SOURCILS, PAUPIÈRES ET BORD CILIAIRE
La région cutanée périoculaire réagit comme le tégument en général à l’infection lépreuse et il faut distingœuer ici, comme ailleurs, la lèpre nodulaire ou tuberculeuse et la lèpre anesthésique ou nerveuse.
Il est inutile de rappeler l’aspect classique du lépreux nodulaire: son faciès léonin causé par les tubercules qui se touchent au niveau du visage, lui donnant un aspect monstreusement enflé et couvert de bosselures, ses sourcils glabres qui avancent au devant des globes oculaires, son nez élargi, ses joues et son menton lobulés, en sorte qu’il est difficile de reconnaître l’âge, parfois le sexe du sujet qui ne peut exprimer aucune mimique. Ces lésions tuberculeuses élémentaires siègent sur tout le visage et au niveau des sourcils, des paupières et du bord eiliaire et n’offrent pas de particularité.
Chacun de ces éléments est de la grosseur d’un grain de chenevis, d’un pois chiche, ou d’une cerise, habituellement terne ou brunâtre, de consistance ferme, dont la surface est lisse et glabre et insensible à la piqûre et à la chaleur; on sait qu’ils sont constitués par des amas de cellules léprerses bourrées de bacilles de Hansen.
LS Tes
Les lésions des soureils et les paupières sont très fréquentes, Lopez donne une proportion de deux tiers des cas, alors que pour Hulaniki, cette proportion s’élève à «981 70)
Il est rare que ces lépromes s’ulcèrent, mais cela peut s’observer, l’ulcère est alors profond, irrégulier, à fond sanieux.
Du point de vue anatomique, le léprome cutané, où qu'il siège est constitué par un ensemble de lésions rappelant les lésions classiques de la tuberculose ou de la syphilis: un amas de cellules épithélioides à noyau périphérique dont le protoplasma présente de nombreux vacuoles jaune clair ou brun qui grossissent, puis se fusionnent à un stade avancé de l’évolution (cellules lépreuses, cellules de Wirchow), cellules à l’intérieur desquelles on voit de nombreux bacilles de Hansen.
A côté de ces cellules, les cellules banales inflammatoires lymphocytes plasmazellen, assez souvent même, d’après Santanastaso, des cellules géantes, que Calderaro ne signale pas, et que Lie interprete comme un signe de tuberculose associée. Rappelons que les cellules lépreuses peuvent n’être par ordonnées en un léprome et siègent souvent au voisinage des vaisseaux.
Avant l’aspect classique de la période d’état, on peut observer, au début, un tubercule isolé pouvant simuler un chalazion (Jeanselme et Morax), ou de rares tubercules seulement survenant ou faisant suite à des taches értythémato-pigmentées et parfois même, seulement, des lésions cutanées du type érythémateux.
I n’est pas rare d’observer des modifications de couleur des léprides au niveau des téguments, car les diverses lésions cutanées s’accompagnent de déplace-
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ments pigmentaires et on peut avoir des taches hyper-chromiques, parfois combinées à des taches achromiques, réalisant les types les plus divers de leuco-mélanodermie (morphée lépreuse) ; les taches achromiques sont souvent au niveau de cicatrices plus ou moins seléreuses, anesthésiques.
Dans les cas de lèpre nerveuse, beaucoup plus rare que la forme tuberculeuse, ce sont des taches qu’on observe; il est exceptionnel d’observer, au niveau des paupières, le pemphigus lépreux dont on connaît la haute gravité par les escarres et les mutilations qu’il provoque.
Une lésion fréquente et durable est l’infiltration et l’ædème des paupières, signalées par de nombreux auteurs, mais les lésions d’observation la plus banale sont l’absence de poils au niveau des sourcils et des cils madarosis) ; tantôt cette absence est totale habituellement associée à des lésions nodulaires, le plus souvent elle est partielle, localisée toujours au début, à la partie externe (Breda); plus rarement cette alopécie est diffuse.
Cette chute des poils paraît relever des lésions des papilles pilifères que Calderaro a pu observer alors quil n’y avait pas de lésion cutanée visible, tandis que Breda admet que le poil peut tomber sans lésion de la papille du follicule pileux.
Les glandes palpébrales sont souvent intéressées. Lie signale à la vérité, la résistance des glandes sébacées qui ne contiennent pas de bacille, mais Calderaro les a vues atrophiées, soit par compression, soit par hydropisie et vacuolisation des cellules glandulaires, le même auteur a observé la destruction rapide des glandes sudo-
Obs
ripares. Bakker note la diminution de la sécrétion lacrymale.
Une lésion plus rare, observée dans la forme nodulaire est l’ulcération possible par amincissement de l’épithélium cutané.
Avec les lésions palpébrales, il nous faut signaler les troubles des muscles de la paupière; ceux-ci sont plus rares, car ils ne se voient guère que dans la forme nerveuse (Grossmann), forme dans laquelle on les trouve dans les deux tiers des cas. Mourad à particulièrement étudié cette paralysie faciale qu’il a retrouvée quaranteet-une fois sur soixante-trois malades, paralysie qui intéresse surtout les muscles innervés par le facial supérieur, d’où son allure très particulière, qui est souvent bilatérale (Trantas, Bakker), et qui entraîne, évidemment, une lagophtalmie sur laquelle insistent Lyder Borthen, Marquez (syndrome de Benito Hernando), Nasarow, avec ses graves conséquences et souvent un ectropion paralytique (Bistis, Santanastaso qui en rapporte huit observations).
Nous avons observé nous-même un lépreux atteint de double paralysie de l’orbiculaire avec lagophtalmie ayant nécessité une blepharoraphie et qui ne présentait à peu près aueun trouble moteur dans la moitié inférieure du visage, contrairement à ce que l’on observe classiquement dans la plupart des paralysies faciales.
Elliot a rapporté des cas de ptosis paralytique, et les auteurs désignent sous le nom de faciès Antonin, ces visages émaciés des malades atteints de lèpre nerveuse, où, la peau terne, les muscles paralysés, les yeux ne pouvant se fermer, tous les traits sont immobiles et inexpressifs,
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Le blépharo chalasis, par lésion des fibres élastiques de la paupière est parfois noté (Santanastaso en rapporte huit observations), ainsi que l’éléphantiasis palpébral.
Les lépromes peuvent être observés au niveau du bord ciliaire qui est irrégulièrement épaissi, provoquant des réactions tissulaires entre l’orbiculaire et le tarse.
La chute des cils (madarosis), est aussi fréquente que la chute des sourcils et contribue à donner aux malades un regard étrange: elle relève du même mécanisme et est dûe aux bacilles de Hansen que Calderaro, Besredka ont montré être nombreux au niveau du bord papébral; l’infiltration siègerait surtout dans la partie profonde du poil, et dans la gaîne de celui-ci. Santanastaso note chez ses soixante-cinq malades, vingt-huit madarosis totaux et vingt-six madarosis partiels, c’est en dire la fréquence. Les glandes de Meibonius peuvent aussi s’atrophier et disparaître.
L’ectropion n’est pas rare à la suite de lésions cutanées cicatricielles, il peut s’observer également, nous l’avons dit, dans les formes nerveuses à la suite de paralysie de l’orbiculaire.
L’entropion et le trichiasis ont, eux aussi, été notés (Santanastaso en cite huit cas et discute les rapports du trachome et de la lèpre oculaire).
Les lésions lépreuses peuvent, exceptionnellement, entraîner des pertes de substance du bord ciliaire, réalisant des colobomes palpébraux (Santanastaso).