‹ Les manufactures nationalesChapitre 41 sur 61 · O CO · texte numérisé non relu

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SEVRES.

In document des Archives nationales nous fait connaitre avec precision l'etat administratis de Sevres a cette epoque. La Manufacture comptait en 1783, en outre de la direction, 1 caissier, 1 garde-magasin, 71 peintres, 13 doreurs, 9 brunisseurs, 7 ouvriers en couleurs, 5 mouleurs en platre, 2 graveurs en platre, 7 mouleurs en pate, 83 repasseurs, 18 seulpteurs, 2 tourneurs particulars. 2 ouvriers pour la composition des pates et 50 manoeuvres, soit 273 personnes. Le budget des depenses s'elevait a 1!»2,387 livres, 1!) sous. Hettlinger et Regnier ne tarderent point a apporter de serieuses reformes dans l'administration et a reparer les erreurs finaneieres de leur predecesseur. Sevres lultait energiquement conlre l'industrie porcelainiere priv6e, qui avail pris unegrande extension, a l'abri de la tolerance administrative et en raison de la desuetude des anciennes ordonnances, restrictives de la liberie industrielle. On essaya meme de debaucher ses ouvriers pour les enlrainer dans les manufactures particulie res. Pour prolcger Sevres, Louis XVI dut, a la date du 16 mai 178i. rendre un arrfil en son Conseil d'Etat, confirmant les arrets anterieurs, relatifs an privilege de la Manufacture royale de porcelaine de France. Dans le preambule de cct important document, il est dit: « Que Irs restrictions port6es par les dits arrets n"ont point etc entitlement executes; quelques unesde ces manufactures ayant obtenu des permissions particulieres dc decorer leurs ouvrages en or et toules couleurs; que memo toutes celles qui se sonL clablies successivement se sont prevalues de cette tolerance, jusqu'au point d'entreprendre et de debiter, concurremment avec la Manufacture royale de France, loutc espece d'ouvrages, sans excepter ceux dont la fabrication exclusive lui avait ete constammenl reservee ; que, par unc suite de cct abus, plusieurs se sont efforces de gagner et altirer ses ouvriers clans leurs ateliers ; qu'il en est meme qui se sont permis de conlrefaire les marques de la fabrication ; qu'enfln ces manufactures se sont tellement multipliees

fort tollable, contre res pretentions, adresse au rui et au comite lies Finances, rapports sur rapports pour defendre la Manufacture. Dans un de ces documents, date du 28 aoiit 1783, nous lisons le passage suivant qui fait grand honneur au directeur general des Batiments du roi : « On ne pent pas opposer a la Manufacture de Sevres ce qu'on diroit d'un entrepreneur particulier, qu'il faut s'assujellir strictement au gout et aux facultes du plus grand nonibre des consommateurs : cu ne pent etre la l'objet d'un etablissement vraiment royal ; il faut faire avec le plus d'ordre et d'economie possible ce qu'on peut imaginer de plus parfait, et si ce n'eiit pas ete la le but et le caractere dominant de la Manufacture de Sevres, en eut-on fait sortir pour Petersbourg, dans moins de quatre mois, l'idee du present le plus magnifique et le plus admire, qui ait peut-etre ete fait en ce genre. ■» Ce sont la, on en conviendra, d'eloquentes et fieres paroles.

dans la ville et aux environs de Paris, qu'il en resulte une consommation de bois prejudiciable a L'approvisionnement de la capitale, et que d'ailleurs la quantite de porcelaines qui se fabrique journellement, excede le debii (jui pent s'en faire... »

