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fenêtre un regard désespéré, et sur les toits des maisons voisines 1} aperçoit des hommes armés qui le couchent en joue ; il se baisse, il se blotlit dans un coin pour échapper à la mort qui le guelte, et voilà que des gendarmes vont le saisir et qu’au dessus d’un effrayant défilé d’assassins et de juges passe tout-à-coup l'éclair sanglant du couperet de la guillotine.
« En même temps des menaces, des injures, des plaintes, des appels, des cris furieux sont proférés contre lui, la crépitation de la fusillade, le cliquetis des épées, le glapissement des pompes à incendie, le glas funèbre des cloches, tout un tintamarre éclatant, confus, discordant le poursuit. Et, au milieu de cette atmosphère fantastique, des odeurs fétides l'enveloppent et le suffoquent, d'horribles saveurs empestent ses aliments et ses boissons ; de plus, il lui semble que des nuées de mouches pénètrent dans sa bouche, dans ses narines, dans ses yeux ; que des bètes visqueuses et froides rampent lentement sur sa peau ; que des myriades de vers souillent son corps et le font tomber en lambeaux.
« À côté de ces hallucinations tristes l'alcoolique peut présenter des hallucinations agréables ; il entend des voix mélodieuses, voit des fleurs aux couleurs brillantes, des groupes gracieux de jeunes femmes qui dansent, oudulent, s'entrelacent. Mais rapidement le tableau s'assombrit et prend les caractères de celui ci-dessus décrit. On conçoit que lapparition de ces images terriliantes dans le champ de la conscience provoque bientôt une réaction psycho-motrice, une association d'idées et de mouvements protecteurs, opposés à ces perceptions 1llusoires, à moins que, désorganisés complètement par la force el le nombre des haflucinations, les états conscients actuels ne puissent parvenir à se grouper ; ainsi s’expli-
« quent les diverses formes de la folie alcoolique, mania- « que, mélancolique, stupide, qui ne sont que des attitudes « émotionuelles, puisant, toutes, leur origine dans la même « cause, mais variant suivant les degrés d'intensité de cette « cause. L'on comprend aussi qu’en vertu de la grande mo- « bilité des hallucinations provocatrices ces attitudes se « modifient rapidement chez un même sujet (Magnan) ».
Donc, trois grandes choses dans le délire alcoolique.
41° Étrangeté terrifiante Les hallucinations.
2° Mobilité de ces hallucinations.
3° Hallucinalions ayant pour objet ordinaire les occupations habituelles du malade ou les préoccupations dominantes du moment.
C’est pour cela qu’en plein délire alcoolique le charretier excite ses chevaux, le marchand de vins boit avec des clients, le menuisier assemble et cloue des planches. Cest pour cela aussi qu'après chacun des crimes retentissants dont les circonstances sont minutieusement décrites par les jour. naux et les détails complaisamment reproduits par la gravure, on voit arriver à l'asile de malheureux alcoolisés qui s’en déclarent les auteurs ou les complices, qu'en tout temps les guerres, les événements politiques, toutes les convulsions sociales ont fourni la plus ample matière à cette forme de folie. Cest pour cela encore que les sujets imbus d'idées mystiques font parfois passer dans leurs hallucinations les images qui les hantent ordinairement. La foule mouvante des hallucinations alcooliques ne surgit pas d'emblée; on observe une gradation successive dans son développement ; on passe du simple trouble fonctionnel à lillusion, de celleei à Phallucination confuse, d’abord unique puis multiple et devenant peu à peu hallucination nette, précise, distincte. Chacune de ces hallucinations se développe avec une telle netteté de contours, une telle précision du détail, qu’au
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moment où le délire s’apaise, le malade en garde encore une impression forte el, Lout en reconnaissant leur caractère morbide, peut les dépeindre avec de vives couleurs.Le délire disparaît d’ailleurs comme il est venu ; d’abord hallucinations jour et nuit, puis seulement da nuit: plus tard hallucinations coufuses et illusions au moment du passage de la veille au sommeil, puis pendant le sommeil avec réveil inquiet, puis enfin cauchemars, rèves et retour à la santé Un point particulier à noter, c’est que, au moment même où l’hallucination s'éteint, onjpeut l’éveiller encore par une simple excitation périphérique, quel que soit le sens excité; des chocs sur la peau peuvent provoquer la sensation d’une morsure, de la reptation d’une couleuvre, de