‹ Les manufactures nationalesChapitre 28 sur 61 · PLANCHE XXXIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXIII

HENRI IV, LA REINE ET LE JEUNE LOUIS XIII Piece do VHistoire de Marie de Mediais, d'apres Rubens.

LES GOBIXINS.

deraeura a la tele do l'etablissement jusqu'en 1848, n'a pas laisse de traces bien profondes comrae administrateur. En tout cas, il ne fut assurement pas un novateur ; il se contenta de suivre les errements du fonctiormaire qui 1'avait precede. Un moment, cependant, une certaine reaction parut a la veille de se produire contre les idees dominantes. L'heureuse idee qui inspira YHistoire de Marie de Me"dicis, et le succes considerable que cette tenturc obtint aupres des connaisseurs, faisaienl prevoir une reforme artistique. Si Ton rapproche cette tentative de la commande faite a Alaux et Couder d'une suite de modeles, destines a decorer le salon dit de famille, aux Tuileries, commande qui rappelait, comme conception, la fameuse tenture des Residences royales, ex6cutee avec tant de bonheur au xvn° siecle1, on est amene a penser que la direction eut, un moment, la notion exacte de la voie fausse, dans laquelle elle marchait. On peut encore trouver la trace de cette notion dans un long rapport que M. Lavocat soumettait en 1833 a M. de Montalivet, alors ministre de la Maison du roi. Comme conclusion de ce rapport, il demandait au ministre « de donner aux Gobelins un but d'ulilite, en leur rendant leur destination sp6ciale ». II emettait le desir qu'on confiat a la Manufacture la decoration d'un appartement des Tuileries, de facon que les modeles fussent executes en vue de la traduction en tapisscrie et en tenant comptc de remplacement a decorer. M. de Montalivet avait maintes fois temoignc l'intention de reduirc aux Gobelins la copie des tableaux d'liistoirc, pour y devclopper les travaux d'ameublement proprement dit; M. Lavocat le lui rappela avec esprit. La commande faite a Alaux et Couder semble avoir ete la consequence de ce plaidoyer fort opportun. Mais a cela sc borna son effct. Le pli etait pris; on s'etait habitue a voir les Gobelins copier des tableaux dans la perfection. Pour la plus grande gloire de la fabrication, les tapissiers mettaient leur orgueil a produire cette inutile illusion et non seulement le public, mais encore les artistes applaudissaient a leurs efforts. Ceuxci, en effet, se conformant aux anciennes traditions, continuaient de surveiller leurs compositions sur les metiers. Bien que M. Cassard, jusqu'en 1827, et apres lui, M. Mulard jusqu'en 1848, aient ete char-

La suite commandee a Alaux et Couder representait les principals residences royales. Llle se composait de six pieces : 1° le palais de Saint-Cloud; 2° le chateau de 1'au ; 3" le Palais-Royal; 4° le chateau de Fontainebleau; 5" le palais dc Versailles; 6" le Louvre et les Tuileries.

ges de l'inspectorat artistique de la Manufacture, ils etaient resles les juges deflnitifs de la traduction de leurs OBUvres. Or, Gucrin ecrivait, en 1833, au directeur, a propos de sa composition d'Andromaque et Pyrvhus : « Jc me reproche d'avoir differc de deux jours a vous temoigner ma satisfaction de la maniere dont vos artistes des Gobelins (car ce sont de vrais artistes) ont traduit mon tableau. Je ne puis que me feliciter de voir mcs ouvrages reproduits avec cette exactitude, je puis meme dire avec cette perfection... » Et Horace Vernet, lorsqu'il vit le Massacre des Mameluks, disait aux tapissiers qu'ils « avaient mieux fait que lui ». Pouvait-on demander de changer leur maniere a des artistes, qui recevaienl de parcils hommages, et qui etaient encourages a perseverer dans leurs errements par des peintres de cette valour et de cette reputation?

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e gouvernement de la Republique fit enlrcr les Manufactures royales dans les attributions du ministere de l'Agriculture et du Commerce. Arniand Marrast, nomma comme administrates- des deux Manufactures des Gobelins et de Beauvais, M. Badin, qui s'etait cr6e une reputation meritee comme peintre de genre. Mulard, qui occupait les fonctions d'inspecteur dart depuis de longues annees, fut mis a la retraite. II eut comme successes M. Muller. A ce moment, on vit se renouveler contre les Gobelins et contre Beauvais les turbulentes protestations qui, cinquante-huit ans plus tot, avaient fait leur apparition dans les colonnes de YAmi du Peuple. Un certain nombre de publicistes attaquerent avec violence les Manufactures de l'Etat. Eniile de Girardin, entre autres, en reclama la suppression, comme constituant des institutions inutiles au developpcment des

industries nationales. Le gouvernement s'6mut de ccs attaques. II chargea une commission speeiale d'6tudier les reformcs a apporter dans l'organisation administrative et artistique des Gobelins. Ingres, Delaroche, le due de Luynes, Sechan, Feuclieres, Viollet le Due, Chevreul, Klagmann furent choisis pour la composer. Pendant de longs mois, les commissaires discuterent les questions d'eslhetique et de technique, interessant la fabrication des tapisseries. A voir quels hommes eminents le gouvernement avait nommes pour mener a bien cette delicate entreprise, on pouvait se flatter du legitime espoir qu'il sortirait de ces deliberations des idees nouvellcs et capables d'ouvrir a nos Manufactures des voies encore inexplorees. La deception fut complete. Sur la proposition d'Ingres, la commission adopta Ieprincipe de la reproduction des tableaux de maitres, en leur assignant, au prealable, une destination speeiale et en donnant la pr6f6rence aux oeuvres anciennes. C'etait consacrer d'une l'acon solennelle le systeme, qui avait ete deja si fatal aux Gobelins. Quelques ameliorations heureuses, entre autres, la restauration dc l'ecolc des apprentis tapissiers furent toutefois reclamees. Pour donner du travail aux ouvriers, on mit sur les metiers YOlympe, de la Farnesinc, la Psyche, pendentif de la decoration du meme palais, et un medaillon pour la bibliotheque Sainte-Genevieve, Y Etude surprise pur la Nuit, d'apr&s Baize.

L'Empire vint modifier profondement l'organisation, dont la seconde Republique avait dote les Gobelins. La Commission de perfectionnemenl sc trouva dissoute. Les deux Manufactures furent de nouveau separees administrativement. M. Badin regut la direction de Beauvais et M. Lacordaire. ingenieur, obtint celle des Gobelins. La lisle civile eut dans ses attributions la direction generale des deux ctablissements. Mais s'il supprima la commission institute par le gouvernement republicain, l'Empire n'en appliqua pas moins ses idees, en matiere d'art. Apres rachevement de la piece, Le Louvre etles Tuileries, d'apres Couder, qui figurait dans la suite des Chdteaux royaux, commencee sous Louis-Pliilippe et dont on modifia la bordure pour l'orner des emblemes du nouveau regime, la Manufacture entreprit toute une serie de reproductions de tableaux de maitres.

Ce furent d'abord le portrait de Le Brun, d'apres Largilliexe; celui de Colbert, d'apres Robert Le Fevre; et le portrait en pied de Louis XIV, d'apres Hyacinthe Rigaud, destines a la decoration de la galerie d'expo-

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silion des Gobelins. On executa ensuite des reproductions du Christ au tombeau de Philippe de Ghampaigne, de la Tram figuration de Raphael, piece de 4m,42 de hauteur, sur 2m,80 de largeur, evaluee 34,545 francs; de la Saintefamilh'. d'apres Raphael (copie de Lucas) , tapisserie du prix de 10,130 francs, donnee aumusee de South-Kensington ; de la Vierge au Poisson, de Raphael, lemiinee en 18GI ; de VAssomption, d'apres Titien, grande piece de 7,14 de hauteur, sur 3m,60 de largeur, achevee en 1838; de la Mise au tombeau, du Caravage, 3m,02 de hauteur sur 2m,l0 de largeur, evaluee 10,130 francs, donnee en present diplomatique, lors du bapteme du prince imperial. Les tapissiers copiaient en ratoie temps d'anciennes compositions de Boucher, une Confidence, Amynthe etSylvie, avec bordures nouvelles de Godefroy ; la Diseuse de bonne avenlure, piece dune valeur de 12,986 francs, offerte en 18G6 par l'impdratrice .i la reine de Prusse et une Scene de p4cheurs, 6valuee 1 1-,. '188 francs.

En 1853, on eut 1'idee de faire reproduire en tapisserie vingt-quatre portraits d'artistes francais de la Renaissance, du siecle de Louis XIV et du Premier Empire, et quatre portraits de souverains, pour la decoration de la galerie d'Apollun, au Louvre. Lesysteme preconise par Ingres, en 18i8, etait applique, on le voit, avec une suite et une vigueur remarquables. Les peinlres auxquels on confia l'ex6cution des modeles etaient : MM. Larivit're, Charvet, Boulanger, Duval-Lecamus, Brisset, E. Giraud, Abel Lucas, Duval, Auguste Hesse, Baume, Duverdoing, Appert, Lecomte, Tissier, Jobbe-Duval, Hoffer, Marquis, Fauvelet, Vauchelel et Biennoury. Le prix de tissage de ces divers portraits, qui occuperent les artistes des Gobelins jusqu'en 18G3, depassa la somme de 150,000 francs.

Comme tapisseries execulees sur des modeles nouveaux, pendant cette p6riode, nous signalerons, en outre, deux suites de portraits de YEmpereur etde YImperatrice d'apres Winterhalter, mis sur les metiers enl857ettermines en 1860 et 1861 ' ; Y Enlevement d1 Orythie par Boree, et la Beaute" ernporte'e par le Temps, d'apres Alaux et Couder, deux pieces d'une valeur de 22,000 francs, qui furent incendiees en 1871 ; et le portrait de Pierre I", d'apres Steuben, vendu au prince Demidoff.

En 1860, Lacordaire se retira et M. Badin lui succeda, reunissant de nouveau entre ses mains la direction des Gobelins et de Beau-

Quelques annees plus tard, la Manufacture exeeutait une nouvelle serie de ces portraits, transformes en bustes par Lucas, et entoures, de guirlandes de lleurs. a la fai;on de Van Pol, par Galland.

vais. Sous son administration intelligent^, les ateliers commencerent a modifier un peu le caractere de leur production. Si la copie des aneiens modeles nefut pas encore touta fail abandonnec, on se preoccupacependanl de les rajcunir, en les enfouranl dc bordures commandoes a des artistes, penelres d'un r6el sentiment de la decoration. Ainsi. quatre tapisseries d'apres Boucher, la Naissance de Vinus, Calisto surprise par Jupiter , le But et la Prc/ie recurent un encadrement original, execute specialemenl par MM. Petit et Fouquet. Ce dernier artiste compl6tal'.Aw?we, du Guide (copie de Leroux), les Muses, de Lesueur (copie de Lucas), par des alentours, dont le tissage seul couta 2G.823 francs. M. Dieterle enloura egalement I'Amotir sacre el profane, du Titien(copie de Leroux), dune bordure, payee aux tapissiers G,27.'i francs.

