LOUIS XY ET LOUIS XVI
Louis-Michel Yan Loo, aujourd'hui au musée de Yersailles, les effigies en buste de Louis XY et de Henri lY, exposés au palais de
Fontainebleau, enfin les quatre tapisseries représentant Louis X^', Marie Leczinska, Louis XYl et Marie-Antoinette, dont le financier Beaujon lit don à la Cliainbre de Commerce de la ville de Bordeaux et qui s’y trouvent encore.
Antoine cl Cléopâtre, d'après Charles Naloirc.
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
Eli inèjiie temps (|u’on répète constamment les modèles de Desportes (Les /y«Zc.y), de J.-F. deTroy (Es/Aer <^iJason) eide Boucher(Les A»iours des. Dieux), plusieurs autres artistes reçoivent de nouvelles commandes. Restout peint deux compositions représentantPyÿ/«a/«on et Apelle, ou la Peinture et la Sculpture ; Amédée Van Loo livre la suite des Costumes Turcs, en ([uatre panneaux. Les Quatre Saisons de Gallet, svmliolisées par des Fêtes antiques, nous annoncent une évolution complète dans la direction du goût public. De l’avènement du comte d’Angiviller (1774) date la tendance nouvelle imposée aux jieintres. Le retour à ranti(|uité conventionnelle de Vien et de David a précédé de plusieurs années, on le sait, la Révolution de 1789; on pourrait pi'esque dire ([u’elle l’a en (juebjue sorte préparée. Les grandes traditions décoratives du xviu® siècle se perdent ; on ne se préoccupe plus, détail signilicatif, des bordures. Certaines tapisseries de cette période ne reçoivent pas d’encadrement. Le directeur des Ràtiments commande aux artistes des sujets tirés de l’histoire ancienne; les scènes mythologiques ont passé de mode. Alors, Vincent peint toute une série de compositions fournies par l’histoire de Henri IV, dans un style qui n’a rien de gracieux. Paid'ois, ces petits tableaux reçoivent encore un encadrement de guirlandes de Heurs. Mais les scènes de ['Histoire de France commandées à Suvée, à Durameau, à Rerthélemy, à Ménageot, à Brenet, à Leharbier, sont conçues dans un sentiment absolument contraire aux principes les plus élémentaires de la décoration. Ne va-t-on pas bientôt suggérer à ces représentants de l’art nouveau, c’était alors l’école de David, (|ui avait toute la faveur, de retracer le Courage des femmes Spartiates, Cormdie mère des Gracques, et autres motifs inspirés par l’anticinité grec(]ue ou romaine telle ([u’on la concevait alors!
.Vinsi, la grande ei'reur ([ui a entraîné la décadence complète de la tapisstnie au .\ix® sii‘cle remonte à une date bien antérieure. Dî's b' ri'gne de Jjouis XVI, le mouvement s’accuse ; on n’apprécie plus ipn* la copie lidîde d(‘ la peinture ; on demande aux tapissiers, non plus une interprétation intelligente, mais une sorte de décabjue de l’oi'iginal . St)us l’inlluence des idées régnantes, le comte d’Angiviller déploie um“ rar»‘ activité à entraîner la tapisserie dans des voies déplorables. Or, jamais b‘s ta|»issit>rs, on doit le constate!', n’ont
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montré autant de virtuosité dans rexécution qu’à ce moment pi-écis. Ils ne sont pas eoupaljles des fautes de goût qui leur sont imposées. On ne saurait trop déplorer (jue l’incontestable talent des Audran, des Cozette et de leurs émules ait été employé à de pareilles besognes.
Nous n’avons parlé jusqu’ici que des tentures murales et des grandes compositions histori(iues ou mytbologi([ues exécutées sur les métiers des Gobelins. Mais les tapissiers furent souvent cluu’gés de tisser des sièges et de petits meubles, canapés, fauteuils, écrans, paravents, pour accompagner les grandes tapisseries décoratives. La manufacture des Gobelins empiétait ainsi (|uebjue peu sur les attributions de Beauvais qui ne se faisait pas faute, de son côté, de rivaliser avec l’atelier des Gobelins en travaillant à de grands panneaux, comme les Actes des Apàires de la cathédrale de Beauvais. Les Gobelins conservent encore une certaine quanti té de modèles pour garniture des sièges, canapés ou fauteuils, remontant au xvin® siècle. Signalons la série des sièges peints par Louis Tessier pour accompagner la tenture de Don Quichotte. Ce sont de simples bou(|uets de fleurs jetés sur un fond damassé ; mais avec quelle sûreté de main, avec quelle élégance sont dessinés et composés ces ornements, on peut s’en rendre compte en parcourant nos ateliers où ces précieux panneaux, récemment rentoilés et encadrés, sont mis en permanence sous les yeux du public. Naguère, ils gisaient entassés et oubliés au fond d’un magasin humide. Les voilà sauvés maintenant; si nos décorateurs pouvaient les étudier à loisir dans des salles d’exposition plus claires et moins encombrées que nos ateliers, ils y trouveraient certainement de précieuses leçons et de fécondes inspirations.
La manufacture des Gobelins depuis la Révolution jusqu’à nos jours
Nous avons signalé les causes de la décadence de l’art décoratif et, par suite, de la tapisserie, vers la fin du xvnÈ siècle. Le mal ne
LA- MANUFACTURE DES GOBELINS
lait que s’aggraver pendant le cours du siècle suivanl. En dépit de timides et rares tentatives pour raodilier cet état de clioses, il sera impossil)le de remonter le courant et de revenir à une plus saine appréciation du rôle et des exigences de Tart qui nous occupe.
