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ration se fait d’abord sentir; maints malades retrouvent les mouvements des mains avant que la moindre amélioration se fasse sentir du côté des membres inférieurs; ce sont les mains que la paralysie envahit les dernières ; ce sont elles qui guérissent les premières ; la rénovation du tube nerveux se fait d'abord dans les points où la lésion est la moins prononcée. Quand il y a amendement les troubles moteurs et sensitifs marchent de pair; la disparition des vives douleurs coïncide avec la possibilité pour le malade de faire quelques mouvements, Les déformations et les troubles trophiques s’atténuent simultanément.
La guérison des membres inférieurs succède à celle des membres supérieurs. Il suffit que l'amélioration débute par un point pour que l’on puisse envisager la partie comme gagnée ; il faudra parfois user de beaucoup de patience sans cependant jamais désespérer.
Si la marche n’aboutit pas à une terminaison heureuse, c'est le s/atu quo ou la mort. L'état stationnaire peut persister pendant quelque temps, mais il ne dure jamais indéfiniment; car il se produit toujours même spontanément une régénération tout au moins partielle des tubes nerveux atteints et des muscles correspondants. Cette amélioration rend généralement la marche possible à Paide de chaussures spéciales après la ténotomie qui remédie à la déviation des pieds. Quand la mort survient c’est quelquefois à la suite d’eschares, de tuberculose pulmonaire, le plus souvent par le fait de l'accélération du pouls qui bat jusqu’à 140 par minute en même temps que la température s'élève quelque peu ; il semble qu'il y ait là une paralysie des pneumogastriques, et en effet c’est lorsque la paralysie des extrémités gagne Je tronc et les nerfs respiratoires que survient ce mode déterminatif qui a permis de constater parfois l’altération (névrite parenchymateuse) des pneumogasiriques
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(Dejerine, Lancereaux). La fibre musculaire du cœur ne présente d’ailleurs aucune lésion ; les parois de l'organe ont leur fermeté et leur coloration normales; seuls existent quelques dépôts graisseux sous-péricardiques. [l peut arriver encore que le malade succombe par une sorte de dépression générale résultant sans doute d'une action inhibitoire de la substance toxique sur le système nerveux central. Enfin il faut savoir que cette paralysie peut récidiver ; ces récidives même sont des plus communes et dues le plus souvent à ce que les malades, après la guérison, se livrent de nouveau à l’abus des boissons alcooliques.
Le pronostic est assez grave; cette affection expose en effet ceux qui en sont atteints à des complications redoutables, à des accidents mortels. Elle peut se prolonger, comme nous l’avons vu, pendant des années et même donner lieu à des infirmités indélébiles: toutefois, si le malade se trouve dans des conditions favorables, s’il n’est pas atteint d’une névrite à évolution aiguë, s’il est soustrait à temps à Pinfluence de l'agent qui a provoqué et entretient le mal, il peut guérir d'une façon complète.
Le diagnostic est ordinairement facilité par les symptômes sulvanis : a
1° Paraplégie flasque. |
2° Prédominance des troubles sensitifs.
3° Le sleppage.
4° Absence de troubles des sphincters.
5° Fréquence des altérations des yeux.
6° Commémoratifs d’alcoolisme.
Il ne faut pas oublier du reste, au point de vue du diagnostic, qu'il est quelquefois très difficile et même impossible de faire avouer à un malade qu’il a commis des excès alcooliques ; cela est vrai surtout pour les femmes qui sont poussées par un sentiment de pudeur à dissimuler la vérité;
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mais bien souvent aussi les protestations des malades, quand on les interroge à ce sujet, ont pour cause les troubles psychiques connus sous la dénomination de psychose polynévrilique (Korsakoff, James Ross, Hack, Tuke, Serbski, Goldscheïder, Remak, Frankel, Fisher, Hævel, Hhing, Judson, Burg, Klippel). Ce syndrome consiste en des phénomènes de délire, en un affaiblissement intellectuel plus ou moins prononcé et une amnésie qui, dans beaucoup de cas, est le trouble mental le plus saillant ou même la manifestation presque exclusive du désordre psychique; celte amnésie a pour caractère principal de porter seulement sur les faits les plus récents ; la mémoire des faits anciens est au contraire bien conservée. Parfois, les alcooliques, sans être atteints d’amaésie, se défendent, avec la meilleure foi du monde, de toute habitude d’intempérance. Il faut encore se garder de confondre les diverses manifestations de l’hystérie associée à l’alcoolisme et d’attribuer à l’une ce qui doit être rapporté à l’autre.
Le diagnostic, quoi qu’il en soit, doit être fait, avec Îles myélites aiguës, Les polynévrites infectieuses, la paralysie ascendante de Landry, la paraplégie hystérique,|laparaplégie de l’ataxie, la paraplégie de la maladie de Friedreich, la paraplégie du diabète, la chorée paralytique, les paralysies toxiques (plomb, mercure, oxyde de carbone, sulfure de carbone } etc... Ce serait passer ‘en revue toutes les paraplégies douloureuses et flasques, ce qui nous entraînerait trop
loin ; aussi nous limitons-nous.