Cet arret prohibitif ful signifie, les 16, lHjuin et 3 juillet, au domicile des proprietaires ou entrepreneurs des manufactures particulieres,etablies dans la ville et banlieue de Paris, denommees en l'exploit original de signification de l'arret. Ces proprietaires etaient : Sauroux, rue de la Roquette, Locre, rue Fontaine-au-Roy, Jacques et Julien, au Bourgla-Reine. Advenir et Lamarre. au Gros-Caillou, Lassia, rue de Reuilly, de Ruelle. a Clignancourt. Le Bceuf, rue Thiroux, Mignot, au Pont-aux- Choux, Stala. faubourg Saint-Denis. Dilh. rue de Paradis. Les proprietaires. menaces dans leurs etablissements industriels, adresserent au roi requfttes sur requetes, pour faire ajourner l'exccution de l'arret et ae manquerent pas d'en appeler a la protection de personnage- puissants, qui s'interposerent avec succes. Nous lisons, en effet, dans une lettre ile M. d'Angiviller a M. de Calonne, en dale du 24 juillet 178.V : « Ayanl ete informe que vous jirenez interet a ce que l'arret ilu conseil du 1G mai 1784- relativeinent aux manufactures de porcelaine, eprouve quelque suspension, j'ai donne, au Directeur de la Manufacture du roi. l'ordre de suspendre pendant quelque temps I'execution des dispositions de eel arret, d'apre- lequelces manufactures n'avoient qu'une anneepour achever leurs commandes et pour les debiter, ainsi que les ouvrages deja fails el donl la fabrication leur est interdite pour l'avenir. » M. d'Angiviller ajoute qu'il envoie au ministre un Memoire etablissant que les proprietaires des manufactures menacees no so disposent en aucune facon a obtemperer a Tarre! du Conseil. i>i qu'en particulicr la manufacture dile de MB' le comte d'Artois semble affceter d'en enfreindre les dispositions ; il conclue energiquement en affirmani qu'il devient de toute necessite de mettre un terme a la suspension de l'arrfil du 16 mai.

L'industrie privee triompha neanmoins, dans cede kit to entre la liberty commerciale et le monopole. Les grandes idees sociales el economiques, inspiratrices de la Revolution, avaient penetre profondement dan? les e^pril- el commencaicnl a s'affirmer publiquement. In nouveau

' Archives aationales.

Memoire de M. d'Angiviller a M. de Calonne, en date du 24 aoiit de la m6me annee, est dejamoins afflrmatif. II entretient le ministrc d'oppositions nouvelles, que rencontre ['application de cet arret du 16 mai, dont il demeure cependant toujours partisan. « Un sieur Bourdon, dit-il, asollicite non seulement d'estre affrancbi de transporter son 6tablissement a IS lieues de Paris, mais encore d'avoir la permission de continue!' sa contravention continuelle et soutenue aux privileges de la Manufacture de Sevres, en faisant toutes sortes d'ouvrages, meme de sculpture, dans les genres les plus rcchcrchcs. » En presence de ces instances, dont on est force de tenir compte, l'administration superieure de la Manufacture royale se preoccupe de preparer des concessions qui, tout en donnant satisfaction aux requeles de l'industric priv6e, consacreront, au moins sur certains points de la fabrication, le monopole de Sevres. Ainsi L'art. •'! de I'arrfet, relatif a l'emploi de I'or, donne lieu a des interpretations tres habiles de la part de certains industriels parisiens. Ceux-cise fontunc arme de ['incertitude, qui resulte d'un texte incomplet, pour se prevaloir d'un droit qui parait excessif. « On ne doit entendre par ces mots : Appliquer Tor en bordure seulement, ecrit M. d'Angiviller, que le simple filet d'or et non pas tous les dessins plus ou moins compliques qui peuvcnt 6trc qualifies de bordurcs » ; et il propose, comme solution compensatrice, que le Conscil aulorise les manufactures priv6es a rester dans les lieux ou elles sont elablies, a condition que l'emploi de Tor, meme en bordure et filet, leur sera reiire ; for restera ainsi un signe distinctif des ouvrages de Sevres. Par ces concessions, la breche etait ouverte et la liberie industrielle n'allait pas tarder a triompher. Le Conseil rendait, le 17 Janvier 1787, un nouvel arret, qu'on pent considercr comme la charte d'cmancipation de l'industrie porcelainiere parisienne. Tout en paraissant confirmer l'arret de 1784 et les prerogatives qu'il avait concedees a Sevres, tout en defendant sous les peines les plus severes, aux industriels de rien faire dans le m6me genre, et qui excedat des dimensions fixces, ce nouvel arret laissait une certaine latitude, pour la fabrication des beaux ouvrages, a quatre manufactures parisiennes, designees nominalement, et arretait en principe Torganisation d'un concours annuel, grace auquel, en raison des progres artistiques realises par elles, les autres manufactures pourraicnt etre admises, dans l'avenir, a jouir des memes avantages. L'arret revoquait enfin, d'une maniere implicite, l'ordre d'eloignement porte contre les manufactures precitees. Treize ans apres, Paris seul

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comptait trcnte fabriques de porcclaine, dont onze figuraient avec honneur a la premiere exposition de l'industrie francaise.

