‹ Les manufactures nationales de tapisseriesChapitre 3 sur 28 · HENRI IV ET LOUIS XIII · texte numérisé non relu

HENRI IV ET LOUIS XIII

La fin de Louis XIV, la Régence et le début du règne de Louis XV (16994736).

La seconde partie du xvm® siècle (1736-1791).

Le xix° siècle, depuis la Révolution jusqu’à nos jours.

Nous terminerons par la description de la manufacture actuelle ; 1° Bâtiments, musée, ateliers, modèles. 2" Teinture, rentraiture, magasins, écoles, jardins. 3“ Le passé et l’avenir de la manufacture.

La manufacture des Gobelins sous Henri IV, Louis XIII et la minorité de Louis XIV (1601-1662).

Lorsqu’il voulut installer à Paris un atelier royal de tapisseries, le roi Henri eut recours à deux entrepreneurs dont le mérite lui avait sans doute été signalé. L’un d’eux se nommait François de la Planche ou, en flamand, Frans van den Planken ; sa famille habitait Audenarde. L’autre, originaire de Bruxelles, portait le nom de Marc de Comans. Tous deux prétendaient à la noblesse et ont bien soin, dans tous les actes authentiques, de se dire gentilshommes. Dès le mois de janvier 1601, ils signaient un acte d’association pour la fabrication des tapisseries en France et l’exploitation de diverses autres branches de commerce devant fournir les ressources nécessaires pour soutenir leur principale industrie. L’édit officiel portant établissement de la manufacture est daté de janvier 1607 ; mais, bien avant cette date, les ateliers étaient en pleine activité, car il résulte d’un inventaire dressé après le décès d’un des deux associés, au cours de l’année 1627, que la comptabilité commerciale de la nouvelle manufacture commençait en 1001 et que, dès 1604, les deux directeurs avaient songé à installer des succursales de leur maison principale dans les villes de Calais et d’Amiens. Cette création leur était d’ailleurs imposée par l’édit de 1607.

Nous n’insisterons pas ici sur les avantages concédés aux entrepreneurs et sur les engagements pris par eux en retour; l’examen

LA MANUFACTURE DES GOBEHNS

(le ces conditions nous entraînerait trop loin. Notons seulement un point essentiel : ])endant toute cette première pi^riode de Texistence de la manufacture, les directeurs conservèrent le l'ôle de véritables commerc’ants, travaillant à leurs ris(]ues et périls et obligés de se pi'orure]' par la vente de leiu s produits, les moyens de soutenir l’enti'eprise. Sans doute, le Roi leur concédait de larges sul)ventions et d’importants privilèges; mais, en nn'me temps, il leur imposait des obligations assez lourdes. Ainsi, devaient-ils former chaque année un certain nombre d’apprentis; les ateliers provinciaux qu’ils étaient tenus de créer ooustituaient une auti'e charge sérieuse. Il

Dossier île canapci. .l'aprt's Tessier.

fallait travailler activement et vendre à tous prix pour su fl ire à tant de frais. Et sans doute nos tapissiers n’y seraient pas parvenus s’ils n’avaient eu à leur disposition des ressources fournies par leurs autres spéculations ; dessî'chement des marais des Charentes, envois d(‘ 1)1('‘ aux (dievali('rs d(> Malte, fahriijue de savon, etc., etc. Il résulte au surplus de divers docuimmts (jue plusieurs de ces opérations avaient donné d’iieureux résultats, car les deux associés se trouvaient run et l’autri', lors de l invtmtaire de 1()27, cà la tète d’une honnête foidune.

Ea manufacture s’étendait alors le long de la Riî'vre jusqu’à la ru(‘ des (’iobelins actmdh' ; mais (die ne semble pas avoir occupé la partie des terrains oii sont consti'uits les bâtiments édifiés sous Louis .XIV. 'l'oute la pai-ti(> haute (h's constructions fut ajoutée sous radministration de (iolbei't, tandis (pu* plusieurs des ateliers situés

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dans la région inférieure , de la grande cour pourraient remonter à Louis XIII ou même à Henri IV ; le caractère de la construction,

la disposition des toituresj les baluslres des rampes d’escalier permettent cette hypothèse.

En même temps (|ue les artisans venus des Flandres montaient leurs métiers dans le faubourg Saint-Marcel, d’autres ateliers, égale-

La fille de JepMé, d’après Simon Vouet.

