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LE CHASSEUR INDIEN

Piece de la Tenture des Indes. — (Composition de Desporti£s.)

LES GUBEL1.NS.

gie, n'etait pas le seul danger qui menacjat la Manufacture royale. A ce moment, oil toutes les institutions du pays etaient remises en question, il ne faut pas Mre surpris que l'utilite des Gobelins ait ete discutee. Des 1790, les plus ardents novateurs avaient donne l'assaut a cet eHablissement declare monarchique.

« On n'a nulle idee chez l'etranger, ecrivait Marat dans YAmi dupeuple ', d'etablissements relatifs aux beaux-arts, ou plutot de manufactures a la charge de l'Etat; l'honneur de cette invention etait reserve a la France. Telles sont, dans le nombre, les manufactures de Sevres et des Gobelins : la premiere coule au public plus de deux cent mille francs annuellement, pour quelques services de porcelaine dont le roi fait present aux ambassadeurs; la seconde coute cent mille ecus annuellement, on ne sait trop pourquoi. si ce n'est pour enricbir des fripons et des intrigants. On y entretienl d'ordinaire vingt-cinq ouvriers qui emploient au total douze livres de soie au travail d'une tapisserie qui est quelquefois quinze ans sur le metier. »

Est-il necessaire de dire que la passion qui emportait Marat lui faisait avancer a propos des Gobelins presque autant d'erreurs qu'il tra§ait de lignes. La manufacture de tapisseries occupait encore, a ce moment, 116 ouvriers et son budget etait loin d atteindre trois cent mille francs. Meme en ce temps, ou le travail etait devenu plus difficile en raison de la mulliplicite des teintes, ("execution d'une tapisserie de 43 aunes carrees, comme Y Ambassadeur turc aux Tuileries, exigeait a peine trois annees. La tenture de Marc-Antoine et Cleopdlre, en trois pieces, d'apres Natoire, n'avait pas occupe les metiers pendant cinq ans. Toutefois, en depit de ces inexactitudes, les critiques violentes emises par YAmi du peuple ne manquerent pas de faire leur chemin. Le 29 septembre 1792, une loi enlevait la direction et les produits des Manufactures a l'administration des Domaines et de la liste civile. On commence a se pr^occuper de la possibilite de reduire ces institutions au role d'etablissements industriels et de les faire subsister, en executant des commandes pour le compte des particuliers.

C'est uniquement en faisant esperer a la Convention nationale une solution de ce genre, que le ministre Roland obtint les subsides necessaires pour le fonctionnement de la Manufacture pendant les six premiers moisde 1793.

' S° du 17 aout 1790.

« Pour tirer de ces deux manufactures le parti le plus avantageux. disait-il dans son rapport, il est une mesure a prendre dont je crois le succes certain, c'est d'y en reunir une troisieme dans le meme genre, mais plus commune, telle, par exemple, que celle de Beauvais ou d'Aubusson, a qui elle pretera sa reputation, quelque chose meme de son gout et de sa perfection, et qui, en echange, lui rendra sur le benefice particulier a celle-ci, l'aliment que la premiere ne pourrait pas tirer de son'propre fonds... Une revolution commune a faire subir a ces etablissements serait de Ies soumettre, s'il est possible, a une regie interessee. La base premiere d'un tel systeme serait d'associer non seulement l'entrepreneur en chef, mais les sous-ordres, mais jusqu'aux derniers ouvriers memes, au\ pertes comme aux benefices de l'entreprise commune.

« II suffirait, par exemple, pour remplir ce but, a legard de ces ouvriers, ajoutait le ministre, de les mettre constammenl a latache ou h la piece dans les Irois manufactures (Sevres, les Gobelins, la Savonnerie), comme je I'ai decide pour les Gobelins, et de joindre aux prix qui leur seraienl alloues une prime proportionnee a la masse des ventes dont le registre serait ouvert a tous. »

C'etait la, on le voil, une conception toute nouvelle, bien eloignee de celle de Guillaumot, el de la retribution fixe qu'on avait etablie deux annees plus tot. Roland ne se contenta pasde developper ses idees devant la Convention; il voulut les mettre a execution. Des le i septembre 1792, il commenca par remercier les trois peintres attaches a la Manufacture, en declarant leurs services inutiles. Le chimiste auquel etait confiee l'inspection de l'atelier de teinture fut 6galement congedie. L'ecole de dessin avait ete fermee ant6rieurement. L'architecte Guillaumot fut remplace par le tapissier Audran, l'un destrois chefs d'atelier des Gobelins.

Roland aurail sans doute continue cet epurement du personnel, en vue de la transformation industrielle r6v6e, si la politique lui en eut laisse le loisir. Mais, a ce moment, les homines d'Etat avaient des preoccupations plus graves que de refondre le personnel des Manufactures. Le trouble etait partouk et l'incertitude du lendemain forcail aux mesures les plus radicales. Les tumultes de la rue n'avaient pas manque, du reste, d'avoir leur contre-coup dans cette maison, autrefois si paisible et si laborieuse. La politique, jadis ignoree de tons ces travailleurs vivant en famille, avait penetr6 parmi eux et accompli son ceuvre de discorde.

Apres moins d'une annee d'exercice, le directeur Audran se voyait soupconne d'incivisme, denonce par la section dite du Finistere et incarcere d'office par les zeles sans-culottes.

