‹ Les manufactures nationalesChapitre 24 sur 61 · SI · texte numérisé non relu

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l-ES GOBELINS.

lieu de difficultes aussi nombrcuses; d'autant plus que l'execution de Loutes ces pieces, de caracteres si varies, est extremement remarquable et qu'on ne peul guere leur reprocher qu'un seul defaut, ['alteration du coloris ct encore ce defaut est-il bien plus imputable a l'atelier de teinture qu'aux ouvriers de haute ou basse lice. L'explication la plus plausible peut-Stre qu'on ait a donner de cette fecondite si remarquable, c'est la constitution meme des Gobelins en une grande famille. On pouvail. en effet, attendre un devouement sans bornes d'artistes, doat les ancetres avaient toujours vecu dans cette enceinte privilegiee et qui, eux-memes. apres y etre nes, n'avaient pas de desir plus vit" (|ue d'y demeurer paisiblement el de travailler avec ardeur jusqu'a leur heure derniere.

Puur les chefs d'atelier. cette heredite de profession est facile ;i etablir. Le vieux Jans, le celebre hautelicier, eul pour successeur son Ills, qui demeura, jusqu'en 1731, a la tete de l'atelier. De meme Jean Lefevre laissaa son fils la direction de l'atelier de haute lice, qu'il avait gardee jusqu'en 1700 et que celui-ci conserva jusqu'en 1730. Michel Audran, cjui succeda a Jans tils, en 1733, etait tils d'un graveur <lu roi, Jean Audran. qui mourut aux Gobelins en 1756, age de quatre-vingt-neui' ans, et en 1772, quand Michel se retira, ce fut a son flls qu'il ceda son poste. Cozette, apres avoir travaille trente-neul ans, eut egalement son fils pour successeur.

Ainsi, pendant un espace de cent cinquante ans, un des deux ateliers de haute lice n'avait conipte que quatre chefs dilferenls, les deu\. Jans et les deux Audran, et l'autre cinq, les deux Lefevre, Monmerque et les deux Cozette. Cette permanence de lonctions dans un certain nombre de families, qui se relrouvait jusque dans les rangs les plus obscurs de ces vaillants et habiles « Gobelins », doit etre consideree comme mie des causes les plus pui>sanles de la vitalite de ce grand etablissement.

A cote des ateliers de lapissiers, continuaient a fonctionner les ateliers d'autres artistes industriels, fondes par Colbert. Sans doute, ils avaient perdu beaucoupdeleurimportance; il ne sortait plus guere de chefs-d'eeuvre d'orfevrerie, d'ebenisterie, etc., des Gobelins, et a plus exactement delinir leur caractere, ces ateliers n'etaient que des ecoles de maitrise. A la date de 1767,d'apres l'elat des artistes et ouvriers, dresse par la direction, ily avait, dans le vieil hotel, comme orfevres, quatre maitres, quatre compagnons el cinq apprentis. Les maitres etaient : l"Le Rousseau, installele 4 mars

1761, successeur do Lambert et de S. de Villers, qui a pour compagnons Pierre-Joseph Archaimbourg, entre en 1763, Dutry, place en 1762 el pour apprentis A.rtz et Rauraan; 2° Machi, installe le 29 mai 1764, en remplacement de Le Brun, qui a pour compagnon son frere Machi et Jean-Joseph Neveu comme apprenti ; .3° Deschamps, installe le 29 octobre 176.'i, successeur de Gouget, donl le compagnon est Marchand, et Antoine-Francois Dnsautoir, l'apprenti; 1° Gobert, installe le IS novembre 176o, remplacant Halle, avec mi apprenti du nom de Guillaume- Julien Serane, sans compagnon.