LA manufacture DES GOBELÎNS

meut subventionnés par le souverain, travaillaient dans d’autres (juartiers de la cajiitale. Nous n’en parlons ici que pour mettre nos lecteurs en garde contre des confusions possibles.

L’iiôpital de la Trinité, dont on a parlé ci-dessus, conserva son atelier de tapisserie jusqu’au milieu du xvif siècle. Toutefois, on ne saurait confondre ses productions avec celles des manufactures royales. La seule pièce aujourd’hui connue de cet atelier, l’instoire de saint Crépin et de saint Crépinien, conservée dans les collections des Gobelins, ne donne pas une haute idée du talent des orphelins de la Trinité. El cependant, des liommes habiles y avaient fait leur apprentissage, parmi lesquels nous avons déjà cité ce Maurice Dubourg ou Dubout, auteur de la tenture de Saint-Merri vantée par les historiens, mais dont il ne nous est parvenu que des débris.

Après une carrière assez accidentée et des aventures quelque peu rom anes(]ues, Dubourg trouva enfin un asile assuré dans les logements de la grande galerie du Louvre, où Henri IV avait installé, sous la protection directe du Roi, les plus habiles artisans dans tous les genres de métiers.

Noti-e ta[)issier occupait avec Henri Laurent, son associé, le logement le plus rapjirocbé des Tuileries. Nous l’y trouvons installé dès 1607 et cet atelier paraît avoir subsisté jusqu’au ministère de Colbert. Sous Louis XIV, il fut réuni à la manufacture des meubles <le la Coui'onne.

Les bistoriens ont gardé un silence complet sur ces artisans qui durent cependant produii‘e de nombreux ouvrages. Et cependant, à en juger par l uniciue témoignage ofliciel en (juehjue sorte qui nous reste de leur savoir-faire, les tapissiers du Louvre pouvaient lutter avec b‘s maîtia's les plus habiles du faubourg Saint-3Iarcel. L’inventaire du mobilier de la Coui'onne sous Louis XIV leur attiâbue forimdleiiH'nl l'exécution de ces sujets de l’Ancien Testament, dont les modèb‘s, p(‘ints par Simon Vouel, comptent })armi les chefs-d’œuvre d(“ l’ai'l décoratif du xvii® siècle. On connaît plusieurs répétitions, dillV‘renl(‘s |)ar la bordurt' et assez inégales comme exécution, du Moïse sai/rr des eaii.r, (‘t de la Fille de Jephlé, dont le gardem(Mil)l(“ |»oss!'de d(‘s e.\(‘mplaires superbes. On en a vu des répétitions il la vente du comte de Cbauilordy, à coté d'une réplique du

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Sacrifice d' Abraham et du Ravissement d'Elisée qu’on voit au musée des Gobelins. Avec le Samson au festin des Philistins, conservé aussi au mobilier national, voici tout au moins cinq modèles donnés par

Le sacrifice d'Abrahani, d'après Simon Vouet.

Vouet à l’atelier des galeries du Louvre, et dont la traduction en laine ne saurait être attribuée à la manufacture des Comans. Ces belles œuvres témoignent d’une entente de reiiét décoratif qui se retrouve rarement au même degré chez les peintres français; mais le

LA .MANUFACTURI-: DES GOBELINS

caractèi't' tivs sjjâcial de ces tapisseries consiste surtout dans rampleur des bordures et dans le choix des éléments dont elles se composent. A aucune épO(jue en etfet, qu’on remonte aux origines et aux premiers bégaiements de l’art, ou qu’on descende jusqu’à nos Jours, le l’üle pivpondérant, capital, de la bordure n’a été aussi bien compris (lue durant la ])remière moitié du xvii° siècle. Les tapisseries de cette période se reconnaissent au premier coup d’œil grâce à cette particuhu'ité. Ce besoin de larges et magniluiues entourages s’est imposé alors à tous les peintres travaillant pour les tapissiers. Y a-t-il rien de plus original, d(‘ plus somptueux que les encadrements des Actes des Apôtres, tissés dans l’atelier anglais de Mortlake, sous le règne de Charles I'''’ '?

