NAS
ditives d’un mot, on doit aussi accepter la vraisemblable présence d’une sphère musicale où se forment les images graphiques et auditives. Il semble donc, qu’on puisse envisager l’autonomie de la faculté musicale. C’est ce que nous allons essayer de montrer. Nous tâcherons aussi d’en préciser, si possible, le siège anatomique.
: En ce qui concerne le langage articulé, on n’admet plus aujourd’hui la doctrine classique ; nous ne sommes plus au temps où, avec P. Broca (1861), on assignait à l’aphasie une simple lésion de la troisième circonvolution frontale. On est maintenant d’accord sur la valeur du centre de Broca, et l’on ne doit actuellement lui attribuer qu’une fonction de coordination purement motrice et non créatrice des mots. En effet,, la lésion de ce centre moteur détermine des troubles mécaniques de la parole. Tout en distinguant avec Wernicke (1879) plusieurs sortes d’aphasies : une motrice et une sensorielle, il y a lieu d’admettre aussi l’existence, dans l’écorce cérébrale, de certaines régions distinctes pour les images visuelles, et auditives du langage, car, «si par une lésion quelconque, ces centres viennent à être détruits, le malade, privé de ses images auditives, devient incapable de comprendre ce qu’on lui dit, ou de parler d’une façon normale : il est atteint de surdité verbale. Est-il privé par une autre lésion anatomique de ses images visuelles, il devient incapable de lire et décrire. Dans la réalité clinique les faits ne:sont pas aussi typiques, et le problème des localisations est loin d'être aussi schématique. La clinique : permet
pro
d'observer aussi des cas dans lesquels la perte ou la perversion de la faculté musicale n’entraîne aucun trouble de l'intelligence, ni des organes de la phonation. L’amusie comprend de même une surdité musicalé et uñe cécité musicale. ,Knoblaüch, dès 1888 avait établi par la méthode anatomo-pathologique l'indépendance de l’amusie par rapport à l’aphasie. La faculté musicale, tout en étant symboliquement comparable à la parole spontanée, n’est donc pas liée à celle-ci. La compréhension musicale et le chant pouvant être conservés lorsque la parole est complètement abolie, la séparation de ces deux facultés, au point de vue clinique, est formelle. En est-il de même au point de vue anatomique, en d’autres termes, les divers processus sensitivo-moteurs et psychiques engendrant la musicalité ont-ils des origines et des terminaisons cérébrales distinctes ; en un mot, la faculté musicale possède-t-elle un substratum anatomique précis ?
: Pour Ch. Richet, la sensation sonore serait perçue au niveau d’un centre spécial : le centre de l’audition (première circonvolution temporale, Ferrier) ; cette sensation peut déterminer des mouvements conscients de recherche (lobes pariétaux et région psycho-motrice) ; elle peut provoquer des actes réflexes par le cervelet, mais elle agit aussi sur les
centres sensitifs voisins ; et ceux-ci, à leur tour, lin-
fluencent (V° paire, glosso-pharyngien, pneumo-gas-
trique, etc...) « Il résulte des faits expérimentaux et cliniques
que la perte de l'audition a coïncidé avec les lésions
RTE
de la surface des circonsvolutions (1 et 2) occipitales, du pli courbe, de la circonvolution du eoin (Luys) ; Rondot y ajoute celles du pied de la deuxième temporale adjacente ; Luciani, tout le lobe temporal. Peut-être faut-il admettre un centre double, bilatéral pour l’audition simple ; et un unique à gauche pour la perception des mots. » (Richet.)
D'autre part, les autopsies ont montré l’existence de lésions au niveau du tiers postérieur de la capsule interne, dont les fibres forment la portion postérieure de la couronne rayonnante de Reil, qui s’étalent dans les circonvolutions sphéno-occipitales, dans les hémiplégies avec perte de l’ouïe et dans les paralysies sensitivo-sensorielles (Charcot, Raymond). Luys a décrit
une lésion de la circonvolution du coin.