Le maitrc ebeniste est OEben, qui a succede a son frere et qui forme comme apprenti Noel Monge. Desachy. l'autre maitre, vient de mourir laissanl un apprenti, Louis-Pierre Caillot, qui continue son apprentissage avec le maitre menuisier Lechaudel, en compagnie de l'apprenti Blondeau. Le deuxieme maitre menuisier est Gaultier, installe le 29 juin I7(H, <'n remplacement de C. Desachj ; il a pour compagnon un nomine Louis Gervais et un apprenti, Nicolas-Francois Serane. Enfin il y a un maitre horloger. Menard, et un maitre serrurier, Fomaine, avec un apprenti, Louis-Francois Caillot.

A cctte date, I'hotel des Gobelins contenait, comme artistes et ouvriers en tons genres, cinquante-huit personnes.

Le nombre des orfevres, ebcnisles et autres artisans ira toujours en diminuant. La corporation des orfevres, devenuetres puissante, lutte avec energie contre le privilege des Gobelins pour la delivrance de la maitrise. Les protestations contre la facilite avec laquelle sunt accorded les brevets se multiplient. Dans un fori curieux Memoire adress6 a M. d'Angiviller, en l'annee 1778, la Communaute des orfevres fail une proposition qui, sous pretexte de reformes d'abus, ne tend rienmoins, qu'a supprimer virtuellement ce privilege. Elle demande cju'on aslreigne a l'avenir « les gagnans maitrise clans la manufacture des Gobelins : I" a se faire inscrire au bureau des orfevres et a y indiquer dans quels ateliers ils travaillent ; 2" a £tre presentes par eu\ a la Cour des Monnoyes ; 3° a faire leur chef-d'oauvre au bureau des orfevres ; 4° a ne recevoir leur certificat du directeur general qu'apres celui des maltres gardes qui leur auront vu faire ce chef-d'oBuvre. » M. d'Angiviller repliqua longuement. Tout d'abord, le Directeur general fait l'aveu « qu'on ne peul pas se dissimuler qu'il apu dans certains temps regner quelques abus, occasionnes par des circonstances particulieres, pent etre un pen de relachemenl dans quelques

uns des chefs de la Manufacture; mais en general ees abus ont ete infiniment moindres que ne le represente la Communaute. Par des informations severement faites a la Manufacture, on s'est assure qu'un

/../ toilette il'E.tlliee. il'api'i'S ik Troy, tapisserie tissue en [745.

grand nomhre de ceux qu'on repr6sentait comme n'y ayant pas travaille y ont reellement travaille le temps requis, et que. s'ils ont fait quelques absences, elles ont ete compensees par une prolongation de temps passe a la Manufacture. Des dix-sept qu'on cite comme etant parvenus a la maitrise sans avoir sejourne assidument a la Manufacture, il n'y en a que cinq ou six a qui Ton puisse faire ce reproche avec fondement, mais e'est absolument a l'incu des chefs et surtout du controlleur et de l'inspecteur de la Manufacture qui ont refuse plusieurs fois les certiflcats pour raison d'absence ou de mauvaise conduite. » M. d'Angiviller

ajoute, en forme de conclusion, qu'il n'est point en son pouvoir « de renoncer a des droits qu'il a phi a Sa Majeste d'attribuer a sa place el a son administration, ainsi qu'a la Cour des Monnoyes »; il s'engage loutei'ois, " pour prevenir loute plainte de la Conmiunaute des orfevres, a prendre des mesures d'ordre el de discipline qui consisteront surtout a diminuer successivement le aombre des gagnans maltrise dans l'ari d'orfevrerie en vertu des privildges des Gobelins, et pour cet effet il n\ admettra desormais en qualite de maitres et de compagnons, que des hommes de tenue et de honne conduite, propres enfin a laire honneur a la Communaute el pour l'apprentissage que des jeunes -ens qui auront eu dans leurs families ou dans leurs protecteurs de bons repondans de leur conduite et d'uue education honnete. »

Insensiblement, eneffet, les ateliers speciaux virent diminuer le nombre des maitres et des apprentis, si restreint deja, et a la Revolution, il n'est plus fait mention d'orfevres, de menuisiers ni d'ebenistes, dans les etats du personnel de la Manufacture.

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