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LES ENFANTS TIREZ DE~ [10PITACX DES PAUVRES ENFERMEZ

LE TOOT A LA GLOIRE HE DlEC, l'an DE GRACE 1315

Le brevet de fondation de l'etablisscment stipule, en eU'et. que ]cenfants y seront « inslruits en la craintc de Dieu el a faire plusieurs ouvrages de toile et autres ». En 162G, la propriety etaiLachetec definitivement a Mannoir, alors conseillerdu roi et secretaire de la Marine de France, qui donnait quittance de 50,000 livres << pour rcmboursemeiU de la maison de la Savonnerie pres Chaillot, pour lelargissement de Simon Lourdel. tantpour soi logcr que pour mettre des metiers en plus grandc quantitc ». Les debuts de l'association industrielle de Duponl et Lourdet sont marques par une seriedeproces administratifs, de protestations et d'oppositions tantdu prevot des marchands que de la corporation des tapissicrs hauteliciers et sarrazinois, contrc les privileges qui leur etaient accordes. La situation des deux associes etait en outre assez bizarre et il existait entre eux moins que de l'entente et de la cordialite. C'etait a qui monopoliserait les privileges et cvincerait l'autre. Une commission de deux conseillers maitres de la Chambre des comptes, chargee de faire une enquete minutieuse sur l'affaire toujourspendante dela « Manufacture de Chaillot », constate, a la dale du 20 decembre 1630, que Simon Lourdet habite seul la Savonnerie, qu'il n'y emploie que soixante-dix apprentis dans une

salle haute, au lieu de cent. La Chambre des comptes, sur le rapport qui lui en est fait, ordonne que le sieur Dupont sera tenu de resider dans les lrois mois a la Savonnerie, dansune partie du logemcnt de son associe, et declare que la pension de 3,000 livres ne sera payee a Fun et al'autre que sur un certificat constatant 1'execUtion de cette clause. Dupont, contraint de quitter son logement et ses ateliers dc la galeric du Louvre, en obtint la concession pour son fils aine, avec transfert, en cas de mort, au frere de celui-ci. Mais Lourdet ne voulut point donner l'hospitalite a son associc dans la maison de la Savonnerie, qu'il pretendait etre trop exigue" pour deux manufactures. II objectait aussi que leur co-installation etait de nature a troubler le bon ordrc, a exciter des rivalites entre les ateliers. Dupont dut adresser a la Cour des comptes une requete pour etre mis en possession des locaux qui lui ctaient destines, et la Cour ordonna de nouvcau a Lourdet de ne Iravailler que dans ratelicr du premier etage, ei a Dupont dc monter ses metiers dans la salle basse. Lourdet refusa d'executer cet arret, et sur de nouvclles instances reciproqucs, la Cour du Parlemcnt intervenant, lui donna raison en le maintenant seul dans les locaux en litige, et en laissant Dupont libre de se pourvoir d'autres lieux, dans le meme hopital, pour y ctablir sa demeure. L'analysc des demeles nouveaux que provoqua cette decision, de la procedure interminable qui s'engagea devant toutes les juridictions imaginables, des requetes adressccs au roi qui accorde des lettres patcntes en contradiction complete avec les anels differents de la Cour, nous entrainerait a de trop longs developpements. Ces fastidieux debats judiciaircs qui durerent dix ans entre Simon Lourdet et Pierre Dupont prirent fin par des lettres patentes de Louis XIII, en date du 30 septembre 1637, aux termcs desquelles. Dupont ful dispense de s'etablir a la Savonnerie, maintenu dans la galeric du Louvre et admis a toucher directement sa pension, dont pas un seul terme n'avait cte encore verse aux deux associes depuis 1627, en raison de leurs demeles et de la non-execution des clauses de l'arretdc cette annee. Le roi prolongea mSrne de vingt ans la pension de Duponl avec reversibilite sur ses heritiers et conservation du logemcnt au Louvre, s'ils continuaient la fabrication des tapis dits de Turquie.

De son cote, par lettres patentes dateesdu 25 mars 1643, Simon Lourdel, qualifi6 « entrepreneur de la manufacture des tapis de Turquie et du Levant », obtenait une prolongation de privilege pour dix-huit annees, a partir du 17 avril 1043, dale de l'expiration de son premier brevet.

