‹ Les Manifestations Génitales de la Syphilis Héréditaire PrécoceChapitre 10 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Étude des diverses manifestations génitales de la Syphilis héréditaire précoce.

Nous venons d’énumérer les différentes lésions pouvant exister au niveau de l’appareil génital mâle sous l'influence de la syphilis héréditaire précoce. Il nous reste maintenant à les étudier.

$ 1. — Lésions de la glande testiculaire - Le Sarcocèle

Comment se présente le testicule normal chez le nouveau-né et le nourrisson ?

On l’a comparé, au point de vue de son volume, tour à tour à une noisette dépouillée de son enveloppe, à une olive, à une petite amande ; on a dit qu’il pouvait varier entre la grosseur d’une petite noisette et celle d’un pépin de citron. Le testicule étant de taille assez variable, nous pensons que, pour affirmer de façon certaine un changement anormal de volume, on doit se baser sur une différence nette

entre la grosseur des deux testicules. Il faut se rappeler cependant que si, le plus souvent, ces deux organes sont sensiblement égaux, le gauche l’emporte parfois très peu sur le droit, le contraire étant l’exception. La palpation nous permet aussi de délimiter l’'épididyme et le canal déférent ; elle nous renseigne

enfin sur la consistance rénitente du testicule normal.

Comment, en général, l'attention est-elle attirée sur le scrotum et son contenu ?

Parfois, chez un enfant ayant les apparences d’une parfaite santé, les parents ou la nourrice remarquent qu’une des bourses ou l’un ou l’autre des deux testicules est d’une grosseur exagérée ; mais souvent, loin de penser à prévenir le médecin, « les familles se louent plutôt des avantages que semble comporter pour leurs enfants l'existence d’organes aussi replets » (Ed. Fournier). Dans d’autres cas, l'enfant, présentant diverses manifestations morbides susceptibles d'être dues à la syphilis héréditaire, est montré à un médecin qui, au cours de l’examen complet, n’oublie pas d'examiner les testicules et les trouve lésés.

A Lyon, à la consultation des maladies héréditaires, MM. Favre et Dupasquier, ainsi que nous-même, sous leur direction, pratiquons l'examen méthodique des organes génitaux de tous les enfants qui nous sont apportés.

Seringe a bien étudié la date d'apparition du sarcocèle syphilitique. La tuméfaction testiculaire peut exister dès la naissance, que celle-ci ait lieu à terme (Obs. de Bryant, Tuffier), ou avant (Obs. II de Seringe,

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prématuré de 7 mois 1/2). On peut la voir également dans les premiers jours ou dans les premières semaines de la vie. Mais c’est du second au septième mois qu'on la rencontre au maximum. La fréquence de cette lésion diminue à partir de ce moment, et c’est assez rarement que l’on a signalé le sarcocèle à 2, 4 et 6 ans au plus tard, comme manifestation de la syphilis héréditaire tardive.

Que révèle l'inspection ? Dans certains cas, Seringe a noté « un scrotum qui paraît épaissi, œdémateux, quelquefois rouge », mais cette hyperhémie, cette infiltration du derme et du tissu cellulaire souscutané nous a toujours paru en rapport avec l’existence de syphilides cutanées, disséminées sur le scrotum et sur les régions péri-anales et fessières. Le plus souvent, et c’est d’ailleurs cela que nous avons toujours vu, on se trouve en présence d’une augmentation variable du volume d’une ou de deux bourses, l’une descendant en général plus bas que celle du côté opposé.

Notons cependant que l'inspection reste, dans certains cas, négative. ;

A la palpation, s’il n’y a pas d’hydrocèle, nous pouvons parfaitement bien sentir les testicules. Mais, assez souvent, nous nous trouvons en présence d’un épanchement séreux de la vaginale. D’après Sales et P. Vallery-Radot, il suffit d’une mince lame liquide pour gêner l’examen et faire croire à un testicule hypertrophié ; quand l’épanchement est d’un certain volume, la palpation précise du testicule devient

impossible. Il est, pour ces auteurs, indispensable, pour faire un.bon examen, d’évacuer le liquide d’hydrocèle par ponction à l’aide d’une fine aiguille. N'ayant jamais été en présence d’une hydrocèle très volumineuse, nous n’avons jamais eu recours à ce procédé. |

La palpation nous révèlera, au niveau du testicule malade, des modifications portant sur son volume, sa consistance, sa sensibilité et enfin sur sa surface.

Modifications de volume

Il est possible, après ponction évacuatrice, de ne rien remarquer d’anormal (Salès et P. Vallery-Radot). La rareté de la lésion syphilitique, du moins macroscopique, du testicule chez le nourrisson, est communément notée par beaucoup d'auteurs, cette glande pouvant être asez légèrement touchée pour ne révéler son atteinte que lors d’une vérification nécropsique et sous le contrôle du microscope (prolifération cellulaire diffuse du tissu conjonctif interstitiel, Hutinel).

Dans d’autres cas, on note une augmentation de volume de l’organe : Hypertrophie testiculaire. Pour Seringe, considéré chez l'enfant, depuis la naissance jusqu’au 15° mois, le testicule a paru souvent d’un tiers plus volumineux qu’à l’état normal, quelquefois doublé de volume. Dans certaines observations, il est signalé qu’exceptionnellement la glande génitale peut atteindre le volume d’un œuf de pigeon (enfant de 14 mois, vu par North), ou celui d’une noix (enfants de 2 et 3 mois, vus par Moncorvo).

Pour Carpenter, l’hypertrophie peut atteindre le volume d’une noisette, d’une châtaigne, d’une prune et même celui d’un œuf, mais ce dernier cas est très rare. Personnellement, nous avons en général trouvé une augmentation de volume dans des limites assez restreintes ; dans deux des cas vus par nous, nous avons pu comparer le volume du testicule à celui d’une noix.

