SUJETS DES TAPISSERIES
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Ainsi la meme tapisserie qui, executee en haute lice, etait payee 230 livres, au sortir des ateliers de Jean Jans et de G. Laurent, n'en valait que 127 quand c'etait un atelier de basse lice qui l'avait produite.
Dans ce tableau ne figure pas Jean Mesin ou Mozin dont nous avons cite le nom plus haut. Ne a Audenarde, ce tapissier nous est designe par
son acte de naturalisation1 obtenu en fevrier 1672, comme ayant ete « amene des son bas-age a Paris, oil son pore, Jean Mozin, travailloit sous la conduite de feu sieur de Comans, dans la Manufacture de tapisserie oil il l'a instruit dans son metier ». II etait done, avec Delacroix, le reprcsenlant des procedes de fabrication employes primitivement au\ Gobelins. L'abbc deMarolles, en outre, nous le designe comme etant de son temps a la tele dun des deux ateliers de basse lice, qui existaient sur les bords de la Bievre.
Le Fevre tapissier excelle en haute lice. Jean Jans excelle aussy dans un pareil employ, Suivant les grands desseins qu'on a faits pour le Roy ; Tout le monde admirant un si grand artifice. Quant a la basse lice, oil la regie est plus seure, Deux artistes flamants, Delacroix et Mozin, Qui seuls pourroient fournir un royal magazin, N'y mettroient pas un (II sans sa juste mesure.
En depit de l'estime limitee danslaquelle etaient tenus leurs produits, les ateliers de basse lice continuerent done de fonctionner aux Gobelins non seulement sous l'administration de Le Brun, mais encore sous celle de ses successeurs, et s'il existait sur ce point lemoindre doute, une letlre du due d'Antin, conservee parmi les papiers de Farchitecte Robert de Cotte2, nous en fournirait la preuve. C'ctait, du reste, sainement agir, car tous les sujets ne reclamant pas la meme perfection de travail, et toutes les tapisseries n'etant pas destinees a des usages identiques, ni a figurer dans un milieu aussi releve, il etait prudent de proporlionner leur prix de revient a leur emploi, precaution aujourd'liui tres faclieusement negligee par l'administration de nos Manufactures nationales. Mais Delacroix et Mozin, qui demeurerent charges de la direction de ces deux ateliers, surent leurdonner une impulsion assezpersonnelle. pour que le souvenir des de Comans, leurs predecesseurs, s'effacat rapidement. A partir de 1663, en effet, il n'est plus question de ces maitres de la premiere lieure. Leur nom ne figure que dans des actes de cession de terrain ; a plus forte raison a partir de 1667, quand la Manufacture des meublcs de la Couronne est officiellement et solennellement constitute. C'est aussi en cette anncc 1667,
' I'nblio dans les Xouvelles archives de VArl francais. Annee IS73. p. '201. ' An cabinet des estampes de la Ribliotliequc nationale.
que nous rencontrons pour la derniere fois dans les Comptes des Bastimens le nom de de la Planche, a propos d'un paiement de 89,175 livres 8 sols 9deniers effectue « au S'Delaplanche, directeur de l'une des manufactures des tapisseries de S. M. pour l'entier et parfaict paiement de sept tantures de tapisseries qu'il a livrees pour le service de S. M. ». II semble que ce versement cloture l'existence de cette seconde manufacture dont les ateliers, a partir de cette annee, furent reunis a ceux des Gobelins. Du reste, en 1667, la condition des tapissiers employes dans la Manufacture royale se trouva fix6e d'une facon definitive. Des cette epoque, les maitres et les ouvriers loges aux Gobelins meme, ayant chacun en partage un de ces petils jardins, qui ont encore aujourd'hui tant d'attraits pour leurs successeurs, constituaient cette grande et interessante famille dont nous parlions dans un precedent chapitre.
Proteges contre l'imporlation en France de produits similaires fabriques a l'etranger, Us etaient assures, bien qu'ils n'eussent pas d'appointements fixes comme les tapissiers denos jours, dene pas manquerde travail etpar consequent desalaire. Aides par soLxantejeunes gens entretenus aux frais du roi, qui, en eehange de l'education qu'on leur donnait, devaient les servir pendant six ans en qualit6 d'apprentis et pendant quatre ans comme compagnons, ces artisans d'elite jouissaient en outre de privileges enviables.
Apres avoir travaille sans discontinuation pendant dix ans, ils pouvaient, sur un simple certificat du Surintendant et sans autre preuve de leur savoir, aspirer a la maitrise. Les batiments qu'ils occupaient, les maisons qu'ils habitaient etaient exemptes du logement des gens de guerre et consideres comme « sauve-gardes », e'est-a-dire qu'aucun agent de police judiciaire n'en pouvait franchir le seuil sans un ordre special. Eux-memes etaient, en outre, libres de toutes tailles et impositions, et il leur suffisait d'en exprimer le desir, pour etre egalement delivres de toute tutelle, curatelle, garde de ville et autres charges publiques ou personnelles. Bien mieux, pour qu'ils ne fussent point deranges de leurs travaux par les proces qu'eux, leur famille ou leurs domestiques pouvaient avoir dans des juridictions eloignees, la connaissance de tous ces proces etait, parmesure d'exception, attribuee en premiere instance aux maitres de l'hotel du roi, et en appel au Parlement de Paris. Enfin il n'etait pas jusqu'a la biere — on sait qu'un grand nombre d'entre eux etaient originaires du Nord — qu'ils n'eussent le droit de faire brasser
sur leur domaine des Gobelins, sans que les brasseurs pussent intervenir ni le fisc percevoir aucune redevance.
