‹ Les manifestations catatoniques dans les pyélonéphrites à colibacille des petits enfantsChapitre 10 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES PARTICULARITES CLINIQUES DE LA CATATONIE COLIBACILLAIRE CHEZ LE PETIT ENFANT

Nous retrouvons chez le petit enfant, les quatre symptômes cardinaux de la catatonie. Etudions-les.

A) La catalepsie ou « prise en masse du sujet ». — Elle est réalisée au maximum dans les trois observations rap- portées ici. Les petites malades demeurent dans une immobilité totale, figées dans une attitude invariable. On les dirait enfermées dans une carapace de glace leur interdisant tout mouvement. La contracture qui détermine cette catalepsie prend pourtant chez le petit enfant un type différent de celle de l’adulte. Celui-ci, au cours d’un accès de catatonie, se présente le plus souvent avec une attitude en flexion : le petit enfant, au contraire, se maintient en extension ou en hyper-extension et celle-ci se réalise au maximum pour Janine (Obs. 1), puisqu'elle va jusqu’à « l’opisthotonos ». Janine, d’ailleurs, alors que le nourrisson tient normalement ses membres inférieurs en flexion, tenait, quand on la soulevait, ses jambes étendues et raides.

Madeleine (Obs. 3) et Janine (Obs. 1) ont présenté les

attitudes typiques du spasme carpo-pédal. Faut-il voir là l'expression catatonique d’un terrain spasmophile ? Pourtant, chez ces deux petites malades, le signe de Chvostek a toujours été négatif et la calcémie dosée chez l’une d’elle (Obs. 3) s’est révélée normale. |

La conservation des attitudes imposées (catalepsie classique) a été notée deux fois sur trois. Dans l’un et l’autre cas, ce phénomène prédominait surtout aux membres supérieurs.

B) Le négativisme. — Il se présente chez l’adulte avec une grande richesse symptomatique : résistance musculaire aux mouvements passifs proportionnelle à la force exercée sur lui, refus d’exécuter les ordres, refus de manger et boire, résistance à ses propres désirs (le malade se retenant d’üriner et d’aller à la selle). Au contraire, chez l’enfant, il se manifeste beaucoup plus grossièrement : c’est le refus de jouer et de manger pour Régine (Obs. 2),

c’est la contracture intense que présente Janine dès qu’on veut la mobiliser (Obs. I).

C) Les hyperkinésies. — Chez l’adulte, ce sont des crises nerveuses, des impulsions motrices, des mouvements rythmés, des tics bizarres, des flots de paroles incohérentes ; le petit enfant présente seulement des gestes automatiques simples : mâchonnement, mouvements de rotation de la tête sur l’oreiller, mouvements réguliers des mains faisant le geste de chasser une mouche. Madeleine (Obs. 3) pourtant a présenté des accès de convulsions partielles localisées aux membres supérieurs et à la face.

D) Les troubles organo-végétatifs. — Ils se manifestent surtout de deux façons chez le petit enfant :

‘a) Par la pâleur ; elle est intense, atteint tous les tégu-

AE). es ments leur donnant une teinte terreuse. Elle est l’expres- SA ? . . CO rte .

sion d’une vaso-constriction périphérique importante. A la face, les lèvres sont décolorées et cette pâleur join-

te au regard absolument vide et sans vie donne à l’enfant un masque impressionnant.

b) Par les troubles du rythme respiratoire : ils se sont traduits par des accès de polypnée paroxystique avec un chiffre de respirations atteignant 60 à 72 par minute pour Madeleine (Obs. 3). Cette polypnée, comme cela a déjà été noté, survient sans qu’une cause pulmonaire puisse être invoquée. Elle est l'expression d’un disfonctionnement important des centres végétatifs.

YŸ at-il participation psychique à ce syndrome surtout moteur chez le petit enfant ? On sait que le caractère essentiel du syndrome catatonique est de se définir par un trouble psycho-moteur : la suspension de l'initiative motrice et de la mise en train volontaire, se traduisant par ce que Baruk appelle le syndrome d'inertie. Il ne s’agit pas là, comme dans la maladie de Parkinson, d’un barrage moteur musculaire, mais bien d’un trouble d’origine psychique comme le prourvent certains accès de catatonie ne survenant chez les adultes que dans des conditions bien déterminées, le passage du médecin par exemple. A ce moment, tout acte de volonté est impossible à ces malades qui subissent totalement toutes les sollicitations venues de l'extérieur ou s’y opposent systématiquement sans jamais faire aucun choix entre l’adhésion et le refus.

Or, s’il est facile de percevoir la participation psychique dans le syndrome de l’adulte, celle-ci est bien plus difficilement notée chez le nourrisson et le petit enfant. En fait, leur cortex a un fonctionnement très réduit, et il semble que cette déficience corticale ait comme conséquence de donner une plus grande importance aux signes

moteurs de leur syndrome. Il faut toutefois remarquer que, si peu important que soit le fonctionnement cortical du petit enfant, son psychisme n’en est pas moins touché : dans chaque observation, on a noté la torpeur profonde des petites malades, leurs yeux grands ouverts avec un regard fixe, sans vie. Dans l’observation 1, ce qui frappe, c’est l’expression de souffrance que traduit par instant le visage de Janine, expression impressionnante qui persiste parfois fort longtemps. C’est ce que Baruk appelle la « persévération des expressions émotives » ; il l’a bien mise en évidence dans ses expériences sur la catatonie colibacillaire expérimentale.

Pour compléter cette description des symptômes catatoniques du petit enfant, il faut noter l’extrême variabilité de ces symptômes, variabilité dans leur cause, leur intensité, leur durée, leur expression clinique.

Nous schématiserons toutefois le syndrome catatonique du petit enfant de la façon suivante :

Le petit malade se présente en contracture généralisée en extension pouvant aller jusqu’à « l’opisthotonos », il est figé dans une immobilité totale, plongé dans une torpeur profonde avec un regard fixe, vide, sans expression. Ses téguments ont une pâleur terreuse. Il est quelquefois secoué par des accès de polypnée paroxystique.

Sur ce fond d’immobilité, se greffent des mouvements automatiques simples, parfois des accès convulsifs.

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