En m6me temps qu'il reorganisait la Manufacture des tapisseries des Gobelins, Colbert donna a celle de la Savonnerie une constitution nouvclle. Un traite inlervint, dans ce but, entre lui, Simon Lourdet, assiste de son fils Philippe et les adminislrateurs de l'hdpital de Paris. II portait les conditions principales suivantes : Les adminislrateurs fourniront chaque annee 60 enfants de l'hopital general, ages au moins de dix ans, auxquels Lourdet enseignera son art, qui ne se borne pas a la fabrication des lapis, mais a la confection des lits, matelas, courtespoinles. — 11 esl evident, que la corporation des tapissiers de tous genres, qui comprenail dans scs attributions la fabrication des courles-pointes, n'elait point restee etrangere a la redaction de cetle clause. — L'apprenlissage sera de six annexes, au boul desquelles les apprentis auront toule liberie d'aller oil il leur conviendra. L'cntrcprencur paiera a l'hdpital general 136 livres par apprenli, dont 100 livres pour l'hdpital el 36 livres pour I'apprenti a sa sortie de la Manufacture. Deux des directeurs de l'hopital general, nommes par le surintendant des Batiments, administreront la Savonnerie; ils auront soin que le service divin y soilcel6bre, le catechisme enseigne et que les prieres y soient elites, comme dans les hopitaux. Un peintre de l'Acad6mie royale inspectera chaque mois les modeles, et enseignera le dessin a ceux qu'il jugera capables de l'apprendre. Les apprentis seront enlretenus, nourris et soign6s en cas de maladie, par l'hopital, qui paiera aussi le Iraitemcnt des officiers de la Manufacture, soil lechapelain, le concierge, le portier et deux gargons de dortoir.

Les ouvriers de Simon Lourdet ne tarderenl pas a aequerir une assez

grande habilete et leurs ouvrages a etre assez apprecies, pour que le roi

dut rendre, a la date du 16 aout 1658, une ordonnance au sujet des

. tenlalives de debauchage des tapissiers de la Savonnerie, qui se multi-

pliaient et dont plusieurs avaient et6 suivies d'effet.

Lourdet mit, des l'annee suivante, sur les m6tiers, deux tapis pour la reinc et, en 1665, un tapis pour la galeried'Apollonpaye a raison de 138 1. l'aune carree. Trois ans apres, Philippe Lourdet, qui avait succede a son pere, fit commencer l'execution du cel^bre tapis de la grande galerie du Louvre, dont Baudrin, Yvart et Francart avaient donne les modeles peinls aux Gobelins. Ce tapis, ceuvre colossale, dont l'achevement ne put avoir lieu que vers la fin du regne de Louis XIV, se composait de 92 pieces variees, comprenant : medaillons, armoiries, trophees, paysages, fleurs, de 7 aunes et demi de longueur sur 4 a 5 de largeur chacune, et

formant dans 1'ensemble unc vaste composition generale. L'Inventaire du mobilier de la Couronne de 1G90 donnc la description d'nn certain nombre de ces pieces : « 1° In grand lapis a fond brim, sur lequel il v a nn grand compartiment fond blanc, orne des armes de France et de Navarre, dans le milieu un rond bleu avec un soleil ; 2° pi&ce : Un grand tapis fond brun. represenlant un griffon sur un ecu rempli de Irophees d'armes. rainceaux, comes d'abondance et festons de fleurs, avec deux paysages aux deux bouts; 1111' piece : Un lapis fond brun, sur lequel il y a un grand compartiment fond blanc, ayant un trophee d'armes a cliacun des quatre coins et aux coslex des testes d'Hercules et des unifies de lions, an milieu un octogone couleur de rose seiche remply d'nn enlrelas d'LL cpuronnes, et deux paysages aux deux bouts dans des ovales, etc. » Les 11° et 22e pieces furenl distraites et envoyees en present an roi de Siam. en 1685. D"apres des articles du Compte dp dipense, en date du 3 juin 1085, le prix des tapis livres par la veuve Lourdel seule pour la grande galerie du Louvre, depuis 1'annee 1 G6i jusqu'a novembre 1683, s'elcvait a 280,591 iiv.La manufacture desDupont y collaborait egalement. Ontissait. entrc temps, desmeubles, des sieges, des paravents, et des portieres.

Philippe Lourdet rnourut en 1671; sa femme, Jeanne Haffrey, lui succeda avec le titre de « Tapissier et Directeur de la Manufacture de la Savonnerie ». En 1672, d'apres le> Comptes des bdtiments du roi, Louis Dupont, qui avaitherite des privileges de son pere el dirigeait la Manufacture du Louvre, s'installa a la Savonnerie et travail! a dans des ateliers distincts de ceux de la veuve Lourdet, « a divers ouvrages de lapisseries facon du Levant ». pour lesquels ses fournitures, du 4 juillet 1672 au 26 Janvier 1673, s'elevent a 5.500 livres. Les comptes pour 1674 prouvent qu'il executa, a partir de cette date, des pieces du tapis de la grande galerie du Louvre. II recut, cette annee, en a compte y.i.'ili livres; en 1675, 5,500 livres; en 1676, 8,812 livres 15 sous. A parlir de 1678, Dupont fut qualiGe, dans les documents officiels « Tapissier et Directeur de la Savonnerie ».

Un passage du Journal de voyaged Pari.'; de deux jeunes Hollandais, MM. de Villiers1, nous fait connaltre quelques details curieux de I'installalion des ateliers des Dupont, au Louvre et a la Savonnerie : « Nous

'Publie par M. Faugfcre. Paris, IS63.

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