Toutes ces tapisseries etaient destinees a la decoration du palais de l'Elysee, nouvellemeut restaur^. En vue de la meme destination, la Manufacture entrepril une lenture, les Cinq sens, comprenant cinq panneaux principaux, sepl dessus de portes et sept trumeaux, dans la maniere des Portie'res des Dieux d'Audran, dont M. Baudry peignit les figures, M. Dieterle, les ornements, M. Lambert, les animauxetM. Chabal- Dusurgej . les fleurs. Cette tenture constitue, dans l'histoire contemporaine des Gobelins, la premiere phase d'une 6volution artistique tres imporlante. Sous l'influence du mouvement exterieur d'idees qui poussait deja a la renaissance des arts de la decoration, la Manufacture tentait un retour hardi dans la voie des grandes traditions du xvnc siecle et du commencement du xviH*. Elle demandait enfin a des artistes, ayant fait la preuve de leur science et de leur gout dans la decoration monumentale, des modeles oil les elements les plus varies se trouvaient mis a contribution et ingenieusement combines en vue d'un effet exclusivement decoratif. Les peintres, pour la premiere fois depuis un siecle, consentaient a tenir compte, dans la conception de leurs modeles, des conditions techniques particulieres a l'art de la tapisserie. De cette facon, ils associaient les tapissiers a leur ceuvre, reclamant d'eux une veritable collaboration d'originalite et d'invention, au lieu d'une imitation servile. De cette tenture terminee en 1869, a l'exception d'une seule piece, il ne reste plus aujourd'hui que deux tapisseries ; les autres ont ete detruites par l'incendie, en 1871.

Apres le 4 septembre, le gouvernement de la Defense nationale raltacha au ministere de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts la Manufacture

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LES CUBEL1N3.

des Gobelins qui, pendant le second Empire, avait, tour a tour, relevc du ministere d'Etat, de la Maison de l'empereur, du Marcchalat du palais. du ministere de la Maison de l'empereur et des Beaux-Arts et enfin, a la veille de la guerre franco-allemandc, du ministere des Letlres, des Sciences et des Beaux-Arts, institim pour M. Maurice Richard. M. Badin fut maintenu dans ses fonctions de directeur des Gobelins et de Bcauvais.

Pendant le siege de Paris, la Manufacture, cola so conceit assez, ne produisit guere. Les preoccupations, en ces heures terribles, n'etaient point aux beaux-arts; les tapissiers des Gobelins fircnt patriotiquement leur devoir. La plupart prirent du service dans les bataillons de marchc et combattircnt aux avant-postes. La Manufacture, veuve deson personnel, avait ete convertie en poudrierc, en magasins de vivres et de munitions et en hopital militaire. La grande salle d'exposition fut affectee a ce dernier service; par precaution, 1'administrateur fit rouler et cmmagasiner au-dessous, dans l'6cole, les grandcs tapisseries qui en garnissaient les murs. Les pctites, recouvertes de chassis, furcnt Iogces dans laudicr des peintures. Plus tard, la chute d'obus allemands ayant impose le transfcrt de l'ambulance dans l'ecole, on transporta les tapisseries qui s'y trouvaient, dans un grand magasin siliu'' lou I aupres. La p6riode du siege se passa sans incident notable.

Au 18 mars, M. Badin etant a Beauvais, Raoul Rigault delegua aux fonctions de controleur et agent comp table, un ancien employe de la liste civile nomme Billoquet, garde-magasin de la Manufacture. Le fonctionnaire qui occupait ce poste, M. Campenon, avait ete congedie, apres plusieurs jours de detention. Enfin, un aide preparateur de chimie, M. Bourgougnou, s'etait nomme lui-meme conservateur des Gobelins et la Commune ratifia spontanement cet arrete intime. M. Bourgougnou put ainsi, a plusieurs reprises, faire officiellement les honneurs de l'etablissement aux delegues du Comite central et aux membres de la Federation des artistes. Ajoutons que le personnel sous ses ordres etait reduit a sa plus simple expression. La plupart des employes, pour echapper au service de la garde nationale federee et ne point prendre part a la guerre civile, avaient abandonne la Manufacture et reussi a quitter Paris.

Ce furent MM. Feyen-Perrin, Aubin et Poitevin que la Feddration des artistes delegua a la surveillance des Gobelins. Leur mission tres passive, essentiellement protectrice et conservative, qui ne constilua point,

d'ailleurs, aux yeux des Conseils de guerre une usurpation de fonctions publiques, se borna a des visites tres courtes, ayant pour but tres louable d'assurer le respect des ateliers et des collections. Toutefois a re moment, comme a tous les changements brusques de regime, l'utilite de la Manufacture fut mise encore en discussion ; Irs Gobelins se vircnt l'objet d'un projet de decret de reorganisation federative, dont on a retrouve le texte dans les papiers do la Commune.

Ce decret ne comprenait que deux articles ainsi libelles :

« Article 1. — La manufacture des Gobelins cesse d'etre regie et entretenue par l'Etat.

« Article 2. — Les artistes tapissiers consideres comme simples locataires de la Commune se federent, reglent leurs interiHs, etc., etc. »

Nous en savons assez, sur I'existence des Gobelins, pour comprendre qu'une transformation pareille cut amene la mine non seulement de l'etablissement, mais de l'admirable industrie, qui, depuis plus de deux siecles, inspire a l'Europe une admiration persistante. Elle eut, en outre, constitue pour le personnel un desastre a la fois immerite et irreparable. Les evenements, fort heureusemenl n'allaient pas laisser le temps au gouvernement de l'Hdtel de Ville de realiser cet etonnant projet.

Des les premiers jours de la bataille aulour de Paris, des troupes de l'armee de la Commune s'installerent aux Gobelins. Les commandants militaires, Serizier et Gentelet, en firent leur quartier general. Le magasin aux poudres s'augmenta d'un nombre considerable de bombes incendiaires. Des lors, la Manufacture ri nil menacee de mine. Le 2.'{ mai. Irs chefs federes, apprenant que l'armee de Versailles, apres avoir occupe le Luxembourg, se dirigeait rapidement vers le quartier des Gobelins, firent evacuer tous les batiments, expulserent les employ6s qui sous une grele de balles durent se refugier dans l'enclos pres de la Bievre, oil se trouvenl leurs jardins. Pendant ce temps, les hommes commandes par Serizier, entassaient dans la salle d Vxposition tous les meubles, toutes les etoffes qu'ils purent trouver, tous les papiers militaires ou compromettants qu'ils possedaient, versaient des bidons de petrole sur le tout, et y mettaient le feu, aux cris de : vive la Commune ! Puis cet acte commis, ils se retiraienf, abandonnant les Gobelins a une destruction irremediable et ne laissant derriere eux qu'un seul des leurs, anime d'une folic hero'ique et qui avail resolu (!<■ mettre le feu a la pou-

driere, au moment memo ou les soldats entreraient dans l'etablissement. Longtemps, on le vit penchc legerement horsdumurde cloture, guettant l'arrivee de la troupe qui tardait trop a son gre. Une balle qui le frappa au front mit fin a la mission qu'il s'etait donnee. Pendant ce temps, les

Panneau decoralif compose par M. Galland. (Palais de 1'Elysee.)

employes de la Manufacture se mettaient resolument a combattre l'incendie, quidela galerie d'exposition gagnait l'ecole, et menagaitle restedes batiments. On avait cache la pompe a bras de l'etablissement, pour la soustraire aux requisitions des federes, qui s'en seraient^servis pourinon-

der de petrole. On la mit en batterie pour arreter la marche du fleau; mais en depit du concours de la troupe, le feu detruisit la galerie d'expositioo, un atelier renfermant six metiers, trois salles contenant des brocb.es chargees de laines teintes, 1'ecole de tapisserie, un atelier de peinture et une partie du magasin des platres destines a l'enseignement du dessin, soit un ensemble de constructions s'etendant surune longueur de 80 metres. Soixante-seize tapisseries furent brulees tant dans les magasins que sur les metiers.

Des le moisde juin 1871. la Manufacture, a moiticdetruite, rouvrit ses portes; les ouvriers qui avaienl quitte Paris rentrerent. Le ministre de l'lnstruclion publique et des Beaux-Arts, pris au depourvu, confia l'administration provisoire des Gobelins a l'infatigable et toujours devour M. Chevreul ; puis, a la fin de l'annee. quand l'ordre et le calme commencerent a se retablir dans ["administration, un de nos plus savants ecrivains d'art, M. Alfred Darcel, tut charge de la delicate mission de reconslituer I'etablissement national.

La premier.' preoccupation du nouvel administrates fut de donner du travail aux tapissiers. Les metiers qui avaient etc epargnes par l'incendie ne portaient que deux pieces des Elements, la Tcrre et I'Eau. Une piece, VAmynthe et Sylvie, de Boucber, etait presque acbevee. La Direction des Beaux-Arts mil a la disposition des Gobelins des copies du Saint Jirdme du Correge, de la Charite" d'Andrea del Sarto, par M. Lucas, deux figures de Baphael, Comitas et Justicia, copiees par M. Clere. On demanda a MM. Maillart et Dieterle des bordures pour le Saint Ji'rilmc et a M. Lameire les entourages des Bapbael. Ces trois dernieres pieces elaient achevees en 1872; Comitas et Justicia furent vendues a l'exposition universelle de Vienne en 1874, et le gouvernement donna, en 1877. au pape, la Chariti.

Ine fois ce premier soin accompli, et les metiers en pleine activite. M. Darcel, qui apportait aux Gobelins des idees de progres, et dont le programme annoncait une reprise des traditions fecondes du xvne si^cle, s'occupa activement des reformes a introduire dans le travail des ateliers. Pourrendre a la production son veritable caractere, il r6solut de ne plus faire travailler les tapissiers que sur des modeles nouveaux. executes specialement en vue de la traduction en tapisserie, par des artistes experimentes, et possedant a fond le sentiment et la science de la decoration. M. Mazerolle recut la commande de sept panneaux destines a orner la

rotonde du pavilion du bullet de l'Opera : le TV/;, les Fruits, la Chasse, la Patisserie, le The", les Glaces, le C«/e; M. Lechevalier-Chevignard Cut charge depeindreles modeles de quatre tapisseries, a sujets allegoriques, pourle salon central duMusee ceramique de Sevres : Tornalura, Sculptura, Pictura et Flamma. On commengait en mfime temps une replique des deux figures de Raphael avec un fond et une bordure de M. Lameire, pour la decoration de la grande salle restauree du palais de justice de Rouen. M. Maillart donna ensuite uiie Penilope a son metier, M. Francuis Ehrmann, le Vainqueur ; et ML J. Machard, la Silent, exposee au Salon de 1874. Toutes ces oeuvres accusent nettement, dans la composition et dans le coloris, sinon un retour a la maniere des peintres des Gobelins sous Louis XIV, du moins des preoccupations artistiques et une simplieite de tons, qu'on chercherait vainement dans les tapisseries des periodes precedentes. L'inlelligencc des grandes lignes decoratives, des lonaliles Sclatantes et simples y est evidente, et si, au point de vue des resultats definitifs de la traduction en lapisserie, ces tentatives de resurrection du -rand art d'autrefois sont encore incompletes, on ne peut nier qu'un sensible progres ait etc deja realise.

Pour imprimera ce mouvement de renaissance artistiqueune impulsion nouvelle, etsurtout pour assurer sa continuity, leministre de I'Instruction publiqueinstitua, par un arrfiteen date du 31 octobre 1876, une commission de sept membres, arcbitectes, peintres et decorateurs, chargee de donner son avis, au point de vue de 1'arl et de la technique, sur les modeles, sur la conduite du travail, el en g6n6ral sur tout ce qui peut interesser le perfectionnement de 1'art de la tapisserie, et la prosperite des Gobelins. Cette Commission, composee de MM. Due, Ballu, Denuelle, Baudry, Cabanel, Puvis de Chavanne et Lavastre, su niiL immediatcment a l'ceuvrc. Ellc consacra de nombreuses seances a l'etude de toutes les questions theoriques et pratiques qui lui furent soumises. Ses travaux firent l'objet d'un rapport redige par M. Denuelle, rapport, dont les conclusions furent adoptees a l'unanimite par les membres de la Commission. Ces conclusions, eonformes en tout point aux idees et aux projels de M. Darcel et qui meritent d'etre meditees, car elles sont de venues la Charte acluelle de la Manufacture, etaient ainsi congues :

« 1° A l'avenir on n'executera plus de tapisseries aux Gobelins que

d'apres des modules on des carious composes en vue dc cette execution specialr.

