‹ Les manufactures nationalesChapitre 18 sur 61 · L.-A. 1)E PAIib.ULLAS DID DANTIN · texte numérisé non relu

L.-A. 1)E PAIib.ULLAS DID DANTIN

Fac-simile dc la gravure de N. Tardieu, D'apres le tableau de II. Rigaud.

qu'etant donn6e sa naissance, s'il avait consenti a accepter une place pareille, c'etait uniquement a cause de la « privance » qu'elle lui donnail aupres de Louis XIV, roi peu abordable s'il en fiit. II mourut, du reste, peu de temps apres eette reduction de ses attributions. Le : l octobre 1736, il till emporte par une fievre continue, qui s'etait compliqude d'un 6rysipele, laissant a pen pres 500,000 livres de dettes, bicn qu'on lui reprochat d'avoir abuse de sa situation pour s'enrichir, d'avoir detruit des residences royales et coupe les arbres du Cours la Reine, pour s'emparer des materiaux ct reraplir ses caves de bois de chauffage*.

Ainsi que le reraarque le due de Luynes, « la place de Surintendant des batiraens n'avait point ete occupee par des seigneurs, avant M. le Due d'Antin2 »; elle ne le fut pas davantage dans la suite. Le cardinal de Fleury tcmoigna bien le desir de prendre, pendant quelque temps, connaissance de ce qui se faisait dans cette charge; mais, a la fin de mars 1737, Philibert Orry etait nomme directeur general des bailments, avec 40,000 livres d'appointements. A Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, due d'Epernon, puis due d'Antin, succedait un controleur general des finances.

Orry, tout financier qu'il etait. ne laissa pas que de donner aux travaux artistiques de la Manufacture royale une impulsion heureuse. II lit refaire la plupart des modeles du regno de Louis XIV qui, noircis, niuliles et devenus hors d'usage, ne pouvaient plus guider surement les tapissiers qui s'en servaient. Pour les |travaux de la basse lice, en effet, its tableaux etaient divises en bandes de 0m,90 environ qui se placaient sous la chaine du metier, el y restaient pendant toutela duree du travail. On comprend facilement en quel 6tatces bandes devaient 6tre, quand on les sortail de la, apres plusieurs mois de scjour. Pour les travaux de haute lice, les modeles etaient un peu moins maltraites, mais encore, en les appliquant sur la chaine pour en calquer directement les

' Ce dernier reproehe fut mis en chanson. Nous lisons dans un Noel de 1'annee 1720:

Saisi de la froidurc, Joseph souffle en ses doigts, Et tout has il murmure De voir le Roi des Rois uit pour se chauffer que les seulcs haleinea Du bceuf et de l'anon, Pendant que Dantin a It. hois ses caves pleiues.

LI, |i. 121.

contours, on ne raanquait pas de les briser en tous sens. Au bout de peu de temps, la peinlure s'ecaillait. il fallait les reparer et renouveler frequemment cettc operation delicate. En 1737, un tres habile tapissier, dont nous aurons occasion de parlor longuement au chapitre suivant, cut l'id6e de se servir d'un caique dessinG sur papier transparent, au lieu de la peinture elle-mGme. Cettc innovation heureuse permit des lors de conserver les modelcs en bon clat.

Indepcndammcnt des copies qu'il fit executor des cartons ancicns, le controleur general s'effor^a d'approvisionner la Manufacture de modeles nouveaux. Sur sa demande, de Troy compose YHistoire d'Esther, en sept tableaux denommes comme suit : la Toilette d'Esther, le Bepas, VEvanouissement, le Dedain de Mardochie pour A mini, le Couronnement d'Esther, le Triomphe de Mardochie fAmanarrite" par ordre d'Assue'rus. La clarte du coloris, la modcrnite des types, la fanlaisic heureuse qui regnent dans loutes les compositions, furent extrfimement goulees. h'Histoire d'Esther, execulec par Audran et Monmerque, oblint un si vif succes que la Manufacture dut en fairo de nombreuses repetitions ' et que les ateliers de province en execuferent cgalcrnent des imitations plus ou moins reussios.