Au début de la Révolution, la situation des entrepreneurs était devenue des plus précaires ; tous étaient ruinés. M. Lacordaire l’a démontré dans son excellente notice de 1853, Par suite, ils demandaient à ne plus être désormais que chefs d’atelier avec traitement lixe. La Révolution réalisa cette réforme capitale. Elle s’occupa aussi de la révision des modèles. Nous insisterons plus loin sur ces deux innovations.
Guillaumot, architecte des carrières de Paris, avait remplacé Pierre à la tète de la manufacture en 1789 ; il dut se retirer en 1792 et céder la place à.Iean Audran, l’ancien entrepreneur de haute lisse, bientôt supplanté lui-mème par un sous-inspecteur des ateliers, Augustin Relie, fils de Clément Relie (1793-1795). Celui-ci s’efforça de justifier le choix du ministre par ses manifestations républicaines. On raconte (|u’il avait inscrit sur la porte de son cabinet les mots : Ici on se tutoie. Sous sa gestion sont brûlées en l’honneur des martyrs de la liberté nombre de tapisseries à emblèmes monarchiques. Audran revient en 1795, après un court séjour en prison ; mais il meurt deux mois après son retour, et Guillaumot, réintégré la même année, reste en place jus(ju’à sa mort. Cbanal, chef de bureau, occupe le cabinet directorial de 1807 à 1810 et le cède au peintre Lemonnier qui gardé ses fonctions jus([u’à la Restauration. Il a poui‘ successeur un officier d’artilb'i'ie, le baron des Retours (1810-1833).
Pendant toute la durée de la Révolution , la manufacture vécut sous la menace constante de suspension des travaux. Très irrégu- Ih-rement payés, les la{)issicj's subissaient encore d’énormes pertes par suite de la dépréciation du papier. On essaya de vendre ([uelques leiitures pour l’aire face aux dépenses h‘S plus urgentes; mais l’époque n’élail guî-re favoi'abl(\ et les [»lus belles tapisseries du .wnh siècle, passées de mode, ne Irouvî'rent pas ac(juéreur. C’est sous le Direcloire (pie fut suggérét' à un ministre l’idée néfaste d’envoyer à la .Monnaie' «O de faire lerùlei' (iu(d(|ues-unes des plus fameuses séries <le la colleclion royale pour converlii' (mi es|)èces d’or et d’argent le
LE XIX« SIÈCLE
métal qu’elles renfermaient. On se procura ainsi une somme decin- ([uante ou soixante mille livres (|ui servit à payer lt*s traiteinenls arriérés des employés. Le nombre des tapisseries ainsi sacrifiées
Le mariage civil, d'après M. Georges Claude.
s’élevait à cent soixante. C’étaient les pièces les plus précieuses de la collection royale. Une parfaite correction administrative avait présidé d’ailleurs à cette opération monstrueuse.
Les tapissiers payèrent, eux aussi, leur dette de sang au dieu du
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
jour. L’aumônier de la manufacture, arrêté pendant le mois d’août 1792, n’existait plus en septembre. Il disparut évidemment lors des massacres des prisons. Un tapissier de haute lisse, nommé Mangelschot, commit l’imprudence d’interrompre le discours d’un conventionnel dans un club. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il paya de sa tête son interruption.
A part les entraves de toutes sortes que l’état des esprits opposait à un travail régulier, le choix des modèles avait créé de grosses difficultés. Les anciennes scènes religieuses, les sujets monarchiques, étaient rigoureusement proscrits. La Convention avait bien ordonné aux tapissiers de reproduire les effigies de Marat et de Lepelletier Saint-Fargeau, d’après les portraits commandés à David; c’était insuffisant dans tous les cas pour occuper une centaine d’ouvriers.
