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PLANCH E XLIX

Sevres. — L'ATELIER DES TOURNEURS. — Etat actuel.

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a des rccherches qui restercnt sans resultats. A son retour, il lui vint a l'idce d'envoyer un fragment del'cchantillon de Sevres a un chirurgien de Saint-Yrieix, nomme Darnet, avec lequel, en 1745, il avait voyage en Allemagne. Darnet ne fut pas longtemps sans decouvrir une terre peu diffefente. II en envoya trois livres a Villaris, qui recxpcdia immcdialement le tout a Boileau. Millot fit aussitot des essais avec cette substance nouvelle. 11 en obtint une porcelainc analogue a celle de l'ancien Japon, et le premier echanlillon du nouveau produit fut un Bacchus, que Ton garde prccieusement dans le musee de la Manufacture. On en fit egalcment quclques gobelets et des soucoupes qui parurent tres reussis. Sur la demandc de Boileau, l'archcveque inlerrogca Villaris sur la provenance de la terre envoyec a Sevres. Mais l'apotbicaire, mefiant par nature, et craignant de n'etre pas recompense suffisamment pour cette revelation, s'obsLina longtemps a ne rien dire de precis sur cc sujet. En presence de ce mutisme, Millot resolut de partir lui-meme a la recherche de cette precieuse subslance, et M. Berlin, informe par Boileau de tous ces incidents, decida que Millot et Macquer recevraient une mission dans le but de decouvrir eux-memes les gisemenls, ou se trouvail la terre de Villaris.

Les deux voyageurs se mirent en route le 22 aout 1768. lis s'arrfiterent a Orleans, a Blois, a Tours, a Poitiers, a Angoulemc. Partout ils laisserentdes echanlillons de kaolin deSaxe entre les mains depersonnes intelligentes, le plus souvent chimisles ou pharmaciens, avec promessedc recompense serieuse, si, au retour, elles pouvaicnt leur rcmettre quelques specimens d'unc terre locale conforme a ces types ; et e'est ainsi qu'ils, parvinrent au terme de leur voyage, lei il nous faut laisser la parole aux explorateurs eux-memes. « En arrivant a Bordeaux, racontc Millot, nous sommes alios saluer Mbr l'archeveque, qui nous a recus avec beaucoup de plaisir. Le lendemain le Sr Villaris est venu nous trouver a notre auberge, mais il n'a pas voulu nous dire oil etoit cette terre, en disant que le ministre ne le recompenseroit pas de ses peines. 11 a done fallu ecrire a M. de Bertin. Nous avons ete neuf jours sans avoir de reponse. Une lettre arrivee nous a defendu de ne plus parler au Sr [Villaris], et ordonnd de chercher dans les environs de Bordeaux et meme d'allei jusqu'a Bayonne. La, nous avons reste huit jours, et deux jours a Briaris (Biarritz) sans pouvoir trouver personne pour nous indiquer de pareille terre a nos echantillons. De Bayonne nous sommes revenusaDaxeounous avons reste 28 jours, loges chez M. Mazin a la Balance; nous avons fait

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plusieurs sorties dans les environs, du cote de Pouillon. Nous avons trouve une espece de blanc qui ressembloit a la eraie et tres refractaire. J'en ai apporte plusieurs livres a Daxe. Je l'ai bien decomposee par les lavages. Apres, j'en ai fait plusieurs petites plaques, que j'ai ete cuire a la forge d'un serrurier norame Sainte-Mario. Les premieres plaquettes ont ete un peu enfumees a cause des creusets qui etaient de mauvaise qualite. Nous avons ete aussi chez M. Bordas, president de cello ville, pour lui demander, comme naturaliste, s'il connaitroit pas des terres a creuzet qui rcsistent au plus grand feu. N'en ayant point trouvr dans son cabinet d'histoire naturelle, je me suis servi de la terre on blanc que j'avois trouvee, pres de Pouillon pour faire des creuzets. Le lendemain je me suis promene presque toute la journee sans apercevoir aucune bonne terre ; je seulement trouve une terre a platre. que je apportee a notre auberge. Je l'ay cassee par morceaux, je lay raise ensuitte dans l'atre du feu avec des cbarbons allumes dessus pendant une demibeure. Apres je lay bien pelee et passee au tarais, ce qui m'a fait un tres bon platre. Je moule la raoitie d'un ceuf qui m'a fait un petit moule qui ma servy pour tous mes essais. — Je fais quelques petits godets el quelques petites plaques que je ete cuire chez notre serrurier et qui m'ont beaucoup mieux reussis que la premiere fois ; chaque fois que je cuisois, je donnois 6d au serrurier tant pour le charbon que pour son tems perdu. Toutes nos petites eprcuves faites. nous avons party pour Bordeaux, avec une 40no de livres de terre toute decomposee, ainsi que tous nos petits essais de porcelaine faits a Daxe. »

De retour a Bordeaux, Macquer et Millot montrerent a l'archevequc leurs essais. Villaris fut mande le lendemain au palais episcopal. On l'informa que les savants de Sevres avaient trouve, eux aussi, des gisements de kaolin. Cette nouvelle, a laquelle il ne s'attendait pas sans doute, fit sur lui une vive impression et produisit dans son esprit un revirement soudain. II se mit aussitot a leur disposition offrant de les conduire lui-meme dans le pays, oil gisait la matiere dont il avait envoye des echantillons a Sevres. II ajouta qu'il consentait a s'en remettre, pour la remuneration de la decouverte, a la generosite de M. de Bertin. Quelques jours apres, Macquer, Millotet Villaris arrivaient a Saint-Yrieix. Nouslaissons ici, de nouveau, Millot decrire lui-meme les incidents de leur s6jour dans cette ville, et les resultats de leurs perquisitions.