La tendre tragedie de Racine, toujours a la mode, en depit des predictions de Mme de Sevigne, peut expliquer dans une certaine mesurc cet engouement. Les editions nombreuses qui se succ6daicnt, orn^cs de gravures, en avaient popularis6 les types principaux et les scenes les plus attendrissantes. Le public, on le sait, s'int6resse toujours de preference aux sujcls qui lui sonl connus. Toutefois, cc n'est pas au seul Racine et a son dramc biblique qu'il faut faire les honneurs de ce succes. A toutcs les epoques, cette histoire si charmante, qui permet a la fois les allegories galantes et le deploiement d'un luxe royal, inspira les artistes frangais. II est pou de sujets historiques qui furent, plus souvent que YHistoire d'Esther, mis en tapisseries. Durant tout le Moyen Age et la Renaissance, cette gracieuse 16gende ne quitta pour ainsi dire pas les metiers. On la rencontrait chez presque tous les grands personnages. L'inventaire d'Anne de Bretagne fait mention d'une tenture en 6 pieces representant VYstoire du Boy Assuirus et de laBoyne Uesler. La cathedrale de Sens possede une tapisserie de la fin du xv° siecle, or et soie, ou

\ Le mobilier national possede sept suites sans or, de six a hurt pieces. La tenture originale, de 36 aunes de cours, terminee en 174D, avait coute 49,768 livres.

est figure le Couronnement d1 Esther par AssuSrus. L'inventaire du chateau d'Aigueperse au due de Bourbonnoys (1507) contient une tenture de six pieces, VYstoire d'Ester. Tout recemment encore, a Lyon, nous avons pu admirer un Repas d' Esther remontant au milieu du xv" siecle. De Troy no fit done, en rajeunissant ce sujet si goute,quese contbrmer a de Ires nombreux et tres illustres precedents.

Ajoutons que ce n'est pas seulement en France que son travail ful vivement apprecie. Une des repetitions de la tenture des Gobelins fut offerte au roi de Danemark dans des circonstances assez piquantes, que Bachaumont a consignees dans ses Mrmoires. « ...Le roi de Dannemarc tie perd aucun moment dans ce pays-ci et visite avec le plus grand soin tous les lieux qui peuvenl lui presenter des objets dignes de sa curiosite mi de son instruction; il est alle bier aux Gobelins; il a admire cette manufacture. Mais dans les differens ouvrages qu'il a vus, une tenture representant YHistoire d' Esther et d'Assuerus d'apres les dessins du fameux Vanloo ' a surtout attire son attention. Ce monarque a ete saisi d'etonnement et dans son admiration il a demande pour qui etoit destine cot ameublement. — Pour Votre Majeste, lui a repondu le due de Duras. »

En consideration du succes considerable obtenu par YHistoire d Esther, Orry demanda a de Troy une autre tenture, et l'habile artiste, a l'imagination feconde, au pinceau facile, executa la suite de Jason et Medee en sept pieces, dont les sujets sont : Jason engage sa foi a Medee ; Jason dompte les taureaux ; Jason enleve la toison (For; Les soldats nes des dents da dragon; Jason epouse Crease dans le temple de Jupiter ; Crease consumie par la robe empoisonnee ; Fuite de Medee. Cette tenture obtint une faveur presque egale a celle qui avait accueilli la precedente et fut reproduite plusieurs fois par les metiers des Gobelins. Le Mobilier national en possede huit suites, de six a sept pieces. Une tenture complete decore la salle de bal du chateau de Windsor. II en existe encore dans une des galeries de ce meme chateau une autre non moins belle. EnGn e'est sous la direction d'Orry que comnienca la fabrication de la cdlebre tenture de Don Quichotte, qui allait devenir aussi populaire, peut-etre meme plus, que la Tenture des Indes. Le Don Quichotte ne comprend pas moins de 23 pieces : 1° Don Quichotte conduit par la folic ; 2° Don

'Bachaumont, auquel nous emprunlons cette anecdote {Mimoires secrets, t. IV, p. 184, e 1768), se trumpc La tenture donl il s'agit ici etait composee par de Troy et nun par Vanloo.

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Quicholte suspenda a la grille de ihotellerie ; 3° Don Quichotte arme chevalier ; 4° La vieille Rodrigue demandant a Don Quichotte de venger l' outrage fait a sa fille ; 5° Don Quichotte et les enchanteurs; 6° Don Quichotte se battant contre une outre; 7° La Conquite de I'armet de Mambrin; 8° Le combat des marionnettes ; 9° Sancho a cheval sur le bat ; 10° Don Quichotte an Chdteau de la Prudence; 11° Rencontre de Don Quichotte et de la duchesse ; 12° Don Quichotte servi par les dames; 13° La princesse Micomigon aux genoux de Don Quichotte ; 14° Don Quichotte combattant la tt-te enchantee; 15° Le Chevillard; 16° Don Quichotte au bal de Don Antonio ; 17° Chasse de Don Quichotte ; 18° Don Quichotte blesse par tin chat; 19° Sancho nomme gouverneur ; 20° Le repas de Sancho dans Vile de Rarataria ; 21° Le triomphe de Sancho; 22" Le jugcment de Sancho ; 23" Les noces de Gamache.

