‹ Les manufactures nationalesChapitre 22 sur 61 · Si · texte numérisé non relu

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e comle d'Angiviller fit son possible pour interesser le roi et Marie-Antoinette a la Manufacture des Gobelins. Nous racontions a l'instant la visite que le Dauphin et la Dauphine firent an eelebre etablisseraent, ainsi que celle de Joseph II, en 1777. Nous apprenons, par la Gazette de France1, qu'en cette raerae annee, le directeur general fit exposer a Versailles un certain nombre de pieces, qui obtinrent les suffrages de la famille royale : « Les sieurs Cozette pere et fils, entrepreneurs des ouvrages de la Couronne aux Gobelins, presenter par le comte de la Billarderie d'Angiviller, directeur general des Batimens du Roi, ont eu l'honneur de faire voir a leurs Majestes et a la famille royale le portrait de Henri IV et celui du due de Sully, executes en tapisserie de haute lisse, ainsi que deux autres petils tableaux, executes de la rneme maniere, l'un represen-

1 Gazette de France, n° du 7 juin 1777, page 409.

tant la Petite laitiere d'apres Boucher, ct I'autre le Petit boudeur de Greuze. Ces ouvrages, qui ont paru faire plaisir a leurs Majest6s et a la famille royale, ont merite au\ sieurs Cozelte perc et fils des temoignages de satisfaction. » Mais ces marques d'une bienveillance trop platonique n'etaient pas suffisantes pour relever la Manufacture qui s'effondrait de toutes parts. Le malaise datait deja de loin. Soufflot, bien qu'absorbe par les travau\ du Pantheon, n'avait pas ete cependant sans en constater la progression, mais il n'en avait pris aucun souci. Noel Halle, sur-inspecteur, elait sans autorite et, qui pis est, sans gout. Enfin la mode abandonnail les tapisseries. La revolution qui s'etait oper6e dans L'amenagement des habitations leur avait ete funeste. La substitution des petites pieces, confortables, aux grandes chambres d'apparat, les avait fait proscrire des murailles. Les moeurs effeminees qui avaient pris le dessus leur faisaient preferer les satins, les taffetas et les velours de G6ncs.

Un moment, pour parer a la penurie de la caisse des Batiments qu'alimentait le budget des Gobelins et a l'abandon de leur clientele francaise, les entrepreneurs avaient obtenu la permission de prendre des commandes de l'etranger. Les Anglais surtout paraissent avoir profile de cette licence inattendue. Parmi les nouveaux clients de la Manufacture royale, nous voyons figurer le due de Northumberland, lord Coventry, lord Fife, le due de Richmond, lord Stanley, M. John Stewart, M. Widall, e'est-a-dire la plus haute aristocratie et la riche bourgeoisie du Royaume-Uni. Cela s'explique aisement. Comme les droits d'entree des tapisseries en Angleterre etaient enormes, — pour une tenture de 20,000 livres le fisc n'en reclamait pas moins de 5,000, — on avait recours a I'intermediaire de hauls personnages anglais et francais. qui jouissaient de la franchise ou etaient a menie de la faire obtenir pour les produits des Gobelins. Le comte de Guine, ambassadeur de France a la cour d' Angleterre, le due de Bedfort, le due d'Hartford. etc., paraissent avoir ete au nombre de ces intermediates obligeants. C'etaitla. toutefois, une ressource bien aleatoire et que la rupture avec TAngleterre allait rendre plus precaire encore. Pour combler le deficit , on vendit un certain nombre de tentures, qui avaient ete executees pour le mobilier de la Couronne. Mais elles se vendirent mal et la situation alia toujours en empirant.

En 1782, lorsque Pierre, premier peintre du roi, prit la succession de

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