Le jury des arts reçoit alors la mission de faire un choix parmi les anciens moilèles et de désigner ceux que le puritanisme républicain permettait de conserver. Cette commission comptait des hommes distingués dans tous les genres, les peintres Prudhon, Ducreux, Vincent, l’architecte Percier, les littérateurs Bitauhé, Legouvé, d’autres encore. Elles se transporta aux Gohelins en septembre 1794 et y tint seize séances. Douze tapisseries en cours d’exécution furent immédiatement suspendues. Sur trois cent vingt et un modèles examinés, cen t vingt sont proscrits comme anti-républicains, fanatiques ou insuffisants. Cette dernière épithète s’applique surtout aux Doucher ; cent trente-six sont rejetés sous le rapport de l’art. Vingt seulement échappent à celte hécatombe et trouvent grâce devant ces sévi'res puritains. Un exemple suffira pour donner une idée de fesjjrit (|ui présidait à ces délibérations. Voici le jugement porté sur h* Sih/e de Calais par Dertliélemy ; « Sujet regardé comme contraire « aux idées l'épuhlicaines ; le pardon accordé aux bourgeois de Calais (f ne leur élani ocli'oyé que par un tyran, pardon qui ne lui est U ai-i'aché (|ue par les larmes et les supplications d’une Reine et « du fils d’un despote ; rejeté. En conséquence, la tapisserie sera « arrêtée dans son exécution. »
Dans le courant de ce même mois de septembre 1794, l’organisalion de la manufacture subit une modification radicale. Sous l’ancien régiiiKg les taj)issiers travaillaient aux pièces et étaient payés en
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proportion de leur production, suivant un tarif établi en tenant compte de la difficulté de l’ouvrage. Sans doute, ce système n’était pas parfait; le mesurage avait donné lieu à d’interminables discussions; mais il était assez juste que chacun fût rétribué d’après son effort et son mérite. Cette organisation équitable lit place à une division des tapissiers en quatre classes, plus trois classes d’apprentis. Le traitement quotidien variait, suivant ta classe, de 7 à 4 livres pour les tapissiers, de 2 livres à 1 livre 25 centimes pour les apprentis. L’unification des traitements dissimulait en réalité une choquante iniquité. Est-il juste qu’un ouvrier donnant un travail double de son voisin reçoive la môme rémunération, si la qualité du travail reste la môme ? Ce mode de rétribution des tapissiers est appli(iué depuis 1794. 11 a été plusieurs fois question de revenir à l’ancien système ; on a dû y Venoncer, en raison des graves objections qu’il rencontre. En effet, pour augmenter leur gain, les ouvriers en étaient venus à sacrifier la perfection. Loin de les retenir, les cliefs d’atelier les poussaient dans cette voie, paraît-il, et ne se prêtaient pas à l’exécution des instructions du surinspecteur quand il exigeait qu’on recommençât une certaine partie d’ouvrage. C’est donc aussi bien pour assurer la qualité du travail que pour mettre fin à d’interminables récriminations que le nouveau mode de rétribution a été adopté. Il a d’ailleurs conféré aux tapissiers le droit, fort apprécié, à une pension de retraite. Enfin, un système de primes annuelles permet de compenser en partie l’inégalité choquante constatée parfois entre le travail effectué et la somme reçue par le travailleur.
Une liste des tentures entreprises, puis interrompues, pendant cette période agitée offrirait peu d’intérêt. Quelques exemples suffiront pour donner une idée des préférences du jury des arts chargé du choix des modèles. 11 aime surtout les sujets de chasse qui, du moins, n’ont pas de couleur politique, puis les scènes antiques : Borée et Orythie, de Vincent, Déjanire et Nessus, du Guide, V Education d’ Achille, par Régnault, V Etude coulant arrêter le Temps, de Ménagent, enfin les Muses, de Le Sueur. Personne ne se doute à cette époque que les qualités décoratives d’une peinture doivent prévaloir sur toute autre considération. Cet état de choses se perpétuera durant tout le xix'’ siècle; c’est à peine si on commence à réagir
LA MANUFACTURE DES ÜOBELINS
contre celle méconnaissance de tous les principes fondamentaux.
Napoléon I" dut se conformer au goût régnant et ne songea guère à demander aux Gobelins (jue la glorilication de son règne et de ses victoires; il parvint du moins à rétablir une stricte discipline dans les ateliers et il montra une sollicitude constante pour les travaux de la manufacture. Les Gobelins avaient été placés dans la dotation de la liste civile et relevaient directement de l’Empereur. Celui-ci décida qu’aucune tapisserie, ne serait mise en train que sur son ordre, et même, au cours de ses campagnes, rien n’était commencé sans qu’il eût été consulté. Pendant la durée de son règne, il ne fut pas exécuté moins de deux portraits en pied et dix en buste de l’Empereur; deux autres ne furent pas terminés. De l’impératrice Joséphine, deux portraits en pied, (jualre en buste, dont un seul acbevé; de Madame Mère, un portrait en pied ; enlin, le portrait du Roi^de Home en buste.
Si on additionnait tous les portraits des souverains et des princes de leur famille, livrés par les Gobelins pendant le cours du xix" siècle, on dépasserait certainement le chiffre de cinquante. Nous venons d’en énumérer vingt-si.x pour le premier Empire. On avait de plus projeté d’exécuter une tapisserie des portraits de Napoléon et de .Marie-Louise d’après un buste de marbre, avec entourage de Yan Pool. Pour utiliser cet encadrement qui n’avait pas été employé, on substitua, sous la Restauration, l’Empereur et l’Impératrice de Russie, d'après un buste de Rutxhiel et un autre buste, aux tètes de Napoléon P‘' et de Marie-Louise.
L’Empereur voulait (|ue toutes les grandes scènes de l’épopée na[)oléonienne fussent traduites en tapisserie. Si le tableau du Couronneimmt ne fut même pas commencé, les tapissiers durent copier, et ils s’acquittèrent de cette tàcbe avec une conscience remarquable, le lUumjxu'te Ivaversant les Aljjes, de David, la Mort de Desaix, de Régnault, la Peste de Jaffa, d’aprî's Gros, le Général Bonaparte distrihaant des sabres dJionncar à ses (jrenadiers, du même artiste. Itntreprises di-s 1801), ces tentun's furent menées à bonne lin; il n’en fut pas de même d’une série de scimes militaires mises sur métier en 1801), 1810 et 1811. Ainsi restèrent inacbevées les treize ])ii‘C(‘s l'cprésentant V Empereur passant en revue les députés de l’ar-
LE XIX' su; CE IC
mée, d’après Serangeli; le }[a/in d’ Auslerhlz, de Carie Aeiaiet; VEmperew' dans son cabinet. de Crarnier; Xa^Soldats du 7(E régiment retrouvant leur drapeau dans r ar se n al d' In s p r ü c h, d’après 3Ieynier; V Empereur recevant les clefs de Vienne, d’après Girodet; les Préliminaires de la paix de Léoben, de Le- Ihière ; VEmpjereur pardonnant aux révoltés du.