«2°Les compositions de ces tapisseries serontmises, autanf que possible, au concours. Ce concours, qui sera public, serajuge par la Commission, qui en fixera Ie programme.

« 3° In concours aura lieu cbaque ann6eentre les eleves des Gobelins ayant fail (rois ans d'apprenlissage. L 'Administration des Beaux-Arts faci- Iitera au laureatles moyens de suivre. pendant deux ans, les cours de l'Ecole des Beaux-Arts.

« 4° A la Manufacture, on donncra plus d'extension au cours de dessin et Ton \ enseignera Irs principes lh6oriques qui doivenl diriger l'art de la tapisserie.

«S° Reforme des procedes d'ex6cution des tissus qui, a l'avenir, devronl fitre beaucoup plus simples-.

ti 8° Retablissemenl du cours de chinue appliquee a la teinture el du laboratoire ou les Sieves du dehors pourront fetre admis.

« 9° Creation a la Manufacture d'un musee oil seront exposes les modeles anciens et nouveaux, conjointement avec les anciennes tapisseries du Garde-meuble. Ces tapisseries figureront par series renouvelables, pour servir a l'etude. »

Dans ces dernieres annees, on a applique un certain nombre de ces reformes. Un arrete ministeriel, en date du 3 fevrier 188ij. a organise administrativement le musee de tapisseries et de tapis ; on dresse en ce moment l'inventaire des modeles anciens et nouveaux. L'ecole de tapisserie a recu une plus grande extension dans son programme artistique ; et pour determiner exactement son caractere nouveau, on lui a donne le litre d'Ecole pratique <V<n-t dicoratif et dc tapisserie. L'ecole comprend : 1° l'enseignement des sciences et des arts qui servent de base a l'art du tapissier: eel enseignement est donne dans trois cours, cours elementaire, cours superieur, et academie de dessin ; 2° l'ecole speciale de tapisserie et de tapis, qui est divisee en deux classes : Les eleves slagiaires et les eleves appointes, nommes les uns et les autres par le ministre, surla presentation de 1'administrateurde la Manufacture. Enfin, par arrete en date du 28 avril 1879. le ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts a instilue le concours dit ■■ prix des Gobelins ».

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LEs GOBELINS.

Le premier concours eut lieu le 6 novembre de la meme annee. Son programme comprenail l'execution d'un modele d'une tapisserie avec bordure, qui, destinee a la ehambre de Mazarin (Bibliotheque nationale), devait representer les Arts, les Sciences et la Littcrature dans l'Antiquitc. M. Francois Erhmann remporta le pri\ et fut charge posterieurement dc l'execution de deux panneaux destines a completer cette decoration : YImprime et le Manuscrit, actuellement en cours de tissage.

Depuisce temps, les concours se sont succ6d6s, suivanl les exigences de la fabrication, mais avec des interiniltenccs dc resttllals suffisantes pour qu'on ait pu se demander si l'institution fori d6mocratique de ces concours repond bien exactement aux conditions de Porganisation artislique de la Manufacture. 11 semble, en effet, d6montre, par une exp6rience deja longue, que 1'execulion des modeles de tentures exige une science approfondie de la technique dc la tapisserie, et une pratique constante de ses rcssdurces. Smis Lmii- XIV et sous Louis XV, les peintres qui donnerent les modeles de YHistoire dit Roy, des Maisom Royales, de YHistoire de Don Quichotte, etc., etaient attache's a la Manufacture, et se livraienl assiduement a ce genre de travaux. La plupart des compositions fournies, dans les periodes suivantes, par des artistes ext6rieurs et de grand renom, subissaient, avanl d'fetre mises sur le metier, une sorte d'adaptation qui les rendait conformes aux exigences <lu metier, et achevait de leur donner le caraelere arlistiijiie parlicnlier ;"i l;i lapissci'ie. Le Conseil de perfectionnemenl sentait, au reste, si bien de quel avantage etaient cette pratique et cette connaissancc approfondie de la technique pour la confection de bons modeles, qu'il demanda l'institution d'un concours annuel entre les eleves tapissiers des Gobelins ayant trois annees d'apprentissage, en stipulant que le laureat de ce concours passerait deux annees a l'Ecole des Beaux-Arts, pour apprendre la composition decorative. C'etait preparer pour l'avenir une pepiniere de peintres habiles, au courant des besoins de la tapisserie, et pour la Manufacture, c'etait la quasi certitude de posseder avant peu des modeles facilemenl executables, dessincs par des artistes competents. Faut-il ajouter que les considerations, dont M. Denuelle appuyait, aunomdela Commission, cette demande sirationnelle, etaient empreintes d'un grand sens pratique ? Depuis longtemps il n'avait rien etc ecrit d'aussi remarquable sur ce sujet delicat.

La Commission justifiait cette reforme essentielle par l'etat defectueux de la fabrication des Gobelins an point de vue artistique. « Nous avons le regret de dire que notre premiere impression ne fut pas favorable ; tout en reconnaissanl que la Manufacture, possede des executants ires habiles, et que la perfection d'execution n'a jamais <■! «■ poussee plus loin, nous sommes d'avis que les rcsultats obtenus laissenl beaucoup a desirer par suite du faux esprit, dans lequel sont eoncues la plupart des compositions qui servent de modeles, et par suite du mode d'execution qui est absolumen! eontraire an principe de l'art de la tapisserie ; errements contre lesquels l'administrateur actuel cherche en vain a reagir. » Des progres iraportants ont ete faits aux Gobelins depuis que cette critique, a la fois severe et juste, a ete ecrite. On a donne aux tapissiers des modeles nouveaux, plus conformes au caractere de l'art de la tapisserie.

L'incendie de 1871 avait del mil les modeles et le? tapisseries de la l nil ure des Cinq sens, de MM. Baudry, Dieterle et Cbabal-Dusurgey, destines, comme nous l'avons dit, a la decoration de l'Elysee. L'administration fit executor par M. Galland les modeles d'une nouvelle suite destined a les remplacer. Cette suite, composed de dessus de porte et de panneaux de diverses dimensions, repr6sentant chacune des Neuf Muses, Pindare, Yin/He, la Poisie satirique, le Poeme heroique, Pegase, etc., a laquelle on travaille encore a I'heure pr6sente, esl non seulement concue dans un esprit fort gracieux, mais encore dans un sentiment Ires decoratif. Une grande composition de M. Mazerolle, la Pilleule des fri's, qui, parle style, tienl un pen des Triomphes, esl egalement sur le metier, oil elle a heureusemenl remplace YApothiose d'Homere d'apres Ingres, dont la fabrication continuait la nefaste routine de l'imitation des tableaux.

En 188o, M. Gerspach. chef du bureau des Manufactures a la Direction des Beaux-Arts, succeda a M. Darcel. nomine conservateur du Musee de Cluny et des Thermes. Le nouveau directeur s'est applique, avecle plus grand zele, apoursuivre les reformes si heureusement commencees par son predecesseur, et a donner a la fabrication une haute impulsion artistique.

Actuellement, la Manufacture des Gobelins possede (|uatre atelier- ; un atelier de haute lice, occupe a la fabrication des tapisseries; I'atelier de la Savonnerie, oil se tissenl des tentures d6coratives, — la fabri-

cation des tapis de pied ayant etc abandonnee comrae trop eouteuse ; — l'atelier des rentraitures, qui fait les reparations, et enfin l'atelier des teintures.

Chaque atelier est place sous la surveillance d'un chef. Aux teintures, ce chef prend le nora de directeur. Le chef de la haute lice est M. Colin, conseiller municipal de la ville de Paris, qui occupe ce poste depuis l'annee 1875, et compte plus de cinquante ans de residence a la Manufacture. II a sous ses ordres 2 sous-chefs, 20 tapissiers et 25 apprentis. L'atelier de rentraitures possede 1 chef et 3 ouvriers. L'atelier des teintures se compose d'un directeur, d'un sous-directeur, d'un preparateur, dun sous-chef et de trois ouvriers compagnons. Nous faisons connaitre l'organisation de l'atelier de la Savonnerie, au chapitre consacre sp6cialement a son histoire. En ce moment 110 personnes constituent le personnel de la Manufacture. Le nombre des tapissiers, devons-nous ajouter, est tres variable; il se produit frequemment parmi eux des vacances, par suite de changements de profession. Ainsi, en 1885, 18 tapissiers onl quitte les Gobelins pour devenir professeurs de dessin dans les ecoles de la ville de Paris. Cette situation nouvelle, absolumenl inconnue jusqu'ici, n'est point sans danger pour l'etablissement, qui perd ainsi subitement des artistes fort habiles, donl le remplacement exige un temps tres long. Enfin depuis quelques annees, ['administration a fait revivre, sous un titre nouveau, I'ancien sur-inspectorat. M. Galland, l'eminent peintre decoraleur, remplit ces fonctions importantes, sous la denomination de Directeur des travaux d'art de la Manufacture.

Le budget annuel des Gobelins s'eleve au chiffre de 236,000 francs. Les appointements des chefs d'atelier varient de 4,100 a 5,000 francs ; ceux des sous-chefs, de 3,300 a 4,000 francs. Les artistes tapissiers recoivent de 1,600 a 3,250 francs, et les apprentis, de 900 a 1,500 francs. Aux teintures, le directeur a 4,000 francs ; le sous-directeur, 3,000 francs, et les compagnons, de 1,800 a 2,200 francs. Les salaires pour les chefs d'emploi n'etaient pas, au temps de Louis XIV, sensiblement inferieurs a ceux de l'epoque actuelle. II est accorde des primes de travail, qui varient annuellement de 50 a 250 francs. La plupart des ouvriers sont loges dans la Manufacture ; ceux qui n'ont pas de logement recoivent une indemnite de 200 francs ; generalement leur famille exerce exterieurement quelque petit commerce. Chacun a la jouissance

d'un jardin, dans un immense terrain de plusieurs hectares, situe sur Irs bords de la Bievre, el qui donne an milieu de ce quartier industriel el populeux, l'illusion charmante d'un enclos champetre, empli de fleurs, de verdure el de soleil. Ces jardins, tres bicn entretenus el Ires frequentes pendant la belle saison, oil les menageres peuvenl etablir des cultures de legumes et recoltent a l'automne des fruits en abondanee contribnenl a maintenir. entre tous les ouvriers des relations constantes, intimes, el a conserver dans chaque menage les habitudes de la vie de famille. Les traditions du passe sont encore vivantes dans cette Theleme artistique, qui par son organisation sociale seule presenterait une piquante originalite et constituerait une veritable curiosite parisienne. Ce que nuns ecrivions dans Le quatrieme chapitre de eel ouvrage sur le personnel de la Manufacture royale des meubles de In Couronne, nous pourrions le redire a propos des artistes actuels. (Vest une grande famille d'artisans, qui continuenl a se consacrer exclusivement a la pratique dun art seculaire, special a noire pays, et qui. a travers les bouleversements sociaux, les revolutions politiques, les transformations economiques el industrielles, transmel regulierement, aux generations <[ui se succedenl dans ce vieil hdtel, la passion de leur metier el le goul d'une vie calme, recueillie el modeste. La moitic environ des tapissiers actuels sonl nes dans les batiments des Gobelins ; ils se tiennenl tous par quelque lien, et se marient entre eux, comme au xvnc siecle. Beaucoup de families sonl la depuis le commencemenl du

siecle, el quelques-unes me comme celle des Duruy, peuvenl s'enor-

gueillir de compter parmi leurs ancetres, des artistes qui figment sur les ctals de la Manufacture, sous le regne de Louis XV. Ces braves gens out. en outre, organise entre eux une societe de secours mutuels , qui assure aux veuves el aux orphelins une retraite el un abri honorables, aux malades etaux infirmes, les soins et les secours medicauv. Tout ce personnel d'ailleurs est soumis a la loi de 1853 sur les pensions civiles. et se trouve ainsi assimile aux fonclionnaircs el aux employes de l'Elal.