Bien qu'on ne put relever contre lui aucun chef serieux d'accusation, Audran, n'en fut pas moins destitue et Augustin Belle, fils de l'ancien sur-inspecteur du meme nom, recueillit sa succession.

II s'agissait pour le nouveau directeur de ne pas imiter la timiditc de son predecesseur. Belle fit peindre sur la porte des ateliers cette inscription : « Ir.i ox se tutoye. » 11 ne descendait dans la cour et ne se montrait aux ouvriers qu'en carmagnole. Ces allures, qui nous peuvent paraitre quelque peu singulieres, mais qui etaient commandoes par les idees et les mceurs du temps, sont fort excusables, etant donnes la crise intense que traversaient alors Paris et la France, et le republicanisme tres sincere et tres ardent de Belle. Ce qui le fut infiniment moins, c'est l'etrange facon dont ce directeur des Gobelins entendait la conservation des ceuvres d'art qui lui etaient confiees. INeuf jours ne s'etaient pas ecoules depuis son entree en fonctions que, le 13 novembre 1793. pour faire montre de son civisme, Belle sollicitait du ministre de l'interieur l'autorisation d'eriger un arbre de la liberte, dans la cour de la Manufacture et de bruler, au pied de cet arbre, les tapisseries orn6es de fleurs de lis, de chiffres royaux et des ci-devant amies de France. Cet holocauste devait avoir lieu en l'honneur des martyrs de la liberte. Marat et Lepelletier de Saint-Fargeault. Le ministre, bien qu"il ne put guere ignorer que la presque totalite des anciennes tapisseries portaient les ci-devant armes de France dans la bordure, et que cet acte de vandalisme allait amencr la destruction d'une quantite de chefs-d"ceuvre, accorda la permission demandee.

Fier de son succes. Belle voulut donner une certaine solennite au sacrifice public, dont il allait etre le grand pretre. Le 29 novembre, a la tete d'une deputation des employes et des artistes des Gobelins, il quitte la Manufacture, descend vers la Seine et se presente a la barre de la Convention. Admis en presence de la souveraine assemblee, il fait jurer a son personnel de n'employer desormais ses talents « qu'a transmettre a la posterite les images des heros et martyrs de la liberte ainsi que les actions memorables des Francais regeneres et republicains ». Puis, il invite la Convention a se faire representer au grand acte de justice du lendemain. Celle-ci decide que les representants Dupuys et Bou-

cher assisteront a la destruction des OBuvres condamnees. Et c'est en leur presence que. le 30 novembre 1793, a neuf heures du matin, on brula solennellement, dans la grande cour des Gobelins, une tenture dite de la Chancelleries la piece representant la Visite de Louis XIV a la Manufacture des meubles de la Couronne et un grand nombre d'enlre-deux et de portieres '.

Pendant que ces faits monstrueux se produisaient aux Gobelins, des idees plus saines, plus pratiques surtout que celles emises par Roland, commencaient ,i prevaloir en haul lieu. Le ministre Pare, dans une lettre Tort curieuse, adressee, en Janvier 4794, au representant GUlet, charge par le comitc des finances de la Convention de faire des recherches sur l'administration des Batiments, caracterisait. d'une facon Ires precise el dans des tcrmes excellents, le danger des theories economiqnes affirmees par son predecesseur. II reconnaissait, tout d'abord. que des etablissements consacres a des productions exclusi-

1 La reaction inauguree par Belle contre les traditions de la Manufacture fut aussi rapide que violente. Quatre mois a van l l'enlrce ra I'onctions du nouveau directeur, les Gobelins cxposaient encore en plein faubourg Saint-Marcel, dans les rues que devait suivre la procession de la F6te-Dieu, sc conformant a un usage trfes ancien. Hans son Tableau de Paris, Mercier nous a laisse une description pittoresque de l'exposition annuclle en plein vent, faite par la Manufacture, de ses nombreux chefs-d'oeuvre, anciens ct nouveaux.

"II faut voir, ecrit-il, les tapissiers le jour de laFfile-Dieu, monteret glisser le long de leurs echelles, Toutes les portes sunt tapissees. La procession defile et la queue est encore dans la rue, que voila les homines clouant et les lapisseries mylhologiqnes qui depringolent toul ensemble. Ii 1 1 e s sonl ployees, emportees en un clin d'oeil, car riles doivent servir ailleurs.

« Le miracle est, qu'a travers tanl d'echelles qui courent, droites et hautes, tant de marteaux qui sont en Pair, tant de passants qui lieurtent les echelons et leurs bases lioiteuses, il n'y ail pas quelque martyr de la tenture et du pieux empressement des tapissiers, qui, ce jour-la, regardent toutes les tetes comme des paves

- Ce jour a une double physionomie; le matin c'est une fete; les maisons sont lapissees, la ville est ornee, mais des que la procession est passee. les echelles se dressent,les lapisseries tombent, les reposoirs se decomposent, les boutiques s'ouvrent ; la foule travaillante se meut ; les pyramides de savon de l'epieier, l'etau du fourbisseur, la forge du serrurier, I'escabelle du cordonnier, le mortier et les viperes du pharmacien, se montrent a travers un reste de decoration; dans une demi-heure la ville a totalement change de face. On apercoil encore de loin le dais et les boutiquiers ont repris leurs fonctions. •

