‹ Les manufactures nationales de tapisseriesChapitre 18 sur 28 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS

Les débats de la tapisserie à Beauvais

La ville de Beauvais a-t-elle possédé un atelier de tapisseries avant la création de la manufacture royale établie par Colbert? Actuellement, il est difficile de faire à cette question une réponse catégorique. Mais il se pourrait bien que les deux tentures du xv® et du xvP siècle, aujourd’hui exposées dans la cathédrale, aient été tissées à Beauvais même. Voici les raisons présentées en faveur de cette Jiypothèse.

LA MANUFACTURE DES GOBE LINS

La plus ancienne de ces tentures représente VHisioire de saint Pierre, en huit panneaux, dont l’un se trouve au musée de Cluny. Une inscription, tissée sur une pièce qui n’existe plus, rappelait que les tapisseries avaient été oiïérles, après 1444, ]>ar Guillaume deUellande, évêque de Beauvais, à son église catliédrale. On a donc la date précise de l’exécution. Guillaume de Hellande, évêque de 1444 à 1462, a pu commander cette tenture à un tapissier picard qui serait venu l’exécuter sous les yeux de son client, comme cela se pratiquait souvent à cette époque. Celte supposition aurait besoin d’être corroborée par des documents. En tout cas, riiisLoii-e de saint Pierre sort très certainement d’un atelier de la province.

Quant à l’autre tenture en cinq pièces, dont l’une poi'te la date 1530, qui représente la suite des anciens Bois des Gaules, telle qu’elle est donnée par des historiens quelque peu fantaisistes du moyen âge, elle offre des armoiries qui sont certainement celles de leur premier propriétaire. Or, M. Jules Badin a découvert le nom du personnage à qui appartenait ce blason. C’était un chanoine nommé Nicolas d’Argillières, Il habitait, de 1510 à 1561, une maison voisine de la cathédrale, connue sous le nom de maison du Chantre. Sur le joli porche gothique qui précède la porte intérieure de cette demeure canoniale sont sculptées dans la pierre les mômes armoiries que sur la tenture des Bois des Gaules. 11 semble donc bien probable que le même personnage avait fait bâtir la maison du Chantre pour y résider et commander les tapisseries pour la décoration de ce logis ; car elles n’étaient pas, à coup sûr, destinées à une église ; le sujet s’y opposerait.

D’autre part, des recberches de M. Badin il résulte que des tapissiers hautelissiers travaillèrent à Beauvais en 1518 et en 1548, précisément à l’époque où vivait Nicolas d’Argillières. Le dessin des figures et des costumes accusant une main bien française, quoi de plus naturel que de supposer que le chanoine aura profité de la présence des tapissiers pour leur commander la tenture destinée à son habitation. Bien des attributions sont basées sur des preuves moins plausibles. A sa mort, Nicolas d’Argillières aura légué ses tapisseries à l’église, et c’est ainsi que s’explique la présence de ces scènes profanes dans le trésor de la cathédrale. Ainsi donc, bien

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