Caire, de Guérin ; l'Empereur donnant la croix d’honneur à un soldat de la garde russe, deDebi'el; la Clémence de l' Empereur envers la princesse de Halzfeld, d’après
de Boisfremont; la liéception de Mgrza, député du Sophi de Perse, de Mulard; la Réception de la Reine de Prusse à Tilsitt, d’après Bertlion; de Serangeli, les de Napoléon et d’Alexandre à Tilsitt ; enlin deGros.laPmr de Madrid. Le tissage de ces tapisseries fut suspendu à l’avène-
. ... ment de Louis XYIII.
biege du trône impérial.
La manufacture possède encore les fragments de deux ou trois de ces pii-ces ; d’autres ont été attribués à la bibliothî'que des avocats de Paris.
])(is?sici’ du Irône de Napoléon I»''.
D'api'és Louis David.
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
L’Empereur faisail souvent interrompre les ouvrages commencés pour pousser plus activement un travail dont il exigeait le prompt achèvement. C’est ainsi que le meuble de la Salle du Trône occupa pendant un certain temps les tapissiers. Un premier projet, peint par Saint-Ange, se trouvait en cours d’exécution, quand l’Empereur, ne le trouvant pas assez riche, le fit interrompre et demanda un nouveau dessin à David. Celui-ci se mit aussitôt à l’œuvre. Les Gobelins ont conservé la plupart des modèles exécutés sous la direction du premier peintre avec la collaboration de Percier. Le meuble complet se composait d’un fauteuil pour l’Empereur, avec une figure de la Victoire, dessinée par David pour le dossier, un fauteuil pour l’Impératrice, six fauteuils pour les princes, six chaises pour les })rincesses, vingt-quati'e pliants, deux tabourets de pied pour l’Emj)ereur et l’Impératrice, deux écrans, dont l’un était orné d’un Génie du dessin de David, enfin un paravent de six feuilles. Sur un fond l'ouge cramoisi des ornements, couronnes, branches de chêne et de laurier, abeilles, rosaces, se détachent en or. Par ordre de l’Empereur, tous les autres travaux furent suspendus, et le meuble officiel put être rapidement achevé. D’ailleurs, une partie des sièges du premier Empire trouva son emploi sous la Restauration grâce à la substitution des emblèmes monarchiques aux abeilles et aux aigles.
Aussitôt après son avènement, Louis XVIII commanda un portrait de Louis XVI, d’après Gallet, puis une Marie- Antoinette avec ses enfants, d’après M”*" Vigée Le Brun. On exécute plusieurs effigies du Roi, d’après Ciérard et Robert Lefèvre. La copie des tableaux est poursuivie sans interruption et sans remords ; de 1814 date un Lierre /" sur le lac de Ladoga, d’après Steuben, un Chelonis et d’après Lemonnier. Une Offrande à Esculape, de Guérin, est commencée en 1815; du même, Phèdre et Hippolyte, entrepris en 1818, concurj'emment avec la Bataille de Toloza, d’Horace Verne t. Le Sueur fournit aux tapissiers, en 1820, sept modèles tirés de la 17c de saint Bruno. Des scènes de la vie de saint Louis Fr anrois F'' sont peintes par Rouget pour les Gobelins. L’école de David ri'gm' toujours sans j)artage. Des tableaux de Guérin, Pyrrhus et Audroniague, d<‘ Gros, Visite de Charles-Quint et de François F'-' à l'ahhaye de Saint-Denis, de Roullongne, de Raphaël, sont mis sur le
LE XIX» SIÈCLE
'A A h. : h Ulffi
métier. Encore et toujours des portraits : la duchesse de Berry et ses enfants, d’après Gérard; Charles X répété deux fois; deux portraits du duc de Bordeaux. Un nouveau débouché est offert aux ouvrages de la manufacture. Feuchères et Le Bas fournissent des modèles d’ornements sacerdotaux. On exécute plusieurs bannières représentant sainte Genevièvre et saint Germain d’après Guérin et Gros; on copie même un tapis de prière oriental. Un écran représentant Y Amour allumant son flambeau, d’après Laurent, existe encore dans les collections de la manufacture, avec une samte Cio tilde de Blondel.
Cependant, la manufacture est toujours à la veille de voir ses travaux suspendus par pénurie de modèles ; pour faire face à ce danger, on se décide, en 1828, à entreprendre la reproduction des tableaux de la galerie de Médicis,et les originaux de Rubens partent pour les Gobelins. Le travail des ateliers se trouve ainsi assuré pendant un certain nombre d’années. La tenture de Rubens occupera les tapissiers jusqu’au milieu du règne de Louis-Philippe. Elle décore aujourd’hui les salons du petit Luxembourg et ceux du ministère des affaires étrangères. L’exécution de cette suite ne laisse rien à désirer comme imitation fidèle de la peinture; mais les anciens tapissiers n’auraient-il pas tiré un autre parti de cette magnifique décoration ? Elle encourt de plus un grave reproche; on ne savait pas alors qu’une bordure est un accompagnement indispensable d’une tapisserie. Aussi, les reproductions des toiles de Rubens ressemblent-elles à des tableaux sans cadres.