En 1789, le jour de l'octave de laFete-Dieu, on avait expose, de six heures du matin a midi, sur le quai du Louvre, depuis la rue du Petit-Uourbon jusqu'au second guichel des Tuileries, les 14 pieces de VHistoire de Louis XIV, 12 pieces de VHistoire ^Alexandre, 10 pieces des Chambres du Vatican, S pieces des sujets de V Ancien Testament,les 7 pieces des Actes des ApOtres, les Fruits de In guerre en 8 pieces, VHistoire de Scipion et VHistoire de Constantin, l'une en 10, I'autre en 12 pieces, en tout 91 lapisseries, mesurant ensemble 3 a 100 metres de longueur,

C'etaient la de veritables expositions, pour lesquelles l'administration des Gobelins faisait meme imprimer des catalogues, mis a la disposition des visiteurs.

A la date du 7 aout 1793, le Journal de Paris pnlilie l'avis suivant :

« Le directeur de la Manufacture nationale des Gobelins previent nos freres des departements, qu'en consequence des ordres du ministre de l'interieur, les 11 et 12 du present mois d'aout, les tapisseries seront tendues depuis huit heures du matin jusqu'a huit heures du soir, dans la principale cour de ladite Manufacture et dans la galerie seulement, si le terns ne permettoit pas de tendre la cour. »

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vement de luxe pouvaienl avec difficulte se preter a des speculations commerciales. Passant ensuite en revue les propositions presentees de divers cotes pour utiliserces Manufactures, il ecrivait : « Toutes m'ont paru ne tendre qu'a leur destruction, » et, avec beaucoup d'intelligence et d'esprit pratique, il ajoutait : « Fabriquez, disait-on, des tapisseries donl le prix diminue par le retrecissement des dimensions, par leconomie dans le choix des sujets. dans les richesses d'execution, el auquel Irs maisons et les fortunes ordinaires puissent atteindre ; faites, disait-on encore, des porcelaines moins parfaites, moins ricbes en orneraents ; faites de la porcelaine commune, faites des imitations de la terre anglaise... C'etait substituer les tapisseries d'Aubusson aux tapisseries des Gobelins, et convertir la manul'acture de porcelaine de Sevres en une manufacture de faience. Je pense qu'il faut que les deux Manufactures restent ce qu'elles sont; mais en diminuer, s'il est necessaire, les fabrications ou du moins les proportionner aux diverses commandes qui pourraient en etre faites, ou au debit qu'on aura lieu d'en altendre. »

Le probleme se trouvait done pose sur des bases nouvelles. Deux alternatives se presenlaienl : Ou fermer la Manufacture et congedier le personnel, ou reprendre les idees de Guillaumot et conserver aux Gobelins leur role d'etablissemenl national, charge d'executerpouiTEtat decouteux mais incomparables cbefs-d'eeuvre. C'est pour cette derniere alternative que se prononce Pare ; mais en meme temps il faisait preuve d'infiniment d'adresse, en s'appuyant principalement sur des considerations d'humanite etde charite democratique. «Jeme permettrai aussi depenser, poursuit-il, qu'il serait inconvenable, sous plusieurs rapports, de diminuer le nombre des ouvriers actuellement employes a vos trois Manufactures; ce serait d'abord oter le pain a cinq ou six cents ouvriers, la plupart charges de famille, etrangers a tout autre talent, et hors d'etat, par consequent, de se procurer d'autres moyens d'existence... ; ce serait, en outre, intercepter la tradition ou la succession des talents rares et precieux, qui y sont mis en ceuvre. »

Grace a une suite de decisions babiles, les excellentes propositions dePare ne tarderent pas a prendre corps. La premiere chose a faire pour redonner aux ateliers un peu d'activite, c'etait d'approvisionner la Manufacture de modeles. Cette necessite se montrait d'autantpluspressante que les anciennes peintures,d'apres lesquelles les tapissiers avaient continue de travailler jusque-la, avaient ete solennellement condamnees comme anti-

patriotiques. On se souvient, en outre, qu'artistes et ouvriers avaientjure de ne consacrer desormais leurs talents qu'a reproduire des sujets republicains. Depuislors, ils avaient adresse a la Convention une petition redigee dans le meme sens; c'est ce que rappelait, avecun certain a-propos, Thibaudeau, dans le long rapport presents par lui, le 10 mai 1794 a la Convention, au nom du Comite d'instruction publique. « Les artistes ouvriers de la Manufacture des Gobelins, disait-il, desirent employer leurs talents a relracer les images des martyrs de la liberte et les actions heroi'ques de ses defenseurs. Trop longtemps,ils les ontconsacres a flatter le despotisme et a orner les salons dores de l'aristocratie ; ils veulent a l'avenir se devouer entierement a propager la Revolution par leurs ouvrages. Ces artistes demandent que la Convention leur fasse remettre des copies des tableaux de Marat et de Lepelletier pour etre executes en tapisserie. Vous avez renvoye leur petition a votre comite

d'instruction publique. Cet objet lui a paru digne de votre attention

Des que le gouvernement est determine a conserver la Manufacture des Gobelins qui est la seule en Europe qui ait acquis un aussi grand degre de perfection, il faut s'empresser de la tirer de son engourdissement, de la mettre en activite et de donner a lous ses ouvrages la teinte desmceurs republicaines et du caractere national. Mais il ne suffirait pas pour atteindre ce but de donner a ces artistes des copies des tableaux de Marat et de Lepelletier : votre comite vous propose une mesure plus etendue : Le comite de Salul public a fait un appel solennel a tous les artistes de la Republique et leur impose la tache honorable d'imprimer a leur choix sur la toile les epoques les plus glorieuses de la Revolution franchise. Decretez que tous les tableaux qui auront, d'apres le jugement du Jury des arts, obtenu des recompenses nationales, seront executes en tapisserie a la Manufacture nationale des Gobelins. »

