‹ Les Manifestations précoces du Génie MusicalChapitre 16 sur 39 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Physiologie du Musicien.

L'hérédité des facultés musicales nécessaires au

génie musical vient d’être démontrée par les données de la généalogie ci-dessus établies.

Le langage musical comportant un certain nombre de processus physiologiques actifs et passifs, il y a lieu de rechercher ét de préciser si chacun de ces éléments, sensitivo-sensoriels et moteurs, constitue bien un héritage physiologique chez l'individu musicien. En un mot, la sensibilité générale du musicienné est-elle une entité ? La sensorialité possède-t-elle un caractère particulier ; l’aptitude à la motricité est-elle plus développée ? ;

&) Sensibilité générale du musicien. — Il est banal de dire que la musique est le plus émotionnel des arlts. Aucun art n’est en rapport plus étroit avec la sensibilité, et n’a une puissance de pénétration plus profonde ; aucun art ne peut traduire des nuances si tenues de sentiments qu’elles échappent à tout autre mode ‘d’expression (Ribot).

Are

Selon Lasserre, il n’y a pas d’art dont le langage agisse plus sur les nerfs, et par les nerfs, que la musique,

Tout d’abord, la musique agit sur beaucoup d’animaux. Des écrivains compétents sur la psychologie musicale admettent même que la musique agit à la façon d’une brûlure, du chaud, du froid ou d’un contact caressant. Dauriac montre « que les consonnances ou dissonnances relatives, composées de tierces majeures ou mineures font sur l'organisme des effets agréables ou pénibles, indépendamment de toute impression ou de tout jugement esthétique ». Chez l’homme primitif, l’élément rythmique seul ébranle le système nerveux. L'homme civilisé est sensible à la musique à des degrés divers. Chez tous, le premier effet est d’ordre physique, Beauquier considère la vibration musicale comme une façon particulière de percevoir cette vibration universelle, cette musique qui anime tous les êtres et tous les corps, depuis le plus infime jusqu’au plus élevé. A ce point de vue, l’art musical peut être appelé « l’art de la sensibilité » parce qu’il règle ce grand phénomène, la vibration, dans lequel se résument toutes les perceptions extérieures parce qu’il la transporte du domaine inconscient, où il se trouvait caché, dans le domaine de la ‘conscience.

La musique produit donc sur notre système nerveux et sur nos divers organes, des effets physiologiques déterminés. Féré nous l’a d’ailleurs confirmé : « Certaines mélodies peuvent produire normalement des états dépressifs sur l’énergie statique. » Inge-

LNYAAGES

gnieros admet «.deux sortes de réactions dans notre organisme, déterminées par tout son musical ; 1° Réaction directes, simplement réflexes, variablessuivant l’idiosyncrasie personnelle et selon les conditions générales de l’organisme au moment où s'exerce : l'excitation musicale; 2° Réactions indirectes : l’exci-: tation musicale agit sur la représentation psychique d'émotions musicales précédentes ; son véhicule est: la. mémoire d'états affectifs ; l'excitation musicale agit sur elle de même que la parole agit sur la mémoire des idées. Son mécanisme est simple : chaque excitation musicale éveille la mémoire des excitations similaires qui l’ont précédée, et des états émotifs qui les accompagnaient. |

Les effets des excitations auditives, en particulier - dans le domaine encore mystérieux parfois des maladies mentales, ont même trouvé une application thérapeutique : l’occulte mélothérapie n'est-elle pas un cas de la médecine vibratoire ? La musique, en effet, est. « capable de réveiller, chez les névropsychopathies, des associations d'images, d’idées ou de sentiments, toute une série de souvenirs qui exéerceront sur l’esprit une influence, favorable ou néfaste, mais d'ordre secondaire et étranger à la musique » (Nathan et Dupré). De plus, des travaux plus récents encore, de Binet, Courtier ; la thèse de Guibaud, élève de Pachon, démontrent enfin que les excitations auditives d'ordre musical de longue ou courte durée, de hauteur variable, aiguës ou graves, de nature conson-. nante ou dissonnante, de mode majeur ou mineur, . de rythme varié, etc, sont susceptibles de provoquer :

- à d'état normal, des réactions organiques, vaso-motrices, d’ordre circulatoire et respiratoire.

: Or, l’œuvre musicale n’est qu'un retour objectif, si l’on peut dire, d'émotions, d'états affectifs éprouvés par l’artiste inventeur. Ne provoque-t-elle point chez l’auditeur sensible, un état psycho-physiologique analogue ou sinon très proche de celui qui a présidé à la création de l’œuvre ?

Le musicien doit donc, a priori, posséder au point de vue physiologique, un tempérament spécial, une sensibilité générale très vive, et pour ainsi dire aigui-

sée. Effectivement, et nous allons le montrer par quelques exemples, le musicien est doué d’un système nerveux très impressionnable et, par conséquent très excitable. La sensibilité, l’émotivité des grands maîtres a été supérieure à la moyenne des autres individus. Cette. grande facilité à s’'émouvoir est générale parmi les compositeurs ; « c’est là précisément la qualité nécessaire au perfectionnement de l'expression musicale des sentiments et des passions » (Ingegnieros). Si, parfois, la sensibilité générale a pu dépasser la norme, si quelquefois même elle a pu confiner à la morbidité, nous devons nous garder, croyons-nous, de la ranger dans le cadre des névroses. Cette hyperesthésie crée, en tout cas, chez l'individu, un tempérament spécial ; nous l’avons observé chez

la presque majorité des « génies ».

MozarT, dès l’âge le plus tendre haïssait la trompette « au point que, s’il en entendait les éclats, il :: tombait en convulsions ». Vivant dans un milieu pla-

SPHAOE

cide et banal, il a donc apporté un tempérament nerveux, impressionnable. Curieux de tout, passionné des moindres choses, les abandonnant l’une pour l’autre avec une égale impétuosité, il semblait inquiet de ne pas tout connaître, possédé comme par une fièvre continuelle de vie, d'émotion, d’amour.

BEETHOVEN eut peut-être un caractère excentrique. Son humeur, parfois irritable, a pu choquer son entourage ; il a eu bien des déboires et, on le sait, il devint sourd de très bonne heure, étant atteint d’otite bilatérale. Son état mental, étudié dans la thèse de Vieille et suivant l’opinion de M. le Professeur Lannois, n’est pas étranger à sa surdité. Beethoven était d’ailleurs très sensible : tout ce qui était grand et généreux le touchait. N’eut-il pas un enthousiasme pour les idées de la Révolution française, une passion pour les chefs-d’œuvre de la littérature contemporaine ?

Rossini, considéré comme un demi-fou par Grasset, « n’était doué que d’une très grande sensibilité nerveuse. Ses crises de pleurs, ses accès de désespoir sont facilement explicables par les circonstances ». D’après Poirée, Dauriac, le retrait de la pension qui lui avait été accordée par un ministère l’avait sans doute vivement affecté, mais rien ne permet de reconnaître en lui l’existence d’une affection mentale.

Les intimes de SCHUBERT savaient combien ses créations l’émouvaient et dans quelles souffrances elles étaient conçues. Qui le surprenait le matin, en travail de composition, ne pouvait manquer d’être frappé du

= svt

Page 1