la piqûre d’un insecte, etc... el appeler même des hallucinations très nettes des autres sens ; l'animal qui mord, le reptile qui glisse peuvent alors apparaître, crier, siffler, et répandre de fétides odeurs. En soufflant dans le conduit auditif externe on a pu reproduire (Magnan) des hallucinations auditives ; en pressant sur les globes oculaires, comme l’a fait récemment M. Liepmann, on reproduit des hallucinations visuelles; cet auteur a recherché expérimentalement si des excitations périphériques étaient véritablement le point de départ des illusions et des hallucinations des alcooliques délirants; à cel effet, il à étudié chez un grand nombre de ces malades les effets réactionnels provoqués par la compression du globe oculaire ; tandis que chez les individus sains on note les images de Purkinje, chez la plupart des alcooliques ce sont des visions d'objets et de personnes que lon fait apparaitre; chez un certain nombre de sujets alcooliques la possibilité de faire apparaître ainsi des visions à persisté encore 12 à 48 heures après la cessation du délire spontané; chez un malade les visions déterminées par la pression de l'œil précédèrent d’un jour lapparition du délire; une partie des sujets
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des visions procèdent manifestement de l'image de Pur- * kinje; ce sont le soleil, la lune, les étoiles, le ciel, les éclairs, etc... chez près de la moitié des délirants visionnaires 1l s’est agi décrits ou d'imprimés dont ils déerivaient nettement les dimensions et la couleur des lettres qui étaient presque toujours les mêmes, et ils lisaient couramment ou au contraire déchiffraient péniblement ; parfois les mots n'avaient aucun sens ou il ne s'agissait que de lettres séparées et de chiffres ; les objets inanimés prédominaient ; c’élaient des maisons, des objets usuels (objets de toilette), ou des spectres ; fait singulier, la vision d'animaux était très rare et parini eux ne se trouvaient ni rats, ni souris. Beaucoup voyaient des places ou des rues traversées par des voitures ou des hommes ; en général, ces visions étaient considérées comme celles d'objets réels qui seraient vus à travers la chambre obscure; elles étaient sans liaison entre elles et jamais terrifiantes et angoissantes, ce qui contraste avec celles du délire spontané. Pour s’assurer que la privation de lumière n'était pas la cause essentielle de ce phénomène, Liepmann a expérimenté sur les yeux clos et recouverts d’une éloffe, mais non comprimés; il a reconnu que dans ces conditions une partie des alcooliques délirants avaient déjà des visions; l’un d'eux même placé, les yeux - ouverts, dans une chambre noire, y lisait.
Lieppmann conteste les conclusions que Liepmaon. tire , de ses expériences; l'observation soigneuse de plus d'un millier d’alcooliques délirants lai a montré en effet que les visions d’animaux se rencontrent tout au plus dans 40 pour 0/0 des cas, et que le délire présente le plus souvent associées les idées de persécution et celles de grandeur : chez les malades d’un certain âge e£ chez les récidivistes
les idées de grandeur surgissent en général à l'apogée du délire; quant à la variété des hallucinations, Lieppmann . ee <2
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les impule à la variété des boissons alcooliques ; un trait spécial aux délirants alcooliques est leur inaptitude absolue à s'orienter dans l’espace.
En somme, les recherches de Liepmann, que nous avons rapportées en entier, montrent que les représentations intérieures des alcooliques délirants ne se rapportent pas avec une prédilection énigmatique à certains animaux ou à des scènes d'angoisse, de frayeur ; leur caractère est plutôt dominé par la nature de lexcitation périphérique que par une direction préalable imprimée à lidéation ; si dans les visions spontanées les manifestations d’angoisse et l'apparition de certains animaux dominent, la cause doit en être cherchée dans des circonstances extérieures à l'individu.
Tel est le délire alcoolique en lui-même, dégagé des éléments étrangers qui peuvent modifier ses symptômes ; mais il peut arriver que des troubles mentaux d'origine différente viennent se greffer sur le délire alcoolique. Nous voulons parler de ceux de l'épilepsie, de la paralysie générale,
Dans ces cas-là lPalcool modifie ces troubles mentaux ; tantôt l'intoxication alcoolique ne fait qu'exacerber leurs symptomes: tantôt elle les déforme passagèrement et les agograve en leur associant ses hallucinations spécifiques, ete.