Deja, le ministre Pare avait pris les devants. II avait ecrit au peintre David pour lui faire part des idees des artistes des Gobelins et lui dire laccueil qu'il entendait faire a leur petition. II lui demandait, en outre, avec insistance, de procurer a ces patriotes des sujets originaux repondant a leur civisme. « Ne pourrais-tu m'y aider ? Les tableaux de Lepelletier et de Marat seraient interessants a multiplier ; ils vaudraient bien, dans les auditoires des tiibunaux et dans les salles d'assemblee des corps constitu.es, les tristes crucifix et les portraits des rots Itarnac/tes, dont notre gothique superslition avait continue de lesparer.»

Eh U <

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David, alors dans toute 1'eEfervescence de sonrepublicanisme, n'cut garde de refuser le concours actif qu'on sollicitait de lui ; et des le 10 mai 1791, la Convention nationale rendait le decret suivant : « Les tableaux qui, d'apres le jugement du Jury des arts, auront obtenu les recompenses nationales, seront executes en tapisserie a la Manufacture des Gobelins. 11 sera fait incessamment, sous la surveillance de David, des copies soignees des deux tableaux de Marat et Lepelletier, pour 6tre remises a cette Manufacture et y fitre executees. »

Une fois entre dans cette voie nouvelle, on ne s'arreta plus. Quinze joars ne s'etaicnt pas ecoules qu'un arrtHe du Comite de Salut public placait les trois Manufactures des Gobelins, de Sevres et de Beauvais, sous la surveillance et la direction de la Commission d'Agriculture et des Arts (24 mai 1794). Deux mois plus tard, un nouvel arnHc du Comite de Salut public instituait un jury compose" de Prudhon, Ducreux, Percier, Bitaube et Legouve, qualifies homines de lettres, Monvel, acteur et publiciste, Vincent, peinlre d'histoire, et Motte, auxquels etaient adjoints Belli,', directeur des Gobelins, et Duvivier, ancien entrepreneur de la Savonnerie. Ce jury avait pour mission d'examiner les modeles existant aux Gobelins et a la Savonnerie. de choisir ceux d'entre eux qui , a raison de leur perfection, meritaienl d'etre executes, d'exclure au contraire ceux qui, par la nature du sujet ou par les emblemes dont ils etaient ornes, devaient etre rejct6s, et enfin de classer les ouvriers suivant leurs aptitudes et leur merite. Le mois suivant (18 aout 1794 , parut un troisieme arrete ordonnant la reouverture et la remise en activity de 1'atelier de leinture des Gobelins, qui, le 8 novembre de la meme annee, se trouva place sous la direction du teinturier Galley. Ainsi, dans le cours de cette seule annee 1794, quatre arretes, pris successivement par le Comite du Salut public, avaient rendu aux Gobelins une partie de leur activite disparue et de leur vitalite si gravcment compromise.

Bien qu'on ne puisse, sans injustice, nier l'excellence des intentions qui avaient preside a ces mesures variees, il s'en faut de beaucoup qu'elles aient toutes porte de bons fruits. L'arrete qui instituait le jury special, dont nous venons de donner la composition, eut surtout des resultats deplorables. Le 10 septembre 1794, ce jury se transporta aux Gobelins et commence ses travaux par l'examen des tapisseries en cours d'execution. Son travail ne dura pas moins de quinze jours et

occupa seize seances. Douze tapisseries. encore sur les metiers, furent condamnees a etre abandonees, comme representant des sujets antirepublieains. Le Siege de Calais, d'apres la peinture de Barthelcmy, est rejete, parce que << le pardon accorde au\ bourgeois de Calais n'est arrache que par les larmes et les supplications d'une reine et des fils d'un despote. » VHeliodore chasse" du Temple, d'apres Raphael, estun « sujet consacrant les idees de l'erreur et du fanatisme ». Quelques tapisseries doivent recevoir des modifications ayant pour but de faire disparaltre les emblemes de la royaute ; ainsi, dans la Robe empoisonne'e, par de Troy, on decide la suppression des deux diademes qui sont sur la tete de Creuse et sur celle de son pere ; dans le Jason domptant les taureaux, il demeure entendu qu*on ne tissera point les personnages de Medee et du roi son pere, qui blesseraient les yeux d'un republicain. 120 modeles sur 321 sont elimines comme reactionnaires et immoraux. Mathalias tuant les 'unpin, par Lepieie, est declare « sujet fanatique ». La Veuve du Malabar, par Lagrence, est rejetGe comme « presentant des idees atroces ». Le jury qualifie Cliopdtre an tombeau de Marc Antoine, par Menageot, de « sujet immoral », etc. Enfin 136 tableaux, tout remplis de eette grace un peu manirree mais si charmante. <pii est en quelque sorle I'estampille du xvui" siecle, sont repousses comme appartenanta un art trop frivole. De toute cette reunion de compositions si varices, si precieusrs a divers titres, qui constituait le fond des modeles des Gobelins, e'est a peine si une vingtaine trouverent grace devant le rigorisme du jury, inslitue par la Convention nationale.

