MANS ART
D'apres le portrait peint par ue Tkoy en lUU'.t.
esperer que Louis XIV, puisqu'il prenait en mains la haute direction de ce service, tiendrait a s'assurer le concours d'aides experimentes. II n'en fut rien. A la mort de Le Brun, on avait vu un peintre de merite succeder a un decorateur sans egal; cette fois, ce fut un courtisan qu'on choisit pour succeder a un architecte.
D'Antin emporta de haute lutte cette nomination en faisant intervenir le grand dauphin et en obtenant qu'il sollicitat en personne. Ambitieux sans scrupule, impatient de n'etre rien, taxe de pollronnerie, au point que la malice publique placait dans sa bouche ce vers burlesque :
Pour conserver mcs jours, j'evitois dcs batailJes,
si compromis de reputation qu'il passait pour voler au jeu ', suspect au roi et a Mmc de Maintenon a cause de sa mere, Mmc de Montespan, dont il etait le seul tils legitime, d'Antin dissimula si peu sa joie d'oblenir ce que Saint-Simon appelait dans son langage image « les restes, en tout estropics d'un apprcnti macon », qu'il en fit presque scandale dans une cour, oil poiutant rien de ce qui avait une apparence de faveur ne scandalisait plus personne.
Ajoutons que d'Antin etait trop habile pour protester contre l'amoindrissement de la charge qui lui etait donnee. Bien loin d'avoir l'air de vouloir empieter sur la part que le roi s'etait reservee, il etait bien decide au contraire a profiter de la collaboration presque journaliere qui lui etait imposee et de l'etat de subordination ou il allait se trouver, pour se rapprocher du maitre et pour etre de tout. II se montra done exlremement empressc aupres d'un monarque, qui estimait l'empressement au-dessus de toute chose, et il sut amuser un vieillard rassasie de pouvoir et gave d'orgueil, que l'ennui commencait a enveloppcr de toutes parts. En outre, il se servit de sa charge pour rendre mille petits services au grand dauphin, au due et a la duchesse de Bourgogne et meme a ses freres et sceurs, les batards legitimes du grand roi. II se multiplia en un mot, au point qu'un contemporain ecrit, en parlant de lui :
« Quatre corps n'eussent pas suffi a sa vie de tous les jours. »
' Une chanson tie 1717 lui fait dire :
Puis je mc fis larron Et trompat ca et la En jouant a Versailles.
Saint-Simon aflirme qu'il fut surpris par le grand dauphin volant de Tor, que celui-ci jetait dans un chapeau qu'il lui avait donne a tenir.
Trois rapports adress6s au roi el dates de Versailles, ties 3 et 6 juillet 1708 el de Paris du 8 du meme mois, nous montrent dans quels details minutieux il entrait pour tout ee qui regardait ses fonctions nouvelles, et les annotations que Louis XIV a tracees de sa royale main en marge de ces rapports prouvent que le vieux roi prenait egalement son nouveau role tres au serieux. Mais, dans le fond, eette participation du monarque etait plus apparente qu'effective. En accablant le roi des signatures que donnait avant lui le Surintendant, il lui faisait aisement croire qu'il ordonnait tout, tandis que lui-meme conservait toute la puissance de faire ce qu'il jugeait convenable, avec cette securite en plus d'etre convert dans tous ses actes par la signature du roi. Colbert, du reste, n'avait pas agi autrement lors de la suppression du poste de Fouquet. D'Antin se borna a imiter Colbert, a la fidelite pres, comme cela parut dans la suite et par son administration etdans son testament; aussi serait-il injuste de ne pas reconnaitre que c'est uniquement a d'Antin qu'il faut faire remonter tout l'honneur du relevement des Gobelins, tombes si bas a la mort de Jules-Hardouin Mansart.
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