En ddpit de celte infatigable concurrence, le regne de Louis XVI doit 6trc considere comme une des periodes les plus brillantes de l'histoire de Sevres. Non seulement la Manufacture rnaintint sa haute reputation artistique, mais des progres techniques considerables y furent realises. De cette epoque, en effet, datent un certain noinbre d'inventions originales, qui etaient appelees a un grand succes, et qui n'ont pas cesse, depuis lors, d'etre appliquees d'une maniere constante.

C'est ainsi qu'en 1774 la fabrication de la porcelaine dure enlrait en pleine activite, et que Ton construisait, en vue de cette fabrication, le premier four vertical a quatre alandiers ou foyers. Six ans plus tard, en 1780, on executail pour la premiere ibis des porcelaines decorees d'emaux; et le musee possede les matrices d'acier qui scrvirenl a cette epoque, pour estamper les feuilles d'or destinees a etre appliquees sur la porcelaine en leger relief, et a etre recouvcrtes d'emaux translucides imitant les pierres prccicuses.

Les registres de ventes de la Manufacture, de 1780 a 1785, attcstent, en outre, llmportance des Iravaux executes pendant cette pcriodc. Nous y avons relev6 un grand nombre de mentions de pieces appartenant a ce genre de fabrication.

En 1782, on livrait a M. le comte de Vcrgennes un cabaret, beau bleu (miniatures, emaux), compose de 6 lasses, theiere, pots a sucre et a tail, jattes, facture 2,400 livres. La meme anncc le comte du Nord faisait l'acquisition d'un vase Bachelier, beau bleu, emaill6, du prix de 1,800 livres; et une toilette, table et miroir en porcelaine, ornee d'emaux, offerte par le roi a la comtesse du Nord, etait payee 7,500 livres.

Le 22 octobre 1784, nous notons le present, fait par le roi au prince Henri de Prusse, d'un cabaret, enrichi d'emaux, valant 1,500 livres. de deux vases en pate tendre. ornes d'emaux. et d'un service de dessert, fond vert, orne de fleurs, de fruits et de diverses pieces de sculpture, dont quatorze medaillons representaient des Frangais illustres; le tout valant 28,052 livres. La fabrication des grands biscuits remonte egalement a celte epoque. Le 13 juillet 1785, Hettlinger ccrit au comte d'Angiviller ' : « On vient d'e.xecuter a la Manufacture une figurine en

1 Archives Rationales.

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biscuit, la baigneuse, de 26 pouces de hauteur; elle a ele faite do la pate que Le Sr Tristan compose pour les grands vases, ou il mole a la pale dure ordinaire une ccrtaine quantity de terre de Dreux et do kaolin, passes au feu du degourdi. II resullc de cette espece de ciment que la matiere acquiert plus de consistence et est moins sujette agauchir au grand feu, mais en revanche aussy n'est-elle pas de ce blanc eclatant de notre sculpture ordinaire ; e'est un blanc de lait, tirant un peu sur lc

jaune et qui ne paroit pas du tout desagreable : « Sachant qu'il

cstde votre intention. Monsieur leComte, ajoute Hettlinger, qu'on s'occupc a la Manufacture du Roy autant des progres de l'art que de la regie economique, j'ay era devoir vous informer de cet essay et ajouter que je le regarde comme un premier pas, qui nous demontre la possibility d'executer de grands objets de sculpture de biscuit. Si vous nous permettez de faire d'autres essays progressivementdans une plus grande dimension, j'espere que nous finirons cette annee avec une certitude raisonnable de pouvoir executer dans la prochaine quelque piece de consequence, comme seroyt par exemple la statue pedestre du Roy, de grandeur naturelle...

« Ayant ete ces jours derniers dans l'attelier de M. Roizot voir le Racine qu'il modelc pour le Salon prochain, j'y ay vu un buste du Roy en platre, que M. Boizot m'a dit avoir fait en marbre, l'annee derniere, pour M. le Comte de Vcrgennes, chez qui, sans doute, vous l'aurez vu. Ce buste me paroit d'une belle execution et je voudrois bien, Monsieur lc Comte, que vous nous autorisassiez, pour notre second coup d'essay, de le faire en biscuit; en s'y prenant des a present, il pourroit Stre fait pour l'exposition prochaine a Versailles. II est un peu plus grand que nature, de facon qu'apres la retraite qu'il subira au four, il viendroit a grandeur naturelle. »