L’atelier de Comans suivit le goût régnant, et toutes les tentures dont nous aller présenter l’énumération se font remarquer, aussi bien ([ue celles de l’atelier du Louvre et de l’atelier de Mortlake, par le luxe de leurs cadres. Comme dans toutes les tapisseries anciennes, c’est le galon qui porte la maiajue de fabiLjue et la signature du laj)issier. Les manufactures de Paris avaient obtenu le privilège de marquer leurs ouvrages d’un P (Paris) suivi d’une Heur de lis, souvent en lil de métal. J^es initiales du tapissier se voient ([uebiuefois dans la lisière verticale de droite. Les plus fré- (luentes de ces signatures se composent des lettres FYDP, ou HT, ou (‘iicore CC. On s’accorde généralement à reconnaître dans le premi('r de c(‘s monogrammes la signature de Frans van den Planken ; les deux C st'raient la nurcjue de Charles de Comans, le (ils et le successeur de l’un des fondateurs de la manutacture. Quant au monogiamme II. T , encore inexplicjué, ne serait-il pas la signature d(‘ Hans Taver, maître tapissier qui paraît en première ligne sur l’invenlairt* de 1027, comme chargé de la direction de treize métiers; il avait cerlaiiU'iiUMit sous ses ordres le plus considérable des at(di(“is.

La mori de François d(‘ la Planche, pres(|ue immédiatement suivie (b; rin\-entaii (‘ au(|uel nous devons tant de précieux renseignements sur notre premiî're manufacture, entraîna la dissolution de l’associalinn 'l’andis (|ue Marc d(( Comans et ses lils gardaient la direction de la maison du lauboui'g' Saint-Marcel, Hapbaid de la Planche,

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fils (le Fcanrois, allait fonder un (établisse meut rival dans le (|uartier Saint-Gennain. I! installait nie de la Chaise un atelier (|ui a

produit, lui aussi, de reinanjuables ouvrages. 11 est donc nf'cessaire de rechercher les moyens de distinguer les travaux sortis de

Attaque d'un fort entouré d'eau, d'après Henri LerainbeiT.

LA MANUFACTURE DES GOBELINS

l’atelier des bords de la Bièvre et ceux des tapissiers du faubourg Saiut-Germain.

Uue des œuvres maîtresses, à coup sùr, de notre première manufacture des Gobelins, est cette tenture d’Artémise, sans cesse augmentée et remise sur le métier, dont les diverses suites comptaient vingt-cinq ou trente sujets dilférents. Inventée pour célébrer le deuil et la régence de Catherine de Médicis,elle s’accommodait assez bien à la situation de la veuve de Henri lY et de la mère de Louis XIV. Ainsi s’explique son succès persistant et les bordures variées qui permettent de distinguer les époques successives de fabrication. L’inventaire de 1()27 n’énumère pas moins de dix tentures d’Artémise et de soixantedix-neuf tapisseries. Le garde-meuble en possède encore vingt-sept, [irovenant de ijuatre séries différentes. Les modèles, dessinés par Henri Lerambert et inspirés des dessins d’Antoine Caron, ont subi l’influence de la Renaissance française. A ce titre, la tenture d’Artémise marque une date importante dans le développement de notre art national.

Composés parle peintre Toussaint Dubreuil, les huit tableaux de VHisloire de Diane retraçaient des épisodes mythologiques bien connus. La tenture fut réqiétée à plusieurs reprises, avec variantes. Il en existe deux exemplaires identiques et complets à Paris et à Vienne ; une troisième réplique, faisant partie de la collection royale d’Espagne, offre (luelques particularités notables. Les bordures notamment sont d’un dessin différent.

Parmi les scènes que la tapisserie s’est plu à reproduire à diverses épotjues et dont l’atelier des Comans nous a laissé des traductions, une des plus populaires fut certainement cette Histoire de Gombaut et de Macé (|ue .Holit're a rendue célèbre. Dans ces huit compositions où se déroulent les divers épisodes de l’existence du paysan, égayés des traits satiri(|ues et de réllexions .gauloises, nos pères aimaient à retrouver le tableau des scènes champêtres. Ou connaît encore de nomhreuses rtq)roductions de cette tenture quasi-classique. Nos at<diers provinciaux, comme les tapissiers de Bruxelles, l’ont souvent imitée'. Le musée des Gohelins en possède une pièce, le Jeu du Tifjuet, portant la marejue <le Paris et le monogramme de Ei-aiiçois de la Planche. Il (>st donc assez vraisemblahle (jue cette pit'ce jerovieiit de la première manuracture des Gohelins.

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