Les ateliers eurent pour chefs, de 1800 à la fin du règne de Louis- Philippe, des hommes fort habiles dont le nom mérite un souvenir. C’est d’abord le vieux Cozette, mort en 1801 ; il travaillait aux Gohe-
Écran du meuble impérial.
D'après Lou.is David.
LA MANUFACTURE DEb GOBELINS
lins (le])uis soixante ans; puis, son fils Micliel-Henri Cozelte (1801- 1817;, remplacé par F. Flaïule qui a pour successeur, en 1823, Lafo- ]-est père. Charles Duruv devient chef d’atelier en 1823 et exerce ses fonctions concurrennneiU avec Laforest tils qui ne meurt qu’en 1801. Duruy appartenait <à une vieille dynastie de tapissiers flamands (pie la tradition fait venir des Flandres dès les premières années du xviiC siècle. Il est le jiîn-e de Victoi- Duruy, le ministre de l’Instruction puhlicjue du second Empire cpii naquit et fut élevé dans la manufacture. Charles Duruy mouiait en 1830. Lors de la Révolution de févi iei- 1818, des économies s’imposaient et le traitement de notre chef d’atelier fut réduit de 2 400 à 2200 francs. Les tapissiers ont toujours liguré jiarmi les plus mal rétribués des employés de l’Etat.
Le rî'gne de Louis-Philippe continue les errements de la péiiode ))récédeide. La fahrication des portraits continue ; c’est le Roi, c’est la reine Amélie, le duc et la duchesse d’Orléans. Ces effigies princières partent pour l’étranger comme présents diplomatiques. Le palais du Rardo, aux environs de Tunis, possède un portrait en pied où le Roi Louis-Philippe est représenté en costume militaire avec un j)aidalon hlanc immaculé.
En même temps (pie les ateliers continuent la reproduction de la galerie deMédicis, ils copient la Conjuration des Sireliiz de Steuben, le Massacre des Mamehicks, d’Horace Vernet, un Martyre de saint Etienne, répété trois fois et dont un exemplaire se voit dans l’église de Saint-Médard. Divers sujets de la Parnésine sont mis sur le métier vers 1848, en même temps que les figures de saints et de saintes dessinées ]iar Ingres poiii" la chapelle de Dreux.
L’d.mvre la plus considérable du règne de Louis-Philippe fut certainement la tenture dite le grand décor, commandée pour le salon Louis XIV des Tuileries. Alaux et Couder, chargés d’exécuter les modides, avai(‘ut riqirésenté en neuf lahleaux une Allégorie à la fondation da château de I >/'.sy/(7/c.s, les châteaux de Saint-Cloud, de Pau, de Eontainehleau, h‘ lâdais lioyal, V Enlèvement d' Onjthie par Borée, h> Pla/i du Louvre et des Tuileries, la Beauté emportée par le Temps, le Château du Louvre et des Tuileries. L’incendie de 1871 a détruit toute c(dte collection; mais les modèh's existent au musée de Ver-
LE XIX» SIECLE
sailles. La série des re''sidences ro)ales de Louis Xi^' nous console
Marie-Antoinette et ses enfants, d’après M“= Yigéo Le Brun.
aisément de la perte de ces tapisseries; elles devaient être sinpnlièrement froides si on en juge par les peintures.
7i LA MANUFACTURE DES GOBELINS
Eu 1848, la condition de la manufacture change pour quelques années. Son budget va se confondre avec celui de FÉtat. A partir de 1832, elle fait retour à la liste civile impériale, puis rentre en 1870 dans les attributions du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Après la mort de Laforest fils, les chefs d’atelier se succi'dent dans l’ordre suivant : (lilbeii (1802-1871), Munier père (1871-1 873), Collin (' 1873-1 889), François Munier, encore enfonctions.
A des Rotours, mort en 1833, avaient succédé à la tète de la manufacture ,M. Ijadvocat, remplacé, en 1848, par M. P. -P. -A. Badin. Ce dernier cède la place, en 1830, à M. Lacordairc, frère de l’illustre Dominicain, et reprend ses fonctions en 1860 jusqu’en 1871. M. Chevreul fait un intérim de quelques mois pendant la Commune; puis viennent MM. Alfred Darcel (1871-1885) et Gerspach (1883-1893). L’inspection des travaux des tapissiers fut successivement confiée à Belle (1806-1816), à Cassas (1816-1827), à Mulard (1821-1848), à Cornu (1830-1851), à Charles-Louis Muller (1831-1872), à Maillart (1873-1877). P.-V. Galland, nommé direch“ur des Iravau.x d’art eu 1877, n’a pas été remplacé après sa mort survenue en 1892.
L’amateur qui voudrait dressej’ le bilan des travaux de notre manufacture pendant la durée du second Empire devra d’abord énumérei' les inévitables portraits des souverains, en pied ou en buste, d’apri'S \V interbal ter ou autres peintres officiels, à trois, (|uatre ou cimj exemplaires ; puis, il dressera la liste de ces vingtneuf portraits d’artistes de la galerie d’Apollon, si froids, si tristes, si ternies à côté de ces colorations vibrantes du plafond d’Eugène Delacroix. On rencontre ensuite la copie d’un certain nombre de peintures célèbres, un peu choisies au hasard, sans plan bien arrêté; c’est la Transfiguration, de Raphaël, le Christ au tombeau, de Philippe'. de Champagne, dont un e.xemplaire est conservé aux Gobelins, la Vierge au poisson, de Raphaël, h\ Déposition de CroG’, du Caravage, Louis A7 F, en pied, d’après Rigaud, l’A/noe^r sacré et T Amour jtrojane du Titien, Y Assomption, du même maître, brûlée en 1871, Y Aurore, du Guide, la Charité, d’André del Sarte, les Muses, de Lesiu'ur. On se demande vraiment à (|uel principe, à (juelle règle ont obéi ceux (|ui ont proposé ces modî'les aux tapissiers.