Une fois ces tableaux detruits. il l'allut en toute hate approvisionner la Manufacture de nouveaux el nombreux modeles, donl on ne pouvail se passer. Pour cela, on resolut d'ouvrir un concours. Le 6 octobre 1794 ce meme jury fut charge" d'en Qxer les conditions. Cette fois encore. ilse montra inspire des doctrines du plus pur civisme et durepublicanisme leplus austere. Pour les sujets historiques, il recommandait aux artistes de s'inspirer, avanttout, des grandes scenes de la Revolution irani;aise, « des actions heroi'ques des guerriers qui, depuis 1789. out combattu pour le salut de la Patrie ». « 11 faut rappeler a nos descendants, ajoute-t-il, tous les actes de verlu qui. parmi nous, el chez les nations anciennes et modernes, ont honore I'humanite ; egayer 1'imagination par des sujets agrOabh'S. puises dans la fable et dans les poemes qui, depuis tant de

siecles, sont en possession de notre estime; couvrir une verite utile du voile ingenieux de l'allegorie, charmer les yeux, plaire a l'esprit et l'instruire ; respecter les mo3urs et la severite des principes republicans... Voila, dit-il en terminant, ce qui doit animer les artistes qui voudront consacrer leur talent a la regeneration de cet etablissement qui, sous tous les rapports, reunit l'utilite, l'agrement et la magnificence. »

L'appel etait eloquent. Neanmoins le concours ne donna pas tous les resultats qu'on en attendait. Le jury, il est vrai, choisit les tableaux suivants : Bore'e et Orythie^ar Vincent; Y Etude ramenant le Temps, par Menageot; V Education d'Achille, parRegnault: la Paix ramenant I 'Abondance; V Innocence se rifugiant duns les bras de la Justice, par Mm" Vigee Le Brun ; il y ajouta quatre tableaux anciens : Drjanire et Nessus, du Guide : YAntiope, du Correge; les Muses, de Lesueur. Mais aucun de ces tableaux, de merites divers, ne fut execute, non plus que le Marat dans sa baignoire et le Lepelletier sur son lit de mort, de David, dont un decret cependant avait ordonne la reproduction par les artistes des Gobelins.

Onvoitque, sil'annee 1794 ml. dans une certaine mesure, extremement favorable a la Manufacture, puisque e'est a elle qu'il faut faire honneur de la reconstitution des ateliers et de la reorganisation du personnel, elle ne favorisa guere, par contre, son developpemenl artistique; elle brisa les traditions du gout. L'annee 1793 devait etre sous ce dernier rapport, moins facheuse que cell"' qui I'avait immediatement precedes. Elle vit congedier le trop zele Augustin Belle, qui subordonnait aprement aux scrupules dan patriotisme exagere les veritables interets de l'art. Le 14 avril, un arrete de la Commission d'Agriculture et des Arts retablit Audran dans sa situation de directeur. Le 7 juin suivant, le peintre Clement Belle, qui avait exerce sous l'ancienne administration, la charge d'inspecteur des travaux d'art et de professeur al'ecole de dessin, reprit ces doubles forictions, et le 20 juin, Audran etant venu a mourir, fut remplace. neuf jours apriis, par l'ancien directeur Guillaumot, dont il avait, en 1792, pris la place.

Avec Guillaumot, la Manufacture se trouvait replacee sur des bases nouvelles. La chaine des traditions artistiques et administratives etait en quelque sorte renouee. La direction des ateliers allait etre remise en des mains fermes et soumise a un controle a la fois severe et competent. Malheureusement, avant de voir s'ouvrir devant eux une nou-

velle periode florissante et glorieuse, les Gobelins avaient encore quelques etapes douloureuses a franchir.

Nous avons vu qu'en 1794 la Commission d'Agriculture et des Arts avait charge Ie jury institue par ses soins de classer les ouvriers de la Manufacture en quatre categories. Le premier resultat de ce classemenL avait ete l'etablissement de salaires proportionnels. Ceu\ des ouvriers de la premiere categorie etaient fixes a 7 livres par jour, ceux des ouvriers de la seconde a 6 livres, et ceux des deux autres a a et a i livres. Enfin il etail accorde aux apprentis, divises, eux aussi, en trois categories, des indemnitcs de nourriturede 2 fr., 1 fr. aO et I fr. 2.*> par jour. Ces remunerations qui. an cours de 1'epoque, etaient assez considerables, auraient assurement sufti aux laborieux artiste- des Gobelins, si elles eussent ete versees en especes; paais on payait tout alors en assignals et chaque mois, chaque semaine, presque chaque jour, ceux-ci subissaient une depreciation plus grande et plus rapide. Aussi Irs pauvres gens, reduits a la plus affreuse misere, imploraient-ils une augmentation d'appointements, que la durete des temps ne justifiait, helas! que trop.