Troubles de l'intelligence
Ces troubles sont multiples et sont, de tous, les plus déplorables, car non seulement ils font de l’alcoolique un individu dégradé, un être inférieur, bien plus nuisible qu'utile
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à la sociélé, mais encore dangereux pour lui et pour autrui. Ici il y a plusieurs points à considérer. Les troubles peuvent être passagers, aceompagner les paralysies alcooliques ou non ; au contraire, ils peuvent être permanents.
Tous ces phénomènes sont extrêmement fréquents, ce qu'indique déjà l’expérimentation physiologique en nous faisant connaître l’action élective des boissons alcooliques sur l’encéphale et en particulier surles circonvolutions du cerveau, L'observation clinique le démontre à l’aide de la stalistique ; celle-ci en effet ne laisse aucun doute relativement à la fréquence des troubles de l'esprit daus l’alcoolisme et à son augmentation de progression avec les anntes (Bayle, Esquirol, Parchappe, Motet, Magnan, Joffroy).
Dans cette étude des troubles de l'intelligence, nous irons du simple au composé.
Depuis longtemps connue sous le nom d'ivresse, l'intoxication aiguë par l’alcool survient en général à la suite d’un excès de vin. « Au bien-être général déterminé par une « faible quantité de boisson succède, sous l'influence d’une € ingestion plus abondante, une excitation générale, la force « musculaire s'accroît, les yeux brillent, une gaieté plus « que naturelle éclate, la figure devient resplendissante, « animée, les sourcils sont froncés, le courage est intrépide, « la sensibilité exaltée, et il survient un sentiment de ver- « tige, agréable tout d’abord, pénible ensuite ; la vue s’obs- « curcit ou bien il se produit de la diplopie, parfois des. « tintements, des bourdonnements d'oreille, puis les sens « s’'émoussent, la démarche devient incertaine et vacillante, « la parole s’embarrasse, les idées pressées et abondantes «se présentent avec désordre ; aux inspirations d’un esprit « stimulé succèdent un bavardage inepte, des discours sans « liaison, puis les idées diminuent et parfois il ne teste « plus qu'une idée fixe ; le courage dégénère en témérité, :
la joie est extravagante ; le caractère, d’abord gai ct joyeux, tourne à la susceptibilité, à la défiance, à Pirasci- Dilté ; les jugements perdent leur justesse, deviennent incomplets, hasardés ; alors chacun découvre avec caadeur et sincérité ses mœurs et son caractère, d'où l’adage : #n vino verilas. En effet, l'homme colère s’'irrite, frappe, mord ; l’homme passionné soupire, embrasse ; le sot se met à rire et fatigue de ses offres ceux qui n’en veulent pas; l’homme triste verse des larmes, parle de religion, de mort.
« Cependant la conception délirante n'est pas toujours en rapport avec l’état d'esprit des individus, car on voit assez souvent des hommes timides changer de caractère, devenir querelleurs et méchants, des individus polis et méticuleux se montrer grossiers et entreprenants, etc... Les mouvements perdent leur précision, les yeux obscurcis sont hagards, la démarche incertaine, saccadée, titubante finit par devenir impossible, et le malheureux buveur tombe sans pouvoir se relever. Un certain degré d’analgésie et d’anesthésie succède à lexaltation de la sensibilité, l'intelligence s’anéantit, et en dernier lieu survient unétat de collapsus plus où moins profond avec relâchement des sphincters et dilatation des pupilles. Pendant ce temps la respiration s'accélère, son rythme se modifie et la quantité d'acide carbonique expiré diminue ; plus tard, elle se ralentit; s'embarrasse, devient stertoreuse ; du sang et des mucosités emplissent les bronches, et il se produit une véritable asphyxie : les battements du cœur se précipitent, les artères battent avec énergie, la face s’injecte. La sécrétion urinaire est accrue par la qnantité des boissons ingérées et par l'action du vin sur les reins ; quelquefois les urines diminuent et. deviennent albumineuses, du moins pendant quelques jours. Les
BROUSSAIN 3
DISUÉE
« fonctions génésiques, d'abord excitées, deviennent plus « tard impossibles. La peau injectée, se couvre de sueur et « exhale une odeur spéciale moins prononcée que celle de « l’haleine ». (Lancereaux).
. Les formes de livresse, qui n’est ordinairement qu'un accident passager laissant à sa suite un état gastrique bien particulier, dépendent tout à la fois de la prédisposition individuelle, de la qualité et de la quantité des boissons 1ingérées.
On distingue l'ivresse gaie, l'ivresse triste, etenfin l'ivresse convulsive qui se voit surtout après l'absorption d’alcools de mauvaise qualité, de liqueurs avec essences. L’ivresse n’est donc qu’un délire éphémère dû à l’ingestion d’une dose plus ou moins forte, et qui cesse quand le poison a été éliminé.