Le travail est doux et interessanl ; il dure de huil heures du matin a cinq heures du soir en ete el a quatre heures en hiver, avec une heure dc rcpos pour le dejeuner. La discipline, qui presente un caractere jialernel, est dans les attributions de I'administrateur. On s'est demande bien souvent, avec une curiosite legitime, quel etait le travail de tapisserie

qu'un ouvrier pouvait accomplir dans son annee. La moyenne idertlo est 1 metre carre. Des artistes exceptionnellemenl (lours ont tiss6 annuellement 2m,50 ; mais cc son! la, qu'on nous permettc le mot, des ph6nomenes. En 1887, la Manufacture a produit 36m,2S : en 1877, avec an nombre egal d'artistes, eUe n'avait pas d6pass6 ^-'i metres. Ces differences considerables tiennent a la qualile des modeless aujourd'hui. que Ton a repris les traditions des maltres dn \\n siecle, procedant plus simplement, avec moins de recherche de tonalilrs el de lignes compliqnees, le travail est plus facile et pins rapide. Nous avons nieme tout lieu d'esperer que si aucune reaction funeste ne se produit contre cette utile reforme, la Manufacture pourra bientdt fabriquer des tapisseries dans les menies conditions de rapidity, de bon marche et de bon gout que sous Le Brun. Qu'on n'attende point de nous des chiffres comparalifs a propos des prix auxquels reviennenl les tapisseries; il est impossible materiellement de les etablir, avec une exactitude meme approximative. On nc doit jamais perdre de vue qu'aujourd'hui la Manufacture n'est plus une entreprise industrielle et commerciale, mais une sorte de Conservatoire de 1'art de la tapisserie avec mus6e, ecole d'apprentissage, ecole de dessin, etc. L'etal d'unc tapisserie supporle proporlionnellement toules les charges financieres afferentes a ces divers services tres onereux. II n'est done poini extraordinaire qu'elle revienne au triple et au quadruple du prLx auquel une tapisserie similaire clail cotee autrefois.

Les metiers de haute lice en usage sont au nombre de 11. Saul' quelques modifications legeres l'organisme en est le nieme que celui des metiers employes au xviu0 siecle; quelques-uns. d'ailleurs. remontent a cette epoque. Us se composent d'une paire de cylindres en bois de chene ou de sapin, dits ensouples, disposes horizontalement, a une distance de 2m,.t50 a 3 metres, et dont le cylindre superieur est supporle par des montants en bois de chene, appeles cotrets dans le langage des tapissiers. La cliaine de la tapisserie se fixe sur les ensouples. dans une situation absolument verticale, le fil arrets par une tringlc en bois, le verdillon, qui estloge dans unerainure. Cette chaine, laine, colon ou soie, aquatre. cinq ousixbrins. se divise en deux nappes, dontl'6cartement est maintenu par une ficelle de croisure et par mi baton en bois ou en wire, dil bilton d'entre-deux. A chaque fil de la nappe d'arriere est passee la lice, une cordelette, en forme d'anneau. La lice, est

fixee sur une forte perche, dite perche des /ires. C'esl en tirant ces lices que le tapissier pent ramener les Qls d'arriere en avanl et operer le croisemenl de la chalne et de la trame, celle-ci 6tant enroulee sur une broche qui remplace la navette du tisserand. L'arliste decalque prealablement sur la chaine les grandes lignes du modele a reproduire. un trait noir marquant les contours exterieurs et un trait rouge le detail des carnations. Ce d6calque, qui ne s'applique qua de petites parlies du modele, est complete par la prise de points generaux de repere.

Pour former le tissu de la lapisscrie, l'ouvrier, place derriere le metier, a l'envers et devant le modele dont il doit reproduire les formes, saisit une broche chargee de la laine ou de la soie teinte de la couleur determined; il arrete l'extremite du til de la trame sur le fil de chaine, puis mettant la main gauche entre les deux nappes separees par le baton de croisure, il ecarte les fils que doit recouvrir la trame de meme nuance. La main droite passant entre les fils va chercher a gauche la broche qu'elle ramene a droite; apres ce temps, la main gauche, saisissant la lice, fait revenir en avant les fils d'arriere et la main droite lance la broche au point d'oii elle etait partie. Ces deux passees constituent une duite. A chaque duile, l'artiste rupproche avec le bout aigu de la broche les fils de la trame du tissu et au bout d'un certain nombre de passees. complete l'operation au moyen d'un lourd peigne d'ivoire, dont les dents penetrent entre les fils de la chaine et compriment regulierement ceux de la trame.

Ce sont les contours du dessin. les diverses nuances du colons a reproduire qui indiquent l'etendue et le nombre des duites. La gradation de ces nuances, leur legerete, leur transparence sont obtenues au moyen du precede nouveau des hachures, inconnu avant 1812. Cette operation consisle a melanger ensemble des fils teints de couleurs differentes, de fa?on a ce que ce melange arrive a produire un fil dans la nuance exacte qu'on desire. Autrement dit. au lieu de meler dans la cuve des couleurs qui souvent s'amalgament difficilement, pour en teindre les echeveaux de laine ou de soie dans une nuance unique, on m£le dans des proportions scientifiquement etudiees des fils entre eux de facmi a produire, a distance, le mfime resultat. Les premiers essais de cette nouvelle methode, furent faits vers 1812 par un artiste travaillant a la basse lice, nomme Deyrolle. II l'appliqua d'une maniere restreinte, mais en obtint de si bons resultats que son fils. M. Gilbert Deyrolle. chef date-

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lier, l'experimenta en grand, en montra les effets a M. Louis Ran§on, et que tous deux convertissant ces essais pratiques en theorie scientifique, appliquerent celle-ci d'une fa<jon generate . Ce precede nouveau amena ce qu'on avait cherche vainement auparavant, un accord durable entrc les nuances employees. II permit aussi, avec un nombrc de nuances infiniment moins considerable, darriver dans la traduction du modele a une exactitude bien superieure de coloris. Enfln, la tapisserie perdit son ton mat, pour prendre un aspect vibrant et une transparence qu'elle n'avait pas eus jusque-la.

En 1826, quand les ateliers de basse lice furcnt supprimes aux Gobelins, MM. Deyrolle et Rancon transporterent leur precede dans les ateliers de haute lice. Mais il fallut de longs tatonnements et une persistance singuliere pour arriver a la perfection qu'on avait obtenue si rapidement dans les ateliers de basse lice, et surtout pour triompher d'habitudes seculaires. Ce n'est qu'apres sept ou huit ans d'experiences sans cesse renouvelees, que la superiorite du travail de hachures a deux et trois nuances fut admise sans contestation. L'execution de YHistoire de Marie de Medicis, par MM. Buffet, Gilbert Deyrolle et Lucien Deyrolle, aida singulierement a la diffusion de ce precede qui est aujourd'hui a peu pres le seul employe. C'est a peine, en effet, si Ton trouve aux Gobelins un ou deux artistes pour soutenir theoriquement l'ancien systeme, qu'ils considerent comme plus severement artistique.

On s'est egalement preoccupe\ comme nous l'avons dit, d'assurer le recrutement des tapissiers, tres compromis depuis quelques ann<5es, et pour cela Ton a cree une ecole de tapisserie.

Cette ecole est alimentee par les tils de tapissiers ou par des eleves libres, auxquels on fait signer un engagement de dix annees, pour eviter des desertions malheureusement trop nombreuses. Les eleves, on le sait, sont divises en deux classes : eleves a l'essai ou stagiaires, et eleves appointes. Au moment de leur admission comme eleves definitifs, les stagiaires non retribues touchent une indemnite de 100 francs; a partir de la deuxieme annee, il leur est alloue 400 francs et la troisieme ils regoivent 900 francs. A leur entree dans l'atelier, les apprentis sont employes aux travaux les plus simples. A titre d'encouragement, ils sont admis a voir figurer leurs noms sur les tableaux d'exposition des pieces auxquelles ils ont collabore. Actuellement, l'ecole de tapisserie compte 6 eleves.

L'ecole de dessin annexee a la Manufacture est beaucoup plus nombreuse : Elle ne compte pas moins de SO Sieves, apprentis des Gobelins ou jeunes gens venus du dehors. Les professeurs sonl : MM. Galland, Cleret et Tourny.

Telle est, au moment oil nous ccrivons, I'organisation de la Manufacture nationale ties Gobelins, dont les oauvres, Lncomparables, uniques, font l'admiration du monde entier.

Par une disposition toute naturelle de I'espril humain et qui re-pond a un sentiment inne d'harmonie universelle, tuns ceux qui ont contempt quelques-unes de ees splendides tapisseries, sans 6tre jamais venus a Paris, aimenl a se representer le lieu oil ces chefs-d'OBUVre d'art voient le jour, comme une sorte de palais liabile par des fees et digne, par ses nobles proportions, par son magistral aspect, des tresors d'art qu'on \ fabrique. 11 n'en est rien. Jamais conlrasle plus liappanl n'a exislc enlre un etablissemenl de cette sorte, el ses merveilleux produits, jamais disillusion n'a ele plus grande que celle des visiteurs qui, pour la premiere fois, penelrcnt dans ces eours solitaires, an milieu de ces batiments disparates, dont les murailles lepreuses semblenlsuinter la tristesse et l'abandon.

Plusieurs constructions des Gobelins, nous 1'avons dit plus haul, furent detruites en 1871, pendanl I'agonie de la Commune. Gelles qui sonl demeurees debout et dont la purpart remontent au xvu" siecle, sont dans un lamentable 6tat. L'atelier des teintures, la plus ancienne partie de l'edifice central, partie qui dale probablement de Henri IV, menace mine depuis de longues annees el on a du 1'eiayer fortement avec d'epais madriers, qui obstruent la plupart des pieces affect6es a cet important service. Le laboratoire de cbimie est un d6dale de chambres obscures, etroites, reliees par des escaliers de meuniers el par des couloirs oil Ton a peine a marcher deux de front. L 'atelier de la Savonnerie recoil un jour parcimonieux d'arriere-cour, qui se convertil en longs cr6puscules. pendant les saisons d'hiver el d'automne. La haute lice habile stoi'quement un long boyau de constructions, oil la lumiere semble filtrer par des abat-jour de prison. L'ecole de tapisserie e1 I'atelier de rentraiture sont installs dan- un batiment el mil qui date vraisemblablement de la direction de. de Comans et de de La Planche et d'une solidile douteuse, mal distribue, insufflsanl comme espace. Enfin il n'est pas jusqu'a certains des batiments neufs. la salle d'exposition notamment,

LES GOBEUNS 283

qui n'aient lair de hangars on d'abris provisoires, indignes des richesses qu'ils eontiennent et des strangers qui accomplissent un pieux pelerinage dans ce sancluaire de l'art.