Tous ces privileges, fort envies a cette epoque, et qui faisaient alors de l'enceinte des Gobelins une sorte de petit paradis terrestre, aiderent beaucoup, cela se comprend, a peupler la Manufacture d'artistes et d'artisans de choix.
Ajoutons que certains autres privileges assuraient encore le recrutement de ce personnel d'elite. Ainsi les enfants, a leur entree dans la inaison, etaient mis en pension dans ce qu'on appelait le SSminaire du directeur. La ils coraraengaient par apprendre a dessiner et par recevoir une education artistique assez etendue; apres quoi ils etaient mis en apprentissage cliez un des maitres de la Manufacture. Cet apprentissage, ainsi que nous venons de le dire, durait six ans; il etait suivi par un service de quatre ans comrae compagnon et apres cela, il leur etait delivre par le Surintendant un certificat qui leur permettait d'exercer leur profession et de tenir boutique a Paris et dans toutes les villes du royaume, sans avoir d'autres formalites a remplir que de se presenter devant les Gardes du metier qu'ils pretendaient exercer, lesquels etaient tenus de les admettre sans frais au nombre des maitres de leur Coramunaute. Quant au\ elrangers, il leur suffisait d'etre enroles aux Gobelins pour 6tre considers comme regnicoles, c'est-a-dire comrae jouissant de toutes les aptitudes chiles et de tous les droits afferant a la qualite de sujet francais. Bien mieux, quand ils avaient travaille dix ans a la Manufacture, ils etaient « censes vrais et naturels Francois » et pouvaient remplir toutes les formalites judiciaires « sans avoir besoin de Lettres de Naturalite, ni d'autres actes, que de l'extrait du present edit et du certificat du Surintendant des Bastimens ».
Enfin, pour la distribution des salaires, le mode depaiement adoptepar Henri IV continua d'etre en usage. Ainsi que nous l'avons explique, les chefs d'atelier travaillaient cbacun a leur compte. Sous la denomination d't'fo/fes, la. Couronne leur fournissait les matieres premieres, soie, laine, (lis d'or et d'argent, dont elle retenait le montant sur le prix des tapisseries qui lui etaient livrees. Ces prix etaient fixes d'apres un tarif arrete u l'avance et qui variait — nous l'avons vu plus haut — suivant la finesse et labeaute de 1'ouvrage. En outre, ne craignons pasde revenir el d'insister sur ce point, les chefs d'atelier avaient loute liberte d'accepter les commandes qui leur etaient faites soit par des marchands, soit par de
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riches partieuliers, et ce n'etait pas la le moindre de leurs avantages.
Les prix de la l'acon etaient egalement regies entre les chefs d'atelier et leurs ouvriers, suivant un tariffixe d'avance. Ce tarif, qui rie laissait pas que d'etre assezcomplique, variail uaturellement suivanl la difficulty du travail. Les fleurs, les fruits, les feuillages, les draperies, les chairs, le< figures, les mains etaient payes a des prix fort differents. L'operation de la rentraiture etait faite par des artistes sp6ciaux. Un des premiers qui remplit ces fonctions- aux Gobelins fut Pierre Vessier, qui parall avoir joui d'une certaine reputation dans ee genre de travail. II fuf aide ou supplee dans sa tache delicate par Philippe Feraud, Louis Bastier, Isaac Guimont, dont les noms figurent a dilferentes reprises dans les Comptes royaux. Vessier etait, en outre. charge de faire les assortiments de soie et de laine. et appointe speeialement pour cela. La teinture <}<■< itoffes etait surveill6e d'une facon particuliere par Jusse van den Kerchove, a qui incombait egalemcnt « lesoingde marquer lesou\ rages de tapisserie qui se font aux Gobelins ■ ; et Kerchove touchait. dece chef, un appointeraent de 1,500 livres. Quanl aux ouvriers repartis dans Les divers ateliers, leur nombre total variait de 200 a 2-">o. L'atelier de Jean Jans, le pins considerable, el celui qui produisit les pins beaux el le.s plus diffieiles ouvrages, en comptait de soixante a soixante-dix.
On a retenu les noms de quelques-uns de ces modestes coop6rateurs. Parmi les artisans de la premiere heure, il faut citer Le Sieur, « pauvre ouvrier en haute lice des Gobelins », qui recut, en 1674, une gratification de cent livres a cause de son extreme vieillesse. Parmi les plus habiles, une mention est due a Jean Vavoque, Parisien d'origine, qui entra dans I'alelier de Jans a quatorze ans et ne tarda pas a etre charge des ouvrages les plus diffieiles. Vavoque fit souche aux Gobelins. car sa famille etait encore, en ce siecle, representee a la Manufacture. Ce fait an reste est bion loin d'etre unique. En 1831. il existait, en effet, aux Gobelins des descendants de Claude Simonnet, qui fut admis dans ce m£me atelier de Jean Jans en 1680, et Jacques Ostende, qui travaillait a la memo epoque a la Manufacture, comptait egalement un descendant logo en 1833 aux Gobelins — Mathurin Texier, lui aussi, fut un contemporain de Vavoque, et comme lui, un artiste de valeur. Saint-Souet entra a la Manufacture en 1668, a 1'age de quinze ans, et J.-D. Gaucher en 1683. Parmi leurs collaborateurs on cite encore Cor-
LES GOHEUNS
neille de Yos, Francois Lasnier, Barthclemy Dubois. M. Jules Guiffrey cite plusieurs de ces artisans dans son interessante histoire de la Tapisserie. Dans d'autres ateliers on a recueilli les noms des tapissiers
Ambroise van der Busch, Barthclemy Benoist, Jacques Benseman, Guillaume Duchesne, Gabriel Dumonlel, tous artistes de merite, ou artisans intelligents et laborieux, dont nous allons maintenant tout a loisir pouvoir etudier les ceuvres.
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