‹ Les Manifestations précoces du Génie MusicalChapitre 20 sur 39 · ECHO · texte numérisé non relu

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galvanique, en reçoit la sensation d’une vive lumière, et l’oreille du physicien Ritter, mise en communication avec un courant semblable, en reçut la sensation d’un son à l’unisson de sol aigu. Il en résulte, que

les sens ne nous procurent en réalité que la cons-

cience des qualités et des états de nos nerfs, sous l'influence de causes, soit extérieures, soit intérieures; Par le concours de l’imagination et des nerfs, nous

avons la faculté de rapporter au dehors ce dont nous

avons la sensation, et non par l’effet du sens seul qui, livré à lui-même, ne percevrait autre chose que ses

propres affections (hallucination). Comme pour la.

connaissance des mots, c’est par l’ouiïe que nous arrivons à celle des mélodies. Les représentations musicales, comme celles des mots, sont des créations internes dues aux représentations motrices. Aussi, entre les processus passifs et primitivemént sensoriels du langage de réception et les actifs, finalement moteurs s’interposent, dans la série des. opérations physio-psychologiques, les processus intermédiaires

du langage intérieur musical. Celui-ci correspond, d’après Nathan et Dupré, à lidéation musicale : « Il est constitué par les apports auditifs et visuels d’ori-

gine objective, par les associations qui s’établissent entre ces matériaux sensoriels et l’ensemble de l’activité psychique. Enfin, par les combinaisons imaginatives spontanées qui se créent dans le psychisme individuel, et tendent, après cette élaboration sub-

jective, à s’extérioriser en expressions musculaires, :

éléments vocaux, instrumentaux ou graphiques du langage musical d'expression. »

Pepe

On comprend alors facilement pourquoi, il n’est pas possible d’assimiler les fonctions de l’oreille dans la perception des sons aux fonctions de l’odorat et du goût. Ce fait est acquis : nos sens sont spécialisés ; ils sont en relation avec des centres corticaux ou sous-corticaux déterminés. L’hérédité seule, peut transmettre cette spécialisation, C’est elle qui assure la qualité des cellules des organes de Corti, qualité toute individuelle et, en quelque sorte, familiale.

L’œil transmet de même des images au cerveau, images toujours et nécessairement complètes : il est en quelque sorte le « peintre » de l’esprit. Les facultés intellectuelles n’ont rien à ajouter à l’image perçue qui, par elle-même, a une signification que nous considérons comme certaine, et produit immédiatement une impression agréable ou déplaisante. L’imagination peut entrer en Jeu à l’occasion de ces images pour les reproduire, les modifier, les embellir, les composer même, mais sans jamais les créer absolument. Le réel domine toujours l'idéal. Il n’y a donc pas d’analogie exacte entre les fonctions de l’ouiïe et celles des autres sens. Dans l’audition du son, l'esprit saisit les. rapports par une sorte de « calcul inconscient » dont parle Leibnitz. La sensibilité s’émeut ensuite de la beauté régulière de ces rapports ou de la défectuosité de ceux-ci : ainsi naît la sensation d’une belle ligne mélodique, l'irritation auditive d’un relief harmonique dissonnant. L’imagination s’éveille, non la mémoire imitative qui n’est, en quelque sorte que la mémoire de la sensibilité, mais l’imagination transcendante, créatrice de l’idée, productrice d’ima-

ges de sons, à qui aucune sensation extérieure n’a Mourni de modèle, et qui n’en trouve le type qu’en elle-même. De là, dit Fétis, le caractère particulier de cet art qui enfante des images de sons, et qu’on appelle musique. De là, la sublimité de cet art et sa . suprématie sur tous les autres, en tant que manifestation de la puissance créatrice de l’homme. De là, enfin, l’idéalité absolue qui s'attache à la notion du. beau à l’égard de cet art.

Toutes ces considérations concernant les fonctions de l’oreille du musicien nous montrent amplement le rôle spécifiquement dévolu à celle-ci dans les phénomènes physio-psychologiques de l’audition musicale. Pour être complet à ce sujet, nous devons encore tenter d’expliquer certains faits supplémentaires. Nous avons été frappé de constater la fréquence simultanée du talent pictural et du génie musical.

L’hypersensorialité serait donc caractéristique chez un homme de génie ? Qu'il nous suffise simplement de dire que les dessins et les aquarelles de Mendelssohn sont mieux que d’un amateur ; que Chopin avait un talent naturel pour les imitations, et que ses cahiers étaient marginés de caricatures. La vue fut, pour Haendel, une source d'inspiration à peine moins importante que l’ouie. II fut un « visuel » comme Hasse et Corelli… il avait la. passion des tableaux et ne sortait guère de chez lui que pour se rendre au théâtre ou à des ventes de tableaux ; il était connaisseur, et s'était fait une collection cù l’on trouva à sa mort des Rembrandt. On a remarqué en outre, que sa cécité, qui aurait surrexcité la création d’un pur

« auditif », concentré dans ses rêves sonores, le paralysa aussitôt, en tarissant la source principale de son renouvellement."

Nous pourrions multiplier de pareils exemples ; on sait que Weber a gravé, que R. Wagner a peint des décors, que Saint-Saëns, comme sa mère, a produit des aquarelles d’une finesse remarquable. Enfin, inversement, Ingres n’a-t-il pas été musicien ? Qui ne connait l’anecdote du « violon d’Ingres » ?

Nous avons dit plus haut que, formellement, il n'existe aucune relation entre les fonctions de l’oreille et celles de l’odorat et du goût. Nous avons ajouté, ainsi que le prouve l’hérédité, qu’il y a une spécialisation sensorielle. Mais nous ne pouvons ignorer qu'il y a souvent aussi des associations physiologiques entraînant des combinaisons de phénomènes visuels et auditifs simultanés.

Un grand nombre d’observations eoncernant des musiciens, des familles de musiciens même, attestent que la vue de certaines couleurs est susceptible de procurer des sensations auditives. Il s’agit là d’un phénomène connu sous le nom « d’audition colorée ».

« Les sons imitent les couleurs, les couleurs se fondent en harmonie » a dit Mme de Staël; « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » déclare Beaudelaire. Hoffmann revient souvent sur la même association d'idées. C’est un phénomène de synopsie : à la faveur d’une émotion, une sensation en éveille une autre. On a émis bien des hypothèses pour expliquer l’origine de cette anomalie physiologique. 1° Embryologiquement, il serait question d’une diffé-

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