Les amateurs de pittoresque, de vieilles pierres, du Paris historique, pourront regretter, il est vrai, l'hoteldes Gobelins, si jamais il est donne suite au projet de lc demolir et de le remplacer par un edifice neuf, mieux approprie. II y a la des coins de paysages urbains, d'une singuliere originalite de pliysionomie. ties souvenirs artistiques precieux. Une des salles d'exposition de tapisserie etait l'atelier de Le Brun. Le premier directeur de la Manufacture babitait la, a cote du magasin des modeles, un de ces pavilions aux pierres grises, dont la charmille en contrebas de la terrasse superieure, etroite, sombre, est au printemps toute fleurie de lilas et de cerisiers. Dans la grande cour. solitaire, pleine d'herbes entre ses paves, entouree de bailments trapus, avec des toits aigus qui montrent leurs Luiles rouges, tapissGes de mousses et de pari&aires, el desmurs a crepi couture comme l'habil d'un vieux mendiant, on rove dc deux siecles en arriere. On a la sensation d'etre le contemporain des Jans et des Delacroix. Mais, en depit du regret qu'on eprouve toujours a voir disparaitre les vestiges d'un passe, dans lequel ont vecu des homines que nous admirons et aimons, comme etaienl ces vaillants artistes des Gobelins dont nous venons de retracer I'histoire, il nous semble infinimenl preferable de placer les artistes contemporains dans un milieu digne de leur talent, et aussi des belles ceuvres qu'ils executrnl.

Evidemment. un pared etat de delabremenl de la Manufacture nc saurait se perpetuer. Depuis long temps, Lout le monde est d'accord pour y mettre fin. En 1877, 1' Administration des Beaux-Arts fit dresser un projet de reconstruction des Gobelins ; mais ce projet, dont le Parlement a ete saisi, s'est trouve a diverses reprises ajourne, par suite de considerations financieres, qui n'admettaient pas de replique. Au mois d'octobre 1886, le ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts laissait entrevoir que le transfert de la Manufacture au chateau de Conr piegne, oil elleserait reunie a celle de Beauvais, pourrait presenter une solution, a la fois economique et satisfaisante. Les incidents politiques ont fait abandonner cette proposition, contre laquelle, d'ailleurs, le Conseil municipal de Paris avait proteste energiquement.

Une autre raison s'oppose a ce transfert. Nous voulons parler du refus des artistes d' abandonner Paris oil ils possedent leur famille, leurs

amis, et ou ils trouvent en dehors de leurs heures de travail des occupations lucrative?, qui leur pennettent de reraedier en partie a l'insuffisance indiscutee de leurs appointements. Or s'il est un personnel au monde qui a droit a des egards speciaux, c'est bien celui des Gobelins. Le spectacle qu'offre cet etablissement est unique au monde; car en notre temps un peu trop prosai'que, on chercherait vainement une autre collectivite d'artistes aussi justement celebres, vivant dans le recueillement, et resolus a ne trouver dans un travail incessant et dune prodigieuse difficulte que la satisfaction d'enfanter des chefs -d'osuvre.

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L'ATELIEU DE TEINTL'RES

et atelier, bien que son lbnetionnement ait toujours etu entoure d'un certain mystere, a joue, dans l'etablisseraent et dans l'existence de la Manufacture royale des meubles de la Couronne, un role trop considerable, pour que nous n'essayons pas, en depit des obscurites qui l'enveloppent, d'en retracer l'histoire. Lorsque de Comans et de La Planche vinrent installer leurs metiers de basse lice dans le faubourg Saint-Marcel, il etaient, sans aucun doute, determines par des raisons imperieuses. Des industriels aussi avises ne devaienl rien faire a Faventure. lis furent evidemment attires dans cet endroit, relativement ecarte, par la presence des teintureries qui. nous l'avonsvu au commencement de cette etude, existaient deja, depuis de tres longues annees, sur les rives de la Bievre. La renommee des Gobelins, des Canaye et de leurs successeurs etait telle que le populaire, toujours ami du merveilleux, apres avoir suppose longtemps qu'un pacte secret avait mis le diable dans l'affaire, s'etait arrete derinitivement a cette idee plus

raisonnable en apparence, mais lout aussi peu fondee en realite, que Irs eaux de la Bievre possedaienl pour la leinture des vertus speciales, que n'avaient point les autres cours d'eau'. Depuis tors, on est pevenu a une appreciation plus juste, el il a etc permis de constater scientifiquement que la legende de ces vertus secretes •'■tail aussi fausse que celle do cerlaines sequestrations, dont qous avons longuement parle dans notre premier ehapitre. Depuis longtemps, en effet. on ne se sert plus, dana 1'atelier de teintures des Gobelins, que d'eau de Seine filtree ou d'eau de source, et I'eau de La Bievre. bien loin d'etre recherchee a cause de ses qualites speciales, est. an contraire, soigneusement ecartee conune inquire et chargee de matieres nuisibles. Mais au temps oil de Comans et de La Planche vinrent s'installer a la place qu'occupe la Manufacture, le prejuge' etait admis et vraisemblablenient entretenu avec grand soin, les Gobelins ayant un interet Ires serieux a ce qu'on atlribuut 1'excellence de leurs teintures a la position topographique oceup6e par eux et qu'on ne pouvait usurper, plutot qu'a certains tours de main i'aciles a decouvrir it a mettre ailleurs en pratique. Nos deux lapissiers s'installant au faubourg Saint-Marcel a cote de ces teinturiers illustres, avaient certainement l'espoir que la grande reputation des Gobelins deviendrait aux yen\ du public une garantie de la solidite de tons de leurs tapisseries; enfin le voisinage immediat des ateliers existants procurait des avantages incontestables a des industriels. dont toutes les matieres premieres etaient prealablement soumises a la teinture.

On est amene lout naturellement par ces considerations a supposer que le premier atelier de teintures de la Societe de Gomans et de La Planche fut precisement celui de Nicolas Gobelin, dont 1'emplacement est aujourd'hui englobe dans les batiments de la Manufacture. C'est la que tres vraisemblablenient ont etc teintes. pendant tout le premier quart du xvn" siecle, les laines employees par nos deux industriels. car les soies leur venaient d'ltalie avec leurs couleurs definitives.

Les teinturiers du faubourg Saint-Marcel continuerenl de jouir pen-

' Le prejuge favorable aux eaux de la Bievre etait encore dans loute sa vigueur aux xvu' et xviii- siecles. L'auteur d'un rapport adresse, en 1631, au cardinal Barberini constate que les eaux des Gobelins sont considerees comme les meilleures que Ton puisse employer pour la teinture, el attribue cette vertu aux nombreux detritus vegetaux qu'elles charrient. Le sieur J.-C. Nemeitz, dans son Sejour de Paris (Leide, 1727), ecrit 378i : . I.'on pretend que la petite riviere qui labaigne (la Manufacture), je veux dire I'eau des Gobelins, a la vertu de donner a I'ecarlate une couleur haute et ecla'ante, effet qu'on n'attribue pas aux autres eaux de Paris. »

PLANCHE WWII

Les Gobelins. — LA GRANDE SALLE 1)1 MUSEE

danl longtemps d'une reputation unique, car, en 1662, lorsque Colbert out la premiere idee d'etablir, sur les bords de la Bievre, une Manufacture royale des meubles de la Couronne, le maintien du faraeux atelier de Gobelin en ce lieu s'imposa immediatement a son attention. Confiant clans la valeur des traditions qui s'y etaient conserves, il resolut de l'agrandir et de lui donner une mission professionnelle. Dans l'edit de fondation il est fait mention, en effet, de teinturiers entre les divers artisans, dont la surintendance des Batiments, el le directeur doivent tenir la Manufacture pourvue. Bien mieux, de nos jours, un savant illustre et parculierement bien place pour parler avec autoritedeceschoses, M. Chevreul, a ccritqu'a cote des elements artistiques et technologiques que le genie du grand ministre avail introduits aux Gobelins, il fallait placer I'elemenl scientifique, dont il avail prevu l'influence future el auquel il avait su preparer une place importante.

M. Chevreul nte, a l'appui de son opinion, un livre publie par Colbert en 1671, quatre ans apres le reglement de la .Manufacture des Gobelins, sous le titre d' Instructions giniralespour les teintures des laines et manufactures de laines de toutes couleurs, et pour i" culture des drogues ou ingridients qu'on y emploie. « Cetle instruction, dit-il, renferme plus de uirs g6n6rales sur I'administration, I'dconomie <\*-< arts el la teinture, qu'on n'en trouve dans la plupart descents, auxquels cetarta donne lieu dans le xvin0 siecle et m6mc dans le notre, bien entendu, en tenant compte de l'inslitution des jurandes el maitrises, necessite des temps oil elle parut... Elle monlre a tous que rinslilution des deu\ Manufactures des Gobelins et de Beauvais et l'extension de la Manufacture de la Savonnerie n'avaient pas seulement pour but de meubler les palais royaux, mais de donner encore a l'industrie francaise 1'impulsion la plus puissantc. »

Ces faits etaient a noter, non seulement parce qu'ils expliquentl'etablissement de la Manufacture en cet endroit, mais encore parce qu'ils viennent a l'appui de la these que nous avons soutenue dans notre premier chapitre : a savoir que, dans l'institution des Manufactures royales, Colbert poursuivait, avant tout, le developpement serieux des industries artistiques en France, alors que Louis XIV n'y voyait que le moyen de se procurer, pour ses chateaux et ses palais, des meubles d'une beaute incomparable et des tapisseries d'une absolue perfection.

Des 1663, l'atelier de teintures etait pourvu comme les autres

atelier?, d'une organisation officielle. II etail place sous la direction rle Josse Kerchove, ou de Kerkhove, gratifie du litre de teinturier de la maison des Gobelins, litre quil echangea, en 1669. contre eelui de « teinturier et marqueur des ouvrages de la Manufacture ». Kerkhove recevait un appointement de 1,500 livres, payS par la surintendance des Batiments. et un gage de SO livres, porte plus tarda 100 livres. comme petit officier an service duroi.et comme artiste travail- Ian t pour la Couronne. 11 etail loge au\ Gobelins, et on lui fournissait le bois et toutes les drogues necessaires. Les iuconvenients de cette manutention speciale ne tarderent point a paraitre ; la direction crut mieux faire de trailer, a lant par livre de laines teintes. Cozette succeda au fils de Kerkhove. Lorsqu'il mourul. son fils, qu'il avait garde aver lui au\ Gobelins, comme compagnon, au traitement de 600 livres par an. cefusa la succession; la situation de chef d'atelier etait devenue tres mediocre au point de vue financier. Cozette fils s'dtablit a son compte dans Pari*. Le sieur Menil qui fournissait les soies teintes et les laines blanches, depuis un long temps, fut invite a se charger de la teinture des laines; il prit pour compagnon un Kerkhove, petit-fils de Josse Kerkhove.

C'est a pen pres tout ce qu'on -ait sur le fonctionnement de l'atelier de teintures des Gobelins, pendant cette periode, toulefois il ne parail pas qu'on aiteu beaucoupa se loner de la qualite de sesproduits; nous voyons, en effel, les entrepreneurs des ateliers de haute el basse lice protester tres \ ivement, contre la fragility de certaines couleurs qui leur etaient fournies. La responsabilite du delaut de solidite de quelques nuances doit-elle in< ber tout entiere a celui qui dirigeait alms L'atelier des teintures ? Vraisemblablement non. Nous avons raconte plus haut la grande querelle d'Oudrj et des chefs d'ateliers de haute el basse lice. On se souvient que le peintre lavori de Louis XV voulait obliger ces derniers a renoncer a ce qu'il traitait avec mepris d' ■> execution sauvage ». 11 pretendait leur faire abandonner leur « papillotage imporlun de couleurs acres et discordantes qu'il qualifiait dedaigneusement de « coloris de tapisserie », pour suivre les gradations et les degradations de la peinture. Mais, pour obtenir ces gradations et ces degradations, Oudrj avail du exiger des teinturier- la composition de nuances tres 16geres. Or ces nuances, les teinturiers d'alors, qui procedaienl encore par moyens empiriques, ne pouvaient les obtenir qu'en multiptiant les operations chimiqueset en surchargeanl les laines de principes colorants divers. La lumiere avait \ite raison de ces

sophistication?. Les nuances nouvelles s'alteraient rapidement, et en quelques annees elles disparaissaient, rompant ainsi loule 1'harmonic de la lenture.