Enfin, dans une troisième série d’enfants, il y a diminution de volume de l’organe : atrophie testiculaire. Dans leur Traité des Maladies de l'enfance, Hutinel et Lereboullet écrivent : « Lorsque, chez un nourrisson, on trouve, dès la naissance ou un peu après celle-ci, des testicules durs comme des billes, indolores, soit volumineux, soit au contraire atrophiés, on peut presque toujours affirmer que cet enfant est atteint de syphilis héréditaire.

‘: Carpenter, qui a trouvé souvent lhypertrophie testiculaire, a montré qu’elle n’était pas constante et que parfois elle n’existait pas. Seringe cite une observation de H. de Rothschild, déjà mentionnée dans la thèse de Ed. Fournier, et que nous résumons ici : Enfant de 15 jours, hérédo-syphilitique, bec-delièvre double et compliqué, véritable gueule de loup,: double pied-bot varus, stigmates du fond de lœil, malformation du pavillon de l'oreille, hydrocèle assez développée au niveau du testicule droit, atrophie et dureté excessive des testicules. Salès et P. Vallery- Radot, dans un de leurs articles sur l’hydrocèle, écrivent qu’au cours de nombreux examens qu’ils ont pu faire sur des nourrissons atteint d’hydrocèle

suspecte, il leur a été possible d'observer fréquemment, après ponction, que l’état du testicule était sensiblement modifié ; sa consistance était dure et son volume généralement réduit à celui d’une très petite bille ou d’un noyau de cerise ; une seule fois, le testicule était très nettement augmenté de volume. Signalons que, dans nos observations personnelles, nous avons surtout noté une augmentation de volume du testicule ; c’est seulement dans quelques rares cas que nous en avons trouvé plus petits que la norme.

De tout ce qui précède, il résulte que les opinions des auteurs sont partagées en ce qui concerne les modifications de volume des testicules dans la syphilis héréditaire précoce. Nous verrons plus loin s’il est possible de concilier ces idées différentes. Il nous faut, en attendant, chercher d’autres signes, plus constants, plus fidèles, qui nous permettront d’étayer un diagnostic certain. Il en est un qui est d’un intérêt très grand et qui consiste en une modification de consistance.

Modifications de consistance

Tous les auteurs sont unanimes à déclarer que, .quelque soit le volume du testicule, sa consistance est accrue et il présente une, dureté caractéristique. On n’a plus, comme normalement, la consistance rénitente que nous avons signalée ; le testicule est d’une dureté de squirrhe, voire même ligneux ; plus encore, on à comparé la dureté du testicule à celle du bois et même à celle de livoire. Nous partageons pleinement cet avis ; dans toutes nos observations de sar-

; SAGE JT cocèle, le testicule est signalé particulièrement ferme et résistant. Certains auteurs (Obédénare, Brocq) ont parfois noté que l’induration paraissait limitée à une des extrémités de l'organe ; peut être s’agissait-il alors d’une participation épididymaire. Dans la grande majorité des cas, tout l’organe est uniformément dur.

Le testicule n’a pas seulement la consistance du bois ; il présente aussi des modifications de sensibilité.

Modifications de sensibilité

L'évolution du sarcocèle se fait sans aucune douleur et c’est ce qui fait que la maladie passe souvent inaperçue. Au toucher, le testicule a perdu sa sensibilité. On peut le presser très fortement, sans que le petit malade jette le moindre cri ou esquisse le moindre geste.

Terminons cette étude en disant que dans la majorité des cas, il n’y a pas de modifications dans

la forme de l’organe, qui est conservée.

Quant à la surface, elle peut rester lisse, comme normalement, ou bien être légèrement bosselée, noueuse, mais ceci est bien rare ; ces irrégularités seraient dues à des nodules indurés, à des gommes.

Il nous reste encore un point à examiner:

Ces lésions sont-elles unilatérales ou bilatérales ? Hutinel penche pour la deuxième hypothèse ; il n’a pas rencontré une seule fois chez l'enfant de lésions

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unilatérales des testicules. Taylor a trouvé que dans 33 % des cas, les deux organes sont intéressés. Pour Carpenter, la maladie n’est pas invariablement bilatérale. Sur les 86 cas que Seringe a pu rassembler, 51 fois les lésions siégeaient d’un seul côté et 35 fois à droite et à gauche. Nous avons trouvé également, dans la grande majorité de nos observations, une atteinte des deux testicules. Il faut remarquer qu’en ce qui concerne l’hydrocèle, le plus souvent, elle est unilatérale ; cette particularité pourrait s'expliquer par des lésions des deux testicules, l’un étant beaucoup plus fortement touché que l’autre.

Au cours de nos recherches, nous n’avons pas eu l’occasion de pratiquer des examens microscopiques de testicules lésés par la syphilis héréditaire précoce. Nous sommes donc obligé de donner ici des renseignements puisés dans divers travaux publiés sur la question, en particulier dans le mémoire d’Hutinel, et dans la thèse de Seringe.

À l’autopsie, macroscopiquement, le testicule présente l’aspect que nous avons déjà décrit ; il est augmenté ou, diminué de volume, lisse, dur, sa forme est conservée. À la coupe, la glande est peut-être un peu plus congestionnée, un peu plus ferme que d'ordinaire ; l'on distingue ça et là de petits grains blanchâtres analogues à des grains de semoule ; mais souvent, on ne voit rien et seul le microscope pourra mettre en évidence les lésions existantes.

Avant de décrire ces lésions, rappelons que le testi-

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