A cette epoque, Sevres reve constamment de faire grand, et cela dans tous les genres de production. C'est, en effet, de cette periode que datent les vases de dimensions colossales. Metra, dans sa Correspondance secrete, nous fournit quelques renseignements a ce propos : « On a fabrique, a la Manufacture royale de porcelaine de Sevre, dit-il, un vase de cette matiere qui est d'une forme tres grande, d'environ o pieds de hauteur et d'un dessin qui ne laisse rien a desirer. Sur la coupe du vase, on voit la course d'Atalante, executee avec une perfection sans exemple. Ce morceau rare, dans la composition duquel it est en Ire pour septante

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mille livres de matiere, 6toit destine^ dit-on, pour une cour etrangere. Le roi se l'esl reserve et en a eommande un second de meme grandeur, lis servironl Tun el l'autre a l'omement du musee des galeries du Louvre1. » Le 15 mars 178'i. Heltlinger informe le comte d'Angiviller que le vase-cloehe sur une colonne tronquee. dont on vient de terminer I'execution, est la plus grande piece qu'on ait jamais faite en une seule partie. « On fera ensuite de la reussite de l'experience, ajoutet-il, un grand four qui permettra d'executer des choses plus grandes encore. » Une autre lettre contienl des informations sur la fabrication tic- plaques de porcelaine, de dimensions exceptionnelles.

('.die preoccupation d'arriver a la fabrication des grandes plaques se rattachait, sans aucun doute, an desir qu'avail alms Heltlinger de faire reproduire des tableaux de \astes dimensions. Sevres suivait, en cela, l'exemple des Gobelins, ou la copie des tableaux, on le sail, etait fori en honneur. Une lettre de Regnier, le co-directeur s, informe, a la dale du 22 Janvier 1783, le comic d'Angiviller qu'il a envoye chercher aux Gobelins un tableau de M. Pierre, la F4te de la Sultane, mais Belle (inspecteur des travaux d'arl de la Manufacture des Gobelins) ayant repondu qu'on en avail besoin pour la tapisserie; il propose, en consequence, de choisir un autre sujel qui « fera surement plaisir au roi. les Honneurs rendas mi connitable Duguesclin apres sa mort, que Pithou se charge de rendre a la satisfaction gen6rale. » Deja Hettlinger, done d'un esprit fori inventif, — nous en donnerons de nouvelles preuves, — avail eu l'idee d'appliquer la porcelaine a la decoration des meubles, on tout au moins d'en g6n6ra1iser l'emploi dans l'ebenisterie de grand luxe, el de donner ainsi a la fabrication des plaques d'ornementation une extension considerable. Les catalogues des ventes arlistiques du temps permettent de reconstiluer descriplivement quelquesuiis de ccs meubles nouveaux, qui furcnt bientot fort a la mode, en raison de leur originalite et de leur luxe gracieux.

Hans la vente de la celebre M"° Laguerre, on voil Qgurer : t< Un secretaire de forme cintree, plaque en hois de rose, s'ouvrant dans le milieu par un battant, oiaie de trois panneaux de porcelaine de Seve, dont un represente une corbeille de fleurs, soutenue par un nceud de

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rubans, les autres, des guirlandes de roses dans leurs cadres; le dessus de marbre blanc veine, l'entablement avec baluslre enrichi sur le pourtour de guirlandes de draperies; les cotes a deux tablettes de marbre blanc, aussi a balustre et ornemens; l'interieur plaque en bois de rose et fleurs de rapport, supporte par quatrc gaines cannelees a fleurons, surmontees dc trois panneaux de porcelaines a fleurs, dont un a tiroirs garnis d'autres ornements et accessoires en bronze dore; les tablettes de dessoas en marbre blanc aussi a balustre; hauteur trois picds quatre pouces, largcur trois pieds deux pouces. » A la m6mc vente on rcmarque encore : « Une table de forme carree, a pans, plaquec en bois de rose ouvrant a tiroirs, garnie dc son encrier, le dessus orne d'un medaillon de porcelaine dc Seve, representant une corbeille de fleurs, soutenuc par un ruban; les quatre autres en equerre, aussi a fleurs, entoures dc leurs cadres; l'entablement a baluslre, moulure et panneaux dc meme porcelaine, avec entree, cadres, moulures et trophees sur les champs; supporlee par quatrc gaines cannelees a fleurons, et tablettc au-dessous en marbre blanc veine; hauteur deux pieds deux pouces, longueur deux picds. »