En depit des belles theories d'Oudn . il y avait la un peril, dontpersonne ne pouvait nier la gravite. Kerkhove se montrait tout a fait insuffisant commepraticien. Sa conduite privee, en outre, donnait lieu a des scandales frequents. Soufflot dut lui ehercher un remplacant. II s'adressa a Cozclte fils, qui consentit arentrer aux Gobelins. Un lui assura 800 livres de traitement annuel, dont la moitie. etait reversible sur la tete de sa veuve en cas de deces, et on lui donna un compagnon, qui se trouva etre encore un Kerkhove, l'oncle du dernier qu'il remplacait.

En 1769, une nouvelle reorganisation de l'atelier des teinlures eut lieu; Soufflot en confia la direction a Audran.Cozette et Neilson,c'est-a-direprecisement aux trois chefs d'ateliers, qui s'etaient montres les adversaires les plus resolus d'Oudry . Mais les entrepreneurs de la haute et de la basse lice se senlaient mediocrement competents en une matiere. qui. plus que toule autre, reclame des etudes scientifiques serieuseset des connaissances speciales. Aussi Audran et Cozette ne tarderent-ils point a donner leur demission, abandonnanta Neilsonle soin d'accomplirles reformes, dont ilsreclamaient la realisation. Neilson, nous I'avons vu, etait un de res hommes. rares en tous temps, qui, connaissant a fond leur profession, savent la pousser energiquement dans la voie du progres. A une intelligence exceptionnelle, il joignait une aetivite sans seconde. Les teinturiers qui travaillaienl alors pour les Gobelins, se trouvaient aux prises avec des difficultes speciales prenanl naissance dans les tonalites legeres et tendres, que les peintres d'alors avaient mises a la mode, et dans 1'imitation la plus niinutieuse des modeles par les tapissiers. La paletle des peintres s'etait, en effet, singulierement eclaircie. Entre les tableaux de Francois Boucher, de Natoire, de Carle Vanloo el ceux de Le Brun, du Poussin, de Van der Meulen, l'ecart comme vigueur de coloris etait considerable. Or, le propre des laines et des soies teintes dans les nuances ties legeres, e'est d'etre dune coloration beaucoup moins fixe, que cedes teintes dans des nuances vigoureuses. En outre l'influence d'Oudry, malgre la lutte que les chefs d'atelier avaient entreprise et soutenue contre lui, n'avait pas ete sans donner quelques resultats. On en etait arrive a une copie beaucoup plus scrupuleuse de la peintuiv.

11 y avait la pour les teinturiers toute une serie de problemes delicats

a resoudre, et les obstacles a vaincre etaient assez nombreux pourrebuter les plus resolus. Neilson ne se laissa .ureter par aucune consideration de fatigue ni de dcpense. 11 apporta dans ses nouvelles fonctions son esprit d'initiative et son energie; il s'y otait prepare, d'ailleurs, par des etudes profondes. faites, avant sa nomination d'entrepreneur, sous la direction d'un chimiste, le P. Castel, qui a laissc un nom dans 1'biStoire de la science de ce temps. Son arriere-petit-fils, M. Albert Curmer, dans une notice qu'il a publiee sur lui, signale plusieurs ouvrages de Neilson dans cet ordre de travaux, notammenl une Physique complete >/<■ I'art de In teinture fonde'e sur I'histoire naturelle des trois r&gnes, en C volumes in-4°, et un Manuel de la manipulation. Deux collaborateurs exceptionnels lui permirent, en outre, d'entreprendre des exp6riences tres scrieuses, qui ne durerent pas moins de dix annees. L'un ctait son fils. Daniel-Marie Neilson, agr66 comme entrepreneur de basse lice en survivance de son pere, et I'autre, Quemiset. le -avant que nous avons deja fait connaitre, engage an\ appointements de 600 livres.

Pendanl dix ans, Quemiset travailla avec pas-ion aux Gobelins, se privant du Q^cessaire pour acquerir les ouvrages r6cemment pains, qui pouvaient lui suggererdesid6es nouvelles, et faisanl sans cesse des experiences limit il ne manquail jamais de publier les resultats. M. de Montucla, secretaire de la direction des Batiments, eerivait de lui au directeur general : « Quemiset a I'enthousiasme de son metier et -'il savoit qu'il y a a Berlin un bomme quia un precede particulier pour une teinture qu'il ne sail pas faire, il abandonneroit la Manufacture pour y courir a pied el apprendreson secret. »> Malheureusement, Neilson, jalouse par ses collegues, ne trouva pas dans l'autorite superieure l'appui qu'il etait en droit d'en attendre. Ce n'est pas que son devouement et ses grands services aient ete entierement meconnus. M. de Montucla, charge, en 1772. avec l'illustre chimiste Macquer et avec Soufflot, directeur des Gobelins, de l'examen des resultats obtenus par Neilson et Quemiset, n'hesila pas dans son rapport, tres detaille. a rendre pleine et eclatante justice a ces deux hommes de merite.

La consideration dont ils jouissaient permettail a nos deux inventeurs d'esp&rer de grandes recompenses. M. d'Angiviller pensa s'acquitter en accordant a Quemiset une gratification de 2,400 livres pour quatre annees de recherches incessantes et d' efforts couronnes de succes. Quant a Neilson, il dut se contenter du remboursement de ses avances, representant

le prix de 3,291 livres de laines teintes. Une remuneration aussi maigre pour des travaux poursuivis avec tanl de zele et d'un resultat aussi ulile, ne pouvait allacher aux Gobelins un horarae du caractere de Quemiset. Josse de Kerkhove etait mort sans faire connattre ses precedes et sans laisser d'eleves apres lui; avec Quemiset il en I'm de meme. Un soir de l'annee 1783, le savant quitta elandestinement la Manufacture et Ton apprit, peu apres, qu'il etait mort dans une affreuse tnisere. Neilson qui, des l'annee 1781, a la suite de la mort de son fils, avail demands avec insistance d'etre releve" de ses lbnctions, et qui, d6courag6 et mine, n'etail retenu aux Gobelins que par l'espoir toujours decu de sc voir payer les sommes importantes dues par la caisse drs Batiments, Neilson se retira a son tour, pour aller linir ses jours dans la g6ne et dans l'abandon. Audran essaya de lui succeder avec I'aide du chimiste Cornette. Le choix paraissait heureux. C'etait Cornette, en effet, qui avait fourni a {'Encyclopedic I'article sur la Leinture des laines et des soies employees dans les tapisseries. Mais il eut fallu presque du genie pour relever ce malheureux atelier, et quand, en 1792, le minislre Rolland crul devoir le supprimer ofliciellement, depuis bien des mois deja. il avait ccsse de rendre des services appreciable.

De son passage a l'atelier de teintures, Quemiset avait laisse deux traces precieuses : Un tableau de toutes les couleurs que Ton pouvait exiger, et un manuscrit explicatil', en Irois volumes, indiquanl les proc6des a ['aide desquels on pouvait obtcnir toutes les nuances tracees sur ce tableau. La question de propriele de ces documents donna lieu a des contestations violenles entrc Neilson el l'inspectcur Belle. Neilson les reclamait commc sa propriete privee, en raison de sa collaboration aclive avec Quemiset et des sommes qu'il avait deboursees pour les experiences. On lui objecla qu'il n'avait ele qu'un collaborateur tres secondairc, que ses idecs vagucs n'auraienl eu aucune valeur pratique sans l'inlervenlionde Quemiset et que le roi, ayant fourni les fonds d'en- Lretien de l'atelier, clail soul proprietaire des documents. Vaincu, Neilson demanda qu'on lui laissat les manuscrits, pendant le temps necessaire pour qu'il put en achever la redaction incomplete. Belle rcfusa. el les trois volumes furcnlenleves au vieil entrepreneur de la Manufacture. On consentit a lui abandonner les copies qu'il en avait failes. « On les croit nulles, » lui fut-il dit, en maniere dedaigneuse de concession.

Le 18 aoul 1794. quand l'atelier fut retabli, ces deux documents, dun

prix inestimable, existaienl encore. In rapport, adresse, en 179.";. par Augustin Belle a la Commission d'Agriculture el des Arts, nous apprcnd qne le tableau ('Mail intact, el que le manuscrit se trouvait entre les mains de Darcet, (jui avail etc inspecteurde l'atelier tie teintures. do 1787 a 1792. el qui « travailloit a trouver la clef desdits procedes ».

La Commission invita Darcet a deposer le manuscrit entre ses mains. ot il le fit san- doute, quoiqu'on n'ait pu savoir, depuis cette epoque, ce que ce precieux documenl elait devenu, Quant an tableau, son soil fut peut-etre encore plus lamentable. L'impossibilite de comprendre le sens de cette oeuvre, sans la description qui lui servait d'explication el de complement, fut cause qu'il demeura dan- an regrettable abandon, el en 1824. lorsque le jeune M. Chevreul fut appele a la direction de l'atelier de teintures des Gobelins, il ne restail plus que des debris informes de ce grand travail, qu'il rechercha aver une vive curiosite, mais sans succes.

Longtemps avanl cela, du reste, la tradition des decouvertes de Quemisel elait oubliee. Le teinlurier Galley, nomme en 1792. n'essaya point de les ressusciter, el quand, en 18u.'f. I'6l6menl scientifique reparul dans l'atelier. quand Hoard, professeur de chimie el de physique, fut nomme directeur de l'atelier de teintures, on dul fecommencer toute une suite de in- el delicate? experiences, pour arriver a determiner de nouveau les meilleurs procedes de teinture des laines el des soies employees et les matieres les plus solides pour obtenir des nuances durables. De 1803 a I81tj. Hoard proceda, en effet, a un grand nombre d'essais, notamnieiii sur l'emploi de I'indigo, du bleu de Prusse, de la garance, etc. II - occupa aussi beaucoup des mordants. II publia des memoires sur I'Aluiiage et I'influence des divers etats des laines en teinture, sur {'Influence de Falun de Rome compare" a ceua de France, sur le Dicreusage de In soie. et,-. Roard, etail non seulement un travailleur infatigable, un chimiste experimente; il \ ayait en lui un observateur, a I'esprit subtil et ingenieux. Aussi ne tarda-t-il pas a se rendre compte de- difficultes speeiale-. contre lesquelles les tapissiers se debattaient. Un curieux memoire qui nous a ete conserve, nous le inontre an\ prises avec le- plus grands peintres de son temps, comme jadis Neilson avec Oudry, et n'obtenant guere plus de succes que son illustre predecesseur. « La Manufacture des Gobelins, ecrit-il, n'avait dans leprincipe, a executer que des tableaux de couleuis tres intenses et tres tranchees, seprfitant a une parfaite execution