L’étude du cerveau de Bertillon, par Manouvrier, est des plus instructives.-Le cerveau de Bertillon, qui était privé de l’ouie à gauche, offrait une atrophie évidente de la première temporale droite et de la pariétale ascendante droite. Cette dernière circonvolution était, au contraire, extrêmement développée à gauche, en correspondance avec laudition par l'oreille droite persistante (P. Bornier, V. Laborde). Auerbach étudie le cerveau d’un musicien remarquable : Naret Koning, dont il eut la bonne fortune de pratiquer l’autopsie. Edinger étudie le cerveau de Hans de Bülow. Helmholtz montre, comme Edinger et Auerbach d’ailleurs, que le développement des parties moyennes et postérieures de la première temporale et de toute la région pariétale inférieure, était
considérable (gyrus supra marginal, angulaire, pariétal inféro-postérieur).
D’après Meynert, le centre auditif siégerait dans la région postéro-moyenne de la première circonvolution temporale. Probst, Pitres admettent, avec beaucoup de vraisemblance, que la faculté musicale est localisée
dans l’hémisphère cérébrale gauche (le plus souvent),
et qu’il convient de chercher son centre sensoriel dans les 2/3 antérieurs de la première circonvolution temporale gauche, et dans la moitié antérieure de la deuxième, c’est-à-dire en avant du centre de Wernicke. Bronislawski, s'appuyant sur les données de Larionoff, déclare que le centre moteur du chant est probablement situé dans la deuxième circonvolution frontale gauche, et celui de la lecture musicale dans le lobe pariétal gauche. Les centres des mouvements musicaux qui gouvernent l’exécution sur les divers instruments paraissent se développer, d’après cet auteur, au fur et à mesure des exercices, dans la circonvolution pariétale ascendante, à côté du centre moteur de l'écriture musicale.
Enfin, un autre centre musical moteur, pour les instruments à vent, se développerait dans la région qui gouverne les mouvements des lèvres et serait situé un peu au-dessus du centre de Kraüse (centre du chant). « Il faut admettre, dans ce même ordre d'idées, qu'il existe également des centres d’images musicales, des conceptions,des pensées musicales. Le centre de la mémoire musicale se trouverait en arrière des centres toniques, dans la région des centres associés de Flechsig ; le centre de conception et de pen-
DENT ee
sées, dans les lobes frontaux, dans la région des centres associés antérieurs de Flechsig. Chacun de ces centres peut être pathologiquement atteint, -séparément, et, comme dans le cerveau il existe un petit centre tonique correspondant à chaque ton ou à une échelle tonique pour l’ensemble des tons, il est évident qu’il peut exister une surdité tonique complète ou partielle, mentionnée par Bezold. Il faut aussi supposer que les centres musicaux sont en rapport. avec le centre moteur de la langue de Kraüse, comme cela s’observe pour celui de Wernicke, lié au centre moteur de la parole de Broca. » (Bronislawski.) Pour Flechsig : « Le centre attribué à la première temporale occupe en réalité la circonvolution transverse antérieure ou circonvolution d’Heschl, qui au fond de la scissure de Sylvius, touche à la circonvolution postérieure de l’insula et représente en quelque sorte la racine de la première temporale. C’est là que chez les nouveau-nés apparaissent les premières fibres myéliniques du lobe temporal. Ces fibres peuvent être tenues pour les premiers radit des fibres auditives et du centre acoustique, Sur des coupes sagittales, on les voit s'ouvrir dans le corps genouillé interne. Détruit-on le lobe temporal, les fibres dégénèrent dans le même sens. Mais il est douteux que ce soit là la seule voie de transmission de l’ouïe. Une destruction isolée de la circonvolution transverse postérieure du côté gauche ne se traduit cliniquement que par la surdi-mutité (Wernicke ; si la. destruction a eu lieu des deux côtés, il se produit de l’anacousie. »