C.P.M., 17, Extr. 1930, pp. 81 et suiv
LA GESTION MANDATAIRE ar
aux portes de Jaffa, des colonies importantes ont été établies dans la plaine d’Isreel, dans la campagne de Saron et sur les bords du Lac de Tibériade. En dix ans, la Palestine a reçu plus de 100.000 émigrants juifs, 12.900 en 1924, 33.800 en 1925, 13.000 en 1926, en 1928, 2.200 seulement ont pu être installés, 4.300 en 1931. Les milieux israélites s’étant émus des restrictions imposées à l’immigration, le premier Ministre britannique, par une lettre en date du 13 février 1931 faisait connaître au Docteur Weissmann, Président de l’organisation sionniste que «le Gouvernement de Sa Majesté n’a prescrit ni envisagé aucune suspension ou interdiction de l’immigration juive de quelque catégorie que ce soit. La pratique qui consiste à approuver un contingent d’immigration de main-d'œuvre (Labour- Schedule) concernant les immigrants vivant de leur salaire, restera en vigueur »1 Pour mener à bien une opération aussi délicate, et d’aussi grande envergure, beaucoup de prudence est nécessaire. Le Gouvernement s’en tient strictement à la politique selon laquelle l'immigration doit être réglementée par la capacité d’absorption économique du pays. Grâce à la situation économique prospère, consécutive à l’afflux des capitaux, la Palestine a pu recevoir 8.000 émigrants en 1933 et plus de 10.000 en 19342. L’immigration juive en Palestine a suscité des colères parmi la population arabe qui a toujours refusé de coliaborer à l’administration du pays. En 1929, de graves émeutes ont éclaté à Jérusalem, en octobre et en novembre 1933, de nouveaux troubles se sont produits. Les Arabes reprochent aux Anglais de n’avoir pas tenu les promesses qui leur avaient été faites au cours de la guerre. La Commission Shaw nommée par le Gouvernement britannique pour enquêter sur les causes des troubles de 1929 a fait les suggestions suivantes : « La Commission ne suggère en aucun point qu'il y ait jamais eu grande sympathie entre les deux races, mais elle a été frappée du fait que jusqu’à l’adoption de la politique du foyer national, il existait au moins des senti-
1. Moch, Le Mandat britannique en Palestine, pp. 118 et suiv.; C.P.M., 20, 1931, p. 80.
2. Rapport du Gouvernement britannique sur l’administration de la Palestine pour 1934.
ments de tolérance de la part des Arabes à l’égard des Juifs ; la manifestation ultérieure d’un antagonisme ethnique a donc semblé à la Commission devoir être attachée à des facteurs qui sont entrés en jeu depuis l’adoption de cette politique, plutôt qu’à une cause quelconque d’un caractère plus essentiel »1......
La réconciliation de la population juive avec la population arabe est la condition de l’organisation en Palestine d'institutions de libre gouvernement. La Puissance Mandataire met tous ses soins à la réalisation de cette tâche difficile. À la 23€ session de la Commission Permanente, le représentant accrédité, M. Hull, assurait les membres présents que la Puissance Mandataire est consciente de la double tâche qui lui incombe en vertu du mandat ?.
En de nombreuses occasions, l’administration a fait aux Arabes des propositions tendant à la constitution de Conseils législatifs, et autres formes de représentation.
Ces propositions ont toujours été repoussées. Un Haut- Commissaire a pu, à ce propos, citer un proverbe britannique qui dit «que l’on peut amener un cheval à l’abreuvoir, mais qu’on ne peut pas le forcer à boire »5.
L'expérience palestinienne n’a pas été en tous points une réussite. La Grande-Bretagne n’est pas encore arrivée à établir un Gouvernement autonome. Les Sionnistes ont pu lui reprocher trop de concessions faites aux Arabes qui, d’autre part, ne cachent pas leur mécontentement. La situation politique va, toutefois, s’améliorant. Ce n’est pas que l'hostilité entre Juifs et Arabes tende à diminuer mais le pays est las de luttes politiques et les Arabes qui sont de plus en plus divisés entre eux ne créent plus de véritables difficultés au Haut-Commissariat comme il y a quelques années. La Palestine est prospère économiquement, l’ordre y règne, de nombreux immigrants juifs s’y installent chaque année. Dans ce sens, la Puissance Mandataire remplit les obligations que lui prescrit le mandat.