‹ Les Manifestations précoces du Génie MusicalChapitre 24 sur 39 · RES VA · texte numérisé non relu

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tion, de: l'habitude sur la musicalité est indéniable. Les maîtrises, écoles où l’on apprenait,aux enfants le chant ecclésiastique connu sous le nom de plainchant, ont contribué au moôyen-âge jusqu’à la Révolution, à donner aux enfants une forte éducation mêlée de théorie et de pratique journalières, qui seule, peut former d’habiles artistes.

Les enfants âgés de six à onze ans que nous avons pu entendre à Chessy, chez M. Gédalge, nous ont bien démontré que l’éducation musicale, ainsi comprise comme une véritable leçon de choses, contribue puissamment à la formation et au développement de l’intelligence, par l’attention active et soutenue qu’elle réclame. L’enseignement est intuitif, il force l'enfant à se mettre en présence du fait, à réfléchir; en quinze jours, il devine la musique. C’est d’ailleurs de cette manière que les grands maîtres ont appris la langue musicale. Possédant un don remarquable d’intonation, ils ont d’abord. écouté l’harmonie naturelle. Il nous suffira ici de rappeler rapidement comment ont pu s’éveiller et se développer les prodigieuses aptitudes musicales d’un Grétry et d’un Saint- Saëns.

Dés l’âge de quatre ans, Grétry était sensible au mouvement du rythme musical ; la première leçon de musique qu'il reçut faillit lui coûter la vie: — «J’étais seul, dit-il, le bouillonnement qui se faisait entendre dans un pot de fer fixa mon attention ; je me mis à danser au bruit de ce tambour ; je voulus voir ensuite comment ce roulis périodique s’opérait dans le vase, je le renversai dans un charbon de terre

très ardent, et l’explosion fut si forte que je restai suffoqué et brûlé presque partout le corps. Cet accident me rendit la vue faible pour toujours ». On sait combien Grétry savait observer, on sait avec quel art il °rganisait musicalement les bruits naturels, après les avoir enregistrés. Ce sont. ces mêmes bruits si variés et changeants qui ont aussi retenu l'attention de Saint-Saëns enfant. « Ce fut d’abord le”’cri des portes, le son successif et varié des diverses pendules, le tintement léger des bobêches et des verres de cristal, des flambeaux de bronze, la symphonie de la bouilloire : une bouilloire énorme que l’on plaçait chaque matin devant le feu du salon, D’après J. Bonnerot, le jeune Saint-Saëns s’installait près d’elle silencieux, sur un tabouret, attendant avec une curiosité passionnée ses premiers murmures, son crescendo lent et plein de surprises et l’apparition d’un hautbois microscopique dont le chant s'élevait peu à peu jusqu’à ce que l’ébullition le fit taire ». Possédant une très grande acuité auditive, jointe à une mémoire exceptionnelle, Saint-Saëns savait, comme Meyerbeer, à l’âge de 4 ans, indiquer la note exacte émise par les objets sonores que l’on faisait tinter devant lui. Il savait par exemple « dans quel ton vibraient les bobêches des flambeaux ; il ne manquait pas de dire que la bouilloire du salon bouillait en la. Sa mère s'était d’ailleurs amusée à régler les pendules de la maison pour qu’elles pussent sonner successivement et sans interruption les douze coups de midi ; et lui, se plantait devant chacune, écoutait, marquait les différence de hauteur et d'amplitude et les reprodui-

sait avec sa petite voix ».…

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Nous ajouterons enfin, qu’il existe encore un bon nombre de faits encore inexpliqués, concernant la physiologie de l’audition du musicien. S’il est acquis que ce dernier possède une très grande acuité « musicale », les expériences que nous avons pratiquées pour déterminer son acuité auditive sont loin d’être aussi concluantes dans le même sens. Abstraction faite des cas où des lésions ou altérations de l'organe périphérique de l’audition sont notoires, on peut dire, d’une façon générale, que le musicien n’entend pas mieux qu’un autre individu non musicien les bruits d’une même intensité produits à des distances égales. Par contre, il perçoit les plus minimes nuances d’ordre musical.

En résumé, la finesse de l’ouïe pour les vibrations comprises dans la gamme naturelle, fait le musicien. Grâce à l’hérédité de l’oreille, ;organe passif de la perception musicale, l'acquisition des facultés devient possible. Mais grâce aussi à l’hérédité motrice ou expressive, tout jeu instrumental devient précocement praticable. La virtuosité la plus prodigieuse n'étant qu’un élément moteur de la musicalité.

c) Motricité musicale. — Virtuosité. — D’après Spencer, la musique, en tant qu’art émotionnel, évoquant ou traduisant des sentiments, est capable d’exciter le système musculaire et tend à se convertir en action. « Sans oublier les cas peu nombreux, apparemment exceptionnels, où l'émotion, au-delà de certaines limites, produit un effet dépressif, ou exerce une action inhibitoire, on peut admet-

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