LA TEINTURE. LE CERCLE CHROMATIQUE HE CHEVREUL
violet, violet rouge. Cette division se complique de nouveaux mélanges intermédiaires et fournit ainsi 72 couleurs formant chacune une gamme de 20 tons. Cela établi, chaque ton est rabattu par un dixième, deux dixièmes et jusqu’à neuf dixièmes de noir. On arrive ainsi à 14 400 tons différents, complétés par 20 tons gi'is, dits normaux ; des différences presque insensibles séparent deux tons voisins de la même gamme et les tons au môme niveau de deux
Chevroul clans son laboratoire.
gammes parallèles. Cette chance de confusion va augmenter considérablement avec le mélange de noir formant les tons rabattus ; les espaces entre les colorations successives de la môme gamme et deux gammes contiguës ne reposant sur aucune base scientifique. L’œil du teinturier seul apprécie la précision des nuances. Quel instrument imparfait pour une telle tâche ! Il s’ensuit que cette célèbre classification est fondée sur l’empirisme, le tâtonnement et une aptitude visuelle différente à chaque individu. Toutefois, si elle n’a pas donné tous les résultats attendus, cette classification de Chevreul reste com-
LA MANUFACTURE DES GOIIELINS
mode pour la mauufaclui'e. Il est douteux ([u’elle soit jamais adoptée par Findustrie ; elle paraîtra toujours trop compliijuée et un peu obscure.
Les Gobelins ont conservé les procédés de teinture d’autrefois. Les matières colorantes sont celles qui étaient employées par le teinturier de Louis XIV. La cochenille et la fijarance fournissent seules le rouge; la couleur jaune se tire exclusivement de la garnie et l’indigo
n’a pas encore trouvé de remplaçant pour donner un bleu résistant. Cependant, on se sert aussi de prussiate ou bleu de Prusse pour les bleus tirant sur le vert. Noti’e teinturerie travaille pour Beauvais en même temps que pour les Gobelins; elle livre en moyenne de 250 à 300 kilogrammes de laine ou de soie teinte chaque année. Certainement, la quantité de matière première passant par l’atelier de teinture paraîtra peu considérable pour le nombre d’ouvriers qu’il occupe ; mais, si on songe à la subdivision presque infinie des gammes, si on remarque que ces trois cents kilogrammes représentent quinze
L’atelier de teinture.