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LA BIÈVRL ET LES JARDINS H

été conservé par les lüsloriens. On a entrepris, il y a une trentaine d’années, de canaliser ce cours d’eau en le voûtant. Vers 1867, le pont qui reliait depuis longtemps les bâtiments de ta manufacture

Les jardins des Gobelins.

aux jardins situés de l’autre côté de la rivière, a disparu après la couverture de la Bièvre. Ces jardins, séparés des ateliers parle bras qui alimentait autrefois le moulin de Croulebarbe, occupent une superficie d’environ trois hectares, divisés entre les tapissiers et les employés. Leur jouissance, fort appréciée des habitants de la maison,

LA MANUFACTURE DES GORELINS

compense dans une certaine mesure la modicilé des Iraileinents et attache étroitement les familles de tapissiers à la manufacture. Le plus souvent, le fils qui a suivi la profession de son père hérite de son terrain et trouve dans la culture de ce ])etit carré de tei-re, en même temps qu’un exercice salutaire, une distraction précieuse ;i tous les points de vue. Si ces terrains étaient vendus, comme on l'a plus d’une fois proposé, l'État ne retirerait qu’un mince profit de cette opération fiscale et la condition des tapissiers se trouverait ainsi complètement modifiée. L’intimité cordiale existant actuellement entre les membres de cette grande famille des Gohelins serait supprimée du coup ; une augmentation de salaire, toujours difficile à obtenir d’un Parlement, ne compenserait pas pour nos ti'availleurs le bien-être que lein- piocurent les arbres et les Heurs qu’ils cultivent et soignent eux-mêmes. 11 faut voir ces plantations quand les arbustes ou les rosiers sont en j)leine Heur, et bien des A isiteurs que nous y avons conduits ont été tout surpris de l'encontrer cet oasis de verdure, ces massifs de plantes éclatantes dans un quartier reculé, loin du centre de Paris. La conser\mtion des jardins s’impose si l’on veut garder à la A ieille institution de Louis XIY son caractère et son homogénéité. 11 ne faut pas plus détruire les jardins qu’il ne faut toucher aux anciens bâtiments de la manufacture. Tout cela se tient, tout cela évoque un passé glorieux (jui mérite bien d’être respecté.

Le passé et l'avenir de la Manufacture des Gobelins

Si nous j e ton s un regard d’ensemble sur le travail de la manufacture des Gobelins pendant les trois siècles dont nous venons de résumer l’iiistoire, nous constaterons que nos tapissiers, après avoir avantageusement lutté avec les artissans flamands au début du xviP siècle, ne connaissent plus de rivaux depuis Louis XIV. A partir de 1660, la réputation des Gobelins l’emporte sur celle de tous les établissements similaires; au xviiP siècle, cette renommée atteint son apogée et s’étend jusiju’aux pays les plus éloignés. Enfin, au

Hommage à Goibert. Tapissci'ie d’après M. J. -P. Laurens.

LA MANUFACTURE DES GOBELINS

xiA*" siècle, notre manufacture reste le dernier asile de l’art de la tapisserie, au moment où il est sur le point de disparaître par un revirement du goût public. Pendant ces trois siècles, les tapissiers parisiens avaient produit, avec le concours d’artistes de grande valeur, une série d’œuvres magniliques, dont nous allons essaver de donner la récapitulation sommaire.

Pour la longue période du règne de Louis XIY, le nombre des tapisseries exécutées dans notre atelier national arriverait, en combinant les données fournies par les Comptes des Bâtiments du Roi avec celles de l’Inventaire du Mobilier de la Couronne, à douze cents environ. C’est le cbilfre qui résulte des recberches de M. Fenaille, consignées dans son État général des tapisseries des Gobelins. On ne saurait évaluer à moins d’un millier de pièces au moins la production des trois ateliei'S parisiens antérieurs à Louis XIV; comme ils travaillaient pour le commerce, ils déployaient une grande activité et s’occupaient à la fois d'œuvres très délicates et très soignées et de tentures assez vulgaires. Pour le xviiP siècle, on pourrait porter à une douzaine environ par année le nombre des tentures murales de haute ou de basse lisse terminées dans nos ateliers. Soit en tout 3000 à 3400 tapisseries pour les deux premiers siècles de l’existence de la maison. Le ralentissement du travail, causé par des motifs d’ordre très dilférent, devient sensible à partir de 1793. Encore peut-on compter pour cette dernière période environ cinq ou six panneaux par an. Il n’y a guère de chance d’erreur en fixant la production à six cents pièces de toute nature pour le XIX® siècle. On arrive ainsi au total de quatre mille tapisseries environ. En tenant compte de toutes les pertes ayant diminué ce cbilfre, il en restera toujours le tiers ou le quart. N’eût-on conservé que mille ou douze cents des tentures qui constituaient autrefois l’orgueil et la gloire du Mobilier de la Couronne, nous posséderions encore un trésor inestimable, envié par tous les autres pays. Que de richesses perdues par insouciance et par négligence! Et après tant de désastres, c’est encore à des millions, à des dizaines, à des centaines de millions peut-être, qu’il faudrait évaluer la valeur des œuvres d’art crées par nos manufactures de tapisseries des Gobelins et de Beauvais ! Est-ce là une prodigalité inutile ? Existe-t-il beaucoup d’établisse-

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