is

en tapisserie, couleurs qui, alors, conservaient Loute leur fratcheur et leur harmonip. Les nuances de laine et do soic, assez distantes les unes desautres, ne se coraposaienl chacune des demi-teintes au\ couleurs les plus foncees) que de dix a quinze couleurs. Mais, quand ii afallu executer les tableaux de David el de -I1- eleves, Gerard, Gros, Guerin, Girodel, ces habiles artistes nous onl force, malgre nos observations, a augmenter d'une maniere considerable noire ancienne palette, el a [aire des nuances tres rapproch6es entre elles, qui alors se composaient, a partir du blanc, de trente a trente-six couleurs. Corame je connaissais assez particulieremenl tous les grands peintres, je leur ai fail observer f|ue, pour nous rapprocher ie plus possible de leurs tableaux, nous ne pouvions donner aux tons si clairs qu'ils deraandaienl la meme solidity et la memo duree a lair, que celles des demi-teintes el des couleurs foncees : qu'apres mi temps assez court, I'harmonie qui existail primitivemenl serail detruite, el qu'enfin, par leur faute, on dirait plus lard que 1 "art de la fabrication des tapisseries a retrograde, malgre les perfectionnements nouveaux el tres importants apportes tani dans cette meme fabrication que dans Ie? teintures. Cependant, on ne tint aucun compte de ces motifs si positifs; ('administration des Gobelins ful obligee de ceder au ilesir de ces grands peintres el de se conformer a leurs exigences. Pendanl que M. David s'occupail de terminer sun tableau du Sacre, qui devail tHre execute en tapisserie, j'allais assez souvent dans son atelier, place de la Sorbonne. En admiranl le cote droit de son tableau, dans lequel sonl grouped rempereur, le pape el lous les marochaux : • Nous ferons, lui disais-je. pour cette pari ie une tres belle tapisserie, attendu la beaute, la richesse el la variete des costumes ; mais comment voulez-vous que nous, dont les moyens d'ex6cution en couleurs solides sont tres bornes. nous puissions faire quelque chose de bien durable pour le cote gauche, dans lequel se trouvenl 1'imperalrice, les princesses el les dames de sa suite, loutes habillees de blanc? — Vous ferez comme vous le pourrez, me repondit ce grand peintre ; mais vous n'aurez jamais autant d'ennuis que j'en ai eprouves pour ce tableau de commande, dans lequel j'ai ele oblige de placer mes personnages d'apres un programme officiel. « Des l'annee 1804, j'avais reconnu que la fabrication des tapisseries a des limites, qui sonl relies tie la palette du teinturier en couleurs solides, limites quelle ne doit jamais depasser, si Ton ne veut pas courir la chance de voir ces magnifiques produits qui d'abord, en

sortant do dessus dos metiers, ne laissent rien a desirer. perdre ensuite, apres quelques annees de leur exposition a 1'air, une grande partie de leur fralcheur et toute leui' harmonie. »

On sail que l'evenement s'est charge de prouver combien les apprehensions de Roard etaient justifiees, el que beaucoup de tapisseries, executes d'apres des tableaux de I'ecole de David, n'ont pas tarde a presenter le facheux disaccord pr6vu par le chimiste. Roard crea au\ Gobelins une ecole pratique d'oii sortirenl tin certain nombre d'habiles teinturiers.

Le comte de Laboulaye-Marillac qui. le l"janvier 1817,succedaa Roard, n'a pas laisse de traces serieuses. Le aouveau titulaire s'etait fait connaitre par deux oeuvres litteraires qui ne devaient pas lui survivre. En collaboration avec Tonnelier, le naturaliste, il avait donne une traduction dn dernier voyage de Pallas en Siberie; un memoire sur les Couleun inaltdrables, adresse par lui a I'Academie des sciences, avail a peine fixe L'attention de l'illustre Compagnie. C'etaient la tuns ses litres. Sa direction ful sans ei'lai. el -on enseignemenl depourvu de lout prestige.

Heureusement, il n'en ful pas de cneme de son successeur, M. Chevreul, qui. le 9 septembre 1824, prit posses-ion du laboratoire de la Manufacture. S'il fallaii d'ailleurs une preuve de I'etal de delaisseraenl dans lequel 6tai1 tombe le service des teintures, sous la direction de M. de Laboulaye-Marillac, l'illustre savant dont nou- venons d'ecrire le iiom nous la fournirait, dan- le recil meme des difficult6s qu'il 6prouva a le reorganise!-. « A nion onlree aux Gobelins, ecrivail unjour M. Chevreul, je ne irouvai ni barometre, ni thermometre, ni balances de precision, ni vaisseaux de platine, ni cuve a mercure, ni reactifs; one espece d'ecurie oude cuisine, pavee el humide, etait, disait-on, le laboratoire. Heureusement, M. Sosthene- de l.a Rochefoucault, directeur des Beaux-Arts, fit toul ce qui elail en son pouvoir pour faciliter les recherches scientifiques du directeur des teintures. Le tninistrede I'Interieur, M. deCorbiere, ne partagea pascette maniere de voir; sous le pr6texte qu'il n'avaii pas concouru a ma nomination, il supprima le credit qui. depuis ['Empire, avail 6te accorde par lous les ministres de I'Interieur a l'ecole de teinture. En consequence le cours dul cesser. M. Sosthenes de La Rochefoucault, apprecianl l'utilite dont il pouvail elre. m'engagea a le reprendre a des conditions fort differentes de celles qu'on avait failes a mon predecesseur, mais n'ayant rien u lui refuser, je le- acceptai, el depuis lorsjusqu'en 1832. je naipas

cesse de faire chaque annee, au moins trente lecons sur la teinture, et, a partir de 1830, j'en ai fait benevolemenl tous les deux ans sur [e conlraste et l'harmonie des couleurs. Ces lemons, d'abord au nombre de trois, furent portees au nombre de douze etquinze; par des motifs que je tais, j'ai cesse de les faire en 1852. »

Avant d'aller plus loin, empressons-nous de constater que les travaux de M. Chevreul sur l'liarmonie et le contraste des couleurs devaienl avoir le plus heureux effel sur le developpenu-nl <}<■ I'alelier de teintures. Le grand grief souleve contre cet atelier visail surlout le peu de solidite donndc au\ laines de nuances intermediaires, livrGee au\ magasins de la Manufacture. Or ces nuances intermediaires etaient obtenues par des procedgs empiriqucs et notamment par l'operalion qu'on nommait le rabattage. Pour rabattre un ton, c'est-a-dire pour diminuer son intensite, on commencait par leindre la laine dans une couleurfranche, puis on la plongeail dans un liquide nomine rabat, compose' de sel de fer, etendu d'eau et mele d'un astringent. Ce sel de fer donnait un ton gris plus on moins prononce a la couleur tranche, et produisait ainsi une de res demileinie^. donl on etait si friand. Mai-, ensuite, quand les tapisseries etaienl mi?es a ['air, le fer contenu dans les sels qui avaienl servi a composer le rabat, passait a un degre d'oxydation plus avance et les tons gris tournaient au brun et au noir. De la un aspect cnfum6, rendu plus choquanl encore par lacoloralion des nuances tranches qui n'avaient pas etc rabaltues1.

Une desgrandes ameliorations qui furent introduites au\ Gobelins, ^rac r a M. Chevreul, consista pr6cis6ment dans le fail d'amenerles teinturiers a renoncer a ces pratiques vicieuses, et-de substituer au\ proced^s empiriques l'observation scientifiquc des effels produils par le rapprochement des couleurs el l'utilisation melhodique de leur conlraste ou dc leur harmonic. Dans la preface de son ouvrage sur la Lot du contraste simultane" des couleurs, M. Chevreul expose, avec une simplicity eloquente, toute la genese de ces travaux, qui devaient produire une veritable revolution scientifique dans l'industrie des lissus. La citation suivante resumera, avec plus de precision que nous ne pourrions le faire, ce cycle

' C'esL dans les tapisseries de fabrication elrangere, surlout dans celles de Kyoge, en Danemark et de Petersbourg, oil les teintures etaienl inferieures, qu'on peut se rendre compte de ce phenomene singulier; ces tapisseries paraissent avoir ete simplemenl tissees en deux tons, gris et noir.

de soixante ans de d£couv$rtes, provoquGes successivemenl par la m£rae idee geniale. « Des que je fus appele a la direction des teintures des Manufactures royales, ecril I'illustre savant, je sentis I'obligation dedonner a la teinture de? bases qu'elle n^avail pus. et qu'il fallail en consequence que je me livrasseades recherch.es de precision, dontje pre" voyaisbienle Qombre, mais non pas la variete; e1 ce qui augmentail encore les difficult6s de ma position, c'esl que. des questions m'etanl presentees par ['administration, j'etais force d'ordonner mes travaux autremenl quesij'eusse i'ii> libre de tout engagement. En recherchanl quelles pouvaienl etre les muses des plaintes 6lev6es sur la quality de certaines couleurs preparees dans I'atelierde teintures des Gobelins, je ne lardai point a me convaincre que si les plaintes concernanl le peu de stability des bleus et des violets clairs, des gris el des bruns etaienl fondees, il \ en avail d'autres, particulierement celles concernanl le dei'aui de viaueur des noirs employes pour fairedes ombres dans les draperies bleues el violettes, qui ne I'etaient pas; car apres m'Gtre procure" des laines teintes en noir dans les ateliers les plus renonnnes de la I'rance el de I'eiranger. et apres avoir reconnu qu'elles n'avaient aucune superiority sur celles qu'on teignail. aux Gobelins, je vis que le defaul de vigueur reproche au noir tenaii a la couleur qu'on \ juxtaposait, et qu'il rentrail dans le ph£nomene du contraste drs couleurs; il me ful alors demontre que j'avais deux sujets absolument distincts a traiter, pour remplir les devoirs de la place de directeur des teintures : le premier elail le contraste drs couleurs considers dans toute -a generality, soil sous le rapport scientifique, soil sous celui drs applications; le second concernait la partie chimique de la teinture. Tels ont 6t6, en effet, les deu\ centres oil sont venues converger Loutes mes recherches depuis dix ans.

C'esl en s'inspirant de ces id6es si justes el si fecondes, que I'on est arrive a r6volutionner la fabrication d'un viand nombrc de lissus el a les doter d'une coloration presque inalterable. Pour les (lobelins. nolaniment, I'observation du contraste simultang des couleurs apermisd'obtenir des effets inconnus auparavant, el cela avec nw nombre de couleurs sagement limite, et dont la resistance 6tait depuis longtemps constatee. Ces travaux immenses, M. Chevreul les a poursuivis jusqu'a ce jour, grace a la virilite inebranlable de son intelligence, entassanl decouvertes sur decouvertes. L'illustre savant, dont Paris tout entier IV- tail il > a deux ans le centenaire, occupe encore aujourd'hui honorairement les fonc-

lions dont il fill charge en \H2i. Le modeste laboratoire des Gobelins, corarae celui, non moms modeste, du College de France, a ete, pendant soixante ans, le theatre d'expdriences, ijui tiennent une place importanle dans l'hisioire de la science. En I88-'J. sur la proposition de J.-B. Dumas, le ministre aommait M. Chevreul, aim's age de quatrevingt-dix-sept ans, directenr des hautes 6tudes pour ['observation et ['analyse des couleurs de teintures. En mfime temps, M. Decaux, sousdirecteur des teintures depuis 1849, lui succedait dans la direction de I'atelier. M. Decaux. 61eve de J.-B. Duma- el de Brongniard, avail ddbutc a la Manufacture de Sevres, el etail ensuite entrd aux Gobelins comme preparateur de M. Chevreul. Chimiste de haute valeur, il a fait des Lravaux d'un merite reconnu. C'esl a son initiative qu'etait due la creation dn Musee des produits tinctoriaux, detruil dans I'incendie de la Commune, mus6e oil se Irouvaienl reunis plus de 1,500 6chantillons dc toutes Irs matieres colorantes du globe, recueillis a ['Exposition universelle de iK.'j.'i el aux expositions postdrieures, Chacun des echantillons avail eld I'objet d'analyses scientifiques, qui doublaienl la valeur de ces collections, dont la perle est fori regrettable.