Des le 20 aout 1793, ils adressaient a la Commission une petition touchante. dont les termes meritenl d'etre rappeles : « Le prix de tous les objets deconsommation, disent-ils, est augmente dans d'effrayantes propi utions : le pain coute de douze a seize sous la livre. la viande vaut de huit a dix francs la livre, un boisseau de pommes de terre vingt-quatre a trente francs il a valu jusqu 'a quarante-huit francs), une chemise coute deux cents francs, un chapeau cent cinquante, une paire de souliers cent a cent trente francs, une voie de bois de quatre a cinq cents francs. Le pri\ de tous res objets est. en general, decuple; le traitement des ouvriers de la Manufacture devrait done etre augmente dans cette proportion ; cependant il n'est que triple, ce qui les met dans la plus grande detresse. Les ouvriers du dehors sont beaucoup mieux traites ; les simples manoeuvres employes dans les carrieres gagnent quinze francs par jour; les Limousins dix-huit francs, les carriers, vingt et un francs; les connnis vingt-quatre francs. »

II fallait que les reclamations des tapissiers des Gobelins fussent a la fois bien eloquentes et Ires fondees, car malgre La penurie duTresor, on y fit droit. Le S septembre 1 7i».j. leurs appointements etaient portes pour la premiere categorie a 20 fr. .Y-i par jour : pour la seconde a 19 francs : pour la troisieme a IT fr. 66, et pour la quatrieme a 10 fr. 33. En outre.

un arrete du Comite de Salut public, en date du 23 octobre 1795, leur accordail une prestation en nature, consistant en une livre de pain et une demi-livre de viande par tete et par jour, completee par l'allocation a chaque chef de famille d'nn boisseau de pommes de terre, au prix de 11 francs.

Cette prestation, qui devait durer pendant un an, semblait, avec leurs appointements sureleves, devoir permettre aux artistes des Gobelins, sinon de vivre largement, du moins de ne pas mourir de faim. Malheureuseraent pour eux, la prestation cessa bientot d'etre livree regulierement et sa suppression coincidant avec la depreciation croissante des assignals, plongea lout le personnel de la Manufacture dans une telle detresse que la plupart des artistes durent deserter les ateliers. Cette desertion ne s'accoinplit pas, on peut le croire, sans que les inforlanes aient d'abord reeouruaux supplications les plus touchantes, pour obtenir au moins le regleraent de l'arriere qui leur etait du. Ces plaintes si legitimes sont parvenues jusqu'a nous. On n'en pourrait citer de plus desolees et de plus emouvantes. lis ont tout realise pour vivre, ils ont vendu jusqu'aux draps de leurs lits. Ils n'ont plus aucun credit chez leurs fournisseurs. Ils sont sans pain, sans linge, sans vetements, et on leur doit cent trente-cinq jours de salaire. « Nous sommes au desespoir, ajoutent-ils en terminant, nous vous prions de nous donner les moyens d'aller exister ailleurs, si vous ne pouvez nous faire exister ici. » Cette petition est datee du 3 septembre 1797. Pour empficher ceux qui sont restes a Sevres de mourir d'inanition, on en est reduit a vendre a vil prix une quantite considerable de tapis de la Savonnerie et de tapisseries des Gobelins1. Les autres s'enrolent dans l'arm6e et trouvent sous les drapeaux une mort glorieuse. Apres un si douloureux expos6 de tant de souffrances immeritees, on pourrait croire que les ateliers avaient completement cesse de fonctionner, et que les metiers etaient abandonnesparces affames. Eh bien, non. En ces annees 1797 et 1798, on travailla a un certain nombre de pieces : {'Enlevement de Proserpine par Vien, la Mort de Ducjuesclin par Brenet, la Mort d'Etienne Marcel par Barthelemy, et Ton acheva une Clyde de Belle le pere et Silene et Egle, de Halle. Guillaumot 6tait parvenu, en d6pit de la crise terrible qui sevis-

' Le gouvernement, entre aulrcs operalions de celle nature, paya aux Etats-Unis un convoi de grains, avec des collections du Monilew et une serie de tapisseries des Gobelins.

sait, a conserver a la Manufacture un souffle de vie el quand des jours moins agites vinrent a luire, il se trouva encore, grace a sa perseverance, a la tele d'un personnel assez experiments pour pouvoir, en quelques raois faire reprendre aux Gobelins le rang elevS, qu'ils ont continue d'occuper depuis lors.

Le 3 decembre 1800, cct habile administrateur reussit a faire retablir les pensions servies aux sieves el aux apprentis, et supprimees parle ministre Roland. Huil fils de maltres prirent place immediatement dans les ateliers, et assurerentle recrutement du personnel actif. Le 27 septembre 1803, Guillaumot obtint qu'un chimiste distingue, Roard, professeur a l'Ecole centrale du departement de 1'Oise, tut mis a la tete de l'atelier des teintures. Desormais, on allait pouvoir travailler avec plus de securite. Enfin, en 1804. la Manufacture, placee dans les attributions de la Maison de I'empereur, recul de ce'tte mesure un elannouveau. Elle fut chargee de travailler exclusivement pour le Mobilier de la Gouronne, el comme il s'agissait de remeubler tous les palais imperiaux, on peut se faire une idSe de l'activit6 soudaine qui regna aux. Gobelins.

