VI
tH
surtout envie. Au grand detriment de nos industries d'art, il avait conscnti a ce qu'un certain nombre de tapissiers des Gobelins serendisscnt en Russie, pour y fonder une manufacture analogue a celle qui faisait alors la gloire de Paris et de la France '. Ce pays etait encore trop neuf industriellement, pour que cette immigration produisit tous les fruits qu'on en attendait. La manufacture de Saint-Pctersbourg, dont la duree ful limitee, ne fit jamais une concurrence serieuse a notre grand ctablissement artistique. Mais les Gobelins n'en perdirent pas moins un certain nombre de tapissiers de premier merite, qui ne purent 6tre remplaces que longtemps apres.
Ce desinteresscment du due d'Antin n'est pas pour nous surprendre. Le regent, qui le connaissait de longue main pour avoir suivi a Versailles tous ses maneges decourtisan et qui cependant l'employa etparut lui accorder sa confiance, disaitde lui qu'il 6tait « un homme sans honneur etsanslmmcur». Le due de Luynes, de son cote, ecrit qu'il «avoit toujours cherch6 a faire plaisir ». Plaire a tous : etait en effet le but supreme que se proposait le due d'Antin. Personne ne s'y trompait
'Cette periode de I'histoire de la Manufacture fut en elTet marquee par Immigration en Uussie de plusieurs artistes tapissiers. En 1716, sur ['initiative de notre compatriote le general Lefort, son ministre, Pierre le Grand decidait de creer a Petersbourg une manufacture de tapisseries sous la denomination de Fabriijue >!•■ lu/iisseries et d'elofl'cs, et sur le type des Gobelins. Francois Lefort, le nevcu du general, qui avait ete envoye en France pour recruter des artistes dans toutes sortes de professions emmena, en meme temps que l'architecte Le Blond, le peintre Jean-Marc Nattier et Louis Caravaque, leportraitiste.Toute une colonie d'artistes des Gobelins, Ram;on, un chef de tele tres habile, Beguignele, Gaucher, Grignon, Vaucq et Bourdin firent partie de cet exode. Nous possedons le texte du certificat de conge qui fut accorde a ces habiles tapissiers. II est ainsi con<;u : « Jesoussigne, tapissier hautelissier ordinaire du Boy en la Manufacture royale des Gobelins, consens que les sieurs Gaucher, Grignon, Vaucq et Bourdin aillcnt travailler oil bon leur scmble, avecla permission du due d'Antin et de M. de Cotte, estant content de leurs services, bons ouvriers et honnestes gens. — Aux Gobelins, le 11 Avril 1716. — Jaxs. » L. Caravaque etait specialement engage pour donner les dessins des modeles de tapisserie. En 1755, la manufacture russe fut retiree de l'administration de la cour imperiale pour etre placee sous la surveillance du Senat; le directeur se nommait alors Lobanof. En 1762, 1'empereur creait une direction speciale et independante qui fut confiee au comte Schouvalof. La maison imperiale absorba cette direction vers 1802. La production de cette manufacture rivale ne parait pas avoir ete tres importante. Dans les inventaires des palais impiSriaux et du musfie historique des voitures imperiales, nous ne trouvons que 43 pieces sorties des ateliers de Petersbourg. Les deux suites les plus importantes sont la tenture executee d'apres les tableaux de Guido Beni, representant VAurore, I'AUiance de I'Amour, la Nuit, Apollon, le Triomphe de Bacchus, le Triomphe de I'Amour et Junon ; et la Tenture des Iiid.es avec le monogramme de Pierre le Grand.
Precedemment il s'elail produit une emigration assez considerable d'artistes des Gobelins en Lorraine. Le due Leopold avait attire un certain nombre de tapissiers, qu'il installa presdeson palaisaiS'ancyetqui tisserent les Batailles du due Charles V, en25pieces, d'apres les cartons de Charles Barbel et les Douze mois, en 12 pieces. Toutes ces tapisseries furent transportees a Florence en 1737, lorsque la dynastie de Lorraine succeda en Toscane aux Medicis. Plusieurs artistes les y suivirent etformerent un nouvel atelier a Poggio Imperiale.
et dans la serie des portraits qui couraienl alors sous le manteau, nous trouvons celui-ci, quimontrc assez que son jcu etait connu de tous ei que ses complaisances ae Daisaient de mystere pour pcrsonne :
D'un trait de hardiesse Entra le due d'Antin Disant : A ma souplesse Je dots tout moil destin.
Je fis assez connoitre Que je n'etois pas sot, Quand, pour plaire a mon maitre, Je jouai le devot; La mode ayanf change, ferme dans mon principe,
Je me lis sans facon
Sitot qu'il gouverna
Maq... de Philippe.
Oil d'Antin cxcellait surtout et oil il se montrait courtisan sans pareil, e'etaitane jamais marquer la moindre contrariete, quelque 6venement qui vint a se produire. Apres la mort de Louis XIV, lc due d'Orlcans, qui, cependant, n'avait point les vastes appetits artistiques du roi son onclc et qui ne s'interessail que mediocrement aux details d'un luxe extremement couteux, rctablit au profit de d'Antin la surinlendance des bailments, telle que l'avaient possedee Colbert, Louvois, Villacerf et Mansart1. Mais plus tard, le cardinal de Fleury, dont l'avarice aimail avoir clair partout, reduisit cctle surintendanceaune direction generalo. Les Academics, les Mnlailles et l'lmprimerie royale en furcnt distraitcs, pour etre conGees a M. de Maurepas. Le coup etait rude et rimmiliation cruelle. D'Antin n'en laissa rien parattre. Le soir du jour ou lc cardinal lui signifia cet amoindrissement administratif, il devait aller soupcr a son chateau dc Petit-Bourg. II craignit que ce depart ne fit croire a un mecontentement cache. II se rendit chez le cardinal, au moment ou celui-ci allait se mettre a table et lui dit : « Monseigneur, je n'ai pas VOUlu partir sans venir auparavant boire avec vous le vin du marclie que nous avons fait ce matin2. »
D'Antin devait cependant se sentir d'aulant plus pcniblement atteint
Simon. Mdmoires, i. mil p, ;:!;!.