Il existe une autre variété de délire, aigu celui-là, le délirium tremens ou délire tremblant. Assez fréquent dans les saisons chaudes, ce délire se manifeste à l'occasion d’un traumatisme, d'unrefroidissement, d’une manifestation maladive quelconque de l'individu ; 1l n'existe que chez d'anciens buveurs, non seulement quand ils continuent leurs excès quotidiens, mais encore longtemps après leur suppression. Le début des symptômes est rarement brusque : les malades tout d’abord sont tristes, inquiels ; 1ls ont le regard égaré,
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une faiblessse et une agitation inaccoutumées, du dégoût pour les aliments, des nausées, enfin les autres troubles de l'alcoolisme chronique. Le délire éclate bientôt et se manifeste sous les formes les plus variées et avec une intensité qui est loin d'être toujours égale ; tantôt les malades furieux se livrent à Ces violences dangereuses pour les personnes qui les entourent ; ‘antôt, ils sont plus calmes, très gais, conversent beaucoup, etc... D'ordinaire les choses se passent ainsi : après quelques jours dedélireordinaire, ci-dessus décrit, avec hallucinations visuelles, auditives, ete... l'excitation du malade augmente ; il a des insomnies continuelles, il parle et s’agite continuellement ; ses lèvres, ses joues, sa langue frémissent ; les mains, les jambes tremblent ; l’appétit se perd, la bouche devient amère, la langue pâteuse, et la constipation s'établit opiniâtre. Alors apparaît le délire qui peut être léger, aigu, suraigu ou furieux.
Le malade devient très loquace, parle sans cesse, à tort. et à travers, d'une manière brève, saccadée, impérieuse ; 1l cherche à se lever de son lit et àse jeter par les fenêtres, à briser les objets qui se trouvent sous ses mains; tout le corps est dans un état de trépidation continuelle : ses lèvres, sa face sont agitées de secousses qui le font grimacer ; son œil est brillant, hagard, injecté ; il voit des gens qui le poursuivent et veut fuir; des animaux veulent lui dévorer les mollets, il se défend, se démène à tort et à travers; il se croit à un incendieet crie: au feu ! il s'imagine figurer dans une bataille et riposte aux coups qu'il reçoit; il entend des voix qui l’injurient, le menacent, il répond et vocifère. Quelques malades atteints de delirium iremens entendent quand on les interpelle, reconnaissent leurs parents et leurs amis, s'entretiennent avec eux de leurs affaires et de leurs occupations habituelles ; certains tiennent des discours et se livrent à des actions qui ne sont plus du tout en rapport
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avec leur profession, ou bien sont tourmentés par une idée dominante qu'ils cherchent à réaliser, et si l’on s’appose à leurs projets ils entrent en fureur; la sensibilité de ces malheureux est émoussée et certains malades essayent de * marcher avecua membre fracturé ou n'hésitent pas à défaire un pansement et à mettre à nu une plaie; le facies est injecté, souriant ou grimacant, couvert de sueurs abondantes, les yeux hagards ou effrayés, les lèvres tremblantes, la langue humide ou desséchée sur les bords. Il y a peu ou pas de fièvre, à moins qu’il n’y ait de l'élévation de la température parsuile de la maladie dans laquelle le delirium tremens est survenu, ou bien que ce délire ne soit suraigu.
Dans les cas légers, ce delirium tremens peut durer quatre à six jours, disparaître spontanément en 60 à 12 heures, où même moins, si le malade est activement et bien traité ; d’autres fois il peut passer à l’état aigu. Quoi qu'il en soit, quand le délire touche à sa fin, l’agitation s’apaise et est remplacée par un épuisement graduel qui se termine par un sommeil profond et prolongé.
Au réveil les malades sont calmes mais courbaturés, brisés ; ils conservent à peine la mémoire de ce qui s’est passé pendant leurs accès ; ils ont la bouche pâteuse, amère; ils éprouvent une soif vive ; ils conservent un léger tremblement et ne recouvrent leurs forces et leur santé qu'après plusieurs jours.
À côté de cette forme normale aiguë, que nous venons de décrire, il y a une forme légère et une forme suraiguë. Dans la forme légère on note de linsomnie, des hallucinations peu intenses, une agitation modérée. Dans la forme suraiguë, au contraire, il y a une agitation extrême, sans trève ni merci ; le malade est en proie aux hallucinations les plus terriliantes, il devient dangereux pour lui-même et pour ceux qui le soignent ; la température s'élève, la soif