S'inspirant d'un passe qui l'avait ehloui, jaloux de ressusciter les traditions de 1'ancienne myaute et de relever a son profit les prerogatives de la monarchie disparue, Napoleon pla^.a toutes les Manufactures sous l'autorite directe de l'intendant general de sa Maison. G'elait le comte Daru qui remplissait alors ces hautes fonctions. Nous avons retrouve, aux Archives nationales. des traces nombreuses de sa sollicitude constante a faire servir les Gobelins a la gloire du nouveau regime. « Sa Majeste est dans l'intention de meubler son palais aver la magnificence qui convient a l'Empereur des Francais, 6crit-il a Guillaumot. le 9 aout 1805; la perfection oil les arts sont portes en France, permet de mettre dans cet ameublement un luxe noble et qu'aucun autre souverain ne pourrait egaler; la Manufacture des Gobelins que vous dirigez avec taut de zele, doit lui en fournir les moyens; les tableaux que vos ouvriers reproduisent avec une perfection inimitable seront desormais le principal ornement des maisons imperiales... Sa Majeste desire que vous vous occupies a reproduire les tableaux qui representent des sujets pris dans l'Histoire de France et particulierement de la Revolution: et comme sonregne en sera l'une des epoques les plus glorieuses, je ne doute pas que vous ne choisissiez pour modeles les tableaux qui

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retracent ou ses victoires ou ses bienfaits; c'est ainsi que les arts doi- ,'vent reconnaitre la protection dont Sa Majeste les honore. »

Pour satisfairea ce desir, qui, venu de sihaut, ressemblait a un ordre, on mit immediatement sur les metiers un certain nombre d'ameubleraents destines aux Tuileries, Des le mois de fevrier 1806, une nouvelle lettre de Dam informait Guillaumot que l'Empereur avait daign6 approuver qu'on commencat la serie des Scenes de la Revolution, par la reproduction du tableau des Pestiferis de Jaffa et du Napolion a fiheval t'raversant le mont Saint-Bernard. C'etait le point de depart dune tenture, qui devait compter plus de vingt pieces dont voici les principales : la Reddition de Vienne, par Girodet; Napoleon dormant ses ordres, le matin de la bataille d'Austerlitz, par Carle A'ernet; Napoleon dormant la croix a unsoldat russe, par Debret; Pre'liminaires du traite de paix de Leoben, par Lethiere ; le 76° de ligne retrouvant ses drapcaux dans V arsenal d'Inspruck, par Mcynier; Napoleon passant la revue des deputes de I'Armee, par Serangeli; Cle'mence de Napoleon envers la princesse Hatzfeld, par Charles de Boisfremont ; Napoleon recevant a Tilsitt la reine de Prusse, par Bertliou; Entrevue des empcreurs Napoleon et Alexandre sur le Nit-men, par Gautherot; Napoleon pardonnant aux revokes du Caire, par Gu6rin ; la Prise de Madrid, par Gros; Napoleon rendant au chef d'Alexandrie ses amies, par Mulard ; Y Ambassadeur persan, Mirza, recu par Napoleon au camp de Finkenstein, par Mulard; la Mort da general Desaix, par Regnault; 1' Entrevue de Napoleon et de l'Empereur <l 'Antriche ; Napoleon distribuant des sabres d'honneur aux grenadiers de la garde, d'apres Gros, etc. Ces compositions plus ou moins heureuses, mais toutes a la gloire de l'Empereur, constituent une sorte de reedition de cette fameuse Histoire du Roi, qui avait tant occupe les Gobelins au lendemain meme de la fondation de la Manufacture royale; c'est ainsi que Napoleon Ior, enayant l'air de s'inspirer des idees du fameux jury institue par la Convention, copiait tout simplement Louis XIV.

Guillaumot n'eut pas la satisfaction de voir se terminer cette belle entreprise. Ilmourut en 1810, et eut pour successeur le peintre Lemonnier ', qui, lui non plus, ne reussit point a doter l'art moderne d'une

' Lemonnier ne fut nomme qu'en 1811. Pendant une annee, apres la mort de Guillaumot, les fonctions de directeur des Gobelins furent remplies par le secretaire general Chanal.

ceuvre. aussi iraportante que celle do Le Brun. En 1814, en effet, un grand nombre de ces tapisseries etaient encore sur le metier quand I'ordre vint d'en interrompre la fabrication. En 1833 et 1834, on pensa, un instant, a les reprendre et a completer les fragments qui existaient dans les magasins; mais les tableaux n'etaient plus a la Manufacture. On les avait envoyes au musee de Versailles et ce projet, qui presentail du reste de nombreuses difficultes. ne put 6tre mis a execution1.

