LA MANUFACTURE SOUS LOUIS XVI
Boii.e.ui mdurut en 177 -5 , Iaissant, nous I'avons dit, la Manufacture royale de Sevres dans un etat tres florissant, aussi bien au point de vue financier qu'au point de vue artistique. A sa mort, on vit se produire des competitions nombreuSes a sa succession, competitions qui demontrent sul'fisamment combien, en depit des calomnies intcress6es, sa gestion avait ete fecondc et heureuse.
Dans les Mtmoires secrets dits de Bacbaumont1, nous trouvons la preuve des convoitises qu'excitait cet etablissement deja si connu dans L'Europe entiere. « La Manufacture de porcelaine elablie a Seve, sous la protection immediate du Roi, y lisons-nous, est un objet fort onereux a sa Majesle, malgre" la cberte" enorme de ees objets de luxe. On assure qu'une compagnie ofl're de la soutenir dans tout son eclat, pourvu que le roi veuille bien lui faire don de lous les batiments, terrains et etablis, formes a grands frais dans cet endroit, et elle se chargera de payer les pensions de
Mimoires secrets, I. XXIX. p. 279.
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retraite qui seront accordees mix personnes qui etoient employees a la tete de cette Manufacture. On a tout lieu de croire que ces offres, si dies sont solides, seronl accepters. Cot 6tablissement ne seroit plus a charge, il deviendroit, dans les mains de gens intelligents , tres utile pour eux. el lout le monde y gagneroit. » Le roi, contrairement a ce pronostic, n'estima point que la Manufacture fill trop onereuse pour sa cassette; il ne jugea ni prudent ni digne d'abandonner un etablissement royal a des entrepreneurs n'ayant d'autres preoccupations que de le rendre « Ires utile pour eu\ », suivant l'expression un peu naive de Bachaumont. Cette offre, en consequence, ne recut point un accucil favorable, et Boileau eut pour successeur Parent, hommc audacieux, entreprenant, a vues larges et doue d'une grande activite, mais par contre d'une remarquable incapacity administrative.
Parent apporta des perfectionnements imporlanls dans Irs proeedes de fabrication; il conserva a la production son caractere artistique, mais au bout de trois ans, le nouveau directeur avait ruin6 Sevres flnancieremenl, et se voyait incarcere sous l'inculpation de malversations. En 1778, il elail du aux academiciens, chimistes el employes, 38,159 livres, sur leurs appointements, et plus de 83,000 livres aux fournisseurs. L'administralion superieure de Sevres fut alors confiee au comte d'Angiviller, qui placa comme directeur a la tete de l'etablissement le sieur R6gnier, auquel, l'annee suivante, Jean-Jacques Heltlinger fut adjoint comme co-directeur.
Hettlinger, fort savant homme, etait de nationality Suisse. Nomme chirurgien aux mines de Bagorry, a raison de 4S0 livres par an, plus la table, il avait. a force d'intelligence et de travail, conquis la situation de directeur de ces mines, et l'Academie de Lisbonne lui decernail en 1781 le litre de correspondant, en consideration des connaissances geologiques qu'il poss6dait. Le comte d'Angiviller, pendant son sejourcn Suisse,alors qu'il elail ministre de France aupres de la Confederation, I'avail dislin- •juc el honore de son amitie. Hettlinger, adjoint a la direction de la Manufacture, recut un trailement de 6,000 livres, plus une part d'au moins 4,000 livres dans les benefices '.
1 Les transformations que M. d'Angiviller accomplil ne laisserenl ]in< toutefois que de susciter des critiques. II eut a sul>ic des attaques violentes et emanant de hauls personnages. Jolj de Fleury, contrdleur general <\r< Finances, vis-a-vis >l u<{ ncl M. d'Angiviller etait tend a de grands egards, demande que la Manufacture snil modifiee radicalement comme administration et comme fabrication. M. d'Angiviller r^siste. avec une em
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