« Nous etions loges dans le faubourg, ecrit-il, chez un M. Dubourg,

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aubergiste et arpenteur. Villaris avoit choisi la maison la plus ecartee de M. Darnet, chirurgien major dc cette ville, pour ne point etre vu de lui ; malgre qu'ils etoient amis, et que sctoit lui qui lui avoit envoye le premier echanlillon de kaolin a Bordeaux.

« S'etoit bien notrc plus courlde traverser la ville, mais commeil falloit passer dcvant la porte du Sr Darnet, Villaris nous a fait traverser lous les jardins hors de Sl Yrieix pour aller rejoindrc le kaolin qui etoit vis a vis le cimctierc de sa paroisse, faux-bourg de la Noillier, dans un petit chcmin qui etoit si profond qu'a peine pouvoit-on nous voir.

(( Comme nous etions occupes a fouiller, il a passe deux hommes qui nous ont appereus, qui ont couru bien vite en fairc le rapport a Mmo du Montais, proprietaire du terrain. Elle a envoye a l'instant son fils nous demandcr par quel ordre nous prenions sa terre, en nous disant que si ne cessions pas, il alloit faire sonner la cloche pour fairc amasscr le monde pour nous faire finir. Nous avons quitte dans l'instant, et M. Macquer a etc chez le maire de ville lui communiqer les ordres que nous avions duministre, pour la recherche des tcrres propres a la Manufacture des porcelaines du Roy. Nous en avons Lire un tonneau d'environ 400 livres en lout ce qu'il \ avoit de plus blanc. Nous l'avons fait passer a la douane de Limoges pour 6tre transporte a Sevres.

« Singuliere reflexion de M. Macquer sur notre route de Terricc a Limoges en disant : Des Marais de 1'Acadeniie et naturaliste, qui marche tous les jours sur le kaolin et qui ne le connoit pas ! »

Au retour des deux voyageurs, Boileau fit executer un certain nombrc de pieces de porcelaine avec le kaolin qu'ils rapportaient de Saint- Yrieix. Les essais furent tres satisfaisants. Au mois de juin dc l'annee 1769, Macquer lut, a l'Academie des sciences, un long memoire, et presenta des pieces de la nouvelle porcelaine. Le memoire en decrit minutieusement les caracteres et les qualites, mais sans faire connaitrc les precedes pour la fabriquer industriellement. Le roi voulut feliciter l'heureux savant; il l'invita a se presenter a Versailles. C'est de Macquer lui-meme que nous tenons le recit de sa reception. « Le jour de Sl Thomas, a huit heures du matin, ecrit-il a un de ses amis, je suis parti avec M. de Montigny pour Versailles... A onze heures et demie, M. Bertin qui etoit alle chez le roi, nous a envoye chercher pour nous conduire dans les appartements ou Ton avoit expose la porcelaine de Sevres comme a l'ordinaire, et sur une table particuliere etoit la nouvelle porce-

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laine toute en blanc et or ; il en avoit environ sokante pieces, toutes Ires belles. Comme nous etions a les examiner, lc roi est enlre seul... 11 nous a recus fort gracieusement, et sans regarder l'ancienne porcelaine, il a ete tout de suite a la nouvelle dont il a paru fort content. On avoit mis dcvant un grand feu trois cafetieres de notrc porcelaine. Le roi nous faisoit pendant ce temps la plusieurs questions, el nous contoit comme quoi il avoit fail l'epreuve, depuis peu, d'une casserole de la porcelaine de M. de la Bordc sur un rechaud a l'csprit de vin, pour y bouillir de l'eau, et que cettc casserole s'etoit cassec. 11 en concluoit que le feu de I'espril de vin etoit plus dangercux pour la porcelaine que le feu de charbon. II y avoit la une casserole de noire nouvelle porcelaine qui etoit sur un rechaud a 1'esprit de vin, dans laqucllc lean commencoit a bouillir. Mais elle s'est cassee un instant apres en presence de Sa Majeslc qui s'est raise a faire un eclat de rire en reculant, in nous disant : « Monsieur! monsieur! » Apres quoi il est sorli pour aller a la messe a laquelle nous avons assiste. >»

Le savant, on peut le croire, fut consterne de cctle mcsavenlure. \ussi voulut-il recommenccr, le soir m6mc, l'experience qui, cette fois, reussit a mervcillc. Le roi Ten felicita elialeureuscment dcvant toute la Cour. La porcelaine dure etait trouvee, et son succes consacre officielleinenl par le royal protecteur de la Manufacture de Sevres.

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