Independammenf des quelques pieces de cette tenture qu'on pourrait avec raison appeler YHistoire de l'Empereur, les Gobelins fabriquerent, entre 1806 et 1814, un nombre considerable de tapisseries, representant des portraits de la famille imperiale. Nous citerons : Le portrait f'H pied de Josephine, d'apres Gerard, du prix de 16.000 fr; les bustes de l'Empereur et de Marie-Louise, par Bosio et Canqva, entoures de guirlandes de fleurs par Van Pol; l'Empereur et 1'Imperatrice en habits imperiaux, par Guerin el Gerard, tapisserie de 2m,33 de haut sur lm,61 de largeur, evaluee 10,000 fr.; le portrait en buste de Napoleon, d'apres Gerard (2,2o0 fr.). Lr< etats de fabrication do cette periode, en outre, mentionnent comme etant sur les metiers ou dans les magasins : une lapisseiie representant des Canards et un vautour, d'apres Desportes (4,373 fr); le Combat de Mars et de Diomide, par Ledoyen (36,384 fr. : Corne'lie, mire des Gracgues, par Suvee (20,764 fr.); Offrande a Pales, par le meme; Mileagre entourd de sa famille, par Menageot; le Combm de Marcel et Maillart el la Mort de Buguesclin, de la serie de YHistoire de France; Aria et Petus, par Vincent (13.22(1 fr. . Presqiie toutes ces tapisseries furenl donnees en presents, a l'occasion des grandes letes imperiales, le Sacre, le Mariage de Napoleon avec Marie-Louise, le Bapteme du roi de Rome. etc. Enfin, il convient de porter a l'actif de la Manufacture, pendant cette periode, un grand nombre de pieces d ameublement. Dans ce nombre nous citerons : une serie de portierede Dubois, destinees an cabinet de I'empereur et a la galerie de Diane. aux Tuileries : La Renomme'e, la Victoire, les Sciences >■/ Irs Arts, le Commerce, V Agriculture, X Europe. I'Asie, YAfrigue et YAmtrigue. Les ateliers de basse lice continuaient a reediter la Tenture des Indes, faisaient des petites pieces de natures mortes, sur desdessinsdeMmc Valayer- Coster et executaient des ameublements pour les palais nationaux.

' f-acordaire. Loc. cit., p. 113.

dont les deux principaux, celui du cabinet de Napoleon, compose de deux fauteuils « imperiaux », six fauteuils de princes, six chaises de princesses, vingt-quatre pliants, six feuilles d'ecran et deux tabourets, d'apresles modeles de David, acheve en 1811, couta 36,300 fr. ; et celui du grand cabinet, en laine rehaussee d'or, sur fond rouge est cole sur les etats de fabrication 39,100 francs.

Peut-etre le lecteur sera-t-il surpris de voir David, le grand David, condescendre a des travaux de ce genre, et du meme crayon qui tragait le Lconidas et. les Sabines, dessiner des modeles de fauteuils, de paravents et de tabourets; cependant rien n'est plus certain que celle collaboration, attcstee du reste par des pieces officielles. « Le dessin que M. David a pris la peine de faire pour les fauteuils de representation, ecrit le comle Dam a Lemonnier en 1811, paralt 6tre d'un bon effet. » Cet etonnement, toutefois, cesse quand on decouvre que, si Napoleon se souvenait de la gloirc artislique de Louis XIV, David, lui, pensait a la grandc situation si brillamment occupee autrefois par Le Brum Arrive au comble de la faveur, et Ton peut presquc dire de la familiarity impe riale, David n'hesita pas a demander qu'on creat, en sa faveur, le titre de « premier peinlre de l'empereur ». Dans le tableau qu'il trace luimeme des prerogatives de ces fonctions nouvelles, il englobe tous les services qui renlraicnt jadis sous la surveillance et la direction de Lebrun, notamment les Manufactures devenues imperiales. « Le premier peintre, ccrivait-il, fera exeeuter et dirigera, sous la surveillance de M. l'intendant general de la Maison de S. M. Imperiale et Royale, tout ce qui a rapport a l'art du dessin, peinture, sculpture et gravure, dans les etablisscments de sa Majeste, tels que le Musee Napoleon et celui de Versailles, les Manufactures des Gobelins, de Sevres, de la Savonnerie et de Beauvais. » C'etait, on le voit, ressusciter la charge de Le Brun. Cette ambition semble avoir obsede David pendant cette periode de sa vie. Les lettres qu'il ecrit a ce moinent portent la trace d'une preoccupation conslante a ce propos. Pourvu du litre par Napoleon, il en reclame imperieusernent les prerogatives completes, en se basant sur les precedents historiques. « Les premiers peintres, mes predecesseurs, ecrit-il a 1'intendant general de la Maison de l'empereur, ont participe a cette meme faveur (elre officier de la Maison du souverain), et notamment le peintre Le Brun sous Louis XIV, ce qui le mettait a meme de recevoir les ordres de son souverain, pour

tout ce qui avait rapport a son art et de se eoncerter avec M. 1'intendant general pour les mettre a execution. » Malheureusement, pour de si beaux projets, l'exception qu'invoquait David fut retournee habiliment coritre lui ; on ne lui conceda que les fonctions remplies sous la royaute par le premier peintre ordinaire, « Le Brun, objectait avec malice 1'intendant general, n'ayant du qu'a son grand talent les diverses prerogatives exceptionnelles qui lui avaient ete accordees. »

Ces tendances envahissantes etaienl d'autant plus a signaler que David, comme Le Brun, exenja sur son 6poque une influence decisive. Les Gobelins eux-memes, quoique places en dehors de son action immediate, n'en porterent pas moins 1'empreinte de sa dictature artistique. Nous verrons, au chapitre suivant, s'ils eurent particulierement a s'en louer.

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