LE XIX« SIÈCLE r.i
Certains autres clioix s’expliqueraient mieux; ainsi, on a reproduit plusieurs fois Aminte et Silcie elles Confidences, de Boucher, dont les Gobelins ont gardé les modèles et aussi le But, du même artiste.
Portrait de Le Brun, d'après Largilüère. Entourage de Gaüand.
Cependant, il semble que les vrais principes pénétraient peu ù peu dans le monde de l’art, car voici (ju’en 1804 un ensemble décoratif est demandé à un artiste, jeune encore, que la nature de son talent désignait plus que tout autre à un pareil choix, Paul Baudry doit
LA M A NU KA GT üRi'; DES GOBELINS
peindre poui- le palais de l'Klysée une suiie de coinposilions figurant
en cinq panneaux étroits et allongés les Cinq Sens aA^ec ((uati’e dessus de porte.
Commencée en 1864, la tenture est terminée quand le néfaste incendie de 1871 anéantit , avec toutes les tapisseries, la plus grande partie des modèles. La manufacture n’a conservé que le panneau du Toucher et deux dessus de porte des Saisons. Les uns et les autres ont été l'etissé à diverses reprises depuis la catastrophe ; on les recopiera sans doute encore, car Baudry a donné là une note claire, gaie, harmonieuse, An-aiment décoratiA'e. S’inspirant de l’exemple de Le Brun, il s’était associé pour les accessoires des collaborateurs de choix , Diéterle , Eugène Lambert , Cdiahal-Dussurgey.
Une liste des travaux terminés depuis 1871 serait encore longue. On n’y i-encontrerait plus, et pour cause, d’efiigies princières; 1.0 Tüuclu'r’, d'iijiri's l’aul liaudi'y. luaison A'constaterait encore
la présence d’un trop grand nombre d(i lahleau.x nullenu'iil conçus pour la reproduction en tapisserie, comme h* Sai/it .lérôme, du Corrî'g(‘. la \ isilalinn, de Ghirlan-
LE XIX= SIÈCLE
La filleule des fées, d’après Mazerolle. Tapisserie aux armes de S. M. l'Empereur de Russie.
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
dajo, V Apothéose d'Homère, de Ingres, la Vierge et l'enfant, de Sassoferrato, la Mélancolie, de Cigoli. Cependant, on commence à comprendre que Fart de la tapisserie exige des modèles appropriés à ses procédés et à son but. On se préoccupe davantage de commander les cartons pour une destination fixée à l’avance. Dès 1872, Mazerolle re(;oit la commande de liuit panneaux pour le buffet du théâtre de l’Opéra. L’ensemble figurait à l’Exposition universelle de 1878.
Le salon des Cinq Sens du palais de l’Elysée devient le salon des Muses (juand Calland, chargé de remplacer les modèles détruits de Paul Baudi-y, se proposa de donner la place prépondérante à la décoration. Les Muses n’y sont représentées que par des médaillons en camaïeu. La volonté de choisir parmi les œuvres modernes des œuvres vraiment décoratives devient alors de plus en plus marquée. En 1874, c’est la S é lé né de M. Machart et le Vainqueur , de M. EbiTiiann qu’on entreprend ; en 1875, un Haint Michel, de M. Merson et quatre panneaux décoratifs de M. Le Chevallier Cbevi gnard pour la manufacture de Sèvres. Puis, M. Mazerolle peint pour les (lobelins la Filleule des fées, aujourd’hui en Russie. Huit paysages sont commandés, en 1877, pour la décoration du grand escalier du palais du Luxembourg; mais n’a-t-on pas commis une faute en répartissant le travail entre huit peintres différents? A la suite d’un concours ouvert en 188(1, M. Ebrmann est chargé de composer trois grands ])anneaux et deux entre-fenétres })Our la salle du Parnasse à la Bibliotbè(iue Nationale. Cette décoration vient d’être terminée ; il y a longbnnps qu’un artiste avait rencontré l’occasion de produire un ensemble de cette importance et s’en était aussi bien acquitté. Signalons rapidement la Céramique et la Tapisserie, deux cartons de M. Merson, Ngtnphe et Hacchus, d’après M. Jules Lefebvre, le Couronnement de Molière, de M. Joseph Blanc, la République française, du même, le Roman au A 17//'’ siècle, de M. Maurice Leloir, V Audience du cardiudl Chigi, répétition de la pièce de Y Histoire du Roi. On tend de plus en plus à ebereber des inspirations et des modèles chez les maîtres du temps passé. Boucher reparaît sur les métiers.
Il est assez embai'rassant poui' nous, on en comprend la raison, de parler des travaux récemts de la manufacture et des œuvres en cours d (‘xécution. -Nous nous conli-nterons de dire quehjues mots
LE XIX= SIÈCLE
Le roman au xvni” siècle, d’après M. Maurice Leloir.
su
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(les lenlures un peu iniportantes, terminées (ju commencées depuis une quinzaine d’années.
