du haut Amazone et de l'Orénoque.

SINGES DE L'ANCIEN MONDE. —Ces Singes ont les narines terminales et séparées par une cloison très-mince. Ils sont, en outre, caractérisés, sauf de très-rares exceptions, par des caltositét et des abajoues.

Les calloHiés sont ces plaques saillantes, nues et durcies, qui existent à la partie postérieure de leur corps, et sur lesquelles ils reposent lorsqu'ils sont assis. Les abajowssoni des poches plus

ou moins grandes, creusées des deux côtés de la bouche, dansl'épaisseur des joues, et qui constituent des espèces de garde-manger provisoire.

L'inspection des mâchoires fournit également un caractère trèsimportant: tous les Singes de l'ancien monde ont la formule dentaire de l'espèce humaine, savoir: huit Incisives, quatre canines et vingt molaires , réparties également entre les deux mâchoires ; de plus, Us ont, dans le jeune âge, vingt dents de lait, comme

l'enfant. Leur queue est longue parfois, mais le plus souvent elle est courte ou nulle, et jamais prenante. Leurs ongles afifectent la forme en gouttière, et diffèrent très-peu des nôtres. En un mot, leur organisation physique, leurs allures, leur intelligence en font les créatures les plus voisines de l'homme, et leur attribuent le premier rang dans la hiérarchie animale.

Les Singes de l'ancien monde comprennent les cinq tribus suivantes: les Cynocéphales, les Macaques, les GiienonSf les Semnopithè» ques et les Anthropomorphes.

Tribu des Cynocéphales. — Les Cynocéphales (Singes à tète de chien : xuwv, tlwôçj chien; xc<paXri, tète) sont ainsi nommés i cause de la forme allongée de leur museau. Ce sont des animaux de grande taille, aux formes trapues, aux muscles vigoureux. Ces divers avantages, joints à leur naturel brutal et féroce, en font des animaux assez redoutables, surtout dans l'âge adulte. Ils ont l'arcade sourcilière très-développée, les abajoues profondes et les membres à peu près d'égale longueur. Leurs mains sont bien constituées, et pourvues toutes quatre d'un pouce opposable. En général leur pelage est long et touffu, principalement sur les parties supérieures du corps. Ce pelage présente, autour des callosités, de grandes parties nues, qui sont souvent, ainsi que le visage, teintes des plus vives couleurs. Les sens sont d'une grande perfection ; l'odorat, en particulier, est très-délicat.

Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer que le crâne des Singes de l'ancien monde et par suite leurs facultés morales sont susceptibles de se modifier, avec Tâge, d'une manière considérable. Les Cynocéphales donnent de ce fait un frappant exemple. A mesure qu'ils approchent du terme de leur existence, leur face se développe, sans que ce changement entraîne une variation correspondante dans la boite crânienne; leurs qualités primitives, c'est-à-dire une douceur et une intelligence relatives, deviennent, dans la vieillesse, de la sauvagerie et de l'abrutissement. Ils portent alors dans tous leurs désirs une violence et une Impétuosité incroyables, manifestent leurs appétits par les gestes ou les actes les plus révoltants, et se jettent sur quiconque prétend gêner l'assouvissement de leurs passions. A cette période de leur vie, ils sont véritablement dangereux ; car leurs dents canines supérieures, transformées en crocs longs et aigus, produisent des blessures excessivement graves. La crainte qu'ils inspirent dans les

contrées qu'ils habitent est telle, qu'une de leurs espèces a reçu des Anglais le nom significatif de itan-Tiger [homme-tigre).

Les Singes Cynocéphales habitent presque exclusivement l'Afrique; une seule espèce se trouve en Asie, Ils se tiennent, soit dans les forêts, soit sur les montagnes peu élevées, dans les endroits rocailleux, et se nourrissent de fruits et d'insectes. En captivité, ils sont à peu près omnivores

Au Sénégal, les Cynocéphales se trouvent quelquefois réunis par bandes innombrables. M. Mage, dans la relation de son Voyage dans la Sénigambie, publié en 1668, rapporte ce qui suit:

I Nous avions remarqué que les montagnes de ta rive gauclie se rappro-

chaient du fleuve [le Sénégal! au point de venir s'y baigner en un endroit situé à moilié roule. La montagne, élagée en gradins de couleur rouge et noire, découpée par les massif-; d'arbres qui sorlaienl de toutes les crevasses, était littéralement couverte de ëingrs à tous les étages; sur toutes les fentes horizontales, ils étaient établis les uns contre les autres ; les arbres pliaient sous leur poids, et, à notre passage, ils nous saluèrent par des

gambades incroyables et des aboiements forcenés. En affirmant que ce quartier général ne renfermait pas moins de six mille Cynocéphales, je ne crois pas exagérer*. »

On partage les Cynocéphales en deux genres, fondés sur les dimensions de la queue; ce sont les Mandrilles elles Cynocéphales propi'ement dits.

Genre Mandrille, — Les Mandrilles sont caractérisés, en premier lieu, par une queue très-courte, ensuite par des rides profondes situées de chaque côté du nez et plus ou moins vivement colorées. On en connaît deux espèces, propres à l'Afrique occidentale : le Alandrille Choras^ et le Mandrille LeucophCy ou Drille,

Le Mandrille Choras (Qg. 260) est un des cynocéphales dont les couleurs sont le plus vives. Il a la face striée de bandes rouges, bleues et blanches et très -brillantes. La partie supérieure des cuisses est d'un rouge vif, mélangé de bleu et du plus bel effet. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces diverses colorations n'ont aucune fixité et qu'elles disparaissent après ou même pendant la maladie. Elles semblent résulter d'une injection sanguine particulière, qui acquiert son maximum d'énergie lorsque l'animal est dominé par l'impétuosité de ses sentiments.

Le MandrilU Choras^ devenu vieux, est un animal vraiment féroce. Aussi n'est-il pas prudent de le laisser en liberté lorsqu'on l'arrache à sa vie sauvage. Il est très-redouté des négresses ! ! 1 Au reste, l'esclavage n'adoucit en rien la violence de son caractère. Dans l'ouvrage intitulé : la Ménagerie du Muséum^ qui a été publié par Guvier, concurremment avec Lacépède et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, le premier de ces auteurs donne des détails fort intéressants sur la manière d'être du Mandrille Choras. Il dit que la vue de certaines femmes, principalement des plus jeunes, avait le don de le faire entrer dans de véritables accès de frénésie. « Il les distinguait dans la foule, dit-il, il les appelait de la voix et du geste, et l'on ne pouvait douter que s'il eût été libre, il ne se fût porté à des violences. »

Parmi ces animaux, il en est qui conservent assez longtemps leur docilité première. Témoin celui qu'un M. Cross montrait à Londres, et qui s'était acquis, par son intelligence, une grande réputation. Ce Singe, nommé Eappy Jerry^ savait s'asseoir sur une

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