LES ANCIENS ATELIERS DE BEAUVAIS
avant la fondation de Louis XIV, la ville de Beauvais aurait été un centre de fabricalion de tapisseries.
Fille de la manufacture des Gobelins, la manufacture royale de Beauvais prit naissance en 1G64; les lettres-patentes du roi sont du mois d’août. Cette date a fait dire quelquefois que l’atelier pi-ovincial
Vue extérieure de la manufacture de Beauvais.
avait précédé celui de Paris dont les règlements furent édictés seulement en novembre 1G67. Mais il existait des métiers aux Gobelins bien avant 1GG7, tandis qu’à Beauvais tout était à créer au moment où furent signées les lettres royales.
Sans aucun doute, en doublant ainsi la manufacture des Gobelins par un établissement provincial de moindre importance, le grand ministre de Louis XIY destinait cette sorte de succursale de la maison
LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS
mère à fournir au commerce les marchandises couranles, tamlis (|ue les œuvres de la grande manufacture royale sej'aienL exclusivement réservées à rameuhlement des résidences princières. Si le souverain contribuait dans une certaine mesure aux premiers frais d’installation, les directeurs du nouvel atelier devaient par la suite se suflire à eux-mèmes et pourvoir aux dépenses de toute nature de leur industrie par la vente de leurs pi'oduits. Telle avait d’ailleurs été l’intention formelle du fondateur de la première manufactui'e des (lohelins. Le roi Henri IV, en dotant la nouvelle industrie française de privilèges et d’avantages considérables, exigeait absolument qu’elle se mît en mesure de lutter commercialement contre les impoi'tations étrangères. Pour atteindre ce but, il fallait ([ue la manufacture royale se fît une clientèle dans le public; c’est à cet elfet ([ue la création de plusieui’s ateliers provinciaux lui fut imposée. Ceux d’Amiens et de Calais n’ont pas laissé de souvenirs; mais celui de Tours connut une période de prospérité (jui dura (juebjues années au début du xviC siècle. Peut-être dut-il ce succès à la proximité du cluUeau de Richelieu et aux encouragements du tout-puissant cardinal. On s’étonnera ((ue Colbert, désirant créer, pour des besoins spéciaux, un atelier en province, n’ait pas eu l’idée de relever et de développer la manufacture de Tours. Sans doute il préféra fonder un établissement entièrement nouveau, dans une ville plus rapprochée de Paris. Quoii[u’ilen soit des motifs qui inlluèrent sur le choix du souverain, cette bile de la manufacture des Gobelins fut certainement destinée, dans l’esprit du ministre, à faire une concurrence sérieuse aux manufactures étrangères et à retenir en France les sommes que la vieille industrie flamande attirait à l’étranger. La qualité même des tentures exécutées dans l’atelier de Beauvais dès ses débuts, tentures consistant surtout en verdures, montre bien le rôle assigné à cet établissement.
Vue des ateliers sur le jardin.
De Hinart à J. -B. Oudry (1664-1726)
De notables avantages étaient accordés par l’édit d’aoùt 1664 « aux manufactures royales de tapisseries de haute et basse lisse établies en la ville de Beauvais et autres lieux de Picardie ». Louis Hinart, ancien marchand tapissier et bourgeois de Paris, directeur de la manufacture, était déchargé des frais d’acquisilion et de construction des bâtiments jusqu’à concurrence des deux tiers payés par le trésor royal, le surplus restant au compte de l’entrepreneur. On évalue cette contribution aux dépenses de première installation à 30 000 livres ; une somme égale, remboursable en six années, était avancée, à titre de prêt seulement, pour l’acquisition des laines, drogues, teintures et autres marchandises nécessaires à la fabrica-
LA MANUFACTURE DE REAUVAIS
tion. Par contre, Hinart s’engageait à entretenir cent ouviâers dès la première année, à augmenter le nomlji'e des travailleurs du meme nombre pendant six ans. Une somme de vingt livres lui était allouée par chaque ouvrier qu’il ferait venir des pays étrangers; il recevait de plus trente livres par an pour la nourriture et l’entretien de chacun des cinquante apprentis qu’il avait l’obligation de former, la durée de l’apprentissage étant lixée à six années. Suit l’énumération de divers privilèges ou exemptions de droits pour les chefs de la maison et pour les tapissiers; inutile d’entrer dans le détail de ces libéralités. Notons toutefois que chaque tenture de tapisseiâe de vingt aunes de cours au moins, exportée dans les pays étrangers, valait à l’entrepreneur uue prime de vingt livres.
Si sérieux que fussent ces avantages, ils ne suffii'ent pas encore à assurer l’existence et la prospérité do la manufacture. Ilinart avait réuni une centaine d’ouvriers, pi-incipalement des Flamands ; il leur fit tisser surtout des verdures à petits personnages. C’est à cette période qu’on attribue les Jeux d' enfants, d’après les modèles de Corneille. Dans le cours d’une vingtaine d’années, plusieurs centaines de tentures, dit-on, sortirent de l’atelier pi’ovincial. Une opinion fort répandue tendrait à faire supposer que Beauvais ne livrait guère au commerce que des garnitures de sièges ; c’est uue erreur. La manufacture a toujours fabriqué des tentures murales, atteignant parfois de grandes pi'oporlions. Ces verdures ne rencontrèrent-elles pas la clientèle sur laquelle on comptait? L’entrepreneur manquait-il d’ordre et des ({ualités indispensables pour le commerce? Bref, les dépenses dépassèrent les recettes et, en 1684, le fondateur de la manufacture se trouvait complètement ruiné. Il dut se retirer et céder la direction à un tapissier flamand, originaire de Tournai, Philippe Bébagle.
Plus avisé, plus actif peut-être (jue son prédécesseur, Bébagle ne tarda pas à relever l’entreprise (|ui lui était confiée et lui assura une période de prospérité ([ui dura une vingtaine d’années. Il ne craignit pas de se lancer dans la fabrication des grandes compositions historiques devant la([uelle avait reculé Hinart. Les copies des Actes des Apôtres de Raphaël, exposées aujourd’hui dans la cathédrale de Beauvais et portant dans la lisière la signature de Bébagle, prou-