‹ Les manufactures nationales de tapisseriesChapitre 17 sur 28 · LAVIÎNIR DE LA MANUFACTURE · texte numérisé non relu

LAVIÎNIR DE LA MANUFACTURE

ments d’État ayant donné de pareils résultats ? Les quelques millions dépensés par Louis XIV et ses successeurs ont-ils donc été employés en pure perte? Voici pour le passé; envisageons maintenant l’avenir.

Le prestige de nos manufactures nationales, dont nous faisons, suivant notre habituelle insouciance, trop bon marché, reste intact chez nos voisins. Je le sais mieux que personne, aussi bien par le nombre des visiteurs, presque tous de nationalité étrangère, qui se pressent dans nos ateliers les joui’s de visite, que par les déclarations très catégoriques de ces amateurs. La dépense minime de la manufacture peut-elle entrer en balance avec la considération qu’elle nous procure? Bien des pays voisins ont tenté, depuis un demi-siècle, de rivaliser avec les Gobelins ; toutes les tentatives faites dans ce but ont abouti à de lamentables échecs, à la reconnaissance de notre écrasante supériorité. Et la réputation des Gobelins ne rejaillit-elle pas sur notre industrie nationale ? N’assuret-elle pas aux vieu.x ateliers d’Aubusson une considération qu’ils obtiendraient difficilement sans la recommandation et le prestige de ce nom de Gobelins ? La manufacture de Sèvres ne portet-elle pas très haut le drapeau de la céramique française ? Ne contribue-t-eile pas pour une bonne part, elle aussi, à maintenir le crédit de nos porcelaines de Limoges et à les défendre dans la lutte ardente que se livrent depuis une vingtaine d’années les céramistes de toute l’Europe.

Depuis un certain temps, les Gobelins se sont encore signalés par les services rendus dans des circonstances exceptionnelles. Reprenant une vieille tradition de la monarchie, le gouvernement de la République a jugé que rien ne saurait inspirer une plus haute idée du goût et de l’art français qu’une œuvre de nos tapissiers. Nos tentures tiennent une place d’honneur parmi les présents offerts à des souverains étrangers, lors d’une visite, d’un couronnement, d’un mariage. Certaines pièces de tapisserie ont été envoyées en Extrême Orient, comme cela eut lieu sous Louis XIV et sous Louis XV. L’Annam et la Perse ont reçu en cadeau.x des travaux de notre manufacture, fort appréciés jusque dans ces régions lointaines. N’est-ce pas là encore un excellent emploi du budget de

LA MANUFACTURE DES GOBELINS

l’État? N’est-il pas de nature à reliausser le prestige, la réputation artistique de notre pays ?

Tout récemment, plusieurs tapisseries ont été commandées et acquises par des amateurs distingués. Si ces transactions étaient facilitées, nul doute que de nouveaux débouchés ne fussent rapidement assurés à nos ouvrages. Certes, la vente des tentures ou des meubles tissés dans nos ateliers ne prendra jamais une grande extension. Leur prix constitue un obstacle sérieux à leur diffusion, et il vaut mieux ne pas avilir cette fabrication en cherchant le bon marché <à tout prix. Des témoignages positifs établissent toutefois ([ue plus d'un riche amateur n’bésiterait pas à s’adresser à nos ateliers, <à leur commander un mobilier en tapisserie ou tout un ensemble de décoration murale, s'il avait l’espoir (jue sa re(|uète fût favorablement accueillie. Il ne faut pas se le dissimuler, le prix toujours croissant des tapisseries anciennes a valu un regain de faveur aux (euvres modernes. Pourcjuoi l’Etat n’en protiterait-il pas?

Ainsi, à des points de A ue très diiférents, le rôle glorieux que notre manufacture a joué par le passé dans l’histoire de l’aii français n’est pas fini. Oubliée, négligée pendant un grand nombre d’années, par suite du discrédit où était tombé la nature de son travail, la manufacture des Gobelins a conservé un pi-estige incontestable chez toutes les nations qui marchent à la tète de la civilisation. Elle peut aussi exercer une influence féconde sur la direction et le développement de l’industrie française, si l’on sait user comme il convient des ressources de notre antique et célèbre institution.

Manufacture de Beauvais. Pavillon Louis XIV.

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