Constatons d’abord ([ue les règles considéi'ées de tout temps comme les lois primordiales de l’art décoratif commencent à (^Irt* observées. Et d’abord, les modèles sont commandés spécialement en vue de la reproduction sur le mélier. On s’adresse à cet ell'et aux artistes réputés pour les plus capables de donner des résultats satisfaisants.
En second lieu, la plupart des tapisseries récemment exécutées ont une destination précise. L’artiste connaît le milieu où elles seront placées ; c’est à lui de se préoccuper de leur entourage, de calculer l’elfet qu’elles produiront. Dans ce cas se trouvent les modèles de .M. Elirmann poui" la salle du Parnasse de la llibliotlièque Mationale, ceux de M. Galland pour la Comédie Fram^aise, les compositions de M. Jean-Paul Laurens pour les Archives Nationales et la grande salle des fêles de la Mairie du XlIP arrondissement, les peintures de MM. Joseph Blanc et Édouard Toudouze pour la pren)ière chambre et la grand’chambre de la Cour d’appel au Palais de Justice de Bennes, enlin de M. Georges Claude pour la salle des mariages de l’bütel de ville de Bordeaux. Se voit-on dans la nécessité, pour assurer le travail des ateliers, de chercher un modèle parmi les tableaux anciens ou modernes, on choisit de préférence ceux qui se recommandent par leur caractère pittores(|ue. C’est ainsi qu’ont été remises sur le métier les compositions de Boucher, Atninte et Sylvie, Verliunne et Pomoiie, l'Aurore et Cèphale, Neptune et Aniimone. Les Portières des dieux et les Mois grotesques d’Audran sont recopiés à diverses reprises. Ces tj’avaux ne sauraient (ju’exercer une heureuse inlluence sur le goût des tapissiers.
Voici pour le choix des modèles. Quant à l’exécution, deux principes fondamentaux ont été adoptés par les artistes de la manufacture : réduction sensible du nombre des tons employés ; puis, substitution d'une interprétation raisonnée du modèle à une copie servile et trop minutieuse. Quelques explications ne seront pas superflues. Naguère, le nombre presque illimité des nuances d’une gamme permettait de pousser jusqu’à ses dernières limites l’imitation du modelé de la peinture. On en arrivait à trouver que la tapis-
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sérié la plus parfaite était celle qui donnait le mieux l’illusion du
Ajiollon et Dapliné, d'après iM. Alljert Maignan.
travail du pinceau. Une réaction a fait justice de cette erreur et un examen approfondi des plus belles t^nlures de la grande époque de
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l’art, c’est-à-dire de la première moitié du xvU siècle, a démontré que les chefs-d’œuvre les plus admirés ne comportaient qu’un nomljre assez restreint de tons. La plupart des admirables tapisseries de la collection d’Espagne sont exécutées avec vingt ou vingt-cim] nuances. Trois couleurs suffisent pour le modelé d’une draperie, grâce à un système de hachures qui ménage la transition entre les ombres les plus foncées et la pleine lumière. C’est le principe fondamental auquel il faut revenir si on veut sortir la tapisserie de la voie funeste où elle est engagée depuis plus d’un siècle. Il y a longtemps déjà que cette nécessité de recourir aux anciens procédés a été proclamée; mais pour arriver à cette réforme essentielle, il fallait modifier complètement l’éducation des travailleurs. Heureusement, quelquesuns des plus habiles artistes de l’atelier ont senti l’intérêt de ce retour aux traditions d’autrefois et on peut constater que le mode de travail et d’exécution a été complètement changé depuis une vingtaine d’années. Enfin, aux colorations timides, fausses, indécises, en honneur pendant trop longtemps, l’application du système des hachures franches a permis de substituer des tons plus montés, plus soutenus et qui résisteront mieux à la double influence de la lumière et de l’air.
Pour terminer, nous nous contenterons de donner une brève énumération des tentures récemment achevées, et des tapisseries encore sur le métier, mais exposées à quitter l’atelier d’un jour à l’autre.
La tenture destinée à la Comédie Française devait représenter, en dix médaillons commandés à dix peintres différents, les chefsd’œuvre des maîtres de la scène française. Mais le Théâtre Français n’offrait aucun emplacement convenable pour recevoir ces panneaux. Deux seulement ont été achevés : Iphigénie, d’après M. Doucet, Zaïre, d’après M. G. Claude. Les sujets tirés des Jeux de l’amour et du hasard, d’après M. Clairin, et de Hernani, d’après M. F. Humbert, n’ont pas reçu d’encadrement.
En 1895, M. Joseph Blanc fut chargé de composer huit allégories pour la première chambre de la Cour d’appel du palais de justice de Bennes. M. Laloy, architecte du palais, a pris une part des plus actives à la préparation de ce travail, aujourd’hui complètement terminé.
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M. J ean-PaurLaurens s’occupe depuis une di/aiue d’années d’une histoire de la Vie de Jeanne d’Arc. Sur trois pièces en cours d’exé-
cution, deux sont destinées à remplacer des sujets semblables envoyés à Rome à l’occasion du Jubilé du pape Léon XIII.
La grande galerie du palais du J^uxembourg contient buit panneaux vides qui attendaient depuis longtemps une décoration. Des
La France colonisatrice, d’aprô.s M. Rocliegrosse.