En 1858, M. Decaux concul le projel de restaurer 1'Ecole professionnelle dc leinture. theorique el pratique, qui avail exists sous le premier Empire, dc 1804 a 1816. Les Chambres de commerce, consultees sur I'opportunite de cette restauration, dmirenl, a deux exceptions pre-, des voeux favorables el trespressants. Chacune devail envoyeraux Gobelins un pensionnaire, pour \ recevoir line instruction scientifique.complele, pendant deux annees, au boul desquelles il lui aurail etc deTivrd un dipldme il'etudes. [/execution de ce projel prdsentail une rdelle urgence : on venait de decouvrir toute une -crie de couleurs nouvelles, extraites de la houille, et il importail d'assurer la conservation des teintures anciennes. que cette decouverle menacail de I'aire disparaltre. Certaines circonstances imprdvues firent obstacle a la realisation de I'idde de M. Decaux. Elle mdriterail d'autani plus d'etre reprise que, si le laboratoire de chimie des Gobelins a cpnstitue, pendant tout le temps de la direction de M. Chevreul. une sorte d'ecole. l'enseignement y a toujours conserve un caractere prive. II nous I'aut constater, en outre, que, depuis bon nombre d'annees. M. Chevreul ne fait plus de cours et qu'en cela il a ete t'aeheuseumnt imitd par le directeur actuel de I'atelier de teintures. Ces cours, s'ils eussent etc continues, n'auraient, du reste. presente que

LES fiOBEI.INS

des rapports forteloignes et purement accidentels avec I'enseignemenl si pratique el si utile, que Roard avail inaugure et que M. Decaux souhaitait de retablir. Emporte par I'ampleur de sun savoir et par l'etendue de ses recherches, M. Chevreul faisait pdrter les lecons et Irs experiences sur des sujcts etrangers aux questions se rattachant aux teintures industrielles. Pendant ce temps, l'atelier des Gobelins voyait chaque jour se retrecir lc cercle de ses travaux. Si. en effet, on j rencontre encore, a I'heure actuelle, desouvriers habiles, rompus a la pratique de leur metier, familiarises par lour experience avec ses secrets, le personnel ne forme plus d'eleves, el son recrutemenl u'esl plus assure. Sur les quatre ouvriers, charges d'executer les teintures, trois onl fail leurs 6tudes en dehors des Gobelins. L'atelier n'a plus d'apprentis et ae s'occupe qu'a teindre Irs laines el les soies u6cessaires aux deux Manufactures des Gobelins et de Beauvais. Ajoutons encore a toutes ces causes dedecadence, I'insuffisance des salaires. Alors que toul a augments, que les prix de toutes choses out quintuple, les salaires son! restes a pen pros les mfemes qu'an temps de Louis \l\. si bien qu'on se demande, avec etonnement, commenl I'industrie, qui fait la part si belle aux contre-maitres instruits el aux chefs d'ateliers capables, n'a pas encore enleve, a notre Manufacture nationale, ces artisans de merite, qui perp6tuent, au milieu des difficultes sans nombre, les glorieuses traditions des premiers Gobelins.

LA SAVONXRHIE.

306 LA SAYONNERIE

tout a la piete et devotion, prit ledit Dupont a son service pour luy faire quelque paire d'heures d'llluminure, et autres ouvrages. Dequoy s'estant fidellement acquile. il fit veoir aussi a la dite Dame quelque temps apres (commealapluscurieusede Paris) quelqucs eschantillons tie toutes series d'ouvrages de Turquie faicts d'or, d'argent. de soye el laine. lesquels comme chose non encore veue, elle presenta a la Royne mere, qui les fit voir tout a l'heure au leu Roy : Lequel pen de jours apres allant voir les peinturesde sa Gallerie.el de sa sale des antiques, que feu M. Buneljsoo peintre faisoit alors, et entrant en la maison dudit Bunel, vid un fond- de chaise laid d'ouvrage de Turquie, que ledit Dupont y avoit laisse, el se resouvenant de ce que feue Madame de Chasteauneuf, en avoit rapports a la Royne commauda ;i leu M. de Fourcy, Intendant de ses baslimens et manufactures, de faire venir ledit Dupont en sa presence, ce qu'il fit le lendemain en la Gallerie haute.

u Venn done ledit Dupont, il presenta a Sa Majeste un quarreau faict de soye el or avec une chaire faicte de laine dudit ouvrage de Turquie, que Sa Majeste eut tres agreable, et commands sur l'heure au dit sieur de Fourcj de faire bastir un des logis de dessuus -a gallerie, avec mi attelier a coste pour ledit Duponl : pour estre comme une pepiniere d'ouvriers de ladite manufacture, ce ful en l'an IGOi. Auquel lieu il a lousjours fail sa demeure depuis le temps, el y a instruit plusieurs apprentifs, suivant le commandement qu'il en avoit receu de Sa Majeste, ainsi qu'il fail encore a present.

« Or le feu llo\ venant un jour veoir un emmeublement qui se faisoit alors pour son service, qui estoit d'or et de soye, et qui est aujourd'hui dans l'hostel de Luxembourg : promist en la presence de beaucoup de Seigneurs d'establir ladite manufacture par toute la France, ainsi qu'il avoit laid celle des lapisseries de Flandres, de For de Milan. de< estoffes de draps d'or el de soye el d'autres : affin (comme il disoil d'empescher le transport de For et de Fargent qui se fail hors du pays, par le traffic continuel desdites estoffes, et par ainsi enrichirla patrie, et faire travailler une infinite de faineans et vagabonds.

« Mais la moil funeste de ce grand Monarqueayantdonne fin a ses braves el genereux desseins, arresta par [le] mesme moven ledit Dupont en ses entreprises : Toutesfois scachant que les Ro\s ne meurent point, il s'adressa au Roy a present regnant en 1'annee 1626, venant veoir les ouvrages qui se faisoient pour sa Majeste. et luy fit entendre quelle avoit r-te la

deliberation du feu Roy, pour l'cstablissement de ladite manufacture, luy en proposant les moyens facilcs, par la mctodc d'enseigner audit art les enfans qui demcuroicnt dans les hospitaux, el les fillcs pareillement en plusieurs autres ouvrages, ce que ledit Dupont promctloit et promet encore fairc.

« Auquel Sa Majesty commanda d'en adresser la Requeste a son Conseil, affin d'y estre nieurement pourveu. Ce qu'ayanl delibere l'aire ledit Dupont, el jugeant qu'il ne pourroit executer luy scul une charge si onereuse, n'ayant encore aucun de ses enfans en aage competant pour luy ayder : s'associa un qui avoit csle son apprenty, nomme Lourdet, avec lequel el conjoinctement il prdsenta ladite Requeste au Conseil.

« Etpour parvenira cest effect, ledit Duponl et Lourdet allerenl trouver M. ilc Fourcy qui avoil la charge do feu son pere, lequel les presenta a M. Aubery Consciller d'Estat, avec ladite Requeste, pour en faire son rapport audit Conseil : cc qu'il fil el a fail depuis avec tant de probite et d'equite, et avec tant de eirconspection au bien public de la patrie, qu'il s'est montre un rempart tellement inexpugnable contre les orages dc l'envie et de la mesdisance de quelques uns, qu'il en a oblenu les articles ef arrests suivans, par sa seule diligence, ainsi qu'ils so peuvent icy voir, avec la suite d'une infinite de traverses qu'ils ont rencontr6z en quelques endroits. »

Pierre Dupont el Simon Lourdet sont, en effct, les vrais fondateurs de la Savonncric; maisjieneficiantderanlt'iiuiilc de brevet, Duponldoiten fefape con'sidere comme Ic premier direcleur. Quelque prolixe qu'il soil, 1'auteur de la Stromatourgie commet, dans son curieux recit de la fondation de la Manufacture, un oubli Ires volontaire maisfort explicable, en raison de l'interet personnel qui le provoquait : Cest qu'il avait etc precede dans cet ordre de projets par un certain Jehan Forticr, qui proposail vers 1603 a la « Commission consultative sur le fait du Commerce general et de l'Establissement des Manufactures dans le Royaume », institute par Henri IV, d' « establir en cestc ville de Paris et aultres de ce royaume la manufacture de tapis dc Turquie, querins (du Caire) persiens et aultres de nouvelle invention, embelliz de diverses figures d'animaux et personnaiges jusques icy incognues ». Dans sa seance du 23 juillet 1604, la Commission approuva la proposition de Jehan Fortier; mais il n'y fut pas donne d'autre suite.

Lorsque Dupont emit la pretention d'avoir inventc le premier l'art de

308 LA SAVOISNERIE

faire des tapis fagon de Turquie et de Perse, Jehan Fortier en reclama 1'honneur, ct obtinl de la Commission precitee que la mention de la priorite en sa faveur, fut portee en marge de la deliberation officielle. L'un et l'autre cherchaient a s'arroger la gloire et les benefices d'une invention, qui, cependant n'etait rien moins que nouvelle a cette epoque.

Depuis longtemps, on connaissait en France les tapis velus ou sarrazinois. Au temps de saint Louis, il existait une corporation parisienne de tapissiers sarrazinois. Etienne Boileau enregistrait, au xni° siecle, dans le Livre des Menders, a cote des statuts des ouvriers en tapis sarrazinois, ceux de la corporation des « tapissiers de tapis nostrez », tapis du pays. De nombreux inventaires d'eglises et de chateaux, notaminent celui du chateau des Baux, en Provence, rcdige en 1426, font mention de tapis velus, a long poil, decores de fleurs ct d'armoiries. M. Darcel nous dit avoir entrevu, un jour, un fragment de tapis veloute, representanlun cygne, avec des ornements qui luiontparu appartenir au xiv° siecle. 11 a perdu, malheureusement, la trace de cette piece curieuse. On est done autorise a conclure de cos faits que Jehan Fortier, aussi bien que Dupont, furentinilies, par quelque descendant de ces tapissiers sarrazinois, a la pratique de lour industrie oubliee depuis longtemps ct qu'ils l'ont simploment fait revivre sous un autre nom et au moyen de quelque procedc technique nouveau.

Une fort inleressante particularite marque loutcfois la fondalion de la Manufacture de la Savonnerie. Son berceau fut un hopital, ct 1' education professionnelle de pauvres orphelins, le but poursuivi par see fondateurs. La charite a ainsi couvert de son haut patronage 1'institulion naissanle. L'arret du Conseil royal, en date du 17 avril 1G27, portanl quo « le Roy, en son Conseil, a accorde audit Pierre du Pont et Simon Lourdet, lafabrique et manufacture de toutes sortcs de (apis, aultres ameublements et ouvrages du Levant en or, argent, soye, laine. pour dix-huil annees a commencer du I01' jour de Juillet 1627 », contient la clause sui- . vante : « Dans toutes les villes du royaume oil les entrepreneurs s'clabliront, ils seront tenus d'instruire dans leur art, un certain nombre d'enfants pauvres, a eux confics par les Administrateurs des hopitaux. Ces enfants, au nombre do cent, pour la ville do Paris, seront loges dans la maisonde la Savonnerie, pres Chaillot, enlrctenus des deniers donncs par le P>oy pour les pauvres. ct au besoin sur les revenus des hopitaux. Leur apprenlissage durera six ans; ils jouiront, a son expiration, du droit de

maitrise, sans etre astreints a faire chef d'ceuvre et"a payer un droit, mais a la charge par eux de sc presenter devant le Procureur du Roy des lieux ou ils auront fait lcur apprentissage, pour preter cntrc scs mains le serraent dudit mestier, le tout sansfrais. »'

■ La Savonnerie, ainsi que l'indique son nom, etait une de ces manufactures qu'Henri IV avait creees pour affranchir le royaume de l'industrie etrangere. La mort du Roi la fit abandonner. Afin d'utiliser le vaste local, loue par la Couronne a un sieur Isaac-Martin Mannoir, pour une longue pcriode de temps, Marie de Mddicis \ etablit un hopital d'orphelins et enfants abandonncs, commc en lemoignait publiquement une plaque demarbre, placer sur la porte de la chapelle, et portant I'inscription suivante :

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