On sait que la résistance d’un chacun à l'ivresse est très variable ; cette résistance est naturelle ou acquise ; quand elle est acquise, c’est par des habitudes alcooliques antérieures, ou parce que l'individu sait boire ; aucun ne résiste à l'ivresse comme celui qui, tous les jours, prend son poison à doses convenables.
Une autre variété de troubles intellectuels est ce qu’on appelle la psychose polynévritique. En même temps qu’apparaissent les symptômes qui caractérisent la névrite, on peut constater une modification dans le caractère du malade qui-devient irritable, capricieux ou bien, au contraire, indolent, apathique ; puis vient une agitation ordinairement peu prononcée daus la journée, et qui augmente quand vient le soir ; le malade est anxieux, redoute de se trouver seul et se lamente sur son sort. Ces phénomènes deviennent plus intenses pendant la nuit ; le malade pousse des cris, des gémissements ; en proie à des ballucinations et à de l’agitation motrice, il injurie les personnes qui se trouvent près
de lui, cherche à les frapper, et lance sur elles les objets
qui sont à sa portée ; des convulsions épileptiformés ont été notées chez quelques malades. L'accès se calme dans la seconde moitté de la nuit, et le sujet semble, dans certains cas, recouvrer d’une façon complète sa lucidité, sa conscience ; mais le plus souvent on observe, dès les premiers jours de linvasion de cette affection, un affaiblissement intellectuel, une diminution très marquée de la mémoire, un trouble dans association des idées, des illusions, ainsi que des hallucinations de la vue et de l’ouïe. Parfois, le délire persiste jour et nuit, el peut durer sans trève pendant plusieurs semaines.
C’est au début de Ja maladie que ces phénomènes de délire atteignent leur apogée ; ils s’atténueut dans la suite, tandis que Paffaiblissement intellectuel, Pamnésie, qui sont le plus souvent précédés par la période d’agitation, s'accentuent petit à petit, et viennent occuper le premier plan du tableau symptomatique. L’amnésie, qui constitue le trouble mental le plus saillant, et parfois même la manifestalion presque exclusive du désordre psychique, a pour caractère principel de porter seulement sur les faits les plus récents, la mémoire des faits anciens étant, au contraire, assez bien conservée ; quand cette amnésie n’est pas accompagnée d'un affaiblissement intellectuel, ou que celui-ci n’est pas très prononcé, le malade qui en est atteint peut donner pendant un certain temps l'illusion d’un individu jouissant de toutes ses facultés intellectuelles ; les idées qu'il énonce sont raisonnables, il les enchaîne avec logique, et il est capable de soutenir momentanément une conversation, mais le trouble mental ne tarde pas à apparaitre. En effet, le malade oublie très rapidement ce qu'il vient de dire ou d’entendre, il répéte, à quelques minules d'intervalle, les mèmes phrases, sans en avoir conscience ; il perd la notion des faits qui se sont passés il y a
peu d’instants, de ceux mèmes qui l'ont vivement impres-
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sionné ; l’oubli des faits observés et des images perçues n’est que transitoire ; sitôt que l'individu guérit, il recouvre ja mémoire.
Ces troubles si intéressants semblent non seulement liés à une origine névritique, mais encore à un certain degré d'intoxication de l'individu par suite d'insuffisance hépatique (Klippel). |
Le délire alcoolique simple n’est plus passager comme celui de l'ivresse ; il peut persister pendant des semaines, des mois, et acquiert par cela même une importance considérable.
C'est en général un délire triste ayant trait surtout aux occupations journalières du malade, à sa profession, aux événements politiques contemporains, aux crimescélèbres ; deux choses le caractérisent surtout, le tremblement et les hallucinations.
« L’alcoolique change peu à peu de caractère ; il se « montre inquiet, irritable ; il perd le sommeil, est le jouet « de cauchemars, d'illusions ; et lorsque, après des excès « répétés, il dépasse la limite de saturation, il entre de « plain pied dans la folie; un monde nouveau lui apparaît, « où des formes bizarres naissent, grandissent, circulent, « dans un pèle-mêle désordonné. Tout ce qui l'entoure se « transforme et se meut au plafond, au milieu d'une trame « de fils qui se rétrécissent et s’allongent, des boules noires « se dessinent, renflent, prennent la forme de rats, de « chats, de chiens qui, passant à travers les mailles, tom- « bent sur le parquet, bondissent et disparaissent. Le lit se « peuple d’un grouillement de bêtes immondes ; le mur se « couvre d'un fourmiliement d'insectes, d'animaux, de fan- « tômes qui courent, descendent, puis remontent. Terrifié « le malheureux recule, et tout s'approche ; il veut fuir, « ettout le suit. I cherche une issue; il jette vers la