Ch. Coypel avait pcint les modeles dc ces amusanto? tapisscrics d'apres dc vioilles compositions dc l'Ecolc espagnole, qu'il rajcuoit et qu'il complcta par dcs bordures nouvelles. On a eu frequcmmcnt l'occasion de voir, notamment au palais de l'lndustrie, pendant les expositions de l'Union centrale, des pieces de cette tenturc. Comme originalite. elles sont des plus remarquables. Coypel apporta, dans l'execution de ces sujets varies, une verve charmante et un humour du meilleur gout ; les figures dessin6es avec un esprit rare et une fanlaisie picaresque des plus heureuses, font dc cette illustration artistique la traduction la plus vivante et la plus pittoresque qui ait jamais etc donn6e du chefd'eeuvre de Cervantes.

Mais ce n'est point seulement a cause de cela que le Don Quichotte des Gobelins doit etre considere comme une creation d'une importance considerable. Les petits tableaux de Coypel, si gaiement fantaisistes, d'un colons si spirituel, sont encadres par dcs alentours et des bordures, ou l'ornemaniste s'est montre le digne collaborateur du peintre de genre et a fort habilement complete son ceuvre par une composition decorative non moins originale. On tient, en effet, non sans raison, les alentours et les bordures de cette tenture comme dcs modeles du genre. On en compte quatre types differcnts. Le premier, dont l'auteur n'est pas connu, se compose ainsi : Le tableau central est encadre dans une bordure a rinccaux exuberants, surmontee d'un casque a plumes et enguirlandee de roses. Un cartouche, qui ne se rattache point au tableau, portc l'inscription du sujet de la scene representee; a droite et a gauche

sonl places dcs armures et des ctendards. Du sommet d'un medaillon, contcnant la figure d'un des personnages du poeme, partent dcs guirlandes de Qeurs qui s'accrochent aux angles du cadre exterieur ct se terminent par une panoplie d'armes varices. Unc large rosace relic la bordure du tableau et celle de la tapisserie. Le fond est forme de pointcs de diamants. Le second type, qui est le plus simple, mais non le moins remarquable , comprend un large support a volutes qui soutient le tableau rattache a la base par un ecu sur lequel se detache une figure de gucrrier. Des guirlandes de Qeurs legercs relient le tableau a la bordure de la tapisserie en forme de cadre a baguettes, d'un travail Irea delicat. Un paon, les ailes eployees, surmonte le cadre interieur du tableau; le fond est garni d'un semis de rosaces. Lemaire le cadet donna les dessins de cet alentour. Au memo artiste est du le troisieme type. qui tient, comme elements de decoration, a la fois du premier et du deuxieme. Contre le support du second sont placees les armures qui se voienl dans le premier alentour; on y a joint des animaux, moutons et chiens, que contemplent des singes suspendus dans les guirlandes; le cadre exterieur est forme de losanges. Enfin le quatriemc alentour, parei] pour toul le reste au precedent, s'en distingue cependantpar l'addition d'enfants couches sur la partie haute de l'encadrement, de chaque rote du paon.

La couleur du fond varie suivant les editions; elle est tantot jaunc, lantol cramoisie ; les rinceaux egalement sont ou rouges ou bleus ; le fond jaunc indique une edition de basse lice, le fond cramoisi une edition de haute lice. Celle-ci couta 34,882 livres; l'autre 21,884 livres. Le Mobilier national possede 14 pieces de chacune, mais il n'a aucun specimen de la premiere edition, de celle ou 1'alentour est meuble d'armures et surmonte d'un medaillon1. Audran, Lefevre, Cozette et Neilson sont les mattres tapissiers auxquels on doit ces diverses editions.

i. V<t pen apres I'histoire de Don Quichotte, qui venait d'obtenir un si durable et si franc succes, que Coypel executa pour les Gobelins la tenture dite des Operas. Les sujets des six pieces etaient : Rodogune el

1 A ['exposition des tapisseries en 1876 M. le marquis de Venneville exposa trois pieces '<■ edition.

Quatre pieces de cette tenture furent donnees en 1788 a M. Cosway, en niomc temps

quun lapis de la Savonnerie de [3 pieds de largeur sur 11,8 de hauteur, comme temoi-

,i( remerciements pour le present vraiment princier que cet amateur anglais avail

rail ,i Louis XVI, de cartons de Jules Romain. En 1745, une tenture entiere fut dunnee au

prince de Campo-Floridor, ambassadeur d'Espagne en France

ROUEHT DE COTTE

Kac-simile tie la gravure de I'ierre Drevet, D'apris 1c tableau dc II. Rigaud.