La duchesse de Mazarin, fdle du due d'Aumont, possedait egalement un certain nombre de meubles orncs de porcelaines de Sevres. Sa vente comprit, entre autres, comme pieces de grande valeur: «Un secretaire orne de deux panneaux dc porcelainc de Sevres, avec dessins en mosaiique cL bouquets dc fleurs, encadres dc bronzes a feuilles dc persil; une chiffonniere dc bois de placage, le dessus orne d'un plateau dc porcelainc representant une fcrme, oil Ton voit une femmc donnant du grain a des poules, des enfants et des animaux ornanl les differenls plans ; un petit coffre de bois dc placage, compose dc treize morceaux dc porcelainc ; une table a tric-trac, de bois dc palissandrc sur quatrc gaines, orncc de vingt-six panneaux de trois pouces, six lignes en carre de porcelainc a fond vert et cartouches semes de bouquets dc fleurs sur fond blanc, et encadres d'une bordure de bronze avec feuilles de persil. »

Apres les meubles, ce furent les carrosses que Ton decora de plaques dc porcclaine. Dans ses Mdmoires secrets, Bachaumont raconte l'apparition aLongchamps, en 1780, d'un carrosse de porcelaine, qui fit, comme excentricite mondaine, une sensation profonde '. « La fameuse promenade de Longchamps, ecrit-il, malgre la saison peu avancee cette annce, n'en

Memoires secrets, t. XV, p. 106.

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a pas ete moins frequentee. Hier, la file des voitures commcngoit sans interruption depuis la place de Louis XV jusques a la porte Maillot... C'est le carrosse de porcelaine de madarue de Valentinois qui a etc decide la plus belle voiture de la promenade. Cette jeune femme, fille de la duchesse de Mazarin, une des plus jolies de la Cour, attiroit tons les regards. Elle avoit quatre chevaux gris pommeles, avec des harnois en soic cramoisie, brodes en argent. Quoique les Giles fussent en plus grande abondance que de coutume a cette promenade, elles n'ont pas biille comme a l'ordinaire. On n'en a remarque qu'une dont la voiture en porcelaine aussi lultoit contre la premiere : tons les amateurs ae connoissant pas cette courtisane, ont ete a la decouverte. Quelques uns vouloient que ce fut M"° Renard, la maitresse du prince de Montbarrey: enfin on a constate que c'etoit une debutante dans la earriere. appelee Beaupre. »

Vers le meme temps, Hettlinger inventa la tabatiere en imitation d'agate. « Permcttez, ecrit-il a M. le comle d'Angiviller, que je vous montrc quelques eehantillons d'une idee qui m'esl venue d'adapter mes agathes factices a des tabatieres ou bonbonnieres de porcelaine. Pour cet effet, j'ay l'honneur de vous envoyer trois boites que j'ay fait executer en porcelaine, avec un creux au couvercle pour y enchasser, moyennant un cercle d'or, les dites agathes. el les boites seroient egalement garnies d'une gorge en or. »

Ces ingenieuses fantaisies n'empechentpas, toutefois, l'infatigable directeur de poursuivre des id6es plus artistiques. C'est le moment oil l'imitation de t'Aiitiquite commence a tyranniser les gens de gout. Une lettre du 24 mai 1785 nous le montre pr6occupe de la fabrication d'une las-e el d'une soucoupe en peinture etrasque, faites d'apres un modele fourni par Lagremie. L'annee suivante, il fait transporter a Sevres une collection de vases etrusques, formee par Denon et comprenant 325 pieces de toutes grandeurs. « 11 s'y trouve, ecrit-il, plusieurs formes de vases, simples et elegantes, qui pourront etre etudiees utilement pour la Manufacture, et au merite de leur haute antiquite se joint celuy de leur vernis ou email qui est admirable, car plusieurs vases ont un air si frais qu'on les croiroit faits tout nouvellemenl ; mais je ne scaurois admirer leur peinture ni en figures, ni en ornemenls. e'esi bien peu de choses. »

Hettlinger et Regnier avaient su s'entourer d'artistes de premiere valeur. Caffieri, Pajou, Clodion, Boizot. Fragonard, Julien et Roland

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pretaient a la Manufacture la collaboration precieuse de leurs talents varies et feconds. En outre, sur leur demande, lc Surintendant des Bailments du roi avait pris unc mesurc exccllente qui no contribua pas mediocrement a aliraenter les ateliers do bons modeles. Tous les staluaires, qui recevaient la commande de figures en marbre, destinees a orner les residences royales, ctaient tenus d*en fournir une reduction ou une esquisse en terre, pour etre executee en porcelainc a Sevres. Ces esquisses ont etc conservees soigneusement ; on peut les voir aujourd'hui au musee ceramique.

