ADMINISTRATION DE M. DE MAI1IG.W BOUCHER AUX GOBELI NS
'administration plus que nonchalanlc el l'incompetence non discutable de M. de Tournehem avaient, ainsi que nous vcnons dc le voir, amene la Manufacture des Gobelins a un (Hal de crise int6rieure aussi aigu que possible. Tout semblait a la veille iJM\rtiiii?;^;»?<vfttP-t'3 d'unc dislocation generale. Les ateliers, cependant, produisaient encore, et les lapisseries nouvelles, grace au gout du temps et a la main-d'eeuvre qui s'etail conservee exlremcment remarquable, conlinuaient d'etre recherchees, — nous aurons a rcvenir, dans ce chapilre, sur les nouveaux modeles dont s'enrichit le Gardemcublc de la Couronne, pendant celte periode d'unc administralion si peu favorable ; — mais les interminables querelles suscitees par les exigences d'Oudry, la penurie du Tr6sor qui faisait allendre pendant des annees entieres aux chefs d'atelier le remboursement de leurs avances et,peut-etre plus encore que tout cela, l'absence d'initiative, 1'ignorance de Gamier dTsle ' , avaient amene la situation a une tension qui ne pouvait durer. Heurcuseraent, la mort du Directeur general en 1751 et
1 M. d'Isle avait en malitre artistique des idees singulieres. II ecrivait un jour a un fonctionnaire des Catimenls du roi : « L'art de la tapisserie, altendu lu brillant des elofTes, est d'assez bien nuancer les couleurs pour que les lapisseries deviennent superieures a la peinture et imitent le pastel qui est le vray ton de la nature. -
surtout CL-Ue do I'intraitable Oudry en lT.'io vinrent apportcr un complet apaisement a ces querelles intestines. Le marquis de Vandieres, appele par le fait mfime do la swvivance que lui avait fait obtenir sa soeur, a remplacer sun oncle, M. de Tournehem, n'etait pas aussi incompetent en matiere d'art et d'administration que son predecesseur. Mm" de Pompadour, quijoignait a une insatiable ambition un jugement ai'fine el un certain sens politique, avail voulu. dans l'interel de son frere et aussi dans le sien propre, que le jeune Poisson se trouvat en elat de remplir les devoirs de sa charge. Pour cela, des qu'elle l'avail juge apte a comprendre les beautes des ceuvres consacrees, elle l'avait expedie en Italic Ce voyage, qui s'etait fait avec une certaine pompe, avait ete critique severement dans le public et a la Cour. Le train du jeune Poisson con- Lrastait un pea trop vivement avec la modestie de ses origines et avec la penurie evidente du Tresor. « M. de Vandieres, frere de la marquise. et re$u en survivance de M. de Tournehem, ecrit d'Argenson a la date du 10 decembre 1749, part enfin vendredi pour son grand voyage de l'ltalie oil il doit aller se former le gout pour nous faire de belles choses en Fiance. Mais ce voyage doit couter cher a l'Etat. On lui donne des tiistoriograpb.es de batimens, des conseils, des gouverneurs, des dessinateurs. Enfin ne verra-t-on que folie sur folie et rien de salutaire aux peuples ' '! »
La mauvaise humeur publique, ne se traduisait pas simplement en petites notes mecontentes de cbroniqueurs, mais en amusantes chansons. C'est par la, au reste, que tout finit, et nous trouvons en France cette meme annee (1749), dans le Recueil de Glairambault-Maurepas, une suite de couplets intitules Poissonnades, qui ne laissent aucun doute sur la facon dout on accueillait cette raise en scene deplace-c :
Les grands seigueurs s'avilissent; Les financiers s'enrichissent,
Tous les Poissons s'agrandissent, C'est le regne des vauriens ; On epuise la finance En batimens, en depense L'Etat tombe en decadence.
Le roi ne met ordre it rien, rien, rien, rien.
Tout ru admettant le bien fonde de ces protestations, condanmees par la liner des choses a demeurer a I'etat platonique, on ne pent
' "' " \arquis d'Argenson, toiin.' Ill, p. 303.