Cleopdtre, d'apres la scene du cinquieme acte de la tragedie de Pierre Corneille; Roxanc et Attalide, inspireepar la tragedie do Racine; Hcrcule ramenant Alccste a Admete, de Quinaull, Psych/- abandonnie; le Sommeil de Renaud et VEvanouissement d'Armide.

Independamment de ces tenturcs deja fort nombreuscs, on a relrouve la trace do divers modeles executes;, vers co meme temps, pour les Gobelins par les artistes les plus en ronom ct qui montrcnt quelle preoccupation on avait de se procurer des sujets nouveaux. Cost dans les livrets des Salons quo ces indications si precieuses se rencontront et M. GuilYrey, auquel nous devons la reimprossion de cos livrets, les y a relevees avec le plus grand soin.

Des 1737, on voit expos6es deux toiles de Desportes, representanl des

Fleurset animaux Strangers, ou il est d'aulant moins difficile do demo lor

deux fragments do la eelebre Tenture des hides, qu'en 1738, Desportes

exposcra une Voiture chargec de Cannes a sucre trainee par deux tau-

reaux, un Tigrc combattant an cheval raye et, on 1739, un Combat d'a-

nimaux et une Ner/resse porte'e dans un hamac, apparlenant a la nioine

suite. On sait en effctque Frangois Desportes avait ete charge de refaire les

modeles do lac61ebre Tenture des Indes, executes par Bonnemer, Houassc

et Monnoyersous Louis XIV. Ces modeles, dont nous avons dit 1'elonnant

succes, avaient et6 si souvent employes qu'ils tombaient en lambeaux.

Mais Desportes, quietait un artiste extrememont ingenicux, no se conlonta

point d'en fairc do simples copies, il imagina des compositions nouvclles,

que le Louvre possedc actuolloment et qui ne durent pas etre moins

goutees que celles dont il vicnl d'etre question. C'est d'apres les peinturcs

de Desportes que fut executee la tenture en 8 pieces, signee Le Blond et

payee 32,000 livres, qui servit de modele aux suites cxecutees presque

sans interruption dans les ateliers des Gobelins jusqu'en 1830. Le

Salon de 1738 montrait encore, a destination des Gobelins, le Couronne-

ment d'Eslher, i'aisant partie dela tenture dont nous avons fait plushaut

un si juste eloge, et Charles Coypcl exposait au jugement du public une

des pieces de sa suite des Operas, Y Evanouissement d'Armide. Dans le

livrct de 1739, nous notons une composition de Boucher, intitulee Psyche

conduite par Zephyr dans le palais de I Amour, une page hislorique de

Rostout, Alexandre dormant a Apelle sa maitresse Campaspe, enfin sous

le nom assurement peu connu de Dandre Bardon est expose Jason

domptant les taureaux. Mais nous avons vu plus haut que cc meme

sujet avait ete Iraite par de Troy dans sa Tenture de Jason, qui est une de ses ceuvrcs les plus appreci6es. Que cette composition ait du etre traduite en tapisserie, on n'on peut pas douter puisque le catalogue accompagne sa description de la remarque suivante : « Les actions y sont a gauche pour venir a droite dans la tapisserie. » Cette peinture etail done specialement destinee a des metiers de basse lice. Faut-il en conduit' avec M. Guiffrey que l'ceuvre de Dandre Bardon n'ayant pas satisfait le directeur de la manufacture, de Troy, qui venait de remporter avec YHistoire d'Esther un si franc succes, fut charge de suppleer a I'insuffisance de son collegue? L'explication est au moins ingenieuse.

Au Salon de 1740, furent exposes: la septieme piece de la Tenture des Indes, le Repas d'Esther, le Triomphe de Mardochfe, enfln YArrivee de Roger dans Vile d'Alcine, par Collin de Vermont. En 1741, nous ne relevons que deux compositions executes en vue de leur traduction en tapisserie, appartenant l'une et l'autre a la Tenture des Indes. L'ann6e suivante, de Troy completait YHistoire d'Esther et Boucher envoyait huh esquisses de dessins chinois, destinees a la manufacture royale de Beauvais.