Mais tant d'intelligence, d'habilelc, de d6vouement seraient peut-etre restes steriles, si le roi n'eut accorde a la Manufacture l'appui de sa haute bienvcillance. Louis XVI, c'esl une justice a lui rendre, porta toujours a Sevres un grand inlcret; il avail h6rite en cela des gouts de son grandpere. II s'y rendail frequemment, so preoceupail d'accroitre l'oulillagc et de developper les pr<igres arlistiqnes. Dans une leltre d'lletllinger a son neveu Ott tie Zurich', nous trouvons des renseignemenls curieux sur les expositions annuelles des produils de Sevres, qui avaient lieu a Versailles : « Je t'ai deja dit qu'une exposition de porcelaines a lieu tous les ans, de Noel jusqu'au jour des trois Mages ; e'est au chateau du roi m6me, ou le public est adniis a examiner et a acheler. Le roi occupe a Versailles, outre ses chambres de parade, des pieces dites les petits appartements, oil se passe sa vie privee. Dans Tune il y a un billard, dans une autre unc bibliotheque, une troisieme sert de salle a manger et ainsi de suite. Au milieu du mois de decembre, on debarrasse trois de ces pieces de tout ce qu'elles conliennent pour y placer des tables, sur lesquelles sont exposeesles porcelaines. Cette annee le roi n'a pas atlendu l'arrivee des ouvriers et s'esl amuse a deballer lui-meme, en cassant pas mal et en outre melant tellement tout, qu'il nous falloit des heures pour y rcmettre l'ordre. Le roi aime sa fabrique de Sevres et a dit a une personne de son entourage : « Bientot viendront nos braves gens de Sevres ; il faut que je me hate de leur tirer quelque gibier. » Cost lc troisieme jour que lc ministre m'a presente au roi en enoncant a. haute voix mon nom et mes titres, et en y joignant, avec sa bonte habituelle, quelques elogcs conccrnant mes connaissances et mon art, tout en me demandant si je n'avois rien de cela sur moi. Je lui montrai alors deux tabalieres

Notizen der Schweizer Kuttur geschichle, cile par Demmin.

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ornees d'oiseaux, faits avec des plumes naturelles que le ministre remit au roi, qui adraira raon travail et ma patience.

« Loges en ville aux frais du roi, nous pouvions nous rendre par un chemin couvert au chateau oil nous prenions nos repas et oil nous etions traites d'une maniere splendide. Nous sommes rentres a Sevres le 19, L'estomac et les poches pleines. Le roi est venu nous voir tous les matins • et s'est entretenu avec nous comme s'il etoit des notres, tout en nous aii hint de ranger les porcelaines. II etoit content si quelqu'un trouvoit quelque chose a dire qui le lit lire, et savoit s'cntretenir avec tout lc monde des moindres choses ; j'ai admire qu'un si grand monarque prit de I'interet a de tels details... Notre voyage a eu un bon succcs, grace a une idee ingenieuse qui me fit executer des porcelaines blanches, garnies d'insectes naturels et places sous des globes en verre, par exemple un amour dans un char traine par six papillons naturels et un autre amour a la chasse ou le chien est represente par un cscarbot. Lorsque j'etois occupe de ranger ces objets, lc roi est arrive et a ri de bon cceur, en disant que cela devoit fttre de mon invention. II me demanda comment j'elevois mes papillons et conservois les insectes, etc. L'approbation du roi donna de la valeur a ces escarbots qui se vendirent alors aussi chcr qu'une vache en Suisse. »

Marie-Antoinette partageait pour Sevres les gouts de son epoux. Une jeune l'emme elegante, coquette, spirituelle, ne pouvait avoir de l'indifference pour des ccuvres aussi delicates, aussi gracieuses que celles de la Manufacture royale. Les chroniques mentionncnt de frequentes visiles de la souveraine aux ateliers. Elle y fit de nombreuscs commandes. a 1'occasion d'evenements importants. Lors de la naissancc du premier dauphin, elle demanda a Pajou de modeler, pour la Manufacture, un groupe la representant en train de monlrer son fils a la France; elle y fit egalement a cepropos. executer une tasse superbe. Cette ta^se, en porcelaine tendre, est legerement evasee. Ses deuxanses sont formees d'un dauphin dore, avec couvercle surmonte d'une couronne royale; la soucoupe est une trcmbleuse, dont le fond est bleu turquoise, et porte des rinceaux d'or aubord, des medaillons et des bouquets de flours en or, encadres d'une couronne composee dune branche de roses et d'une branche de lis en or '.