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Si
tapisseries convenaient à merveille à cet emj)lacernent. M. Cliallemel-
Lacour, alors président du Sénat, arrêta son clioix sur des épisodes tirés des Métamoj'phoses d’Ovide.
M. Albert Maignan est chargé de peindi-e les modèles. Deux tapisseries sont en place : Apollon et Daphné, Vénus et Adonis.
On travaille à deux autres ])ièces ; Jupiter et Séniélé, Minerve et Araehné.
M. L aurons a donné aux tapissiei's le modèle du Tournoi déposé aux Archives Nationales et celui de la Glorification de Colbert, destinée à la salle des fêtes de la mairie des Gohelins. Cette tapisserie ne mesure pas moins de soixante - quinze mètres carrés. Aucune époque n’a tissé une pièce d’aussi vastes proportions. Elle vient d’être terminée en trois ans et demi.
La grande chambre du palais de justice deRennes présente des trumeaux vides d’une assez vaste
Jeanne d'Arc et le connétable de Richeinont, étendue . La salle est d’après M. Edouard Toudouze. , , ,
^ ornée de platonds peints
à la lin du xvii° siècle. 11 lut décidé que les murs seraient garnis de panneaux en tapisserie rappelant les grands souvenirs
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de Idiistoire de Bretagne, et on fit appel au talent éprouvé de
Vertumne et Poinone, d’après M. Gorguet.
M. Edouard Toudouze. On termine le Mariage d’Anne de , Bretagne et la Rencontre de Jeanne d' Arc et du Connétable de Richeniont. Les funérailles de DuguescUn sont en cours d’exécution; ou vient
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de commencer le Couronnement de Noininoê, premier roi des liretons. Le Combat des Trente figurait au Salon de 1900.
Signalons enfin la curieuse tentative de M. liocliegrosse j)Our traduire un sujet d’aclualité : La Colonisation de T Afrique par la France et la composition de M. Gorguet, Yertumne et Pomone, (|ui nous ramène aux sujets antiques.
Nous ne pousserons pas plus loin cette nomenclature quelque peu aride ; mais, parmi les oeuvres récentes, il en est deux qu’il convient de signaler à part, je veux parler de La Sirène et le poète ^ d’après M. Gustave Moreau, et du Printemps de Botticelli. L’œuvre de Gustave Moreau, commandée et peinte spécialement pour les GoOelins, ne répond peut-être pas tout à fait aux principes que nous considérons comme fondamentaux; nous l’accordons volontiers. En s’adressant à cet artiste, on lui demandait surtout de procurer à nos tapissiers une occasion de déployer toutes les richesses de la gamme des laines. L’attente n’a pas été trompée. On peut juger du résultat obtenu au musée du Luxembourg, où le modèle et la tapisserie sont exposés l’un à coté de l’autre. Cette œuvre a démontré la virtuosité des tapissiers des Gobelins ; leur habileté se joue de toutes les difficultés ; elle n’est inférieure à aucune tâche. C’est ce que vient de prouver encore la traduction en tapisserie du Printemps de Botticelli, d’après l’excellente copie peinte à Florence par M. Lavalley. On peut tenter de pareilles expériences une fois par hasard, pour montrer la maîtrise de nos artistes; il serait imprudent toutefois, nous en convenons, d’orienter la fabrication dans cette direction et de donner trop souvent à nos tapissiers des modîdes de cette nature. La fm du xv'^ et le commencement du xvC siècle nous ont laissé d’incomparables chefs-d’œuvre. C’est de ces exemples qu’il faut chercher à s’inspirer, c’est d’eux qu’on doit se rapprocher à tout prix.
Grande cour de la Manufacture, dite cour Colbert.
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La Marmfaeture des Gobelins en 1906. — Les Bâtiments. — Le Musée. — Les Ateliers de haute lisse et de Savonnerie. — Les Modèles.
L’entrée de la manufacture date de la fin du second Empire. Le percement de Favenue des Gobelins fit disparaître, en 1867, une partie des bâtiments de Louis XIV avec la porte qui s’ouvrait jadis sur la rue Mouffetard, au fond d’une demi^lune, en face de la chapelle. La -vignette placée par M. Lacordaire en tête de sa Notice historique de 1853 donne une idée assez précise de cette ancienne disposition. La grille actuelle, en alignement sur l’avenue, se trouve située plus bas que l’ancienne porte. Elle accède à une cour supérieure, dénommée cour d’Antiii, entourée de bâtiments; à droite, de nouvelles constructions renferment la loge du concierge, le poste de police, les écoles de dessin, un grand atelier de peinture; à gauche, les
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derniers bâtiments du temps de J^ouis XIV servent de logements aux tapissiers ; au fond, une grande salle a revu le magasin des tapisseries. A l’extérieur de ce bâtiment se voit le dernier vestige de décoration remontant à répo(|ue de Le liiain.
Le bàliment Louis XIV.
La façade de la construction du xvii'^ siècle sur la cour Colbert est décorée de curieux motifs de sculpture consistant en trophées intercalés entre des guirlandes de fleurs et de fruits, le tout en plâtre. La conservation de ces bas-reliefs est parfaite ; nous en avons parlé plus haut. Ces décorations extérieures signalent encore au visiteur la partie de la manufacture autrefois occupée pai- le premier peintre du Roi.