Ce dernier Salon nous conduit a la fin de l'administration du controleur general Orry. Le 1" decembre 1745, cet administrateur, « d'un caractere droit, aimant la verity, mais la disant souvent un peu durement'», fut frappe de disgrace. Les marches des freres Paris pour la fourniture des armees du roi lui ayant paru excessifs, il fit des difficulles pour les signer, et ceux-ci, piques au vif, menaces dans leurs interets, firent usage du credit qu'avait Mme de Pompadour, leur amie et leur associee, pour obliger le controleur general a se demettre de sa haute charge. II le fit avec une serenite parfaite, « quittant le controle general, dit Barbier, avec grande reputation » et emportant dans sa re Iraite l'estime de tous les honnetes gens ; ses adversaires personnels avouanl cux-m6mes qu'il n'avait retire « du maniement des finances aucune paraguantc pour son compte 2 ».

Au point de vue de l'art, la postdrite lui doit au moins aulant d'estime que sescontemporainsenmontrerentpour sa rare probite. Le caractere general des productions des Gobelins pendant son administration

' Due de Luynes, Mimoires, I. VII, p. 13G.

'■ Mcmoirrs du marquis d'Argenson, I. II, p. 360.

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et du reste pendant tonte cette premiere partie du regne de Louis XV, peut se resumer en un gout delicat et dans une entente remarquable de la decoration. Si Le Brun n'est plus la, si ses collaborateurs et meme ses Aleves commencent a disparaitre , les grandes traditions se maintiennent encore et lc souffle du fecond initiateur ne cesse pas d'animcr ccux qui continuent son ceuvre. Lorsqu'ils abordenl les sujets historiques, les peintrcs qui donnent les modeles savent conserver a leurs compositions une ordonnancc architecturale de grande allure. Les plans bien distribues et ncttement accuses excluent toute confusion. Les personnages, toujours peu nombreux, group6s avec art, s'enlevent en vigueur sur des fonds harmonieuscment choisis. L'imagination de l'inventeur, sans rien abdiqucr de sa force crcatrice, s'affine en outre et s'i'purc au contact des elegances mondaincs et de la galanterie du jour. La grace succedc a la force, mais sans tombcr dans raffeterie. Dans les sujets de genre, la fantaisic legerc, pittoresquc, ingenieuse, enfanle de veritables petits chefs-d'oeuvre. Elle se depense dans la composition de sujets aimables, dans la combinaison d'ornements gracieux et cliarme les yeux sans que pour cela l'esprit soit desinteress6 de ses creations. Enfin, durant cette pcriode, on possible encore la parfaitc entente des conditions essenticllcs de l'art de la tapisserie. Les peintres savent combiner des modeles et les tapissiers n'en sont pas reduils a copier en trompe-rceil des portraits de personnages ou des tableaux d'histoire.

Une seule critique est a faire dans les tapisscries de cette epoquc. Des cadres simulcs sont substitues prcsquo partout aux admirables bordures du siecle precedent. Ces cadres dor6s, executes en lapisscrie, sont assurement une grosse errcur. Mais il scrait injuste d'en rendre l'administration du due d'Anlin et de Philibert Orry completement responsablc. Le cavalier Bernin rccommandait a Colbert cette deplorable innovation; elle avait done mis assez longtemps a entrer dans le domaine des faits. Nous devons encore rappeler, a l'eloge d'Orry, que le premier soin du directeur general fut de retablir YAcademie ou Ecole de dessin des Gobelins, qui n'etait plus que l'ombre d'elle-meme, et de mettre a sa tete un peintre de merite, membrede l'Academie, Leclerc, qui, jusqu'en 1763, gouverna cette ecole avec un soin tout special, et y forma d'excellents eleves.

On le voit, l'administralion d'Orry, consideree dans ses resultats, fut

heureuse. La gloire toutefois ae doil pas en remonter tout entiere jiisqu'a lui. Une bonne part doil en revcnir ararchitectcdeCottc fils, quiful charge plus specialemenl de la direction des Gobelins et aux oombreux artistes de merite donl celui-ci sut s'entourer. Mais il n'en i'aut pas moins savoir un Ires grand gre an controleur general de a'avoir pas paralyse les heureux efforts de ses subordonhes, et d'avoir laissc agir en loute liberty de Cotte et ses collaborateurs.

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LA MANUFACTURE ROYALE SOUS Mmc DE POMPADOUR

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