1 Vendue, en 18S1, a la venle Double, 4,830 francs.

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Les presents diplomatiques de porcelaines dc Sevres furent, sous Louis XVI, aussi nombreux que pendant le regne precedent. Les registres de la Manufacture font mention de services considerables et d'une Ires grande valeur, destines a cet usage. En 1777, le roi envoyait a l'erapereur d'Allemagne un service de table, fond vert, avec fleurs et fruits, un surtout de table et deux vases, orncs des portraits du roi, le tout evalue, 43,404 livrcs. Deux ans auparavant, la princesse des Asluries avait regu un service de table, avec surtout orne de sculptures, du prix dc 24,192 livres. Le 7 fevricr 1778. il etait otrert a rempcreur du Maroc un service a the, des soupieres et des gobelets et a son ambassadeur trois dejeuners. En 1779, Dertin adressait a l'empereur de Chine, au nom du roi, un present consistant en vases, pots et groupes d'apres Boucher et Oudry et des statuettes rcpresentant saint Louis, sainte Clotilde, saint Anloine, sainte Claire et sainte Th6rese! Lors de son voyage a Paris en 178 I, au raois d'octobre, le prince Henri de Prusse etait gralifie par le roi d'un cabaret en pale lendre 6maill6e, de deux vases en pate tendre 6maillee, d'un service a dessert fond vert, orne de fleurs, de fruits et de diverses pieces de sculpture donl quatorze representaient des Francais illuslres, present estim6 23,052 livres. La m6me annee, le due de Saxe- Teschen recevait un service de table avec surtout, cabaret, les bustes du roi, de la reine et de l'empereur d'Allemagne, et des vases ou etait representee riiistoirc de Renaud et Aitnide. En 1786, le roi faisait present a rarchiduc Ferdinand, gouverncur de la Lombardie Autrichienne et a l'archiduchesse sa femme, lors de leur voyage a Paris, dc porcelaines diverses pour 24,073 livres. Le 12 septembre 1788, le ministre des Affaires etrangeres envoyait a Tippo-Saib, sultan de Mysore, par l'intermediairc de l'ambassadeur de ce prince, un grand service de table avec des vases, des tableaux de porcelaine et des busies, le tout d'une valeur de 33,120 livres.

Les souverains etrangers, enthousiasmes par la beaute des produits dc Sevres, n'attendaient pas qu'on leur en fit present; ils commandaient ou achetaient directement a la Manufacture des services complets et des pieces importantes. Une lcttre curieuse deMarmonlel1 adresseea un des directeurs de Sevres nous fait connaitre. dans tous ses details, une commission de ce genre, donl le celebre academicien fut charge par

'Archives dc Part francais, is":.i, p. 38j.

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le roi de Suede. « On vous a dit, Monsieur, que j'ai ete bier a voire

Manufacture pour m'acquitter d'une commission du roi de Suede, qu'il

s'agissoit d'assortir quelques morceaux de porcelaine dont S. M. veut

faire present a l'lmperatrice de Russie, et qu'apres avoir inutilement

cherehe a remplir ses vues pour un eloge allegorique, je me suis reduit

a former une garniture de eheminee, ou Ton pourroit glisser quelques

trails relatifs a cette auguste souveraine. J'ai communique mon dessein

au Baron de Stael, de qui j'avois recu les ordres du roi. II a tout approuve.

Vous pouvez done regarder coramo vendus pour le compte de S. M. S.

les morceaux que j'ai choisis et que Mrs les commis du magasin vous

auront sans doute indiques :

« l°Un grand vase, bleu de roi et or. avec un cartouche representant

une marine charmante. Dans ce petit tableau deu\ bommes sont occu-

pes a lire dans un livre pose sur un tonneau. Je suis convenu avec le

peintre, que sur le livre il ecriroit ces mots que je vais tracer figurative-

ment :

neotra- Catherine II

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